COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES – Partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Vol 2 – Chapitre IV - COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES

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Il existe des traditions, parmi les tribus qui vivent éparses de l’autre côté du Jourdain, de même que parmi les descendants des Samaritains à Damas, à Gaza et à Naplosa (l’ancien Shéchem). Beaucoup de ces tribus ont, malgré dix-huit siècles de persécution, conservé dans sa simplicité primitive la foi de leurs ancêtres. C’est là qu’il nous faut nous adresser pour les traditions basées sur des vérités historiques, tout défigurées qu’elles soient par les exagérations et les inexactitudes, afin de les comparer aux légendes religieuses des Pères, qu’ils veulent nous faire prendre pour des révélations. Eusebe dit qu’avant le siège de Jérusalem, la petite communauté chrétienne – comprenant beaucoup de ceux, sinon tous, qui connaissaient personnellement Jésus et ses apôtres – se réfugia dans la petite ville de Pella, sur la rive opposée du Jourdain (462). Certes, ce peuple ingénu et sincère, séparé depuis des siècles du reste du monde, a dû conserver ses traditions plus pures que toute autre nation ! C’est en Palestine qu’il faut chercher les pures eaux du Christianisme, sinon sa source elle-même. Après la mort de Jésus, tous les premiers Chrétiens se réunirent pendant un certain temps, qu’ils aient été Ebionistes, Nazaréens, Gnostiques ou autres. Ils n’avaient pas encore, à ce moment-là, de dogmes chrétiens, et leur Christianisme se bornait à croire que Jésus était un prophète, croyance qui variait, depuis ceux qui le considéraient simplement comme un « homme juste » (463c) ou un saint prophète inspiré, jusqu’à ceux qui prétendaient qu’il était le véhicule utilisé par le Christos et Sophia pour se manifester au monde. Ils se coalisèrent tous contre la Synagogue et la technique tyrannique des Pharisiens, jusqu’à ce que le groupe primitif se séparât en deux branches distinctes, que nous pouvons, avec raison, nommer les Cabalistes chrétiens de l’école juive des Tanaïm, et les Cabalistes chrétiens de la Gnose platonicienne (464c). Ceux-là étaient représentés par les partisans de Pierre() et de Jean(p), l’auteur de l’Apocalypse ; ceux-ci comprenaient les Chrétiens de saint Paul, qui se confondirent, à la fin du second siècle, avec les adeptes de la philosophie platonicienne, englobant, plus tard encore, les sectes gnostiques, dont les symboles et le mysticisme incompris submergèrent l’Eglise Romaine.

Dans tout ce galimatias de contradictions, qui pourrait, en toute sincérité, dire qu’il est Chrétien ? Dans l’ancien Evangile syriaque, selon saint Luc (III, 22), on dit que le Saint-Esprit descendit sous la forme d’une colombe. « Jesua, rempli de l’Esprit sacré, revint du Jourdain, et l’Esprit le conduisit au désert » (Ancien syriaque Luc, IV, 1, Tremellius). « La difficulté, dit Dunlap, consiste en ce que les Evangiles déclarent que Jean-Baptiste vit l’Esprit (la Puissance de Dieu) descendre sur Jésus, après qu’il eut atteint l’âge d’homme, et si l’Esprit ne descendit sur lui qu’à ce moment, les Ebionites et les Nazaréens n’ont pas très tort lorsqu’ils nient son existence précédente et lui refusent les attributs du LOGOS. D’autre part, les Gnostiques faisaient objection à la chair, mais admettaient le Logos (465).

L’Apocalypse de Jean(p), et les explications d’évêques chrétiens sincères tels que Synesius, qui, jusqu’à la fin, adhérèrent aux doctrines platoniciennes, nous donnent à croire que la manière la plus saine et la plus sûre d’envisager les choses est de s’en tenir à la foi primitive et sincère, que paraît avoir professée l’évêque nommé ci-dessus. Cet excellent Chrétien, le plus sincère et le plus infortuné entre tous, en s’adressant à « l’Inconnu », s’écrie : « Ô Père des Mondes… Père des Æons… Facteur des Dieux, il est saint de t’adorer ! » (466c). Mais Synesius avait été instruit par Hypatie, et voilà la raison pour laquelle nous le voyons exprimer ses opinions et sa profession de foi en toute sincérité. « La populace ne demande pas mieux que d’être trompée… Mais, en ce qui me concerne, je me dois d’être toujours un philosophe pour moi-même ; mais, pour le peuple, je dois être un prêtre (467) ».

« Saint est Dieu, le Père de tous les êtres, Saint est Dieu, dont la sagesse est mise en exécution par ses propres Puissances !… Sanctifié sois-tu, qui créas tout par le Verbe ! C’est pourquoi je crois en Toi et je témoignerai, et j’irai à la VIE et à la LUMIERE (468). » Ainsi parle Hermès Trismégiste le païen. Quel est l’évêque chrétien qui pourrait mieux manifester sa foi !

Les différences apparentes entre les quatre Evangiles, pris dans leur ensemble, ne devraient pas empêcher que les narrations données dans le Nouveau Testament – toutes défigurées qu’elles soient – n’aient un certain fonds de vérité. On y a ajouté, par la suite, fort habilement, certains détails pour cadrer avec les exigences de l’Eglise. Etayés de cette manière, en partie par des preuves indirectes, et surtout par la foi aveugle, ils sont devenus, avec le temps, des articles de foi. Même le massacre fictif des « Innocents » par le roi Herode, pris au sens allégorique. Laissant de côté le fait, aujourd’hui reconnu, que toute cette histoire du massacre des Innocents a été empruntée tout entière à la Bhagavata Pourana et aux traditions Brahmaniques, la légende se réfère, en outre, allégoriquement à un événement historique. Le Roi Herode est le type de Kansa(), le tyran de Madura, l’oncle maternel de Krishna, auquel les astrologues avaient prédit qu’un fils de sa nièce Dévaki lui ravirait son trône. II ordonne, par conséquent, de faire tuer l’enfant mâle auquel elle vient de donner naissance ; mais Krishna échappe à sa fureur par la protection de Mahadeva (le grand Dieu), qui fait transporter l’enfant dans une autre ville, hors de la portée de Kansa(). À la suite de cela, pour être certain de tuer l’enfant en question, qui n’a pu tomber entre ses mains meurtrières, il fait mettre à mort tous les nouveau-nés mâles, dans son royaume. Krishna est également adoré par les gopas (les bergers) du pays.

Bien que cette vieille légende indienne ait une ressemblance suspecte avec la narration biblique plus récente, Gaffarel et d’autres attribuent l’origine de celle-ci aux persécutions qui eurent lieu du temps d’Herode contre les Cabalistes et les sages, qui n’étaient plus restés strictement orthodoxes. Ceux-ci, de même que les Prophètes, étaient surnommés les « Innocents », et les « Nouveau-nés » en raison de leur sainteté. Comme c’est le cas pour certains degrés de la Franc-Maçonnerie moderne, les adeptes comptent leurs degrés d’initiation au moyen d’un âge symbolique. Ainsi Saul(), lorsqu’il fut élu roi, était « un homme jeune et beau, et dépassant tous les autres de la tête » ; il est décrit, dans la version catholique, comme « un enfant d’un an lorsqu’il commença à régner », ce qui, pris dans le sens littéral, serait parfaitement absurde. Mais au premier livre de Samuel(), chapitre X, on donne une description de son onction et de son initiation par Samuel(), et au verset 6, Samuel prononce les paroles significatives suivantes : « … l’esprit de l’Eternel te saisira et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme. » L’expression citée ci-dessus devient par conséquent intelligible : il avait passé par un des degrés de l’initiation et, symboliquement, il était « un enfant d’un an ». La Bible catholique, à laquelle ce texte est pris, dit avec une candeur charmante, dans une note au bas de la page : « Il est fort difficile d’en donner une explication » (voulant dire, par cela, que Saul() était un enfant d’un an). Mais, nullement embarrassé par la difficulté, l’éditeur la tourne en disant : « Un enfant d’un an, c’est-à-dire qu’il était simple et innocent comme un enfant. » Cette interprétation est aussi ingénieuse qu’elle est pieuse ; après tout, si elle ne fait aucun bien elle ne peut pas faire de mal (469) (469c1).

Si l’on n’admet pas l’explication des Cabalistes, toute l’histoire prête à confusion ; bien plus, elle devient un plagiat direct de la légende hindoue. Tous les commentateurs s’accordent à dire que le massacre en bloc de nouveau-nés n’est nulle part mentionné dans l’histoire ; et, qu’en outre, un fait de cette nature eût créé une page si sanglante dans les annales Romaines, que tous les auteurs de l’époque en eussent parlé. Herode, lui-même, était assujetti à la loi Romaine, et il n’est pas douteux qu’il eût payé de sa vie un crime si monstrueux. Mais si, d’une part, nous ne trouvons dans l’histoire aucune trace d’une fable analogue, de l’autre, nous avons des preuves abondantes de plaintes officielles de la Synagogue au sujet des persécutions exercées contre les initiés. Le Talmud le corrobore aussi.

La version juive de la naissance de Jésus est relatée dans le Sepher-Toldoth-Jeschu, de la manière suivante :

« Marie ayant donné le jour à un Fils, nommé Jehosuah et l’enfant ayant grandi, elle le confia aux soins de Rabbi Elhanam, chez lequel il fit de rapides progrès dans les connaissances, car il était bien doué en esprit et en compréhension. « Le Rabbi Jehosuah, fils de Perachiah, continua l’éducation de Jehosuah (Jésus) après Elhanan, et l’initia à la connaissance occulte » ; mais le roi Jannée, ayant ordonné de tuer tous les initiés, Jehosuah Ben-Perachiah s’enfuit à Alexandrie, en Egypte, où il emmena l’enfant avec lui. »

Pendant leur séjour à Alexandrie, d’après la suite de ce récit, ils furent reçus dans la maison d’une dame riche et savante (la personnification de l’Egypte). Le jeune Jésus la trouva belle, malgré « un défaut dans les yeux », et le déclara à son maître. En l’entendant, celui-ci fut si outré de ce que son disciple pût trouver quoi que ce soit de bon dans le pays de la servitude, qu’il « le maudit et le chassa de sa présence ». Vient ensuite toute une série d’aventures racontées en langage allégorique, qui tendent à démontrer que Jésus compléta son initiation à la Cabale juive, en y ajoutant la sagesse secrète de l’Egypte. Lorsque les persécutions prirent fin, ils rentrèrent tous deux en Judée (470).

Les véritables griefs contre Jésus sont mentionnés par le savant auteur du Tela Ignea Satanae (Les flèches de feu de Satan) comme étant au nombre de deux :

  1. qu’il avait découvert les grands Mystères de leur Temple, ayant été initié en Egypte ; et
  2. qu’il les avait profanés en les faisant connaître au vulgaire, qui ne les comprenait pas et les avait défigurés. Voici ce qu’ils disent (471) :

« Il existe, dans le sanctuaire du Dieu vivant, une pierre cubique sur laquelle sont sculptés les caractères sacrés, dont la combinaison donne l’explication des attributs et des pouvoirs du nom inconcevable. Cette explication est la clé secrète de toutes les sciences occultes et des forces de la nature. Elle est ce que les hébreux nomment le Scham hamphorash. Cette pierre est gardée par deux lions d’or, qui rugissent aussitôt qu’on en approche (472). Les portes du temple ne sont jamais perdues de vue et la porte du sanctuaire ne s’ouvre qu’une fois par an, pour n’admettre que le Grand Prêtre tout seul. Mais Jésus, qui avait appris en Egypte les grands secrets, pendant son initiation, se fabriqua des clés invisibles, et put, de cette manière, pénétrer dans le sanctuaire, sans avoir été vu… Il prit copie des caractères gravés sur la pierre cubique et les cacha dans sa cuisse (473) ; après quoi, sortant du temple il s’en fut par les chemins et jeta l’étonnement dans le peuple par ses miracles. À son commandement les morts ressuscitaient, les lépreux et les obsédés par des démons guérissaient. Il força les pierres, qui gisaient depuis des siècles au fond de la mer, de remonter à la surface, jusqu’à ce qu’elles formassent une montagne, du sommet de laquelle il prêcha. » Le Sepher Toldoth dit encore, qu’incapable de déplacer la pierre cubique du sanctuaire, Jésus en fabriqua une en terre glaise, qu’il montra aux nations et la fit passer pour la véritable pierre cubique d’Israël.

Cette allégorie, ainsi que toutes les autres dans cette classe de livres, doit être lue entre les lignes ; elle a sa signification occulte et doit être interprétée de deux manières différentes. Les livres cabalistiques en donnent la signification mystique. Le même Talmudiste, plus loin, dit, en substance, ce qui suit : Jésus fut emprisonné pendant quarante jours ; puis il fut flagellé pour rébellion séditieuse ; puis lapidé comme blasphémateur dans un endroit nommé Lud, et enfin on le laissa expirer sur la croix. « Tout cela, explique Eliphas Levi, parce qu’il révéla au peuple les vérités qu’ils [les Pharisiens] voulaient garder cachées pour leur propre usage. Il avait deviné la théologie occulte d’Israël, l’avait comparée à celle de la Sagesse égyptienne, et en avait déduit la raison d’une synthèse religieuse universelle (474) ».

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