L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 11

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE

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Le fanatisme religieux, le fanatisme scientifique ou tout autre fanatisme quel qu’il soit se transforme en idée fixe, et ne peut qu’aveugler nos sens. Il sera toujours inutile de discuter avec un fanatique. Et, à ce propos, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer encore une fois la profonde connaissance de la nature humaine, qui dicte à M. Sergeant Cox les paroles suivantes dans sa conférence, dont nous avons déjà parlé. « Il n’y a pas d’erreur plus fatale que celle qui fait croire que la vérité prévaudra par sa propre force, et qu’elle n’a qu’à se montrer pour être acceptée. En réalité le désir de la vérité n’existe que chez très peu d’esprits, et l’aptitude à la discerner chez un nombre encore plus restreint. Lorsque les hommes disent qu’ils recherchent la vérité, ils veulent dire qu’ils recherchent quelque preuve à l’appui d’un préjugé ou d’une opinion préconçue. Leurs croyances se modèlent sur leurs désirs ; ils voient tout, et plus que tout ce qui parle en faveur de ce qu’ils désirent ; mais ils sont aveugles comme des chauves-souris, pour tout ce qui leur est contraire. Les savants ne sont pas plus exempts de ce travers que les autres ».

Nous savons que depuis les temps les plus reculés il a existé une mystérieuse et redoutable science connue sous la dénomination de theopoiia. Cette science enseignait l’art de doter d’intelligence et d’une existence temporaire les divers symboles des dieux. Des statues et des blocs de matière inerte s’animaient, sous la volonté toute puissante du hiérophante. Le feu dérobé par Prométhée, dans la lutte, était tombé sur la terre ; il remplissait les régions inférieures du ciel, et, fixé dans les vagues de l’éther universel, comme le puissant Akasha des rites hindous. Nous le respirons, et notre système organique s’en imprègne avec chaque bouffée d’air frais. Notre organisme en est rempli depuis l’instant de notre naissance. Mais sa puissance ne s’exerce que sous l’influence de la VOLONTE et de l’ESPRIT.

Abandonné à lui-même, ce principe de vie suit aveuglément les lois de la nature ; et suivant les circonstances, il produit la santé et une exubérance de vie, ou il provoque la mort et la dissolution. Mais, guidé par la volonté de l’adepte, il devient obéissant ; ses courants rétablissent l’équilibre dans les corps organiques, remplissent le vide, et produisent les miracles physiques et psychologiques bien connus des magnétiseurs. Infusés dans la matière inorganique et inerte, ils créent l’apparence de la vie, et le mouvement. Si à cette vie et à cette intelligence individuelle il manque une personnalité, l’opérateur doit ou envoyer son scin-lecca, son propre esprit astral, pour l’animer, ou bien faire usage de son pouvoir sur les esprits de la nature, pour forcer l’un d’entre eux à infuser dans le marbre, le bois ou le métal sa propre entité, ou enfin, se servir du concours des esprits humains. Mais ces derniers, si l’on en excepte ceux qui sont vicieux, catégorie attachée à la terre (612), ne consentent pas à infuser leur essence à ces objets inanimés. Ils laissent aux catégories inférieures le soin de produire le semblant de la vie et du mouvement, et ils ne font sentir leur influence sur les sphères intermédiaires, comme un rayon de la lumière divine, que lorsque le prétendu « miracle » est sollicité pour un bon but. La condition essentielle pour cela, et c’est la loi de la nature spirituelle, est la pureté d’intention, pureté de l’atmosphère magnétique ambiante, et pureté personnelle de l’opérateur. C’est ainsi qu’un « miracle » païen peut être beaucoup plus saint qu’un miracle chrétien.

Quel est celui qui, ayant été témoin des exercices des fakirs dans l’Inde méridionale, pourrait douter de l’existence de la theopoiia dans l’antiquité ? Un sceptique invétéré, tout désireux qu’il soit d’attribuer tous les phénomènes à la jonglerie, se voit contraint de proclamer les faits ; et ces faits peuvent être vus journellement si on le veut. « Je n’ose décrire, dit-il en parlant de Chibh-Chondor, fakir de Jaffna-patnam, tous les exercices auxquels il s’est livré. Il est des choses qu’on n’ose pas rapporter, même lorsqu’on les a parfaitement vues, de peur qu’on ne vous accuse d’avoir été sous l’influence d’une hallucination inexplicable ! Et pourtant, dix fois, que dis-je, vingt fois, j’ai vu et revu le fakir obtenir les mêmes résultats sur la matière inerte… C’était un jeu d’enfant pour notre « charmeur », que de faire pâlir et s’éteindre la flamme des bougies, placées, sur ses indications, dans les coins les plus éloignés de la chambre ; de faire mouvoir les meubles sans en excepter les sofas sur lesquels nous étions assis, de faire ouvrir les portes et se refermer à plusieurs reprises, et tout cela, sans quitter la natte sur laquelle il était assis…

« Peut-être me dira-t-on que j’ai vu imparfaitement… C’est possible… mais je répondrai que des centaines et des milliers de personnes ont vu et voient ce que j’ai vu, et des choses encore plus merveilleuses ; y en a-t-il une seule qui ait découvert le secret, et qui ait été capable, de son côté, de reproduire ces phénomènes ? Et je ne saurai trop répéter que tout cela n’a pas lieu sur une scène pourvue de mécanisme et machinée pour l’usage de l’opérateur. Non ; c’est un mendiant nu, accroupi par terre qui se joue ainsi de votre intelligence, de vos sens, et de tout ce que nous sommes convenus d’appeler les lois immuables de la nature, et qu’il semble modifier à son gré !

Change-t-il le cours naturel des choses ? Non ; mais il les fait agir, en se servant de forces qui nous sont encore inconnues, disent les croyants. Quoi qu’il en soit, j’ai assisté vingt fois à de pareilles exhibitions, en compagnie des hommes les plus distingués de l’Inde anglaise, professeurs, médecins et officiers. Or, il n’en est pas un, parmi eux, qui n’ait résumé ses impressions en quittant le salon où elles avaient eu lieu, en disant : C’est véritablement assombrissant pour l’intelligence humaine ! Chaque fois que j’ai vu reproduire par un fakir l’expérience de mettre les serpents en état de catalepsie, situation dans laquelle ces animaux ont la rigidité d’une branche d’arbre, mes pensées se reportaient vers la fable biblique [?] qui attribue à Moise et aux prêtres de Pharaon un pouvoir analogue (613) ».

Certes il doit être aussi facile de doter la chair de l’homme, de la bête, et de l’oiseau du principe de vie magnétique, que la table inerte du médium moderne. Ou bien ces deux prodiges sont possibles et véritables, ou alors tous deux s’écroulent avec les miracles du temps des Apôtres, et ceux des temps plus modernes de l’Eglise papale. Quant aux preuves vitales qu’on nous donne en faveur de ces possibilités, nous pourrions citer plus de ces livres qu’il n’en faut pour remplir toute une bibliothèque. Si Sixte V a donné les noms d’une formidable cohorte d’esprits attachés à divers talismans, sa menace d’excommunication contre tous ceux qui pratiquaient cet art n’a-t-elle pas été faite parce qu’il voulait que ce secret restât confiné dans le sein de l’Eglise ? Que serait-il advenu si ses miracles divins avaient été étudiés et reproduits avec succès, par tout individu doué de persévérance, d’un pouvoir magnétique positif énergique, et d’une inébranlable volonté ? Les récents événements de Lourdes (en supposant, naturellement, qu’ils aient été rapportés fidèlement) démontrent que le secret n’en est pas tout à fait perdu ; et si quelque puissant magnétiseur magicien ne se cache pas, sous le froc et le surplis, la statue de Notre-Dame est mue par les mêmes forces qui font mouvoir toute table magnétisée, dans les séances de spiritisme, et la nature de ces « intelligences », qu’elles appartiennent à la catégorie des esprits humains, ou à celles des élémentaires humains ou des esprits élémentaux, dépend de conditions fort diverses. Quiconque connaît un peu de magnétisme, et en même temps l’esprit charitable de l’Eglise catholique romaine, comprendra aisément que les malédictions incessantes des prêtres et des moines, les anathèmes amers si copieusement lancés par Pie IX, puissant magnétiseur lui-même, et réputé Jettatore (mauvais œil), ont mis des légions d’élémentaires et d’élémentaux sous les ordres des Torquemada(s) désincarnés. Ce sont là les « anges » qui font des espiègleries avec la statue de la Reine du Ciel. Tout individu qui admet le « miracle » et pense autrement commet un blasphème.

Bien qu’on puisse croire que nous avons déjà donné assez de preuves que la science moderne n’a que très peu ou pas de raisons de se vanter d’originalité, nous en donnerons encore quelques-unes avant de terminer ce volume, afin de ne laisser aucun doute à cet égard. Nous n’avons pour cela qu’à récapituler, aussi rapidement que possible, les diverses prétentions à de nouveaux systèmes de philosophie, et à des découvertes dont l’annonce a fait ouvrir grand les yeux au monde pendant les deux derniers siècles. Nous avons signalé les découvertes des anciens Egyptiens, Grecs, Chaldéens et Assyriens dans les arts, les sciences et la philosophie ; nous citerons maintenant un auteur qui a passé de longues années dans l’Inde à étudier sa philosophie. Dans le célèbre et récent ouvrage Christna et le Christ, nous trouvons la nomenclature suivante (614).

« Philosophie : Les anciens Hindous ont créé depuis la fondation, les deux systèmes du spiritualisme et du matérialisme, de la philosophie métaphysique et de la philosophie positive. La première était enseignée dans l’école Védantine fondée par Vyasa ; la seconde était professée dans l’école de Sankhya, dont le fondateur fut Kapila.

Science Astronomique : Ils établirent le calendrier, inventèrent le Zodiaque, calculèrent la précession des équinoxes, découvrirent les lois générales des mouvements des astres et observèrent et prédirent les éclipses.

Mathématiques : Ils inventèrent le système décimal, l’algèbre et les calculs différentiel, intégral et infinitésimal. Ils découvrirent aussi la géométrie et la trigonométrie, et, dans ces deux sciences, ils construisirent et démontrèrent des théorèmes qui n’ont été découverts en Europe qu’au XVIIème et au XVIIIème siècles. Ce furent les Brahmanes qui, de fait, établirent les premiers la mesure de la surface d’un triangle d’après le calcul de ses trois côtés, et calculèrent la relation de la circonférence au diamètre. De plus, nous devons leur restituer le carré de l’hypoténuse et la table si improprement dite de Pythagore, que nous trouvons gravée dans les gopouras de la plupart des grandes pagodes.

Physique : Ils établirent le principe en vigueur encore aujourd’hui, que l’univers est un tout harmonique, sujet à des lois qui peuvent être déterminées par l’observation et l’expérience. Ils découvrirent l’hydrostatique ; et la fameuse proposition que tout corps plongé dans l’eau perd de son poids une quantité égale au poids du volume d’eau qu’il déplace, n’est qu’un emprunt fait aux Brahmanes par le célèbre architecte grec Archimede. Les physiciens des pagodes avaient calculé la vitesse de la lumière, fixé d’une façon définitive les lois de la réflexion, et enfin, il est hors de doute, d’après les calculs de Sourya-Sidhanta, qu’ils connaissaient et avaient mesuré la force de la vapeur.

Chimie : Ils connaissaient la composition de l’eau, et ils avaient formulé, en ce qui concerne les gaz, la fameuse loi que nous ne connaissons que d’hier, que le volume des gaz est en raison inverse de la pression à laquelle ils sont soumis. Ils connaissaient la manière de préparer les acides sulfurique, azotique et muriatique ; les oxydes de cuivre, de fer, de plomb, d’étain et de zinc ; les sulfures de fer, de cuivre, de mercure, d’antimoine et d’arsenic ; les sulfates de zinc et de fer ; les carbonates de fer, de plomb et de soude ; le nitrate d’argent ; et la poudre.

Médecine : Leurs connaissances étaient véritablement surprenantes. Dans Tchakara et Sousrouta, les deux princes de la médecine hindoue, se trouve posé le système que plus tard s’est approprié Hippocrate. Sousrouta principalement énonce les principes de la médecine préventive ou hygiène, qu’il place bien au-dessus de la médecine curative, trop souvent empirique, suivant lui. Sommes-nous aujourd’hui plus avancés ? Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les médecins arabes, qui jouissaient au moyen âge d’une célébrité méritée, et Averroes entre autres, parlaient constamment des médecins hindous et les considéraient comme les initiateurs des Grecs eux-mêmes.

Pharmacologie : Ils connaissaient tous les simples, leurs propriétés, leur emploi ; et sur ce point ils n’ont pas encore cessé de donner des leçons à l’Europe. Tout récemment nous avons reçu d’eux le mode de traitement de l’asthme, par le datura.

Chirurgie : Dans cette branche, ils n’étaient pas moins remarquables. Ils faisaient l’opération de la pierre, réussissaient admirablement dans celle de la cataracte, dans l’extraction du fœtus, dont tous les cas exceptionnels et dangereux sont décrits par Tchakara avec une extraordinaire exactitude scientifique.

Grammaire : Ils ont créé la langue la plus merveilleuse qu’il y ait dans le monde – le Sanscrit – qui a donné naissance à la plus grande partie des idiomes de l’Orient et des contrées Indo-Européennes.

Poésie : Ils ont traité tous les genres et se sont montrés maîtres suprêmes dans tous, Sakountala, Avrita la Phèdre Indoue, Saranga et un millier d’autres drames n’ont pas été surpassés par Sophocle, Euripide, Corneille ou Shakespeare. Leur poésie descriptive n’a jamais été égalée. Il faut lire, dans Megadouta, la « Plainte d’un Exilé » qui implore un nuage qui passe et le prie de porter ses souvenirs à sa maison, à ses parents et à ses amis qu’il ne reverra plus, pour se faire une idée de la splendeur à laquelle ce style atteint dans l’Inde. Leurs fables ont été copiées par tous les peuples anciens et modernes, qui ne se sont pas même donné la peine de donner des couleurs différentes aux sujets de ces petits drames.

Musique : Ils ont inventé la gamme avec ses différences de tons et de demi-tons, longtemps avant Gui d’Arezzo. Voici la gamme hindoue : SA – RI – GA – MA – PA – DA – NI – SA.

Architecture : Ils paraissent avoir épuisé tout ce que le génie de l’homme est capable de concevoir. Des dômes d’une hardiesse inexprimable ; des coupoles élancées, des minarets à dentelle de marbre, des tours gothiques, des hémicycles grecs, le style polychrome, tous les genres et toutes les époques s’y trouvent, indiquant clairement l’origine et la date des différentes colonies qui, en émigrant, apportaient avec elles les souvenirs de leur art indigène ».

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