COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES – Partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Vol 2 – Chapitre IV - COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES

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C’est un fait des plus suggestifs que, dans les prétendues saintes Ecritures, pas un seul mot ne vient à l’appui pour démontrer que Jésus était considéré comme un Dieu par ses disciples. Ils ne lui rendirent les honneurs divins ni avant, ni après sa mort. Leurs relations avec lui se bornaient à celles de Maître à disciples, et c’est ce titre qu’ils lui donnaient [Kurios] de même que les disciples de Pythagore et de Platon en s’adressant à leurs maîtres respectifs avant eux. Quelles que soient les paroles attribuées à Jésus, Pierre(), Paul() et autres, aucune d’elles n’est un acte d’adoration de leur part, et Jésus, lui-même, n’a pas une seule fois déclaré qu’il fût identique avec son Père. Il accusait les Pharisiens de lapider les Prophètes, mais non de déicide. Il s’intitulait le fils de Dieu, mais il avait soin d’ajouter, à maintes reprises, que tous étaient des enfants de Dieu, qui était leur Père Céleste à tous. En prêchant cela il ne faisait que répéter la doctrine enseignée, des siècles auparavant, par Hermès, Platon et les autres philosophes. Etrange contradiction ! Jésus, qu’on nous enjoint d’adorer comme le seul Dieu vivant, dit immédiatement après sa résurrection, à Marie-Madeleine – « Je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre père, vers mon Dieu et votre Dieu ! » (saint Jean(), XX, 17).

Cela veut-il dire qu’il s’identifie avec son Père ? « Mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu », donne à entendre une parfaite égalité entre lui et ses frères, rien de plus. Theodoret écrit : « Les hérétiques sont d’accord, avec nous au sujet du commencement de toutes chose… Mais ils disent qu’il n’y a pas un Christ (Dieu), mais qu’il y en a un en haut, et l’autre ici-bas, et que ce dernier demeurait avant dans beaucoup (d’êtres) ; mais ils disent à un moment que le Jésus vient de Dieu, et à d’autres ils disent que c’est un ESPRIT (440) ». Cet Esprit est le Christos, le messager de vie, qu’on nomme quelquefois l’Ange Gabriel() (en Hébreu, le Puissant de Dieu), et qui, chez les Gnostiques, prenait la place du Logos, tandis que le Saint-Esprit était considéré comme la Vie (441). Néanmoins, dans la secte des Nazaréens, le Spiritus, ou Saint-Esprit, était moins honoré. Tandis que presque toutes les sectes gnostiques le considéraient comme un Pouvoir Féminin, auquel elles donnaient le nom de Binah, הניב ou de Sophia, l’Intelligence Divine ; chez les Nazaréens, il était le Spiritus Féminin, la lumière astrale, la génératrice de toutes les choses de la matière, le chaos sous son aspect mauvais, rendu trouble (turbido) par le Démiurge. Au moment de la création de l’homme, « il était la lumière du côté du PERE, et il était la lumière [lumière matérielle], du côté de la MERE. Et cela, dit le Zohar (442c) est « l’homme double ».

« Ce jour-là [le dernier] périront les sept stellaires mal disposés, ainsi que les fils de l’homme qui ont reconnu le Spiritus, le [faux] Messie, le Deus et la MERE du SPIRITUS (443) ».

Jésus donnait plus de force à ses discours et il les illustrait au moyen de signes et de merveilles, et si nous laissons de côté les prétentions de ceux qui l’ont déifié, il n’a fait que ce que faisaient d’autres Cabalistes et seulement ceux-ci, à cette époque, car depuis deux siècles les sources prophétiques étaient complètement taries, et c’est cette stagnation de « miracles » publics qui avait donné naissance au scepticisme de la secte incrédule des Sadducéens. En décrivant les « hérésies » de cette époque, Theodoret, qui ne soupçonne même pas le sens occulte du mot Christos, le messager Oint, se plaint qu’ils (les Gnostiques) affirment que ce Messager, ou Delegatus., change son corps de temps à autre, « et entre dans d’autres corps, et chaque fois se manifeste différemment. Et ceux-ci [les Prophètes adombrés] se servent d’incantations et d’invocations de divers démons et baptêmes dans la confession de leurs principes… Ils embrassent l’astrologie, la magie et les erreurs mathématiques (?) » (444c).

Ces « erreurs mathématiques », dont se plaint le pieux auteur, amenèrent, par la suite, la redécouverte du système héliocentrique, tout erroné qu’il puisse être encore et oublié depuis l’époque d’un autre « magicien » qui l’enseignait, c’est-à-dire Pythagore. Par conséquent, les merveilles des guérisons et les thaumaturgies de Jésus, qu’il transmit à ses disciples, montrent que ceux-ci apprenaient, par leur communication journalière avec lui, la théorie et la pratique de l’éthique nouvelle, et cela jour après jour et dans leurs rapports familiers d’amitié intime. Leur foi s’accroissait progressivement, comme celle de tout néophyte, au fur et à mesure de leur avancement dans la connaissance. N’oublions pas que Josephe, qui est certainement bien informé sur ce point, considère comme « une science » l’art de chasser les démons. Cet accroissement de la foi est particulièrement visible chez Pierre(), lequel, manquant de la foi nécessaire pour marcher sur les vagues et aller au-devant de son Maître, devint, par la suite, un thaumaturge suffisamment expert pour que Simon le Magicien, ainsi qu’on le prétend, lui ait offert de l’argent pour qu’il lui enseignât l’art de guérir et d’accomplir d’autres merveilles. Philippe(), lui-même, devint, dit-on, un Æthrobate aussi fort qu’Abaris, de mémoire pythagoricienne, mais cependant moins expert que Simon le Magicien.

Nous ne trouvons rien, ni dans les Homélies, ni dans les premiers ouvrages des apôtres, qui laisse supposer que les amis ou les disciples de Jésus l’aient considéré autrement que comme un prophète. Cette notion est clairement établie dans les Clementines. Sauf que saint Pierre() y développe un peu trop longuement son point de vue pour établir l’identité entre le Dieu de Moise et le Père de Jésus, l’ouvrage tout entier traite du Monothéisme. L’auteur semble aussi monté contre le Polythéisme que contre la prétention à la divinité du Christ (445). II parait absolument ignorant du Logos et limite sa théorie à Sophia, la Sagesse gnostique. Nous n’y voyons pas trace d’une trinité hypostatique, mais le même adombrement de la Sagesse gnostique [Christos et Sophia] est attribué à Jésus de même qu’à Adam, Enoch, Noe(), Abraham(), Isaac(), Jacob() et Moise (446c). Ces personnages sont tous placés sur le même niveau et sont considérés comme « de vrais prophètes » et les sept piliers du monde. Bien plus, Pierre() nie avec force la chute d’Adam, et pour lui, s’écroule la doctrine de l’expiation, telle que l’enseigne la théologie chrétienne, car il la combat comme un blasphème (447). Pour Pierre(), la théorie du péché est celle des Cabalistes juifs, et même, jusqu’à un certain point, celle de Platon. Non seulement Adam n’a jamais péché, mais en « vrai prophète mû par l’Esprit de Dieu, qui, plus tard, descendit sur Jésus, il ne pouvait pas commettre de péché » (448c). L’ouvrage entier est, en somme, l’exposé de la croyance de l’auteur de la doctrine cabalistique de permutation. La Cabale enseigne celle de la transmigration de l’Esprit (449c). « Mosah est le revolution de Seth et de Hebel-Abel() » (450c).

« Dis-moi qui est celui qui occasionne la renaissance (la revolutio) ? » demande-t-on au sage Hermès, et la réponse du « païen » est la suivante : « Le Fils de Dieu, l’Homme unique, par la volonté de Dieu (451c) ».

« Le Fils de Dieu », c’est l’Esprit immortel assigné à chaque être humain. C’est cette entité divine qui est « l’homme unique », car l’écrin qui renferme notre âme et l’âme elle-même ne sont que des demi-entités, et sans son adombrement, le corps et l’âme astrale ne sont, tous deux, qu’une dualité animale. Il faut la trinité pour parfaire  » l’homme », et lui permettre de rester immortel à chaque « renaissance » ou revolutio, à travers les sphères successives et ascendantes, chacune desquelles le rapproche davantage du royaume resplendissant de la lumière éternelle et absolue.

« Le PREMIER-NE de Dieu, qui est le « Saint Voile », la « Lumière des Lumières », celui qui envoie la revolutio du Délégatus, car il est la Première Puissance », dit le Cabaliste (452c).

« Le Pneuma [l’Esprit] et le Dunamis (Puissance) qui vient de Dieu, ne doivent être considérés comme rien de moins que le Logos, qui est aussi [?] le Premier-Né de Dieu », riposte le Chrétien (453c).

« Les Anges et les Puissances sont dans le ciel », dit Justin Martyr, donnant ainsi expression à une doctrine purement cabalistique. Les Chrétiens l’adoptèrent du Zohar et des sectes hérétiques, et si Jésus les mentionne, ce n’était pas dans les Synagogues officielles qu’il apprit à connaître la théorie, mais directement par des enseignements cabalistiques. Dans les livres mosaïques on ne les mentionne que rarement, et Moise, qui est en communication directe avec le « Seigneur Dieu », n’en fait pas grand cas. La doctrine était secrète et taxée d’hérétique par la Synagogue orthodoxe. Josephe appelle les Esséniens des hérétiques lorsqu’il dit : « Ceux qui sont admis parmi les Esséniens doivent jurer de ne communiquer leur doctrine à qui que ce soit, autrement que comme ils l’ont reçue eux-mêmes, et aussi de mettre à l’abri les livres appartenant à leur secte, et les noms des anges » (454c). Les Sadducéens ne croyaient pas aux anges, et les Gentils non-initiés non plus, qui limitaient leur Olympe aux dieux et aux demi-dieux, ou « Esprits ». Seuls, les cabalistes et les théurgistes adhéraient à cette doctrine depuis un temps immémorial, et par conséquent aussi Platon, et après lui Philon le Juif, suivi premièrement par les Gnostiques puis par les Chrétiens.

Par conséquent, si Josephe n’est pas l’auteur de la célèbre interpolation concernant Jésus, falsifiée par Eusebe, par contre il a attribué aux Esséniens toutes les caractéristiques principales que nous rencontrons chez les Nazaréens : Ils se retiraient dans la solitude pour prier (455). « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre… et prie ton Père en secret » (Matthieu(), VI, 6). « Ce qu’ils [les Esséniens] disent équivaut à un serment. Ils s’abstiennent de prêter serment » (Josephe II, VIII, 6). « Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement… Que votre parole soit oui, oui, non, non » (Matthieu() V. 34-37).

Les Nazaréens, de même que les Esséniens et les Thérapeutes, avaient plus foi dans leur interprétation du « sens caché » des anciennes Ecritures, que dans les lois plus récentes de Moise. Jésus, ainsi que nous l’avons déjà fait voir, n’a qu’une vénération fort mitigée pour les commandements de son prédécesseur, auquel Irenee voudrait tant le rattacher.

Les Esséniens « entrent dans les maisons de ceux qu’ils ne connaissaient pas auparavant, comme s’il s’agissait d’amis intimes » (Josephe II, VIII, 4). Cette coutume était incontestablement celle de Jésus et de ses disciples.

Epiphane, qui place l’ « hérésie » Ebionite au même rang que celle des Nazaréens, remarque, en outre, que les Nazaraioï prennent rang immédiatement après les Cérinthiens (456c), si malmenés par Irenee (457c).

Munk, dans son ouvrage sur la Palestine, affirme que 4.000 Esséniens habitaient dans le désert ; qu’ils avaient leurs livres mystiques et qu’ils prédisaient l’avenir (458). À peu de chose près, les Nabathéens avaient les mêmes croyances que les Nazaréens et les Sabéens, et tous avaient une plus grande vénération pour Jean-Baptiste que pour Jésus, son successeur. Les Yezidi persans disent qu’à l’origine ils s’établirent en Syrie, venant de Basrah. Ils pratiquent le baptême, et croient aux sept archanges, bien qu’en même temps ils vénèrent Satan. Leur prophète Iezed, qui était en vogue longtemps avant Mahomet (459c), enseignait que Dieu enverrait un messager et que celui-ci lui révélerait un livre qui est déjà écrit, au ciel, de toute éternité (460). Les Nabathéens habitaient le Liban, de même que leurs descendants à ce jour, et dès son origine leur religion fut purement cabalistique. Maimonide en parle en les identifiant avec les Sabéens. « Je mentionnerai les écritures… » qui ont rapport à la croyance et aux institutions des Sabéens, dit-il. Le livre le plus célèbre est le traité d’Agriculture des Nabathéens, qui fut traduit par Ibn Wahohijah. Ce livre fourmille de sottises païennes… Il parle de la préparation des TALISMANS, de l’attraction du pouvoir des ESPRITS, de la MAGIE, des DEMONS et des fantômes, qui font du désert leur demeure (461) ».

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