Toutefois, la stabilité est une vertu que, sous l’influence des Jésuites, nous craignons voir perdre le peu de prise qu’elle a jamais eu sur l’Eglise. Cette âme rusée, savante, dénuée de scrupules et terrible du Jésuitisme, au sein du Catholicisme Romain, prend lentement mais sûrement possession de tout le prestige et de tout le pouvoir spirituel qui s’y attache encore. Pour mieux exposer notre thème, il sera nécessaire d’établir le contraste entre les principes moraux des anciens Tanaïm et des Théurgistes, et ceux professés par les Jésuites modernes qui ont pratiquement aujourd’hui le contrôle du Catholicisme Romain, et que ceux qui voudraient des réformes doivent nécessairement rencontrer et vaincre. Où trouverions-nous dans toute l’antiquité, et dans quel pays, quoi que ce soit qui ressemble à cet Ordre, ou même s’en approche ? Nous devons une place aux Jésuites dans ce chapitre sur les sociétés secrètes, car plus que toute autre, ils constituent une société secrète, et ils ont un lien bien plus étroit avec la Franc-maçonnerie réelle – du moins en France et en Allemagne – qu’on ne le suppose généralement. Le cri de la morale publique outragée s’est élevé contre cet Ordre dès son début (7). Quinze ans à peine s’étaient écoulés après la promulgation de la bulle qui approuvait leur constitution, que ses membres commençaient à être chassés d’un endroit à l’autre. Le Portugal et les Pays-Bas s’en débarrassèrent en 1578 ; la France en 1594 ; Venise en 1606 ; Naples en 1622. Ils furent expulsés de Saint-Pétersbourg en 1815, et de la Russie tout entière en 1820.
Dès son bas âge ce fut un enfant plein de promesse. Ce qu’il devint, par la suite, chacun ne le sait que trop bien. Les Jésuites ont fait plus de mal moral dans ce bas monde que les armées réunies du Mythique Satan. L’énormité apparente de cette accusation, disparaîtra lorsque nos lecteurs d’Amérique, qui jusqu’à maintenant ne les connaissent que fort peu auront été mis au courant de leurs principes (principio) et de leurs règles, tels qu’ils apparaissent dans les ouvrages écrits par les Jésuites eux-mêmes. Nous rappelons aux lecteurs, que tout ce que nous avançons dans les citations en italiques est tiré de manuscrits authentiques, ou d’ouvrages publiés par cette célèbre société. Beaucoup d’entre eux ont été copiés dans le grand In-Quarto publié avec l’autorisation, et sous la vérification et la collation des Commissaires du Parlement français (8). Ces rapports furent réunis et présentés au Roi afin que, comme « l’Arrest du Parlement du 5 mars 1762 » le dit, « le fils aîné de l’Eglise soit mis au courant de la perversité de cette doctrine… qui autorise le Vol, le Mensonge, le Parjure, l’Impureté, toutes les Passions et tous les Crimes, qui enseigne l’Homicide, le Parricide et le Régicide, renversant la religion pour substituer à sa place la Superstition, en favorisant la Sorcellerie, le Blasphème, l’Irréligion et l’Idolâtrie… etc. » Examinons donc les idées des Jésuites au sujet de la magie. Antonio Escobar (9d) dit à ce sujet, dans ses instructions secrètes :
« Il est légal… de se servir de la science acquise à l’aide du Diable, pourvu que la conservation et l’usage de cette connaissance ne dépendent pas du Diable ; car la connaissance est bonne en elle-même, et le péché par lequel elle a été acquise est passé (10d). » Pourquoi un Jésuite ne bernerait-il pas le Diable, de même qu’il berne les laïques ?
« Les Astrologues et les devins sont tenus, ou ne sont pas tenus, de rendre la rémunération de leur divination si l’événement qu’ils ont prédit ne se réalise pas. Je conviens », remarque le bon Père Escobar, « que la première opinion ne me satisfait point du tout, parce que, lorsque l’astrologue ou le devin a exercé toute diligence dans l’art diabolique, qui est nécessaire pour son but, il a rempli son devoir, quel que soit le résultat. De même que le médecin… n’est pas tenu de rendre ses honoraires… si le patient meurt : de même l’astrologue n’est pas obligé de rendre le prix de sa divination… sauf dans le cas où il n’aurait pas fait d’effort, ou aurait été ignorant de son art diabolique ; parce que, lorsqu’il a fait tous ses efforts, il n’a pas usé de tromperie (11). »
Nous lisons encore ce qui suit au sujet de l’astrologie : « Si quelqu’un affirme, sur une supposition basée sur l’influence des astres, le caractère et la disposition d’un homme, qu’il serait soldat, prêtre ou évêque, cette divination est exemple de tout péché ; parce que les astres et la disposition de l’homme peuvent avoir le pouvoir de diriger la volonté humaine vers un certain but ou objet, mais non pas de l’y contraindre (12). »
Busembaum et Lacroix nous disent dans la Theologia Moralis (13d), que « la chiromancie peut être considérée comme légale, si dans les lignes et les signes de la main on peut s’assurer des dispositions du corps, et conjecturer avec probabilité les penchants et les affections de l’âme (14) ».
Bien que plusieurs prédicateurs aient dernièrement formellement nié que cette noble confrérie ait jamais été une société secrète, les preuves existent qu’elle l’a certainement été. Leurs statuts ont été traduits en latin par le Jésuite Polancus, et imprimés au Collège de la Société à Rome en 1558. « On les tenait jalousement secrets, la plupart des Jésuites, eux-mêmes, n’en connaissant que des fragments (15). Ils ne furent jamais exposés en lumière avant 1761, quand ils furent publiés par ordre du Parlement Français de 1761 à 1762, au cours du célèbre procès de Pierre Lavalette. » Les degrés de l’ordre sont : 1° Novices ; 2° Frères laïques coadjuteurs temporels ; 3° Scholastiques ; 4° Coadjuteurs spirituels ; 5° Profés des Trois Vœux ; 6° Profés des Cinq Vœux. « Il existe aussi une classe secrète, connue seulement du Général et de quelques fidèles Jésuites, qui, peut-être plus que toute autre, a contribué au pouvoir redouté et mystérieux de l’Ordre », dit Nicolini. Les Jésuites considèrent comme un des plus brillants exploits de leur Ordre que Loyola ait appuyé, au moyen d’un mémoire spécial au Pape, une pétition pour la réorganisation de cet instrument abominable et détesté de boucherie en gros – l’infâme tribunal de l’Inquisition.
L’Ordre des Jésuites est, aujourd’hui, tout puissant à Rome. Ils se sont réinstallés à la Congrégation des Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires, au Département du Secrétariat d’Etat, et au Ministère des Affaires Etrangères. Pendant des années, avant l’occupation de Rome par Victor-Emmanuel, le Gouvernement Pontifical était complètement entre leurs mains. La Société compte aujourd’hui 8 584 membres. Mais voyons quelles sont leurs règles principales. Par ce qui précède, et en se rendant compte de leurs façons d’agir, on peut se faire une idée de ce que tout le Corps catholique est probablement appelé à devenir. Mackenzie nous dit que : « L’ordre a ses signes secrets, ses mots de passe, suivant les degrés auxquels les membres appartiennent, et comme ils ne portent pas d’uniforme spécial, il est difficile de les reconnaître, à moins qu’ils ne révèlent eux-mêmes qu’ils font partie de l’Ordre ; car ils apparaissent comme Protestants ou Catholiques, démocrates ou aristocrates, infidèles ou fanatiques, suivant la mission spéciale qui leur a été confiée. Leurs espions sont partout, ils appartiennent à tous les rangs de la société et ils se montrent érudits et savants, simples et benets, suivant les instructions qu’ils ont reçues. Il y a des Jésuites des deux sexes et de tout âge, et c’est un fait notoire que des membres de l’Ordre, de familles nobles et d’éducation raffinée, jouent le rôle de domestiques dans des familles protestantes, ou remplissent d’autres emplois analogues afin de servir les fins de la Société. On ne peut être trop sur ses gardes, car la Société toute entière étant basée sur la loi de l’obéissance absolue, peut porter ses forces sur un point donné avec une exactitude infaillible et fatale (16). »
Les Jésuites soutiennent que « la Société de Jésus n’est pas d’invention humaine, mais qu’elle procède de celui dont elle porte le nom. Car Jésus lui-même, établit la règle de vie qui régit la Société, premièrement par son exemple, et ensuite par la parole (17) ».
Que tous les pieux et fervents Chrétiens prennent par conséquent, connaissance de cette prétendue « règle de vie » et des préceptes de leur Dieu, ainsi qu’ils sont présentés par les Jésuites. Peter Alagona (St. Thomæ Aquitanis Summæ Theologiæ Compendium) dit : « Par le commandement de Dieu il est légal de tuer une personne innocente, de voler ou de commettre… (Ex mandato Dei licet occidere innocentem, furari, fornicari) ; car il est le Seigneur de la vie, de la mort, et de toute choses, et on lui doit d’exécuter ses commandements. (Ex. primâ secundæ, Quoest., 94.)
« Un homme appartenant à un Ordre religieux, qui pendant un court laps de temps retire son habit pour une fin pécheresse, est libre de péché mortel, et n’encourt pas la peine d’excommunication. » (Lib. III, sec. 2, Probl. 44, n. 212) (18d).
Jean-Baptiste Taberna (Synopsis Theologicæ Praticæ) pose la question suivante : « Un juge vénal est-il tenu de restituer l’argent qu’il a reçu pour rendre un jugement ? » Réponse. « S’il a reçu l’argent pour rendre un jugement injuste, il est probable qu’il est en droit de le garder… Cette opinion est soutenue et défendue par cinquante-huit docteurs (19d). » (Jésuites).
Nous renonçons à en dire plus long maintenant. La majeure partie de ces préceptes est si écœurante en raison de son caractère licencieux, hypocrite et démoralisant, qu’il a été impossible de les présenter au public, autrement qu’en latin (20d). Nous en présenterons quelques-uns des plus décents, au cours de notre étude, pour comparaison. Mais que devons-nous penser de l’avenir qui attend le monde catholique, s’il doit être contrôlé en précepte et en acte par cette Société néfaste ? Nous ne doutons pas qu’il en sera ainsi, lorsque nous voyons le cardinal-archevêque de Cambrai le proclamer à grands cris à tous ses fidèles ? Sa pastorale fit certain bruit en France ; et cependant, puisque voici que deux siècles se sont écoulés depuis l’exposé de ces infâmes principes, les Jésuites ont eu tout le temps de mentir pour nier les justes accusations, que la plupart des Catholiques n’y ajouteront aucune foi. Le Pape infaillible, Clement XIV (Ganganelli) les supprima le 23 juillet 1773, et néanmoins ils revinrent à la vie ; un autre Pape, également infaillible, Pie VII, les réinstitua le 7 août 1814.
Mais écoutons ce que Monseigneur de Cambrai proclamait avec tant d’ardeur en 1876. Nous citons d’un journal séculier :
« Entre autres choses, il soutient que le Cléricalisme, l’Ultramontanisme et le Jésuitisme ne sont qu’une seule chose– c’est-à-dire, le Catholicisme – et que les distinctions qu’on y a apportées ont été créées par les ennemis de la religion. Il fut un temps, dit-il, où certaine opinion théologique était couramment enseignée en France, au sujet de l’autorité papale. Elle était limitée à notre pays, et d’origine récente. Le pouvoir civil pendant un siècle et demi imposa l’instruction officielle. Ceux qui professaient ces opinions étaient appelés Gallicans et ceux qui protestaient, des Ultramontains, parce que leur centre doctrinal se trouvait au-delà des Alpes, à Rome. Aujourd’hui la distinction entre les deux écoles n’est plus admissible. Le Gallicanisme théologique n’existe plus, depuis que cette opinion a cessé d’être tolérée par l’Eglise. Le Concile Œcuménique du Vatican l’a solennellement condamné au-delà de tout retour. Nul ne peut, aujourd’hui, être Catholique, s’il n’est Ultramontain – et Jésuite (21d). »
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