THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES – partie 4

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IV – THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

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De Gasparin, dans son volume de réfutation dit : « En matière de témoignage, la certitude doit cesser complètement dès que nous franchissons la frontière du surnaturel (209). »

La ligne de démarcation n’étant pas suffisamment établie et déterminée, lequel des deux adversaires est le plus apte à entreprendre la tâche difficile ? Lequel des deux a le plus de titres à devenir l’arbitre public ? Est-ce le parti de la superstition appuyé dans ses assertions par le témoignage de milliers de personnes ? Pendant près de deux ans, ils se pressaient dans le pays où se manifestaient journellement les miracles sans précédent de Cideville, maintenant à peu près oubliés, au milieu d’une innombrable quantité d’autres phénomènes spirites : devons-nous y croire ou devons-nous nous incliner devant la science représentée par Babinet, qui sur le témoignage d’un seul homme (le tailleur), accepte la manifestation du globe de feu, du chat météore et qui réclame pour lui une place parmi les faits bien établis des phénomènes naturels ?

Crookes, dans son premier article (Quarterly Journal of Science, 1er octobre 1871), parle de Gasparin et de son livre : La Science contre le Spiritisme. Il remarque que « l’auteur finit par conclure que tous ces phénomènes s’expliquent par l’action de causes naturelles sans imaginer de miracles ; il n’y aurait lieu de croire ni à l’intervention des esprits, ni à l’influence du diable. Gasparin considère comme un fait pleinement établi par ses expériences, que la volonté dans certains états de l’organisme peut agir à distance sur la matière inerte, et la plus grande partie de son ouvrage est consacrée à vérifier les lois et les conditions sans lesquelles cette action se manifeste (210).

Parfaitement : mais comme le livre de Gasparin a provoqué d’innombrables Réponses, Défenses et Mémoires, il fut alors démontré par son propre ouvrage que M. de Gasparin étant protestant et s’agissant de fanatisme religieux, il y a lieu de se fier aussi peu à lui qu’à MM. des Mousseaux et de Mirville. Gasparin est un calviniste d’une piété profonde tandis que les deux derniers sont de fanatiques catholiques romains. D’ailleurs Gasparin, par ses propres paroles trahit son esprit de parti : « Je sens, dit-il, que j’ai un devoir à remplir… Je tiens haut et ferme le drapeau du protestantisme en face de la bannière ultramontaine (211), etc. ! ». Dans des questions comme celle de la nature des prétendus phénomènes spirites, on ne peut compter sur aucune preuve autre que le témoignage désintéressé de personnes sans parti pris jugeant froidement et sur celui de la science.

La Vérité est une, les sectes religieuses sont légion et chacune prétend avoir trouvé l’inaltérable vérité ; de même que « le Diable est le soutien principal de l’Eglise (catholique) », de même le surnaturel et les miracles ont cessé « avec les apôtres », d’après Gasparin.

Mais M. Crookes a mentionné un autre éminent érudit, Thury, de Genève, professeur d’histoire naturelle, qui fut le confrère de Gasparin lors de l’enquête relative aux phénomènes de Valleyres. Ce professeur contredit carrément les assertions de son collègue. « La première et la plus nécessaire des conditions, dit Gasparin, est la volonté de l’expérimentateur ; sans la volonté, on n’arrivera à rien. Vous pouvez faire la chaîne (faire cercle) pendant vingt-quatre heures consécutives sans obtenir le moindre mouvement (212). »

Cela prouve seulement que de Gasparin ne fait aucune différence entre les phénomènes purement magnétiques produits par la volonté persévérante des assistants parmi lesquels il ne peut n’y avoir pas un seul médium, développé ou non, et ce qu’on appelle les phénomènes spirites. Les premiers peuvent être produits consciemment presque par tout le monde, à condition d’avoir une volonté ferme et déterminée. Les seconds dominent le sensitif contre son gré et agissent très souvent indépendamment de lui. Le mesmériseur veut une chose, et, s’il est assez puissant, cette chose est faite. Le médium, même s’il a l’honnête dessein de réussir, peut très bien ne pas obtenir du tout de manifestation. Moins il exerce sa volonté, meilleurs sont les phénomènes ; plus il éprouve d’inquiétude, moins le résultat est probable. Mesmériser demande une nature positive, être médium, une nature parfaitement passive. C’est l’Alphabet du Spiritisme, il n’y a pas de médium qui l’ignore.

L’opinion de Thury, ainsi que nous l’avons dit, est tout à fait en désaccord avec les théories de Gasparin sur le pouvoir de la volonté. Il le dit clairement dans une lettre en réponse au comte qui l’invitait à modifier le dernier article de son mémoire. Nous n’avons pas sous les yeux le livre de Thury, nous citons donc sa lettre telle qu’elle a paru dans le résumé de la DÉFENSE de Mirville. L’article de Thury qui avait si fort choqué son pieux ami, avait trait à la possibilité de l’existence et de l’intervention dans ces manifestations « de volontés autres que celles des hommes et des animaux ». Voici le texte de sa lettre :

« Je sens parfaitement, monsieur, la justesse de vos observations relatives à l’influence fâcheuse pour moi qu’auront, sur l’esprit des savants en général, les dernières pages de ce mémoire. Je souffre surtout de sentir que ma détermination vous cause quelque peine ; cependant je persiste dans ma résolution, parée que je crois que c’est un devoir auquel je ne saurais me soustraire sans une sorte d’infidélité.

Si, contre toute attente, il y avait quelque chose de vrai dans le spiritualisme, en m’abstenant de dire, de la part de la science, telle que je la conçois, que l’absurdité de la croyance à l’intervention des Esprits n’est pas démontrée scientifiquement (car c’est là le résumé et la thèse des dernières pages du mémoire), en m’abstenant de dire cela à ceux qui, après avoir lu mon travail, seront portés à s’occuper expérimentalement de ces choses, je risquerais de les engager dans une voie dont plusieurs issues sont équivoques.

Sans sortir du domaine scientifique, comme je l’estime, j’irai donc jusqu’au bout, sans aucune réticence au profit de ma propre gloire et, pour me servir de vos paroles, « comme c’est là le grand scandale », je ne veux pas en avoir honte. Je soutiens d’ailleurs que « ceci est tout aussi scientifique qu’autre chose. » Si je voulais soutenir maintenant la théorie de l’intervention des esprits, je n’aurais pour cela aucune force, parce que les faits connus ne sont pas suffisants pour la démonstration de cette théorie. Mais, dans la position que j’ai prise, je me sens fort contre tous. Bon gré, mal gré, il faudra bien que tous les savants apprennent, par l’expérience de leurs erreurs, à suspendre leur jugement sur les choses qu’ils n’ont point suffisamment examinées. La leçon que vous venez de leur donner à cet égard ne doit pas être perdue. »

Genève, 21 décembre 1854

Analysons cette lettre et tâchons d’y découvrir ce que l’auteur pense ou, plutôt, ce qu’il ne pense pas de cette nouvelle force. Une chose est au moins certaine : le professeur Thury, physicien et naturaliste distingué, admet et va jusqu’à prouver scientifiquement que diverses manifestations ont eu lieu. Pas plus que M. Crookes il ne croit qu’elles soient dues à l’intervention d’esprits ni d’hommes désincarnés, ayant vécu et étant morts sur terre. Rien, dit-il dans sa lettre, n’est venu fournir une preuve en faveur de cette théorie. Il ne croit pas davantage aux diables ou démons catholiques de de Mirville. Ce dernier cite la lettre de Thury comme un témoignage accablant contre la théorie naturaliste de Gasparin.

Dès qu’il arrive à cette phrase, il s’empresse d’en accentuer la portée par une note marginale disant : « À Valleyres, peut-être, mais partout ailleurs (213) … ». Il montre son ardent désir de faire entendre que le professeur, en niant le rôle des démons, n’avait en vue que les manifestations de Valleyres.

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