COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES – Partie 1

Blavatsky – Isis Dévoilée – Vol 2 – Chapitre IV - COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES

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« Rien n’est meilleur que ces MYSTERES, au moyen desquels, d’une vie tourmentée et difficile, nous sommes amenés à la mansuétude (humanité, bonté) et apaisés ».

(Ciceron, de Legibus, II, 14)

« Descends, O Soma, avec ce fleuve par lequel tu illumines le soleil… Soma, Océan de Vie, pénétrant tout, tu remplis le Soleil créateur de rayons ».

(Rig Véda, II, 145)

« …la Vierge merveilleuse monte, les cheveux dénoués, elle tient dans sa main deux épis de blé ; elle est assise sur un siège et donne le sein à un GARÇON, jeune encore ; elle le nourrit et lui donne à manger. »

AVENAR (378c)

On prétend que le Pentateuque fut écrit par Moise, et néanmoins il contient le récit de sa mort (Deutéronome XXXIV, 6) et dans la Genèse (XIV, 14) le nom de Dan est donné à une cité, que le livre des Juges (XVIII, 29) nous dit n’avoir reçu ce nom qu’à une date ultérieure, ayant été antérieurement connue sous le nom de Laish. Pourquoi nous étonner alors que le roi Josias() ait déchiré ses vêtements lorsqu’il eut connaissance des livres de la Loi ; car il y avait aussi peu de Moise en eux, qu’il y a de Jésus dans l’Evangile selon saint Jean().

Nous nous permettrons donc de présenter aux théologiens l’alternative suivante, en leur laissant faire leur propre choix, et nous nous engageons à accepter leur décision. Mais ils devront admettre, ou que Moise était un imposteur, ou que ses livres sont des faux, écrits à des époques différentes et par des personnages différents ; ou, encore, qu’ils fourmillent d’interpolations frauduleuses. Dans les deux cas, ces livres perdent tout droit à être traités comme une Révélation divine. Voici le problème, que nous citons de la Bible elle-même – la parole du Dieu de Vérité : « Je suis apparu à Abraham(), à Isaac() et à Jacob(), comme le Dieu Tout Puissant ; mais je n’ai pas été connu d’eux sous mon nom JEHOVAH » (Exode VI, 3), dit le Seigneur à Moise.

Ce renseignement a tout lieu de nous surprendre, car avant d’arriver au livre de l‘Exode, nous lisons dans Genèse (XXII, 14) qu’ « Abraham() donna à ce lieu » – où le patriarche se proposait d’égorger son fils unique – « le nom de JEHOVAH-jireh » ! (Jéhovah voit). Lequel des deux est le texte inspiré ? – Les deux ne peuvent l’être ; lequel des deux est un faux ?

Or, si Abraham() aussi bien que Moise n’avaient pas fait partie du même saint groupement, nous pourrions petit-être venir en aide aux théologiens en leur suggérant un moyen facile de sortir de cette impasse. Qu’ils appellent à leur aide les révérends Pères Jésuites, et spécialement ceux qui ont été missionnaires aux Indes ; ils ne seraient en aucune façon embarrassés. Ils nous diraient, tout bonnement, que sans doute Abraham() avait entendu le nom de Jéhovah et l’avait emprunté à Moise. Ne prétendent-ils pas avoir inventé le Sanscrit, édité Manou et composé la plus grande partie des Védas ?

Marcion, avec d’autres Gnostiques, soutenait l’imposture de la notion d’un Dieu incarné, et par conséquent, il niait la réalité corporelle du corps vivant du Christ. Son entité n’était qu’une simple illusion ; il n’était pas constitué de chair et d’os humains, et n’était pas né d’une mère humaine, car sa nature divine ne pouvait pas être souillée du contact de la chair pécheresse (379). II reconnaissait en Paul() le seul apôtre prêchant le pur Evangile de la Vérité, et, accusait tous les autres disciples de « dénaturer la pure forme des doctrines de l’Evangile, ainsi que Jésus les avait données, et de faire un mélange de la Loi avec les paroles du Sauveur (380) ».

Ajoutons, enfin, que les Critiques bibliques modernes, qui ne sont malheureusement devenus vraiment actifs et sérieux que vers la fin du siècle dernier, admettent généralement que le seul texte que Marcion ait connu des Evangiles, celui de Luc, est bien supérieur et plus exact que tous nos synoptiques actuels. Nous lisons dans Supernatural Religion la phrase suivante, qui ne laissera pas d’étonner tous les Chrétiens : « Nous sommes, par conséquent, redevables à Marcion de la version correcte même de l’Oraison Dominicale, la prière du Seigneur (381) ».

Si nous laissons de côté, pour le moment, les fondateurs les plus marquants des sectes chrétiennes et que nous nous tournions vers les Ophites, lesquels prirent une forme définie du temps de Marcion, et des Basilidéens, nous pouvons y voir la raison des hérésies de toutes les autres. De même que tous les autres Gnostiques, ils rejetaient, dans son entier, la Bible mosaïque. Toutefois, à part quelques déductions originales de quelques autres des plus importants fondateurs des diverses branches du Gnosticisme, leur philosophie n’avait rien de nouveau. Passant par la tradition cabalistique chaldéenne, elle prit ses matériaux dans les livres hermétiques, et ses spéculations métaphysiques suivant encore plus loin en arrière, nous la voyons patauger dans les doctrines du Manou, et la genèse primitive hindoue antésacerdotale. Beaucoup d’éminents savants sur l’antiquité, font remonter les philosophies gnostiques jusqu’au Bouddhisme, ce qui n’amoindrit en aucune manière ni leurs arguments, ni les nôtres. Nous le répétons encore une fois, le Bouddhisme n’est que la source primitive du Brahmanisme. Ce n’est pas contre les Védas primitifs que protesta Gautama. C’est contre la religion d’Etat officielle et sacerdotale ; et les Brahmanes, afin de faire place aux castes et leur donner de l’autorité, remplirent, à une période ultérieure, les anciens manuscrits de shlokas interpolées, par lesquelles ils voulaient prouver que les castes avaient été pré-déterminées par le Créateur, par le fait que chaque classe d’hommes était issue d’un des membres plus ou moins nobles de Brahma. La philosophie de Gautama était celle qui, depuis les temps immémoriaux, était enseignée dans le secret impénétrable des sanctuaires intérieurs des pagodes. Ne nous étonnons donc pas de retrouver, dans tous les dogmes fondamentaux des Gnostiques, les doctrines métaphysiques tant du Brahmanisme que du Bouddhisme. Ils soutenaient que l’Ancien Testament était la révélation d’un être inférieur, d’une divinité subordonnée, et qu’il ne contenait pas une seule phrase de leur Sophia, la Sagesse Divine. Quant au Nouveau Testament, il avait perdu sa pureté lorsque les compilateurs se rendirent coupables d’interpolations, et qu’ils sacrifièrent la vérité divine à leurs fins égoïstes, et pour entretenir des querelles. Cette accusation ne manque pas de fondement pour celui qui est au courant de la lutte constante entre les champions de la circoncision et de la « Loi », et les apôtres qui avaient abandonné le Judaïsme.

Les Gnostiques Ophites enseignaient la doctrine des Emanations, si répugnante aux partisans de l’unité dans la trinité, et vice-versa. La Divinité Inconnue, pour eux, ne portait pas de nom ; mais sa première émanation féminine était appelée Bythos ou Profondeur (382). Elle répondait à la Shékinah des Cabalistes, le « Voile » qui cache la « Sagesse » dans le cranium de la plus élevée des trois têtes. Comme la Monade de Pythagore, cette Sagesse sans nom était la Source de la Lumière, et Ennoïa ou Mental est la Lumière elle-même. Celle-ci était aussi appelée « l’Homme Primitif », comme l’Adam-Kadmon, ou l’Ancien Adam de la Cabale. Certes, si l’homme fut créé à l’image de Dieu, ce Dieu, alors, ressemblait à sa créature dans la forme et la figure, par conséquent, il est bien « l’Homme Primitif ». Le premier Manou, celui qui évolua de Svayambhoû, « celui qui existe, non révélé, dans sa propre gloire », est aussi, dans un sens, l’homme primitif, pour les Hindous.

Par conséquent « l’innommé et le non-révélé », Bythos sa réflexion féminine et Ennoïa, le Mental révélé, procédant des deux premiers, ou leur Fils, sont les contreparties de la première triade chaldéenne, ainsi que celles de la Trimourti brahmanique. Etablissons la comparaison ; dans les trois systèmes nous voyons :

LA GRANDE CAUSE PREMIERE, l’UN, le germe primordial, le non révélé, et le grand TOUT, existant par lui-même. Dans le :

Panthéon hindou Panthéon Chaldéen Système Ophite
Brahma-Dyaus Ilu, l’Aïn-Soph cabalistique L’innommé, ou le Nom Secret

Lorsque l’Eternel se réveille de son sommeil et désire se manifester, il se sépare en mâle et femelle. Il devient alors dans chacun des systèmes :

La DIVINITE BI-SEXUEE, le Père et Mère universel.

En Inde En Chaldée Système Ophite
Brahma Eikon ou Aïn-Soph Esprit sans nom
Nâra (mâle), Anu (mâle), Abrasax (mâle),
Nâri (femelle) Anata (femelle) Bythos (femelle)

De l’union des deux émane un troisième, le principe créateur, le FILS, ou le Logos manifesté, le produit du Mental Divin.

En Inde En Chaldée Système Ophite
Viraj, le Fils Bel, le Fils Ophis (autre nom pour Ennoïa), le Fils

En outre, chacun de ces systèmes possède une trinité de trois mâles, chacun procédant séparément par lui-même d’une Divinité femelle. Ainsi, par exemple :

En Inde En Chaldée Système Ophite
La Trinité – Brahma, Vichnou et Shiva, fondus en UN, qui est Brahma (genre neutre) créant et étant créé par la Vierge Nâri (la mère de la fécondité perpétuelle). La Trinité – Anu, Bel, Hoa (ou Sin, Samas, Bin) fondus en UN, qui est Anu (bi-sexué) par la Vierge Mylitta La Trinité consistait du Mystère, nommé Sigé, de Bythos et d’Ennoïa. Ces trois deviennent UN, qui est Abrasax, de la Vierge Sophia (ou Pneuma) qui est, elle-même, une émanation de Bythos et du Dieu Mystère, et qui par eux émane Christos.
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