Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IV – THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
Nous regrettons de le dire, les absurdités et les contradictions auxquelles M. de Gasparin se laisse aller sont nombreuses. Tout en critiquant avec amertume les prétentions des partisans de Faraday, il attribue des choses qu’il déclare magiques à des causes parfaitement naturelles, par exemple : « Si, dit-il, nous avions à nous occuper uniquement de tels phénomènes (tels ceux vus et expliqués (?) par le grand physicien), nous ferions aussi bien de nous taire. Mais nous avons été au-delà. Quel bien pourraient faire maintenant, je vous prie, ces appareils qui démontrent comment une pression inconsciente explique tout ? Elle explique tout et pourtant la table résiste à la pression et à la direction donnée ! Elle explique tout et cependant un meuble, sans être touché par personne, suit le doigt tendu vers lui : il s’élève (sans contact) et se renverse lui-même sens dessus dessous (214) ! »
À part tout cela, il prend sur lui d’expliquer les phénomènes.
« L’on criera au miracle, à la magie, dites-vous. Toute nouvelle loi est un prodige pour certaines gens. Calmez-vous. J’assume volontairement la tâche de rassurer ceux qui sont alarmés. En présence de phénomènes de ce genre nous ne franchissons nullement les frontières de la loi naturelle (215). »
Très certainement non. Mais les savants peuvent-ils affirmer que les clefs de cette loi sont entre leurs mains. M. de Gasparin pense qu’il les tient. Voyons.
« Je ne me risque pas personnellement à expliquer quoi que ce soit : Ce n’est pas mon affaire (?). Constater l’authenticité de simples faits et soutenir une vérité que la science veut étouffer, c’est tout ce que je prétends faire. Cependant je ne puis résister à la tentation de montrer (à ceux qui nous traiteraient volontiers comme autant d’illuminés et de sorciers), que la manifestation dont il s’agit comporte une interprétation cadrant avec les lois ordinaires de la science.
Supposez un fluide émanant des assistants et, surtout, de quelques-uns d’entre eux ; supposez que la volonté détermine la direction prise par ce fluide ; alors vous comprendrez aisément le mouvement de rotation et de lévitation de celui des pieds de la table du côté duquel est émis un excès de fluide, à chaque acte de volition. Supposez que le verre puisse permettre au fluide de s’échapper et vous comprendrez comment un gobelet placé sur une table peut interrompre la rotation, vous comprendrez que le gobelet, étant placé d’un côté, produit une accumulation de fluide sur l’autre côté lequel, en conséquence, est soulevé ! »
Si chacun des expérimentateurs était un magnétiseur habile, l’explication, sauf certains détails importants, pourrait être acceptable. Voilà qui est bien en ce qui concerne le pouvoir de la volonté humaine sur la matière inerte, selon le savant ministre de Louis-Philippe. Mais qu’en est-il de l’intelligence manifestée par la table ? Quelle explication donne-t-il pour les réponses à certaines questions, obtenues par l’intermédiaire de cette table ? Des questions qui ne peuvent être des « reflets du cerveau » des assistants, quoique cette théorie soit chère à de Gasparin. Leurs idées étaient absolument contraires à la philosophie très libérale professée par cette table merveilleuse. Sur ce point il est muet. Tout, mais pas des esprits qu’ils soient humains, sataniques ou élémentals.
Avouons-le, la « concentration simultanée de la pensée » et « l’accumulation de fluide » ne valent pas mieux que « la cérébration inconsciente » et « la force psychique » d’autres savants. Il nous faut chercher encore et, nous pouvons le prédire, les mille et une théories scientifiques seront aussi impuissantes, jusqu’au jour où on reconnaîtra que la force en question, loin d’être une projection des volontés accumulées du cercle est, au contraire, une force qui est anormale, étrangère aux assistants, et supra-intelligente.
Le professeur Thury, qui nie la théorie des esprits désincarnés, rejette la doctrine chrétienne du diable et ne semble guère enclin à admettre la sixième théorie de M. Crookes (celle des Hermétistes et des Théurgistes de l’antiquité). Il adopte celle qui lui paraît « la plus prudente, celle qui lui donne l’impression qu’il est fort contre qui que ce soit ». D’ailleurs, il n’accepte pas davantage l’hypothèse de de Gasparin sur « la puissance inconsciente de la volonté. »
Voici ce qu’il dit dans son ouvrage :
« Quant aux phénomènes annoncés, tels que la lévitation sans contact et le déplacement des meubles par des mains invisibles, personne n’est capable d’en démontrer l’impossibilité, à priori, personne n’a donc le droit de traiter d’absurdes les témoignages sérieux qui affirment leur exactitude. » (p. 9).
Quant à la théorie proposée par M. de Gasparin, Thury la juge très sévèrement. « Tout en admettant, dit de Mirville, que dans les expériences de Valleyres, la force pût résider dans les individus (or nous prétendons qu’elle est intrinsèque et extrinsèque, en même temps), en admettant aussi que la volonté puisse être nécessaire généralement (p. 20), il ne fait que répéter ce qu’il a dit dans sa préface, savoir : M. de Gasparin nous présente des faits bruts et nous offre à leur sujet des explications qu’il nous donne pour ce qu’elles valent. Soufflez dessus, il n’en restera pas grande chose. Non, de ces explications il restera fort peu, s’il en reste quelque chose. Les faits, eux, sont désormais prouvés. » (p. 10)
Comme nous le dit M. Crookes, le professeur Thury « réfute toutes ces explications. Il considère les effets comme résultant d’une substance particulière, fluide ou agent pénétrant à la manière de l’éther lumineux des salants toute la matière nerveuse, organique et inorganique : il l’appelle Psychode. Il discute à fond les propriétés de cet état, forme ou matière. Il propose de nommer : force ecténique … le pouvoir exercé par l’esprit lorsqu’il agit à distance, sous l’influence du psychode (216). »
Mr Crookes fait observer en outre « que la force ecténique du professeur Thury et sa propre force psychique sont évidemment des termes équivalents. »
Nous pourrions, certes, aisément démontrer que les deux forces sont identiques et, de plus, qu’en somme, sous ces deux noms, il s’agit de la lumière astrale ou sidérale telle que la définissent les alchimistes et Eliphas Levi, dans son Dogme et Rituel de Haute Magie ; que sous le nom d’AKASA, ou principe de vie, cette force qui pénètre tout était connue des gymnosophes, des magiciens Hindous, des adeptes de tous les pays, depuis des milliers d’années. Ils la connaissent encore ; les lamas du Tibet, les fakirs, les thaumaturges de toutes les nationalités, et même les jongleurs de l’Inde, s’en servent encore aujourd’hui.
Dans bien des cas de transe produite artificiellement par magnétisation, il est aussi fort possible, et même très probable, que c’est l’esprit du sujet qui agit sous la direction de la volonté de l’opérateur. Mais si le médium reste conscient et si des phénomènes psycho-physiques se produisent, laissant supposer une intelligence directrice, l’épuisement physique prouve seulement une prostration nerveuse, à moins qu’il ne s’agisse d’un magicien capable de projeter son double. La preuve paraît concluante que le médium est l’instrument passif d’entités invisibles possédant un pouvoir occulte. Mais si la force ecténique de Thury et la force psychique de Crookes ont, en substance, la même origine, leurs deux parrains semblent différer beaucoup quant aux propriétés et aux potentialités de cette force ; d’un côté, le professeur Thury admet, naïvement, que les phénomènes sont souvent produits par « des volontés non humaines » et apporte ainsi, naturellement, une adhésion caractérisée à la théorie n° 6 de M. Crookes ; celui-ci, d’autre part, bien qu’il admette l’authenticité des phénomènes, n’a encore exprimé aucune opinion définitive quant à leur cause.
Ainsi, nous le voyons, ni M. Thury qui a examiné ces manifestations avec de Gasparin en 1854, ni M. Crookes qui admet leur incontestable authenticité en 1874, ne sont arrivés à rien de plus. Tous deux sont des chimistes, des physiciens, des hommes fort instruits. Tous deux ont donné toute leur attention à cette angoissante question. Outre ces deux savants, d’autres ont abouti à la même conclusion et ont été incapables d’offrir une solution définitive. Donc, en vingt ans, aucun savant n’a fait un seul pas vers l’éclaircissement du mystère qui reste immuable, imprenable, comme les murailles d’un château enchanté dans un conte de fées.
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