THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES – partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IV – THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

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Babinet, Royer, Jobert de Lamballe, tous les trois membres de l’Institut, se sont particulièrement distingués dans cette lutte contre le scepticisme et le surnaturalisme et n’y ont assurément pas récolté de lauriers. Le célèbre astronome s’est imprudemment aventuré sur-le-champ de bataille des phénomènes. Il avait scientifiquement expliqué les manifestations. Mais, enhardi par la croyance si chère aux savants, que la, nouvelle épidémie ne pourrait résister à une sérieuse investigation et qu’elle ne durerait pas une année, il eut l’imprudence plus grande encore de publier deux articles sur cette question. Si ces deux articles n’eurent qu’un très maigre succès dans la presse scientifique, ainsi que le fait spirituellement remarquer de Mirville, ils n’en eurent absolument aucun dans la presse quotidienne.

Mr Babinet commença par accepter a priori la rotation et le mouvement des meubles, fait qu’il déclare « hors de doute« . « Cette rotation, dit-il, peut se manifester avec une énergie considérable, soit par une vitesse très grande, soit par une forte résistance lorsqu’on veut l’arrêter (197). »

Voici, maintenant, l’explication de l’éminent astronome : « Poussée doucement par de petites impulsions concordantes des mains placées sur elle, la table commence à osciller de droite à gauche… Au moment où, après un délai plus ou moins long, une trépidation nerveuse est établie dans les mains, lorsque les petites impulsions individuelles de tous les assistants se sont harmonisées, la table se met en mouvement (198). »

Il trouve cela fort simple car « tous les mouvements musculaires sont déterminés dans les corps par des leviers de troisième ordre pour lesquels le point d’appui est très rapproché du point sur lequel agit la force. D’où, par conséquent, la grande vitesse communiquée aux mobiles ; elle est proportionnelle à la très petite distance que la force doit parcourir… Quelques personnes sont étonnées de voir une table, soumise à l’action de plusieurs individus bien disposés et agissant avec ensemble, surmonter de puissants obstacles et même briser ses pieds lorsqu’on l’arrête court. Mais cela est fort simple si nous tenons compte de la puissance des petites actions concordantes… Encore une fois, l’explication physique n’offre pas de difficultés (199). »

Dans cette dissertation, on nous montre clairement deux résultats. La réalité des phénomènes est prouvée et l’explication scientifique rendue ridicule. Mais M. Babinet peut bien se permettre d’être raillé : il sait, en qualité d’astronome, qu’on trouve des taches même dans le soleil.

Il est une chose, cependant, que M. Babinet a toujours énergiquement niée : savoir : la lévitation des meubles, sans contact De Mirville le reprend de proclamer qu’une telle lévitation est impossible : « simplement impossible, dit-il, aussi impossible que le mouvement perpétuel (200). »

Qui osera prétendre, après cette déclaration, que la science est infaillible quand elle prononce le mot impossible ?

Mais, après avoir valsé, oscillé, tourné, les tables commencèrent à s’incliner et à frapper des coups, parfois aussi retentissants que des coups de pistolet. Que dites-vous de cela ? Voici la réponse : « les témoins et les expérimentateurs sont des ventriloques ! »

De Mirville nous renvoie à la Revue des Deux-Mondes qui publia un très intéressant dialogue, imaginé par M. Babinet parlant de lui-même â lui-même, comme l’En-Soph Chaldéen des Cabalistes : « Que pouvons-nous dire finalement de tous ces faits soumis à notre observation ? Ces coups frappés sont-ils réels ? Oui. Ces coups répondent-ils à des questions ? Oui. Par qui ces coups sont-ils produits ? Par les médiums. Par quels moyens ? Par la méthode acoustique ordinaire des ventriloques. Mais on nous faisait croire que ces sons pouvaient résulter du craquement des orteils ou des doigts ? Non, car, dans ce cas, ils partiraient toujours du même point, ce qui n’est pas le cas (201). »

« Maintenant, demande de Mirville, que devons-nous penser des Américains, de leurs milliers de médiums qui produisent les mêmes coups devant des millions de témoins ? » « Ventriloquie, assurément« , répond Babinet : « Mais comment pouvez-vous expliquer une telle impossibilité ? » Le plus simplement du monde ; écoutez bien : « Il n’a fallu pour la première maison qu’un gamin frappant à la porte d’un bourgeois mystifié, peut-être au moyen d’une balle de plomb, attachée à une ficelle, et si M. Weekman (le premier croyant américain (202)), qui se tenait en embuscade pour la troisième fois, n’entendit pas les éclats de rire, dans la rue, cela tient à l’essentielle différence qui existe entre le gamin français et le gamin anglais transatlantique, toujours largement pourvu de cet humour… ou gaieté triste (203) ».

De Mirville dit, véridiquement, dans sa célèbre réponse aux attaques de Gasparin, Babinet et autres savants : « Ainsi donc selon notre grand physicien, les tables tournent très vite, très énergiquement, résistent de même et, selon M. de Gasparin, elles se soulèvent sans contact. Un ministre disait : « Avec trois mots de l’écriture d’un homme, je me charge de le faire pendre ». Avec ces trois lignes, nous nous chargeons, nous, de mettre en déroute tous les physiciens de la terre, ou plutôt de révolutionner le monde. Comment les savants distingués auxquels nous avons affaire n’ont-ils pas eu du moins la précaution d’en appeler, comme M. de Gasparin, « à quelque loi encore inconnue ? » Avec cela on se tire de tout (204). »

Babinet investigateur, expert en spiritisme ! Lisez ses notes relatives aux « faits et théories physiques ». C’est là que vous trouverez sa logique et son raisonnement à leur apogée.

Il semblerait que M. de Mirville, si nous consultons son récit des merveilles qui se produisirent au presbytère de Cideville (205), ait été frappé de la nature prodigieuse de certains faits. Malgré le constat précis des magistrats enquêteurs, ces faits sont tellement miraculeux que l’auteur démonologue recula, lui-même, devant la responsabilité de leur publication.

Ces faits sont les suivants : « Au moment précis prédit par un sorcier (il s’agissait d’une vengeance), un violent coup de tonnerre se fit entendre au-dessus de l’une des cheminées du presbytère. Le fluide descendit le long de la maison avec un fracas formidable, passa par la cheminée et jeta par terre ceux qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas (au pouvoir du sorcier). Ils se chauffaient près de la cheminée. Le fluide, après avoir empli la pièce d’une foule d’animaux fantastiques, revint à la cheminée par laquelle il remonta puis disparut au milieu du bruit épouvantable qui avait signalé son arrivée. » De Mirville ajoute : « Nous n’étions déjà que trop riches de faits, nous reculâmes devant cette nouvelle énormité qui s’ajoutait à tant d’autres (206). »

Mais Babinet qui, de concert avec ses collègues, s’était tant moqué des deux auteurs démonologues, Babinet, très décidé d’ailleurs à prouver l’absurdité de toutes les histoires de ce genre, crut devoir enlever tout crédit aux phénomènes de Cideville que nous avons rapportés plus haut, en faisant un récit plus incroyable encore. Laissons parler M. Babinet, lui-même.

Le fait suivant, qu’il présenta à la Séance de l’Académie du 5 juillet 1852, se trouve, sans le moindre commentaire, donné simplement comme un exemple de foudre sphérique, dans les Œuvres de F. Arago, volume I, page 52. Nous le reproduisons textuellement.

« Après un violent coup de tonnerre, mais pas immédiatement après, dit M. Babinet, un apprenti tailleur, demeurant rue Saint-Jacques, finissait de dîner, lorsqu’il vit un écran de papier, qui bouchait l’ouverture de la cheminée, tomber, comme poussé par un léger coup de vent. Immédiatement après, il aperçut un globe de feu, grand comme la tête d’un enfant, sortir tranquillement de la grille et traverser lentement la chambre, sans toucher les briques du sol. Ce globe de feu présentait l’aspect d’un jeune chat, de taille moyenne… se mouvant sans se servir de ses pattes. Le globe était plutôt brillant et lumineux que chaud et enflammé : le tailleur n’éprouva aucune sensation de chaleur. Ce globe s’approcha de ses pieds, comme un jeune chat qui voudrait jouer et se frotter contre ses jambes, ainsi que font souvent ces animaux ; mais l’ouvrier retira ses pieds à son approche et, se levant avec beaucoup de précautions, il évita le contact du météore. Ce dernier resta quelques secondes à tourner autour de ses jambes tandis que le tailleur l’examinait avec curiosité en se penchant au-dessus de lui. Après avoir fait divers tours dans des directions opposées, mais sans quitter le centre de la chambre, le globe de feu s’éleva verticalement jusqu’au niveau de la tête de l’homme qui, pour éviter d’être touché au visage, se jeta en arrière sur son siège. Arrivé à environ un mètre du sol, le globe de feu s’allongea légèrement, prit une direction oblique vers une ouverture pratiquée dans le mur, au-dessus de la cheminée, à un mètre à peu près plus haut que le dessus de la cheminée. Ce trou avait été percé pour le passage d’un tuyau de poêle pendant l’hiver ; mais, suivant l’expression du tailleur, le tonnerre ne pouvait pas le voir car il était recouvert par le papier qui tapissait toute la pièce. Le globe alla directement vers cette ouverture, décolla le papier sans l’endommager et remonta dans la cheminée… lorsqu’il arriva au faîte, ce qu’il fit assez lentement… il fit explosion avec un bruit effrayant… à environ vingt mètres du sol, et détruisit en partie la cheminée… », etc…

« Il semble, remarque de Mirville dans sa revue, que nous pourrions appliquer à M. Babinet l’observation suivante faite par une femme très spirituelle à Raynal : « Si vous n’êtes pas Chrétien ce n’est pas que la foi vous manque (207). »

Ce ne sont pas seulement les croyants qui furent surpris de la crédulité dont fait preuve M. Babinet quand il persiste à nommer cette manifestation un météore, car le Dr Boudin le signale fort sérieusement, dans un livre sur la foudre qu’il était en train de publier. « Si ces détails sont exacts comme ils paraissent l’être, dit le docteur, puisqu’ils sont admis par MM. Babinet et Arago, il semble très difficile de conserver à ce phénomène la qualification de foudre sphérique. Cependant nous laissons à d’autres le soin d’expliquer, s’ils le peuvent, la nature de ce globe de feu ne produisant aucune sensation de chaleur, ayant l’aspect d’un chat, se promenant lentement dans une chambre, qui trouve le moyen de s’échapper en remontant dans la cheminée par une ouverture dans le mur, ouverture recouverte de papier qu’il décolle sans l’endommager (208). »

« Nous sommes du même avis que le savant docteur, ajoute le marquis ; il est difficile de, donner un nom exact à ce fait et nous ne voyons pas pourquoi nous n’aurions pas, à l’avenir, la foudre sous la forme d’un chien, d’un singe, etc…, etc. On frémit à la simple idée de toute une ménagerie météorologique qui, grâce au tonnerre, viendrait ainsi se promener à volonté dans nos appartements. »

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