Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IV – THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES
Parmi la multitude des livres publiés contre le Spiritisme, d’origine catholique et protestante, il n’en est point qui aient produit une sensation aussi grande que les ouvrages de de Mirville et de des Mousseaux : La magie au XIXème siècle, Mœurs et Pratiques des Démons, Hauts phénomènes de la magie, Les médiateurs de la magie. Des Esprits et de leurs manifestations. Ils constituent la biographie la plus encyclopédique du diable et de ses suppôts qui, depuis le moyen âge, ait paru pour la plus grande joie des catholiques.
D’après ces auteurs, celui qui fut « un menteur et un meurtrier, depuis le commencement », fut aussi le promoteur principal des phénomènes spirites. Il fut pendant des milliers d’années à la tête de la théurgie païenne, et c’est lui encore qui, encouragé par l’hérésie croissante, l’infidélité et l’athéisme, a fait sa réapparition dans le siècle actuel. L’Académie poussa un cri d’indignation et M. de Gasparin y vit même une insulte personnelle. « C’est une déclaration de guerre, une levée de boucliers, écrivit-il dans son volumineux ouvrage de réfutation. Le livre de M. de Mirville est un véritable manifeste… Je serais heureux de le considérer comme l’expression d’une opinion strictement personnelle, mais, en vérité, c’est impossible. Le succès de l’ouvrage, tant d’adhésions solennelles, leur reproduction fidèle par les journaux et les écrivains du parti, la solidarité prouvée entre eux et le corps catholique entier… tout tend à prouver qu’il s’agit d’un travail qui est essentiellement un acte possédant la valeur d’une œuvre collective. Cela étant, j’ai senti que j’avais un devoir à remplir. J’ai senti que j’étais obligé de relever le gant… de porter haut et ferme le drapeau du Protestantisme contre la bannière Ultramontaine (192). »
Les facultés de médecine, comme on pouvait le prévoir, assumant le rôle du chœur de la tragédie grecque, se firent l’écho des plaintes diverses suscitées par les auteurs démonologues. Les Annales médico-psychologiques, éditées par les Dr Brierre de Boismont et Cerise, publièrent les lignes suivantes : « En dehors des controverses des partis en lutte, jamais un auteur, dans notre pays, n’osa faire face, avec une sérénité plus agressive,… aux sarcasmes, au mépris de ce que nous appelons le sens commun et, comme pour défier, pour provoquer en même temps, les explosions de rire et les haussements d’épaules, l’auteur accentue encore son attitude et, se posant effrontément devant les membres de l’Académie… leur adresse ce qu’il intitule modestement son Mémoire sur le Diable (193) ! »
Certes, c’était une insulte mordante pour les Académiciens mais plus d’une fois depuis 1850 ils semblent avoir été contraints de souffrir dans leur orgueil plus que beaucoup d’entre eux ne peuvent supporter. Quelle idée que celle d’appeler l’attention des quarante « Immortels » sur les faits et gestes du Diable ! Ils firent vœu de se venger et se liguant entre eux, formulèrent une théorie qui surpassait en absurdité, même la démonolâtrie de de Mirville ! Le Dr Royer et Jobert de Lamballe, tous deux célèbres en leur genre, firent alliance et présentèrent à l’Institut un Allemand dont l’adresse, s’il fallait l’en croire, donnait la clé de tous les bruits et coups produits ou frappés par les tables, dans les deux hémisphères. « Nous rougissons », remarque le marquis de Mirville, « d’ajouter qu’il s’agissait simplement cette fois du déplacement réitéré de l’un des tendons musculaires de la jambe, appelé le long péronier. Aussitôt, et séance tenante, démonstration du système en plein Institut, expression de la reconnaissance académique pour cette intéressante communication et, peu de jours après, assurance donnée par un professeur agrégé de la Faculté de médecine, que, les savants ayant prononcé, le mystère était, enfin, éclairci (194). »
Mais des éclaircissements scientifiques de ce genre n’empêchèrent ni le phénomène de suivre tranquillement son cours, ni les deux écrivains démonologues de continuer l’exposé de leurs doctrines strictement orthodoxes.
Niant que l’Eglise eût rien de commun avec ses livres, des Mousseaux, comme suite à son Mémoire, gratifia gravement l’Académie de pensées intéressantes et profondément philosophiques concernant Satan :
« Le diable est le pilier fondamental de la foi. Il est un des grands personnages dont l’existence est étroitement liée à celle de l’Eglise et sans le discours si triomphalement sorti de la bouche du Serpent, son médium, la chute de l’homme n’aurait pas pu se produire. Supprimez-le, notre Sauveur, le Crucifié, le Rédempteur deviendrait tout juste, à nos yeux, le plus ridicule des surnuméraires et la Croix une insulte au bon sens (195) ! »
Cet écrivain, souvenez-vous-en, n’est que l’écho fidèle de l’église qui anathématise également celui qui nie Dieu et celui qui met en doute l’existence objective de Satan.
Mais le marquis de Mirville pousse encore plus loin cette idée d’après laquelle Dieu serait le partenaire du Diable. D’après lui, c’est une affaire commerciale régulière : l’associé principal, l’aîné, « partenaire muet », tolère que le commerce actif de la raison sociale soit conduit au gré de son jeune associé dont l’audace et l’activité lui sont profitables. Quelle autre opinion pourrait se faire celui qui lit les lignes suivantes ?
« Au moment de cette invasion spirite de 1853, si légèrement étudiée, nous avons osé prononcer ces mots : « catastrophe menaçante ». Le monde ne daigna pas s’en préoccuper, mais comme l’histoire nous montre les mêmes symptômes à toutes les époques de désastres, nous avions un pressentiment des tristes effets d’une loi que Goërres a formulée ainsi (vol. V, p. 356) : Ces mystérieuses apparitions ont invariablement annoncé que la main de Dieu s’apprêtait à châtier la terre (196) ».
Ces escarmouches entre les champions du clergé et la matérialiste Académie des Sciences prouvent surabondamment combien peu cette dernière a fait pour déraciner le fanatisme aveugle, même dans les esprits des personnes les plus instruites. Evidemment la science n’a ni complètement vaincu ni muselé la théologie. Elle en viendra à bout le jour seulement où elle daignera voir dans un phénomène spirite autre chose qu’hallucination et charlatanisme. Mais comment peut-elle le faire sans étudier à fond la question ? Supposons qu’avant l’époque où l’électro-magnétisme fut publiquement reconnu, le professeur Oerstedt de Copenhague, son inventeur, eût souffert d’une attaque de cette affection que nous nommons psychophobie ou pneumatophobie. Il remarque que le fil métallique, le long duquel passe un courant électrique, manifeste des tendances à faire tourner l’aiguille aimantée de sa position naturelle à une autre position, perpendiculaire cette fois, à la direction du courant. Faisons encore d’autres suppositions : le professeur a entendu parler de certaines personnes superstitieuses qui se sont servi de ces aiguilles aimantées pour converser avec des intelligences invisibles ; il a su qu’elles avaient reçu des signaux, qu’elles avaient même tenu des conversations suivies avec ces intelligences, à l’aide de ces aiguilles. Figurez-vous enfin que le professeur, à la suite de cela, ait été soudainement saisi d’horreur scientifique et de dégoût pour une croyance prouvant tant d’ignorance et qu’il ait carrément refusé d’avoir rien à faire avec une telle aiguille. Que serait-il arrivé ? L’électro-magnétisme ne serait peut-être pas encore découvert et nos expérimentateurs en auraient été les principales victimes.
Lire la suite … partie 3


