RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 10

Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre XI - Résultats comparés du Bouddhisme et de la Chrétienté

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Cette seconde naissance, la régénération de l’esprit, après la naissance naturelle de ce qui est né de la chair, était certes de nature à étonner un chef Juif. Néanmoins elle avait déjà été enseignée 3000 ans avant la venue du grand prophète de Galilée, non seulement dans l’Inde antique, mais à tous les epoptæ des initiations païennes, qu’on avait instruits dans les grands mystères de la VIE et de la MORT. Ce secret des secrets, que l’âme n’est pas enchaînée à la chair, était pratiquement démontré par les exemples des Yogis, les disciples de Kapila. Ayant libéré leurs âmes des liens de Prakriti, ou de Mahat (la perception physique des sens et de l’esprit – en un sens la création) ils développaient leur puissance d’âme et la force de leur volonté au point d’avoir acquis le pouvoir, sur cette terre, de communiquer avec les mondes supérieurs, et de pratiquer ce qu’on nomme communément des « miracles » (383d). Les hommes dont l’esprit astral a atteint sur cette terre nehreyasa, ou moukli, sont des demi-dieux ; ils atteignent Moksha ou Nirvâna en l’état d’esprits désincarnés, et cela constitue leur seconde naissance spirituelle.

Le Bouddha enseigne la doctrine d’une nouvelle naissance aussi clairement que le fait Jésus. Désirant rompre avec les anciens Mystères, auxquels il était impossible d’admettre les masses ignorantes, le réformateur hindou, bien que muet, en général, au sujet de plus d’un dogme secret, indique clairement sa pensée dans différents passages. C’est ainsi qu’il dit : « Quelques personnes sont nées de nouveau ; les malfaiteurs vont en Enfer ; les justes vont au Ciel ; ceux qui se sont libérés de tout désir terrestre entrent au Nirvâna » (Préceptes de la Dhammapada V, 126). D’autre part le Bouddha dit que « il est meilleur de croire à une vie future dans laquelle on ressentira la félicité ou la souffrance ; car si cette croyance est enracinée dans le cœur, il laissera de côté le péché et s’adonnera à la vertu ; et même si une telle résurrection n’existe pas, une vie comme celle-là commandera la considération des hommes et un bon renom. Mais ceux qui croient à l’extinction après la mort, ne manqueront pas de commettre n’importe quel péché, à cause de leur manque de foi en un avenir » (384d).

L’Epitre aux Hébreux traite du sacrifice du sang. « Là où il y a un testament il est nécessaire que la mort du testateur soit constatée… sans effusion de sang il n’y a pas de pardon. » Puis encore : « Christ ne s’est pas non plus attribué la gloire de devenir Grand Prêtre, mais il la doit à celui qui lui a dit : « Tu es mon Fils, JE T’AI ENGENDRÉ AUJOURD’HUI. » (Hébreux IX 16, 22 ; V. 5). On en déduit clairement : 1° que Jésus n’était considéré que comme un grand prêtre, ainsi que Melchisédec – autre avatar ou incarnation de Christ, suivant les Pères ; et 2° que l’écrivain considérait que Jésus n’était devenu un « Fils de Dieu », qu’au moment de son initiation par l’eau ; que, par conséquent, il n’était pas un dieu de naissance, et qu’il n’avait pas été engendré physiquement par Lui. Tout initié de la « dernière heure », devenait, du fait de son initiation, un Fils de Dieu. Lorsque Maxime, l’éphésien, initia l’empereur Julien aux Mystères Mithraïques, il prononça comme d’habitude, la formule usuelle du rite en disant : « Par ce sang je te lave de tes péchés. La Parole du Très-Haut est entrée en toi et dorénavant Son Esprit reposera sur le NOUVEAU-NE, engendré en ce moment par le Dieu Suprême… Tu es le fils de Mithra. » « Tu es le Fils de Dieu« , répétaient les disciples après le baptême du Christ. Lorsque Paul secoua la vipère dans le feu, sans qu’il lui arrivât aucun mal, les habitants de Mélita dirent « que c’était un dieu« . (Actes XXVIII, 6). « Il est le fils de Dieu, le Resplendissant ! » était le terme employé par les disciples de Simon le Magicien, car ils croyaient reconnaître en lui, « le grand pouvoir de Dieu. »

Un homme ne peut avoir de dieu qui ne soit pas limité par ses propres conceptions humaines. Plus l’envergure de sa vision spirituelle est étendue, plus grande aussi sera sa divinité. Mais où en trouverions-nous une plus éclatante démonstration, que dans l’homme lui-même ; dans les pouvoirs spirituels et divins qui demeurent latents dans chaque être humain ? « La capacité même d’imaginer la possibilité des pouvoirs thaumaturgiques, est la preuve de leur existence », dit l’auteur de Prophecy. « Le critique, ainsi que le sceptique, sont généralement inférieurs à la personne ou au sujet qu’ils étudient, et par conséquent ils ne sont guère des témoignages compétents. Quand il y a une contrefaçon, il doit exister quelque part un original (385d). »

Le sang engendre les fantômes, et ses émanations donnent à certains esprits les matériaux nécessaires pour édifier leurs apparitions temporaires. « Le sang, dit Lévi, est la première incarnation du fluide universel ; c’est de la lumière vitale matérialisée. Sa naissance est la plus grande de toutes les merveilles de la nature ; il ne vit qu’au moyen de transformations perpétuelles, car il est le Protée universel. Le sang vient de principes où il n’en existait pas avant, et il devient de la chair, des os, des cheveux, des ongles… des larmes et de la sueur. Il ne s’allie ni à la corruption, ni à la mort ; lorsque la vie s’est envolée, sa décomposition commence ; si l’on sait comment le ranimer, lui infuser la vie par une nouvelle magnétisation de ses globules, il reviendra à la vie. La substance universelle, avec son double mouvement, est le grand arcane de l’être ; le sang est le grand arcane de la vie. »

« Le sang », dit l’Hindou Ramatsariar, « renferme tous les mystérieux secrets de l’existence ; aucun être vivant ne peut exister sans lui. C’est profaner la grande œuvre du Créateur que de manger du sang. »

Moise, de son côté, se conformant à la tradition et la loi universelle défend de manger le sang.

Paracelse écrit qu’au moyen des émanations du sang, on peut évoquer n’importe quel esprit que l’on voudrait voir ; car avec ses émanations il se façonnera une apparition, un corps visible – mais c’est de la sorcellerie. Les hiérophantes de Baal s’entaillaient profondément le corps et provoquaient ainsi des appartiens objectives et tangibles, au moyen de leur propre sang. Les fidèles d’une certaine secte en Perse, qu’on trouve en grand nombre autour des possessions russes de Temerchan-Shoura et de Derbent, ont leurs mystères religieux dans lesquels ils forment un grand cercle, et tournent en une danse effrénée. Leurs temples sont en ruines et ils pratiquent leur culte dans de grands édifices temporaires, jalousement fermés, où le sol de terre battue est recouvert d’une couche épaisse de sable. Ils portent tous de longues robes blanches et ils ont la tête nue et rasée. Armés de couteaux, ils atteignent bientôt un état d’exaltation furieuse, et se blessent entre eux ainsi que les autres jusqu’à ce que leurs vêtements et le sable sur le sol, soient imprégnés de sang. Avant la fin du « Mystère », chaque homme est accompagné d’un compagnon, qui tourne avec lui. Les danseurs fantômes ont quelquefois des cheveux sur la tête, ce qui les distingue de leurs créateurs inconscients. Ayant fait une promesse solennelle de ne pas révéler les détails principaux de cette terrible cérémonie (à laquelle nous n’avons assisté qu’une seule fois) nous n’en dirons pas plus long (386d).

Au temps de l’antiquité, les sorcières de Thessalie ajoutaient quelquefois à leurs rites le sang d’un nouveau-né à celui d’un agneau noir, et par ce moyen elles évoquaient les ombres. On enseignait aux prêtres l’art d’évoquer les esprits des morts, de même que ceux des éléments, mais leur manière d’opérer n’était, certainement, pas celle des sorcières de Thessalie.

Il y a, parmi les Yakouts de Sibérie, une tribu vivant sur les confins de la région transbaïkale, près de la rivière Vitema (Sibérie orientale) où on pratique encore la sorcellerie comme du temps des sorcières thessaliennes. Leurs croyances religieuses sont un curieux mélange de philosophie et de superstition. Ils ont un chef ou dieu suprême Aij-Taion, qui, disent-ils, ne créa pas, mais qui préside à la création de tous les mondes. Il vit dans le neuvième ciel, et ce n’est que depuis le septième que les dieux inférieurs – ses serviteurs – peuvent se manifester à leurs créatures. Ce neuvième ciel, suivant la révélation des divinités inférieures (les esprits, croyons-nous) a trois soleils et trois lunes et le sol de cette demeure est formé de quatre lacs (les quatre points cardinaux) « d’air mou » (éther) au lieu d’eau. Tout en n’offrant aucun sacrifice à la Divinité Suprême, car elle n’en a nul besoin, ils cherchent à se propitier les divinités aussi bien bonnes que mauvaises, auxquelles ils donnent respectivement le nom de dieux « blancs » et dieux « noirs ». Ils le font parce que ni l’une, ni l’autre, de ces deux classes n’est assez bonne ou mauvaise par mérite ou démérite personnels. Comme ils sont tous soumis au suprême Aij-Taïon, et que chacun remplir la tâche qui lui a été assignée de toute éternité, ils ne sont pas responsables du bien ou du mal qu’ils font ici-bas. La raison que les Yakouts donnent pour ces sacrifices est fort curieuse. Les sacrifices, disent-ils, aident chaque classe de dieux à mieux accomplir leur mission, afin de satisfaire le Suprême, et tout mortel quel prête son aide en accomplissant son devoir, doit, par conséquent satisfaire également l’Etre Suprême, car il aura prêté son concours à la justice. Comme les divinités « noires » sont chargées d’amener les maladies, les maux et toutes espèces de calamités sur l’humanité, qui sont tous punitions de transgressions quelconques, les Yakouts leur offrent des sacrifices « sanglants » d’animaux ; tandis qu’aux divinités « blanches », ils offrent de pures offrandes, consistant généralement en un animal consacré à un dieu spécial et gardé avec grand soin et cérémonie, comme étant sacré. Suivant eux, les âmes des morts deviennent des « ombres » et sont condamnées à errer sur la terre jusqu’à ce qu’un changement se produise pour le bien ou pour le mal, ce que les Yakouts ne prétendent pas expliquer. Les ombres claires, c’est-à-dire celles des bons, deviennent les gardiens et les protecteurs de ceux qu’ils ont aimés ici-bas ; les ombres « noires » (les méchants) cherchent toujours, au contraire, à faire du mal à leurs connaissances en les poussant au crime, aux actions mauvaises et en nuisant autrement aux mortels. En outre, de même que les anciens Chaldéens, ils comptent sept divins Sheitans (dœmons) ou dieux mineurs. C’est pendant les sacrifices du sang, qui ont lieu la nuit que les Yakouts évoquent les ombres méchantes ou noires, afin de leur demander ce qu’il faut faire pour arrêter leurs méfaits ; c’est pourquoi il faut du sang, car sans ses émanations les fantômes ne pourraient se rendre visibles, et deviendraient, selon eux, encore plus dangereux, car ils le suceraient des vivants par la sueur (387d). Quant aux ombres bienfaisantes, les claires, nul n’est besoin de les évoquer ; de plus, cet acte les dérange ; elles peuvent révéler leur présence, lorsque besoin en est, sans autre préparation ou cérémonie.

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