RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 08

Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre XI - Résultats comparés du Bouddhisme et de la Chrétienté

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On reste confondu en lisant le Monumental Christianity du Dr Lundy. Il serait difficile de dire si nous devons plus admirer l’érudition de l’auteur, ou être étonnés de son sophisme serein et sans égal. Il a réuni un monde de faits qui établissent la preuve que les religions, bien plus anciennes que le Christianisme, celles de Christna, de Bouddha et d’Osiris, avaient anticipé même sur ses symboles les plus infimes. Les matériaux dont il se sert ne viennent pas de papyrus frelatés, ni d’Evangiles interpolés, mais bien des sculptures sur les murs des temples antiques, des monuments, d’inscriptions, et d’autres reliques archaïques, qui n’ont été mutilées que par le marteau des iconoclastes, le canon des fanatiques et la main du temps. Il nous fait voir Christna et Apollon comme de bons bergers ; Christna tenant en mains le chank et le chakra cruciformes, et Christna « crucifié dans l’espace », comme il le dit, (Monumental Christianity, fig. 72). On pourrait vraiment dire de cette gravure – empruntée par le Dr Lundy, au Hindu Pantheon de Moor – qu’elle est calculée pour jeter l’étonnement parmi les Chrétiens, car elle représente le Christ crucifié de l’art catholique avec la plus parfaite ressemblance. Il n’y manque pas un trait ; et l’auteur dit lui- même à son sujet : « J’estime que cette représentation est antérieure au Christianisme… sous bien des rapports elle ressemble au crucifix chrétien… Le dessin, l’attitude, la marque des clous aux mains et aux pieds, dénoteraient une origine chrétienne, tandis que la couronne Parthienne à sept pointes, l’absence du bois de la croix et de l’inscription usuelle, et les rayons de gloire au-dessus, laisseraient croire à une origine différente que celle du Christianisme. Est-ce l’homme-victime, ou le prêtre et la victime en une seule personne, de la Mythologie hindoue, qui s’offre en sacrifice avant que les mondes fussent nés ? Est-ce le second Dieu de Platon qui s’imprime sur l’univers sous la forme d’une croix ? Ou bien, est-ce l’homme divin qui voulut être fouetté, torturé, enchaîné, qui voulut qu’on lui brulât les yeux, et finalement… qu’on le crucifiât ? (République C. II, p. 52. Traduct. de Spens). C’est tout cela et beaucoup plus ; la Philosophie Archaïque religieuse était universelle.

Quoi qu’il en soit, le Dr Lundy est en contradiction avec Moor, et il maintient que cette figure est celle de Wittoba – un des avatars de Vichnou, par conséquent Christna – et antérieur au christianisme, fait qu’il est fort difficile de nier. Et néanmoins, bien qu’il admette qu’elle soit prophétique du christianisme, il estime qu’elle n’a aucun rapport avec le Christ ! Sa raison pour cela est que « dans un crucifix chrétien, la gloire procède toujours de la tête ; ici elle vient d’au-dessus et d’au-delà… Par conséquent, le Wittoba du Pandit, qui a été donné à Moor, paraît être le Krishna crucifié, le dieu-berger de Mathura… un Sauveur – le Seigneur de l’Alliance, aussi bien que le Seigneur du ciel et de la terre – pur et impur, lumineux et sombre, bon et méchant, pacifique et guerrier, aimable et courroucé, doux et turbulent, miséricordieux et vindicatif, Dieu avec un étrange mélange d’homme, mais non pas le Christ des Evangiles ».

Or, toutes ces qualités appartiennent aussi bien à Jésus qu’à Christna. Le seul fait que Jésus était un homme de par sa mère – même s’il était un Dieu, le donne à entendre. Sa conduite à l’égard du figuier et ses contradictions dans Saint-Matthieu, où à certains moments il promet la paix sur la terre et à d’autres le glaive, etc. en sont la preuve. Sans aucun doute cette gravure n’a jamais été faite pour représenter le Jésus de Nazareth. C’était certainement Wittoba, ainsi qu’on l’affirma à Moor, et comme en outre, les Ecritures sacrées des hindous le maintiennent, Brahma, le sacrificateur qui est « en même temps le sacrificateur et la victime » ; c’est « Brahma, victime dans Son Fils Christna, qui vint mourir sur cette terre pour notre salut, qui accomplit Lui-même le solennel sacrifice » (du Sarvameda). Et cependant, c’est l’homme Jésus, de même que l’homme Christna, car tous deux sont unis à leur Chrestos.

Il faut alors, ou bien admettre les « incarnations » périodiques, ou alors reconnaître que le Christianisme est la plus énorme fourberie, et le plagiat le plus éhonté des siècles !

Quant aux Ecritures juives, seuls des hommes comme le Jésuite de Carrière, digne représentant de la majorité du clergé catholique, voudront imposer à leurs partisans la chronologie établie par le Saint-Esprit. C’est sur l’autorité de celui-ci qu’on nous apprend que Jacob émigre en Egypte 2298 av. J.-C. avec une famille de soixante-dix âmes, en tout, et que 215 années plus tard, en 2513 av. J.-C., ces soixante-dix personnes avaient augmenté de telle façon que les israélites quittèrent l’Égypte au nombre de 600.000 guerriers, « sans compter les femmes et les enfants ce qui, suivant la science de la statistique, devrait représenter une population totale de deux à trois millions d’individus !! L’histoire naturelle ne nous fournit, nulle part, un pareil exemple de fécondité, sauf chez les harengs. Après cela que les missionnaires chrétiens se gaussent, s’ils en ont envie, de la chronologie et des computations des hindous.

« Heureux ceux, mais ne les envions pas, s’écrie Bunsen, qui ne craignent pas de faire partir Moise avec une population de plus de deux millions d’âmes à la suite d’une conspiration et d’un soulèvement populaire à l’époque dorée de la dix-huitième dynastie ; ou de faire conquérir le Canaan par Josué, pendant et après les formidables campagnes des Pharaons conquérants, dans ce même pays. Les annales égyptiennes et assyriennes d’accord avec la critique historique de la Bible, prouvent que l’Exode n’a pu avoir lieu que pendant le règne de Menephthah, de sorte que Josué n’a pu traverser le Jourdain avant la Pâque de 1280, la dernière campagne de Ramsès III en Palestine ayant eu lieu en 1281 (367d) ».

Mais reprenons le fil de notre étude sur le Bouddha.

Ni lui, ni Jésus, n’ont jamais mis un seul mot de leurs doctrines par écrit. Nous devons accepter l’enseignement des maîtres sur le témoignage de leurs disciples et par conséquent, il n’est que juste que nous jugions chacune des deux doctrines d’après leur valeur intrinsèque. Nous constatons dans le résultat des nombreuses discussions entre les missionnaires chrétiens et les théologiens bouddhiques (pungui) de quel côté gît la supériorité logique. Ceux-ci en général, sinon invariablement, ont le dessus de leurs adversaires. D’autre part, le « Lama de Jehovah » manque rarement de se mettre en colère, à la grande joie du Lama de Bouddha et fait pratiquement la preuve de sa religion de patience, de miséricorde et de charité, en injuriant son adversaire dans un langage très peu canonique. Nous l’avons vu maintes et maintes fois.

Malgré la similitude entre l’enseignement direct de Gautama et de Jésus, nous constatons néanmoins que leurs disciples respectifs partent de deux points de vue diamétralement opposés. Le prêtre bouddhiste, s’en tenant littéralement à la doctrine éthique de son maître, reste par conséquent, fidèle à l’héritage de Gautama ; tandis que le ministre chrétien, dénaturant les préceptes enseignés par les quatre Évangiles, de manière à les rendre méconnaissables, enseigne, non pas ce qu’enseigna Jésus, mais les interprétations absurdes et souvent nuisibles d’hommes sujets à erreur, tels que les Papes, sans excepter Luther ou Calvin. Voici deux exemples pris dans les deux religions, et mis en regard les uns des autres. Que le lecteur juge par lui-même :

« Ne croyez rien parce qu’on en fait courir le bruit, ou parce que beaucoup de personnes l’affirment, dit le Bouddha, ne croyez pas que ce soit une preuve de sa véracité.

N’ajoutez aucune foi à quoi que ce soit, simplement sur la production d’une affirmation écrite par un ancien sage ; ne soyez pas certain que ce que ce sage a écrit, ait été revu par lui, ou qu’on puisse y ajouter foi. Ne croyez pas ce que vous vous imaginez, en pensant que, parce que la notion est extraordinaire, elle a dû être inspirée par un Déva, ou un être surnaturel.

Ne croyez pas aux suppositions, c’est-à-dire, admettant quoi que ce soit d’emblée et au petit bonheur, pour en tirer ensuite vos conclusions – calculant vos numéros deux, trois ou quatre, avant d’avoir établi votre numéro un.

Ne croyez rien sur la seule autorité de vos maîtres et de vos instructeurs ; ne croyez et ne pratiquez rien seulement parce qu’ils le croient et le pratiquent.

Moi (le Bouddha) je vous dis à tous, vous devez de par vous-même savoir que cela est mal, que c’est punissable, que c’est réprouvé par les sages ; une telle croyance ne fera de bien à personne, mais causera de la souffrance ; et alors, lorsque vous le saurez, évitez-là » (368d).

Il est impossible de ne pas reconnaître le contraste entre ces sentiments bienveillants et humains, et les fulminations du Concile Œcuménique et du Pape, contre l’usage de la raison et de l’étude de la science lorsque celle-ci est en conflit avec la révélation. La scandaleuse bénédiction papale des armes musulmanes, et la malédiction des chrétiens russes et bulgares, ont soulevé l’indignation de certaines des plus ferventes communautés catholiques. Les catholiques tchèques de Prague, le jour du récent jubilé cinquantenaire de Pie IX, et ensuite le 6 juillet, anniversaire de Jean Huss, le martyr mort sur le bûcher se réunirent par milliers sur le mont Zhisko, afin de proclamer l’horreur qu’ils éprouvaient pour l’attitude ultramontaine à ce sujet, ils brûlèrent en grande pompe le portrait du Pape, son syllabus, et sa dernière allocution contre le tsar Russe, en disant que s’ils étaient de bons catholiques ils étaient encore de meilleurs slaves. Evidemment le souvenir de Jean Huss est plus sacré pour eux que les Papes du Vatican.

« Le culte des mots est plus nuisible que le culte des images », dit Robert Dale Owen. « La grammatolâtrie est la pire des idolâtries. Nous sommes arrivés à une époque où le littéralisme est en train de détruire la foi… La lettre tue » (369d).

Il n’y a pas de dogme de l’Eglise auquel ces paroles puissent mieux s’appliquer, que celui de la transsubstantiation (370d). « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle », fait-on dire au Christ. « Cette parole est dure », répétèrent quelques-uns de ses auditeurs effrayés. La réponse fut celle d’un initié. « Cela vous scandalise-t-il ? C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles (remata ou expressions cachées) que je vous ai dites sont Esprit et Vie » (St. Jean, VI, 54-63).

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