Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES
Pour un homme qui étudie la philosophie occulte et qui, à son tour, rejette la méthode d’induction, en raison précisément de ces limitations perpétuelles, mais qui adopte pleinement la division Platonicienne, c’est-à-dire en causes Efficientes, Formelles, Matérielles, et Finales, aussi bien que la méthode Eléatique consistant à examiner toute proposition émise, il paraît tout naturel de raisonner en partant du principe suivant de l’école Néo-Platonicienne : 1° Le sujet est ou n’est pas tel qu’on le suppose. Par conséquent, nous demanderons : L’Ether universel, connu des cabalistes sous le nom de « lumière astrale », contient-il de l’électricité et du magnétisme, ou non ? La réponse doit être affirmative, car la « science exacte » nous apprend qu’il y a entre ces deux agents convertibles, saturant tous deux la terre et l’air, un échange constant d’électricité et de magnétisme. La question n°1 étant réglée, nous avons maintenant à examiner ce qui a lieu : 1° Pour lui par rapport à lui-même ; 2° Pour lui relativement aux autres choses ; 3° dans les autres choses par rapport à lui ; 4° enfin, dans les autres choses par rapport à elles-mêmes.
REPONSES. 1° Par rapport à lui-même. Les propriétés inhérentes, d’abord latentes dans l’électricité, deviennent actives sous certaines conditions favorables ; et à un moment donné, la forme de force magnétique est assumée par l’agent subtil et pénétrant tout ; à un autre moment, c’est la forme de force électrique qui est assumée ;
2° Relativement aux autres choses. Il est attiré par tous les corps pour lesquels il a de l’affinité, et repoussé par les autres ;
3° Dans les autres choses par rapport à lui. Il arrive que toutes les fois qu’elles se trouvent en contact avec l’électricité, elles en reçoivent une impression, en proportion de leur conductibilité ;
4° Dans les autres choses par rapport à elles-mêmes. Sous l’impulsion reçue de la force électrique, et proportionnellement à son intensité, leurs molécules changent leurs mutuelles corrélations ; elles sont forcément séparées de façon à détruire l’objet qu’elles forment, organique ou inorganique ; ou bien, si elles étaient dérangées auparavant, elles sont remises en équilibre (comme dans les cas de maladie) ; ou la perturbation ne sera que superficielle, et l’objet recevra l’empreinte d’un autre corps, rencontré par le fluide avant d’arriver à lui.
Pour appliquer les proportions ci-dessus au cas en question, nous dirons : il y a plusieurs principes scientifiques bien reconnus, comme, par exemple, qu’une femme enceinte se trouve dans un état physique et mental d’une extrême impressionnabilité. La physiologie nous apprend que ses facultés intellectuelles sont affaiblies, et qu’elle est affectée, à un degré anormal, par les événements les plus insignifiants. Ses pores sont ouverts, et elle est sujette à une transpiration cutanée particulière ; elle semble dans une situation qui la rend réceptive à toutes les influences de la nature. Les disciples de Reichenbach affirment que sa condition odique est très intense. Du Potet recommande de prendre des précautions pour la magnétiser, de peur d’affecter l’enfant. Ses maladies l’atteignent, et souvent il les absorbe entièrement ; ses douleurs et ses joies réagissent sur son tempérament, aussi bien que sur sa santé ; les grands hommes passent pour avoir eu des mères de mérite, et vice-versa. « Il est vrai que l’imagination influe sur le fœtus« , dit Magendie, qui contredit ainsi une de ses assertions formulées ailleurs ; et il ajoute qu’ « une terreur subite peut occasionner la mort du fœtus, ou retarder son développement (180) ».
Dans le cas, récemment raconté dans les journaux américains, d’un garçon qui fut tué par la foudre, on trouva, en le déshabillant, parfaitement imprimée sur sa poitrine, la reproduction fidèle d’un arbre, qui se trouvait non loin de la fenêtre en face de laquelle il était au moment de la catastrophe, et qui avait été lui-même abattu par la foudre. Cette photographie électrique faite par les forces aveugles de la nature nous fournit une analogie, grâce à laquelle nous pouvons comprendre comment les images mentales de la mère sont transmises à l’enfant encore à naître. Ses pores sont ouverts ; elle exsude une émanation odique qui n’est qu’une forme différente de l’Akasha, l’électricité ou le principe de vie, lequel, d’après Reichenbach, produit le sommeil mesmérique, et par conséquent est du magnétisme. Les courants magnétiques se développent, à leur sortie du corps, en électricité. Un objet faisant une impression violente sur le mental de la mère, son image est aussitôt projetée dans la lumière astrale, ou éther universel, que Jevons et Babbage, de même que les auteurs de Unseen Universe nous disent être le dépôt des images spirituelles de toutes les formes et même des pensées humaines. Ses émanations magnétiques attirent le courant descendant, qui porte déjà l’image, et s’unissent à lui. Il rebondit et, se répercutant plus ou moins violemment, il s’imprime sur le fœtus, d’après la formule même de la physiologie, qui montre comment chaque sentiment maternel réagit sur l’enfant. Est-ce que cette théorie cabalistique est plus hypothétique ou incompréhensible que la doctrine tératologique enseignée par les disciples de Geoffroy Saint Hilaire ? C’est cette doctrine, dont Magendie dit, avec tant de raison, « qu’elle a été trouvée commode et facile à cause de son obscurité et du vague de ses enseignements, et « qu’elle ne Vise à rien moins qu’à la création d’une science nouvelle, dont la théorie repose sur certaines lois pas très intelligibles, telles que celles de l‘arrêt, du retard, de la position similaire ou excentrique, et spécialement de ce qu’on appelle la grande loi du soi pour soi (181) ».
Eliphas Levi, qui est certainement une des meilleures autorités sur certains points, parmi les cabalistes, dit : « Les femmes enceintes sont, plus que les autres, sous l’influence de la lumière astrale qui concourt à la formation de leur enfant, et leur présente constamment des réminiscences de formes dont elle est remplie. C’est ainsi que de très vertueuses femmes trompent la malignité des observateurs par des ressemblances équivoques. Souvent elles impriment sur le fruit du mariage une image qui les a frappées durant un rêve, et de la sorte les mêmes physionomies se perpétuent d’âge en âge. »
« L’usage cabalistique du pentagramme peut déterminer, par conséquent, les traits de l’enfant encore à naître, et une femme initiée pourrait donner à son enfant les traits de Nérée ou d’Achille, aussi bien que ceux de Louis XV ou de Napoléon (182) ».
Si cette théorie devait en confirmer une autre que celle du Dr. Fisher, il devrait être le dernier à se plaindre, car, ainsi qu’il le confesse lui-même, confession d’ailleurs que son exemple confirme, « un des obstacles les plus redoutables à l’avancement de la science… a toujours été l’aveugle soumission envers l’autorité… Dégager l’esprit de l’influence de l’autorité, afin qu’il ait les coudées franches dans la recherche des lois et des faits qui existent dans la nature, est la première condition indispensable aux découvertes scientifiques et au progrès permanent (183) ».
Si l’imagination maternelle peut arrêter le développement ou détruire la vie du fœtus, pourquoi ne pourrait-elle pas exercer une influence sur son apparence physique ? Il y a des chirurgiens qui ont consacré leur vie et leur fortune à la découverte des causes de ces malformations, mais qui n’ont abouti qu’à l’opinion qu’elles étaient tout simplement des « coïncidences ». Il serait aussi éminemment antiphilosophique de dire que les animaux ne sont pas doués d’imagination ; et bien que l’on puisse considérer comme le comble de la spéculation métaphysique de formuler même l’idée que les individus du règne végétal – par exemple les mimosas et le groupe des plantes insectivores – possèdent un instinct et même une imagination rudimentaire qui leur est propre, cependant cette idée ne manque pas de défenseurs. Si de grands physiciens, comme Tyndall, sont obligés de reconnaître que, même dans le cas de l’homme intelligent et doué du langage, ils sont impuissants à combler l’abîme qui sépare le mental de la matière, et à définir la puissance de l’imagination combien plus grand encore doit être le mystère de ce qui se passe dans le cerveau d’un animal muet ?
Qu’est-ce que l’imagination ? Les psychologues nous disent que c’est la puissance plastique ou créatrice de l’âme ; mais les matérialistes la confondent avec la fantaisie. La différence radicale qui existe entre les deux a été cependant si clairement indiquée par Wordsworth, dans la préface de ses Lyrical Ballads, que l’on n’a plus d’excuse de confondre ces deux termes. Pythagore soutenait que l’imagination était le souvenir d’états spirituels, mentaux et physiques antérieurs, tandis que la fantaisie est la production désordonnée du cerveau matériel.
De quelque côté que l’on envisage et étudie la matière, la philosophie vieille comme le monde disant qu’elle a été vivifiée et fécondée par l’idée éternelle ou imagination (l’esquisse préparant la forme concrète) s’impose inévitablement. Si nous rejetons cette doctrine, la théorie d’un cosmos évoluant graduellement de son désordre chaotique devient une absurdité ; car rien n’est moins philosophique que d’imaginer une matière inerte, mise uniquement en mouvement par une force aveugle, non dirigée par l’intelligence, se formant spontanément en un univers d’une harmonie aussi admirable. Si l’âme de l’homme est réellement le produit de l’essence de cette âme universelle, une fraction infinitésimale de ce premier principe créateur, il doit nécessairement participer, dans une certaine mesure, à tous les attributs de la puissance démiurgique. De même que le créateur, en brisant la masse chaotique de matière morte et inactive, lui donna la forme, de même l’homme, s’il connaissait sa puissance, agirait aussi, jusqu’à un certain point, de la sorte. Ainsi que Phidias, en réunissant les parcelles éparses de l’argile et en les humectant d’eau, a pu donner une forme plastique à la sublime idée évoquée par sa faculté créatrice, ainsi la mère qui a la conscience de son pouvoir est capable de façonner à son gré l’enfant qui va naître. Ignorant sa force, le sculpteur avec sa matière inerte ne produit qu’une figure ravissante, mais inanimée ; tandis que l’âme de la mère, violemment affectée par l’imagination, projette aveuglément dans la lumière astrale l’image d’un objet qui l’a vivement impressionnée, et, par voie de répercussion, cette image vient s’imprimer sur le fœtus. La science nous apprend que la loi de la gravitation nous assure que tout déplacement s’opérant au centre même de la terre est ressenti dans tout l’univers, « et nous pouvons imaginer que la même chose est vraie des mouvements moléculaires qui accompagnent la pensée (184) ». Parlant de la transmission de l’énergie à travers l’éther universel ou lumière astrale, le même auteur dit : « Des photographies continuelles de tous les faits sont de la sorte obtenues et conservées. Une grande partie des énergies de l’univers peut être ainsi employée dans ces images. »
Lire la suite … partie 6


