La source cabalistique hindoue des livres d’Ezechiel et de l’Apocalypse se retrouve d’autant plus clairement dans cette description des quatre bêtes, qui symbolisent les quatre règnes des éléments – la terre, l’air, le feu et l’eau. Ce sont, nul n’en ignore, les sphinx assyriens, mais on retrouve également ces figures sculptées sur les murs de presque toutes les pagodes hindoues.
L’auteur de l’Apocalypse copie fidèlement dans son texte, (voyez le Chap. IV, verset 17) le pentacle pythagoricien, dont nous donnons ci-dessous une exacte reproduction du dessin admirable de Lévi.
La déesse hindoue Adanari (ou plutôt Adonari, puisque le second a se prononce comme un o) est représentée entourée des mêmes images. Cette représentation s’adapte parfaitement à la « roue d’Adonai », connue sous le nom de « Chérubin de Jeheskiel » et donne à connaître, sans contredit, la source à laquelle le voyant hébreu a puisé ses allégories. Pour faciliter la comparaison nous avons placé l’image dans le pentacle.

Au-dessus de ces bêtes étaient les anges ou esprits, divisés en deux groupes : les Igili, ou êtres célestes, et les Amanaki, ou esprits terrestres, les géants, les enfants d’Anak, à propos desquels les espions se plaignirent à Moise.

La Kabbala Denudata donne aux cabalistes une description très claire, mais très obscure aux profanes, des permutations ou des substitutions de personnages.
Ainsi, par exemple, on y dit, que « la scintilla (étincelle spirituelle ou âme) d’Abraham() fut prise de Michel(), le chef des Æons, la plus haute émanation de la Divinité ; si haute, en vérité, qu’aux yeux des Gnostiques, Michel() était identique au Christ. Et cependant Michel() et Enoch sont une seule et même personne. Tous deux occupent, en tant qu’ « hommes » le point d’intersection de la croix du Zodiaque. L’étincelle d’Isaac() est celle de Gabriel(), le chef des armées angéliques, et l’étincelle de Jacob() fut détachée d’Uriel, dénommé « le feu de Dieu », l’esprit à la vision la plus perçante de toute l’armée céleste. Adam n’est pas l’Adam Kadmon, mais bien l’Adam Primus, le Microprosopus.
Celui-ci sous un de ses aspects est Enoch, le patriarche terrestre et le père de Mathusalem. Celui qui « vécut selon Dieu » et « ne mourut point » est l’Enoch spirituel qui symbolise l’humanité, éternelle en esprit et aussi éternelle dans la chair, bien que celle-ci soit mortelle. La mort n’est qu’une nouvelle naissance et l’esprit est immortel ; par conséquent l’humanité ne meurt jamais, car le Destructeur est devenu le Créateur. Enoch est le type de l’homme double, spirituel et terrestre. C’est pour cette raison que sa place est au centre de la croix astronomique.
Mais cette idée tira-t-elle son origine des Hébreux ? Nous ne le croyons pas. Chaque nation qui possédait un système astronomique, et tout spécialement l’Inde, avait une grande vénération pour la croix, car elle était la base géométrique du symbolisme religieux des avatars ; la manifestation de la Divinité, ou du Créateur dans sa créature l’Homme ; de Dieu dans l’humanité et de l’humanité en Dieu, en tant qu’esprits. Les plus anciens monuments de la Chaldée, de la Perse et de l’Inde mettent en lumière la double croix, ou croix à huit pointes. Ce symbole, que l’on retrouve tout naturellement, comme d’ailleurs toutes les formes géométriques, dans la nature, dans les plantes comme dans les flocons de neige, a suggéré au Dr Lundy, dans son mysticisme super-chrétien, de dénommer les fleurs cruciformes qui dessinent une étoile à huit pointes par l’intersection de deux croix « l’Etoile Prophétique de l’Incarnation qui unit le ciel et la terre, Dieu et l’homme ensemble ». Cette expression est parfaite ; seulement, l’ancien axiome cabalistique « en haut comme en bas », l’exprime encore mieux, car il nous révèle le même Dieu pour toute l’humanité et non seulement pour une poignée de chrétiens. C’est la croix Mondiale Céleste qui se reproduit ici-bas dans les plantes et dans l’homme double ; c’est l’homme physique se substituant à l’homme spirituel au point de jonction duquel s’élève le Libra-l’Hermès-Enoch mythique. Le geste d’une main montrant le ciel est contre-balancé par l’autre montrant la terre ; générations innombrables ici-bas, régénérations innombrables là-haut ; le visible, n’étant que la manifestation de l’invisible ; l’homme de poussière abandonné à la poussière, l’homme esprit, renaissant dans l’esprit ; c’est ainsi que l’humanité finie est le Fils du Dieu Infini. Abba-le-Père ; Amona-la-Mère ; le Fils, l’Univers. Cette trinité primitive se répète dans toutes les théogonies. Adam, Kadmon, Hermès, Enoch, Orisis, Christna, Ormazd, ou Christos, sont tous un. Ils s’érigent comme les Métatrons entre le corps et l’âme – esprits éternels qui rachètent la chair par la régénération de la chair ici-bas, et l’âme par la régénération là-haut, où l’humanité vit encore une fois selon Dieu.
Nous avons dit, autre part, que le symbole de la croix, ou le Tau égyptien T, était antérieur de bien des siècles à la période assignée à Abraham, ancêtre prétendu des Israélites, car autrement Moise n’aurait pas appris à le connaître par les prêtres. Que le Tau ait été tenu sacré par les Juifs de même que par les autres nations « païennes », est certifié par un fait aujourd’hui admis par le clergé chrétien ainsi que par les archéologues infidèles. Dans l’Exode XII, 22, Moise ordonne au peuple de peindre les deux poteaux et le linteau des portes avec du sang, de peur que « l’Eternel » ne fasse erreur et ne frappe un de ses élus au lieu des Egyptiens condamnés (148d). Ce signe peint sur les portes est le Tau ! C’est cette même croix ansée, dont la moitié servait de talisman à Horus pour ressusciter les morts, qu’on voit reproduite sur les ruines sculptées de Philae (149d). Le peu de fondement, à la base de cette idée que toutes ces croix et tous ces symboles étaient autant de prophéties inconscientes du Christ, est démontré dans le cas des Juifs, sur l’accusation desquels Jésus fut mis à mort. Le même savant auteur remarque, par exemple, dans Monumental Christianity que « les Juifs eux-mêmes reconnurent ce signe de la rédemption, jusqu’au moment où ils rejetèrent le Christ » ; et dans un autre passage, il affirme que la verge de Moise, dont il se servit pour exécuter ses miracles devant Pharaon « était sans aucun doute, cette croix ansée ou quelque chose d’analogue, dont se servaient également les prêtres égyptiens (150d) ». La déduction logique, serait alors : 1° que si les Juifs adoraient les mêmes symboles que les païens, ils n’étaient pas meilleurs qu’eux ; 2° si, étant aussi bien au courant du symbolisme caché de la croix, ils ont attendu le Messie pendant des siècles, mais qu’ils rejetèrent aussi bien le Messie chrétien que la Croix chrétienne, il faut croire alors, qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans l’un et dans l’autre.
Ceux qui n’admettaient pas que Jésus fût le « Fils de Dieu » n’étaient ni le peuple ignorant des symboles religieux, ni la poignée de Saducéens athées qui le mirent à mort mais ceux-là mêmes qui étaient instruits dans la sagesse secrète, qui connaissaient l’origine aussi bien que la signification du symbole de la croix, et qui rejetèrent l’emblème chrétien et le sauveur qu’on y avait attaché, parce qu’ils ne voulaient pas être les complices d’une pareille supercherie impie envers le pauvre peuple.
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