LES PHENOMENES CYCLIQUES – partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IX – LES PHENOMENES CYCLIQUES

Partie 1 Partie 2 Partie 3 Partie 4 Partie 5
Partie 6 Partie 7 Partie 8 Partie 9 Partie 10

D’après la doctrine d’Aristote, il y a trois principes de corps naturels : la privation, la matière et la forme ; ces principes peuvent être appliqués au cas spécial actuel. La privation d’un enfant qui va naître est localisée dans le mental invisible du grand Architecte de l’Univers, la privation n’étant pas considérée, dans la philosophie d’Aristote, comme un principe dans la composition des corps, mais comme une propriété extérieure dans leur production ; car la production est un changement par lequel la matière passe de la forme qu’elle n’a pas à celle qu’elle prend. Quoique la privation de l’enfant qui n’est pas encore né, aussi bien que la forme future de la montre, non encore fabriquée, ne soit ni substance, ni extension, ni qualité, ni même existence proprement dite, cependant c’est quelque chose qui est, bien que, pour exister, ses contours doivent prendre une forme objective, en un mot, que l’abstrait devienne concret. Ainsi, aussitôt que cet idéal de la matière est transmis par l’énergie à l’éther universel, il devient une forme matérielle, quoique sublimée. Si la science moderne nous enseigne que la pensée humaine « affecte la matière d’un autre univers simultanément avec son action sur celui-ci », comment celui qui croit en une Cause Première Intelligente pourrait-il nier que la pensée divine soit transmise de même, par la même loi d’énergie, à notre médiateur commun, l’éther universel, l’âme du monde ? Or, s’il en est ainsi, il s’ensuit nécessairement qu’une fois là, la pensée divine se manifeste objectivement, l’énergie reproduisant fidèlement les contours de ce dont la privation est née d’abord dans l’esprit divin. Seulement, il ne faut pas prendre cela dans le sens que cette pensée crée la matière. Non, elle ne crée que le plan de la forme future ; la matière qui sert à faire ce modèle ayant toujours existé, et ayant été préparée pour former un corps humain par une série de transformations progressives, comme le résultat d’une évolution. Les formes passent ; les idées qui les ont créées, et la matière qui leur donne l’objectivité demeurent. Ces modèles, encore dépourvus d’esprits immortels, sont les « élémentals » proprement dits des embryons psychiques qui, lorsque vient leur tour, meurent dans le monde invisible, et naissent dans ce monde visible, sous forme d’enfants humains en recevant au passage ce souffle divin nommé esprit, qui complète l’homme parfait. Cette classe ne peut communiquer objectivement avec les hommes.

La troisième classe est composée des « élémentals » proprement dits, qui jamais n’évolueront pour devenir des êtres humains, mais qui occupent pour ainsi dire un degré particulier de l’échelle des êtres, et qui, par comparaison avec les autres, peuvent être justement nommés les esprits de la nature, les agents cosmiques de la nature, chaque être se trouvant confiné dans son élément, et ne franchissant jamais les frontières des autres. Ce sont eux que Tertullien appelle les « princes des puissances de l’air ».

On croit que cette classe possède un seul des trois attributs de l’humanité. Ils n’ont ni esprit immortel, ni corps tangible ; ils n’ont que des formes astrales, qui participent, dans un degré sensible, à l’élément auquel ils appartiennent, et aussi à l’éther. Ils sont une combinaison de matière sublimée, et d’un mental rudimentaire. Quelques-uns sont immuables, mais ils n’ont pas d’individualité distincte, et ils agissent toujours collectivement, pour ainsi dire. D’autres, formés de certains éléments et espèces, changent de forme, d’après une loi fixe, que les Cabalistes expliquent. La partie la plus solide de leurs corps est ordinairement juste assez immatérielle pour échapper à la perception de notre vision physique, mais pas assez insubstantielle, pour qu’ils ne puissent être parfaitement reconnus par la vision interne ou clairvoyante. Non seulement ils existent et peuvent vivre dans l’éther, mais ils peuvent le saisir et le diriger pour la production d’effets physiques, aussi aisément que nous comprimons l’air ou l’eau, dans le même but, au moyen d’appareils pneumatiques ou hydrauliques ; et ils y sont d’ailleurs aidés par les esprits « élémentaires humains ». Bien plus : ils peuvent le condenser au point de s’en faire des corps tangibles, auxquels, par leur puissance protéenne, ils peuvent faire prendre la forme qu’il leur plaît, en prenant pour modèle les portraits qu’ils voient gravés dans la mémoire des personnes présentes. Il n’est pas nécessaire pour cela que ces personnes pensent, sur le moment, à celle qui va être représentée. Son image peut même être effacée depuis plusieurs années. Le mental reçoit l’empreinte indélébile même d’une connaissance fortuite, ou de personnes que l’on n’a vues qu’une seule fois. De même que quelques secondes d’exposition de la plaque photographique suffisent à y imprimer pour un temps indéfini l’image de celui qui a posé devant l’appareil, il en est ainsi pour le mental.

Selon la doctrine de Proclus, les régions supérieures depuis le zénith jusqu’à la lune appartiennent aux dieux ou esprits planétaires, suivant leur hiérarchie et leur classe. Les plus élevés parmi eux étaient les douze hyper ouranioi ou dieux supra-célestes, ayant des légions entières de dæmons subordonnés, placés sous leurs ordres. Ils sont suivis dans l’ordre hiérarchique par les egkosmioi, les dieux ou esprits inter cosmiques qui ont chacun autorité sur un grand nombre de dæmons, auxquels ils communiquent leur puissance, en la reportant de l’un à l’autre, à leur gré. Ce sont là évidemment les forces personnifiées de la nature dans leur corrélation mutuelle, les dernières étant représentées par la troisième classe ou les « élémentals », que nous avons déjà décrits.

Plus loin, il montre, sur le principe de l’axiome hermétique des types et des prototypes, que les sphères inférieures ont leurs subdivisions et leurs classes d’êtres, aussi bien que les sphères célestes supérieures, les premières étant toujours subordonnées à celles-ci. Il professe que les quatre éléments sont tous remplis de daemons, soutenant avec Aristote que l’univers est plein et qu’il n’existe point de vide dans la nature. Les dæmons de la terre, de l’air, du feu et de l’eau sont d’une essence semi-corporelle, élastique et éthérée. Ce sont ces classes qui agissent comme intermédiaires entre les dieux et les hommes. Quoique inférieurs en intelligence au sixième ordre des dæmons les plus élevés, ces êtres président directement aux éléments et à la vie organique. Ils dirigent la croissance, la floraison, les propriétés et les divers changements des plantes. Ils sont la personnification des idées ou vertus tombées du hylé céleste dans la matière inorganique ; et comme le règne végétal est un degré plus élevé que le régime minéral, ces émanations des esprits célestes prennent forme et existence dans la plante, et en deviennent l’âme. C’est ce que la doctrine d’Aristote nomme la forme dans les trois principes des corps naturels, classés par lui sous la rubrique de privation, matière et forme. Sa philosophie enseigne qu’outre la matière originelle, un autre principe est nécessaire pour compléter la triple nature de chaque parcelle, et celui-ci est la forme ; un être invisible, mais néanmoins, dans l’acception ontologique du mot, substantiel et réellement distinct de la matière proprement dite. Ainsi, dans un animal ou dans une plante, outre les os, les chairs, les nerfs, la cervelle, le sang dans le premier, outre la matière bulbeuse, les tissus, les fibres, la sève dans la plante, lesquels sang et sève, en circulant dans les veines et les fibres, nourrissent toutes les parties de l’animal et de la plante, outre les esprits animaux, qui sont le principe du mouvement, et l’énergie chimique qui se transforme en force vitale dans la feuille verte, il doit y avoir une forme substantielle, qu’Aristote appelait dans un cheval, l’âme du cheval ; Proclus, le daemon de chaque minéral, plante ou animal ; et les philosophes du moyen âge, les esprits élémentaires des quatre règnes.

Tout cela est tenu, dans notre siècle, pour de la métaphysique et de la grossière superstition. Cependant, d’après des principes strictement ontologiques, il y a dans ces anciennes hypothèses quelque ombre de probabilité, quelque indice pour les embarrassants « chaînons manquants » de la science exacte. Celle-ci est devenue si dogmatique dans ces derniers temps, que tout ce qui dépasse la portée de la science inductive est traité d’imaginaire ; et nous voyons le professeur Joseph LeConte déclarer que quelques-uns des plus éminents parmi les savants tournent en dérision l’expression force vitale ou vitalité, comme un reste de superstition (37). De Candolle suggère que le terme « mouvement vital » serait préférable à force vitale (38), préparant ainsi le saut scientifique final qui transformera l’homme immortel et pensant, en un automate, actionné par un mouvement d’horlogerie, « Mais, objecte LeConte, pouvons-nous concevoir un mouvement sans une force ? Et si le mouvement est spécial, spéciale aussi doit être la forme de cette force. »

Lire la suite … partie 6
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer