LA CAUSE DE L’ÉCHEC

Combien d’entre vous, à un moment ou à un autre, avez essayé de comprendre la cause sous-jacente à l’action d’un individu, d’une famille ou d’une nation pour contrecarrer l’exécution d’une coutume ou d’une loi généralement admise, qu’elle soit sociale ou religieuse ?

Combien parmi vous ont compris l’absurdité d’affronter la volonté et le désir du cosmos ou d’une nation avec votre faible volonté et votre fragile désir ?

Vous pourrez peut-être vous convaincre que vous avez absolument raison et que la grande majorité a tort, en supposant que vous vous trouviez impliqué dans une controverse où surgit une semblable question. Mais, vous savez alors que vous tentez simplement de vous mentir à vous-même, ou aux autres, si vous essayez de justifier une offense personnelle, sociale ou religieuse, en clamant haut et fort le droit de l’âme d’un individu de « vivre sa vie à sa propre façon », quels que soient les effets de ses actions sur les autres.

Vous savez que les impulsions de l’âme – la force intérieure appelée parfois « conscience collective » – agissent toujours, dans la grande majorité des cas, pour le plus grand bien de la race humaine. Elles se sont développées au moyen de la sueur et du sang d’innombrables millions d’êtres humains – vos propres aïeux –, des hommes et des femmes qui sont descendus dans les profondeurs de l’enfer et qui ont finalement réussi à se hisser hors de ces profondeurs, dénués de tout ce qui semblait auparavant précieux à leurs yeux. En raison de ce qu’ils ont souffert, ils ont été préparés à se tenir au pied de la croix du sacrifice, les bras tendus, afin d’implorer leurs descendants – vous et moi – de s’éviter, à eux ainsi qu’à ceux qui suivront, la souillure inutile, l’atroce souffrance parfaitement évitable qui résulte toujours du mépris et du bris de la loi.

Lorsqu’une personne prend conscience qu’elle devra défiler devant toutes ces « âmes crucifiées », comme un rebelle à la loi et à l’ordre établi, alors qu’elle se prépare à commettre un acte qui, s’il est accompli, ne pourra satisfaire que temporairement les parties changeantes de sa nature inférieure – un acte irréfléchi induit par une opinion momentanée –, il apparaît évident que la cause sous-jacente à la perpétration de cet acte est plus profonde qu’une simple révolte contre la supposée injustice ou le mal apparent, et que cette cause réside à la base de sa nature humaine.

On parle beaucoup de nos jours des « droits de l’homme » et des « âmes libres ». Mes enfants, il n’existe rien de tel. Aucune créature dans l’univers n’est une âme libre ; cela n’a jamais existé et n’existera jamais. Comme c’est le cas de tout être humain normal, derrière chaque désir ou exigence de liberté se trouve toujours un désir encore plus profond ou, pour mieux dire, une aspiration plus profonde, un cri plus fort pour obtenir une plus grande identification et une plus grande harmonie avec Dieu – l’Âme Suprême –, un désir profond d’associer, dans un but précis, la force individuelle à l’énergie générée par d’autres. Et nous ne pourrons jamais atteindre une harmonie semblable à celle mentionnée plus haut tant que, volontairement, nous foulerons aux pieds les droits de nos âmes compagnes qui luttent sur le sentier, peut-être avec nous, nous implorant de les soutenir aux heures de leur péril.

Nous ne pourrons jamais atteindre l’harmonie consciente avec toutes les âmes avant que nos pieds ne soient fermement fixés sur la pierre du sacrifice qui se trouve aux pieds de l’autel de la crucifixion. Et j’affirme catégoriquement, depuis les profondeurs de toute la connaissance et avec toute l’expérience que j’ai pu acquérir de la race humaine, que pas une seule âme mature et bien développée ne peut honnêtement nier la connaissance de sa responsabilité envers les autres lorsqu’elle se tient bravement, face à elle-même, dans le silence de sa propre divinité, et ce, quelle que soit la force de son désir.

Cette âme sait que tant qu’un autre fragment d’elle-même est susceptible d’avoir le dessous dans la grande bataille, en raison de ce qu’elle a pu faire ou négliger de faire, ou de ce qu’elle pourrait faire, la pierre sacrificielle se dressera, silencieuse, sollicitant une victime. Et jusqu’à ce que cette victime s’offre elle-même, son chemin vers le trône est bloqué.

Comprenez-moi bien, je ne parle pas ici des cas semblables à ceux qui surviennent lorsque la conscience éveillée d’une nation ou d’un groupe de personnes réclame justice, et que, à partir de l’exigence provenant d’une impulsion divine, s’élève une détermination irrésistible de rectifier une erreur nationale ou sociale, de libérer un esclave ou encore de surmonter cette léthargie qui tue l’âme et draine la sève de la vie, et qui parfois s’empare de tout un peuple.

Je parle plutôt du désir égoïste ou malhonnête provenant d’une ou plusieurs personnes pour rejeter une loi bienfaisante ou un objectif sage établis depuis une longue période de temps et que s’était alors donnée une nation ou une race. Je parle aussi de ces cas où l’exercice de la liberté sans limites et non autorisée de l’un entraîne un lamentable esclavage ou encore des malheurs non nécessaires pour ceux qui viennent après. Si vous cherchez la réalité de base, la loi fondamentale sur laquelle même la nation ou la race la plus dépravée a été fondée, vous verrez que cette loi était conforme à la nature et au Dieu de la nature.

S’il n’en avait pas été ainsi, la nation ou la race n’aurait pas existé, même un seul siècle, et ce n’est que conformément à l’obéissance à cette loi, même si cette obéissance n’est réalisée que par un nombre limité de personnes, que cette nation ou cette race pourra avoir une croissance réelle, normale et soutenue. Vous trouvez un exemple de ce fait dans le récit de la destruction de Gomorrhe. S’il avait été possible de trouver un seul être vertueux dans la ville, elle aurait pu être sauvée de la destruction.

Lorsqu’un commandement vient de Dieu, réfléchissez bien avant d’enseigner que tout homme a le droit de se placer au-dessus des lois et coutumes de son peuple pour son intérêt personnel, de peur de précipiter l’arrivée du jour où il n’y aura plus un seul homme vertueux et respectueux des lois en quelque organisation dont vous faites partie, ou encore de voir cette organisation aller à sa perte à cause de votre action.

Il est vrai que « dans la liberté réside la puissance », mais la liberté dont il est fait mention ici est celle qui concerne l’affranchissement de l’âme de l’esclavage séculaire du soi inférieur.

Ayant payé le prix demandé par le Soi Supérieur, par son obéissance parfaite à la loi qu’elle avait précédemment enfreinte, l’âme devient vraiment libre – libre de toutes choses, sauf de la Loi. Et, à cause de cette obéissance parfaite, elle est « une » avec la Loi, et elle devient alors son propre législateur.

HILARION - Temple 2 - Leçon 244 - Décembre 1909
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