L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE

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Le récit a rapport au fameux trésor du dernier des Incas. Le Péruvien affirmait que depuis le meurtre atroce et bien connu de ce prince par Pizarre, le secret en était connu de tous les Indiens, excepté des Métis, en qui on n’avait pas confiance. Voici ce qu’il racontait : L’Inca fut fait prisonnier et sa femme offrit pour sa mise en liberté une chambre pleine d’or, « depuis le sol jusqu’au plafond, aussi haut que le conquérant pouvait atteindre », et cela avant le coucher du soleil du troisième jour. Elle tint parole, mais Pizarre viola sa promesse, suivant la coutume des Espagnols. Emerveillé à la vue de ces richesses, le conquérant déclara qu’il ne délivrerait pas le prisonnier et qu’il le mettrait à mort, à moins que la reine ne lui révélât l’endroit d’où venait ce trésor. Il avait entendu dire que les Incas avaient une mine inépuisable ; une voie souterraine ou tunnel, long de plusieurs milles sous terre, où étaient conservées les richesses accumulées de la contrée. La malheureuse reine demanda un délai et courut consulter les oracles. Le grand prêtre lui montra, pendant le sacrifice dans le « miroir noir » consacré (582), le meurtre inévitable de son époux, qu’elle livrât ou non à Pizarre le secret des trésors de la couronne. Alors la reine donna ordre de fermer l’entrée de la cachette qui était une porte taillée dans la muraille rocheuse d’un précipice. D’après le conseil des prêtres et des magiciens, l’abîme lui-même fut comblé jusqu’aux bords avec d’immenses quartiers de roc, et la surface recouverte de façon à ne laisser aucune trace du travail. L’Inca fut assassiné par les Espagnols, et l’infortunée reine se suicida. La cupidité des Espagnols fut déçue par sa propre exagération, et le secret des trésors enterrés resta enseveli à jamais dans les cœurs de quelques Péruviens fidèles.

Notre narrateur Péruvien ajouta que, par suite de certaines indiscrétions à diverses époques, des gens avaient été envoyés par différents gouvernements, pour rechercher le trésor, sous prétexte d’explorations scientifiques. Ils avaient remué et fouillé le pays dans tous les sens, mais sans atteindre leur but. Jusque-là, cette tradition est confirmée par les récits du Dr Tschudi et autres historiens du Pérou. Mais il y a certains détails additionnels, que nous ne croyons pas avoir été publiés jusqu’à ce jour.

Plusieurs années après avoir entendu raconter cette histoire, et sa confirmation par le voyageur italien, nous visitâmes de nouveau le Pérou. Nous rendant par eau au sud de Lima, nous atteignîmes, au coucher du soleil, un endroit près d’Arica, et nous fûmes frappés de l’aspect d’un énorme rocher presque perpendiculaire qui s’élevait dans une solitude désolée sur le rivage et bien détaché de la chaque des Andes. C’était le tombeau des Incas. Comme les derniers rayons du soleil couchant éclairaient le rocher, on pouvait y distinguer avec une jumelle de curieuses inscriptions hiéroglyphiques taillées dans le roc volcanique.

Lorsque Cuzco était la capitale du Pérou, elle renfermait un temple du soleil renommé pour sa magnificence. Il était recouvert d’épaisses plaques d’or, et les murs étaient aussi revêtus du même précieux métal ; les anges du larmier étaient également en or massif. Dans la muraille du côté de l’Occident, les architectes avaient aménagé une ouverture, de façon à ce que lorsque les rayons du soleil l’atteignaient, ils étaient concentrés à l’intérieur de l’édifice. S’étendant comme une chaîne d’or d’un point brillant à un autre, ils entouraient les parois, illuminant les monstrueuses idoles et laissant voir certains signes mystiques, invisibles à d’autres moments. Ce n’est qu’en déchiffrant ces hiéroglyphes identiques à ceux que l’on voit encore aujourd’hui sur la tombe des Incas – que l’on peut apprendre le secret du tunnel et de ses approches. Une de celles-ci était, dans le voisinage de Cuzco, masquée aujourd’hui et défiant toute tentative pour la découvrir. Elle conduit directement à un immense tunnel, allant de Cuzco à Lima et qui tournant ensuite vers le Sud, s’étend jusqu’en Bolivie. À un certain endroit, ce tunnel est intercepté par un tombeau royal. À l’intérieur de cette chambre sépulcrale sont habilement disposées deux portes, ou plutôt deux énormes dalles qui tournent sur des pivots et qui joignent si parfaitement qu’on ne peut les distinguer des autres portions de la muraille chargée de sculptures, qu’à des signes secrets dont la clé est dans la possession de gardiens fidèles. Une de ces dalles tournantes couvre l’entrée méridionale du tunnel de Lima, et l’autre l’entrée septentrionale du couloir Bolivien. Ce dernier, courant vers le Sud, passe par Tarapaca et Cobijo, car Arica n’est pas loin de la petite rivière nommée Pay’quina (583b), qui est la limite entre le Pérou et la Bolivie.

Non loin de cet endroit, se trouvent trois sommets séparés, qui forment un singulier triangle; ils sont compris dans la chaîne des Andes. Suivant la tradition, la seule entrée praticable du tunnel qui conduit au nord, se trouve dans l’une de ces cimes ; mais sans connaître le secret de ses points de repère, un régiment de Titans chercherait vainement à remuer les rochers pour la découvrir. Mais, même dans le cas où quelqu’un parviendrait à découvrir l’entrée et à trouver le chemin jusqu’à la dalle tournante du mur du sépulcre, afin de la faire sauter, les rochers qui surplombent sont disposés de façon à ensevelir le tombeau, ses trésors, et, suivant l’expression du mystérieux Péruvien, « toute une armée de guerriers », dans une ruine commune. Il n’existe pas d’autre accès à la chambre d’Arica que par la porte dans la montagne près de Pay’quina. Tout le long du souterrain, depuis la Bolivie jusqu’à Cuzco et à Lima, se trouvent d’autres cachettes, plus petites, remplies d’or et de pierres précieuses d’une valeur incalculable accumulées là par des nombreuses générations d’Incas.

Nous possédons un plan très exact du tunnel, du sépulcre et des entrées, qui nous fut donné dans le temps par le vieux Péruvien. Si jamais nous avions eu la pensée de profiter de ce secret, nous aurions eu besoin de l’ample concours des gouvernements Péruvien et Bolivien. Sans parler des obstacles physiques à surmonter, aucun individu ni un petit groupe ne pourrait entreprendre une pareille exploration, sans avoir à lutter contre les bandes de malfaiteurs et de brigands qui infestent la côte, et qui, de fait, comprennent presque toute la population. Le seul fait de purifier l’air méphitique du tunnel où l’on n’a pas pénétré depuis des siècles, offrirait déjà de sérieuses difficultés. C’est là pourtant que gît le trésor, et la tradition dit qu’il y restera jusqu’à ce que le dernier vestige de la domination espagnole ait disparu de toute l’Amérique du Nord et du Sud.

Les trésors exhumés par le Dr Schliemann à Mycènes ont réveillé la cupidité populaire, et les regards d’aventureux spéculateurs se sont tournés vers les localités où l’on suppose que la richesse des peuples de l’antiquité est enfouie dans des cryptes ou des souterrains, ou sous le sable ou les dépôts d’alluvion. Or, il n’est pas de localité, voire même au Pérou, où les traditions soient si nombreuses qu’autour du désert de Gobi. Dans la Tartarie indépendante, ce désert immense de sable était autrefois, si la tradition dit vrai, le siège d’un des plus riches empires que le monde ait jamais vus. On prétend que sous sa surface se trouvent des richesses inouïes, or, bijoux, statues, armes et ustensiles, et tout ce qui dénote la civilisation, le luxe et les arts, au point que nulle capitale de la chrétienté, aujourd’hui, ne pourrait rivaliser avec elles. Les sables de Gobi se meuvent régulièrement de l’est à l’ouest sous l’action des furieux vents qui y règnent continuellement. De temps en temps quelques-uns de ces trésors cachés sont mis à découvert ; mais aucun naturel n’oserait y toucher, car le district tout entier est sous le coup d’un charme puissant. La mort serait la peine encourue. Les bahtis, gnomes hideux, mais fidèles, gardent les trésors cachés de ce peuple préhistorique, en attendant l’époque où la révolution des périodes cycliques fera connaître leur histoire pour l’instruction de l’humanité.

D’après la tradition locale, la tombe de Ghengis Khan existe encore près du lac Tabasun-Nor. Dans l’intérieur repose l’Alexandre Mongol comme endormi. Dans trois siècles il se réveillera, et conduira son peuple à de nouvelles victoires, et à une nouvelle moisson de gloire. Bien que cette tradition prophétique doive être naturellement accueillie avec toutes sortes de réserves, nous affirmons, comme une chose certaine, que le tombeau en lui-même n’est pas une fiction, et que son étonnante richesse n’est nullement exagérée.

Le district du désert de Gobi et, de fait, toute l’étendue de la Tartarie indépendante et du Tibet sont jalousement gardés contre l’intrusion étrangère. Ceux qui sont autorisés à les traverser sont placés sous la garde spéciale et sous la conduite de certains agents de l’autorité supérieure, et sont tenus à ne fournir au monde extérieur aucun renseignement sur les lieux ou sur les personnes. N’était cette restriction, nous pourrions nous- mêmes apporter ici des récits d’explorations, d’aventures et de découvertes qui intéresseraient le lecteur. Tôt ou tard, le moment viendra où le sable du désert révélera ses secrets si longtemps ensevelis ; à ce moment notre vanité moderne souffrira plus d’une mortification inattendue.

« Le peuple de Pashai », dit Marco Polo (584b), le hardi voyageur du XIIIème siècle « est grand adepte de sorcellerie et d’arts diaboliques ». Et son savant éditeur ajoute : « Ce Pashai ou Udyana était le pays natal de Padma Sambhava, un des principaux apôtres du lamaïsme, c’est-à-dire du Bouddhisme Tibétain et un grand maître en fait d’enchantements. Les doctrines de Sakya, telles qu’elles prévalaient autrefois dans l’Udyâna étaient probablement fortement teintées de magie Sivaïtique, et les Tibétains considèrent encore cette contrée comme la terre classique de la sorcellerie ».

Les « temps anciens » sont exactement comme les « temps modernes » ; rien n’est changé en ce qui concerne les pratiques magiques, excepté qu’elles sont devenues plus ésotériques et cachées, et que les précautions des adeptes ont grandi en proportion de la curiosité des voyageurs. Hiouen-Thsang dit des habitants : « Les hommes… aiment l’étude, mais ils ne s’y livrent pas avec ardeur. La science des formules magiques est devenue pour eux une profession régulière dont ils vivent (585b) ». Nous ne contredirons pas sur ce point le vénérable pèlerin chinois, et nous sommes tout disposés à admettre qu’au VIIème siècle quelques individus faisaient de la magie une « profession » ; aujourd’hui encore quelques personnes font de même ; mais ce ne sont certainement pas les vrais adeptes. Ce n’est pas Hiouen-Thsang, l’homme pieux et courageux, qui risqua sa vie cent fois pour avoir le bonheur de voir l’ombre du Bouddha dans le souterrain de Peshawar, qui accuserait les saints lamas et les moines thaumaturges de « faire métier » de montrer cette ombre aux voyageurs. L’injonction de Gautama, contenue dans sa réponse au roi Prasenagit son protecteur, qui l’engageait à faire des miracles, doit avoir toujours été présente à l’esprit de Hiouen-Thsang. « Grand roi, lui dit Gautama, je n’enseigne pas la loi à mes disciples en leur disant : « Allez, ô saints, et accomplissez au moyen de vos pouvoirs surnaturels, devant les yeux des Brahmanes et des notables, des miracles plus grands qu’aucun homme n’en peut faire ». En leur enseignant la loi, je leur dis : « Allez, ô saints, cachant vos bonnes œuvres et laissant voir vos faiblesses ».

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