L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE

Partie 1 Partie 2 Partie 3 Partie 4 Partie 5 Partie 6 Partie 7
Partie 8 Partie 9 Partie 10 Partie 11 Partie 12 Partie 13

Lorsque nous lisons d’abord que, « dans la cavité du crâne du Macroprosopos – la longue Face – gît cachée la SAGESSE aérienne, qui n’est nulle part ouverte ; et qu’elle n’est ni découverte, ni manifeste » ; ou encore que « le nez de « l’ancien des jours » est la Vie dans toutes ses parties », nous sommes portés à le considérer comme l’incohérente divagation d’un fou. Et lorsqu’en outre, le Codex Nazareus (560b) nous apprend qu’elle (Spiritus) invite son fils Karabtanos, « qui est fou et sans jugement » à un crime contre nature avec sa propre mère, nous sommes assez disposés à mettre le livre de côté avec dégoût. Mais n’est-ce que cette bêtise sans nom qui est exprimée dans ce langage rude, voire même obscène ? On ne peut pas plus le juger par les apparences extérieures, que les symboles sexuels des religions égyptienne et hindoue, ou la grossière franchise d’expression de la Sainte Bible elle-même. Pas plus, également, que l’allégorie d’Eve et du serpent tentateur d’Eden. L’esprit inquiet, toujours mobile et insinuant, dans sa « descente dans la matière », tente Eve ou Hava, qui représente la matière chaotique, « folle et sans jugement ». Car la matière, Karabtanos, est le fils de l’Esprit, ou le spiritus des Nazaréens, la Sophia-Achamofh, et celle-ci est la fille de l’esprit intellectuel pur, le souffle divin. Lorsque la science aura effectivement démontré l’origine de la matière, et prouvé l’erreur des occultistes et des anciens philosophes qui soutiennent (comme le font aujourd’hui leurs descendants), que la matière n’est qu’une des corrélations de l’esprit, alors le monde des sceptiques aura le droit de rejeter l’antique Sagesse ou de jeter l’accusation d’obscénité à la face des religions anciennes.

« De temps immémorial, dit Mrs Lydia Maria Child, un emblème a été honoré d’un culte dans l’Hindoustan, comme le type de la création, ou la source de la vie. C’est le symbole commun de Siva [Bala, ou Maha-Deva], et il est universellement lié à son culte… Siva n’était pas seulement le reproducteur des formes humaines ; il représentait le Principe Fructificateur, le Pouvoir Générateur qui pénètre tout l’univers… De petites images de cet emblème, sculptées en ivoire, en or ou en cristal sont portées autour du cou comme ornement… L’emblème maternel est également un type religieux ; et les adorateurs de Vishnou le représentent sur leur front, au moyen d’une marque horizontale… Faut-il s’étonner qu’ils envisagent avec vénération le grand mystère de la naissance de l’homme ? Sont-ils impurs parce qu’ils l’envisagent ainsi ? Ou est-ce nous qui sommes impurs de ne pas le considérer de la sorte ? Nous avons voyagé au loin, et les routes ont été souillées, depuis que les anciens anachorètes ont pour la première fois parlé de Dieu et de l’âme, dans les profondeurs solennelles de leurs sanctuaires primitifs. Ne nous moquons pas de leur manière de rechercher la Cause Infinie et Incompréhensible, à travers tous les mystères de la Nature, de peur qu’en agissant ainsi nous ne jetions l’ombre de notre propre grossièreté sur leur simplicité patriarcale (561) ».

Nombreux sont les savants qui ont essayé de leur mieux de rendre justice à l’Inde antique. Colebrooke, Sir William Jones, Barthelemy Saint-Hilaire, Lassen, Weber, Strange(), Burnouf, Hardy, et finalement Jacolliot, ont tous apporté leur témoignage en faveur de ses belles œuvres en matière de législation, d’éthique, de philosophie et de religion. Aucun peuple n’est parvenu à une aussi remarquable grandeur de pensée, dans les conceptions idéales de la Divinité et de son produit, l’HOMME, que les métaphysiciens et les théologiens Sanscrits. « Mes reproches contre beaucoup de traducteurs et d’Orientalistes, dit Jacolliot, sont, tout en admirant leur profond savoir, que n’ayant pas vécu dans l’Inde, ils manquent d’exactitude dans l’expression et la compréhension du sens symbolique des chants poétiques, des prières, et des cérémonies, et tombent ainsi trop souvent dans des erreurs matérielles, soit de traduction soit d’appréciation (562) ». Plus loin, cet auteur qui, par suite d’un long séjour dans l’Inde et de l’étude de sa littérature, est plus à même de l’apprécier et a mieux qualité pour en témoigner que ceux qui n’y ont jamais été, nous dit que « l’existence de plusieurs générations suffirait à peine pour lire les œuvres que l’Inde ancienne nous a laissées sur l’histoire, la morale, la poésie, la philosophie, la religion, différentes sciences et la médecine ». Et cependant Louis Jacolliot n’a pu en juger que par les quelques fragments qu’il a pu examiner grâce à la complaisance et à l’amitié de quelques Brahmanes avec lesquels il s’était lié. Lui montrèrent-ils tous leurs trésors ? Lui ont-ils expliqué tout ce qu’il aurait désiré apprendre ? Nous en doutons, car sans cela il n’aurait pas jugé leurs cérémonies religieuses avec autant de précipitation qu’il l’a souvent fait, simplement, sur des preuves accessoires.

Néanmoins, aucun voyageur n’a fait preuve d’autant de loyauté et d’impartialité à l’égard de l’Inde, que Jacolliot. S’il est sévère pour sa dégradation actuelle, il est encore plus sévère pour ceux qui en ont été la cause, la caste sacerdotale des derniers siècles, et ses reproches sont proportionnés à l’intensité de son appréciation de sa grandeur passée. Il fait connaître les sources d’où provenaient les révélations de toutes les anciennes croyances, y compris les Livres inspirés de Moise, et c’est l’Inde qu’il indique directement comme le berceau de l’humanité, la mère des astres nations, et le foyer de tous les arts et de toutes les sciences Perdus de l’antiquité, pour laquelle, déjà, l’Inde antique elle-même était perdue dans la nuit Cimmérienne des âges archaïques. « Etudier l’Inde, dit-il, c’est remonter l’humanité jusqu’à sa source ».

« De même que notre société moderne se heurte à chaque pas aux souvenirs de l’antiquité, de même que nos poètes ont copié Homere et Virgile, Sophocle et Euripide, Plaute et Terence, que nos philosophes se sont inspirés de Socrate, de Pythagore, de Platon et d’Aristote, que nos historiens prennent Tite Live, Salluste ou Tacite() pour modèles, nos orateurs, Demosthenes ou Ciceron ; que nos médecins étudient encore Hippocrate, et que nos codes traduisent Justinien. De même l’antiquité a eu, elle aussi, une antiquité qu’elle a étudiée, imitée et copiée. Quoi de plus simple et de plus logique ? Est-ce que les peuples ne procèdent pas tous les uns des autres. Est-ce que les connaissances péniblement conquises par une nation se circonscrivent sur son territoire, et meurent avec la génération qui les a acquises ? Est-ce qu’il peut être enfin insensé de prétendre que l’Inde il y a 6.000 ans, brillante, civilisée, regorgeant de population, a imprimé sur l’Egypte, la Perse, la Judée, la Grèce et Rome, un cachet aussi ineffaçable, des traces aussi profondes, que celles que ces dernières ont laissées parmi nous ? ».

« Il est temps d’en finir avec ces préjugés qui nous représentent les anciens comme arrivés presque spontanément aux idées philosophiques, religieuses et morales les plus élevées ; avec ces préjugés qui expliquent tout, dans leur admiration naïve, à l’aide de l’intuition de quelques grands hommes, dans le domaine scientifique, artistique et littéraire ; et dans le domaine religieux à l’aide de la révélation (563) »

Nous croyons que le jour n’est pas éloigné, où les adversaires de ce subtil et savant écrivain seront réduits au silence par la force d’une irréfutable évidence. Et lorsque les faits auront une bonne fois confirmé ses théories et ses assertions, que trouvera le monde ? Que c’est à l’Inde, la contrée la moins explorée et la moins connue de toutes, que toutes les autres nations sont redevables de leur langage, de leurs arts, de leur littérature et de leur civilisation. Ses progrès, arrêtés quelques siècles avant notre ère, car, ainsi que le dit cet auteur, à l’époque du grand conquérant Macédonien « l’Inde avait déjà traversé la période de sa splendeur », furent complètement étouffés dans les siècles suivants. Mais les preuves de ses gloires passées se trouvent dans sa littérature. Quel est le peuple dans tout le globe qui puisse se vanter d’une pareille littérature, qui serait bien plus étudiée qu’elle ne l’est aujourd’hui, si le sanscrit était moins difficile ? Jusqu’à présent, le public en général a dû s’en rapporter, pour être renseigné, à quelques rares savants qui, malgré leur grande science et leur véracité, ne pouvaient être à la hauteur de la tâche de traduire et de commenter autre chose, que quelques livres sur l’innombrable quantité qui, en dépit du vandalisme des missionnaires, sont encore restés pour montrer le puissant développement de la littérature sanscrite. Or, même pour accomplir cette œuvre dans ces limites, il faudrait l’existence entière d’un Européen. Il en résulte que le monde juge et apprécie à la hâte, et qu’il commet souvent les plus ridicules méprises.

Tout récemment, un certain Révérend Dunlop Moore de New Brighton Pa, voulant montrer à la fois son habileté et sa piété, attaqua la déclaration faite par un Théosophe, dans un discours prononcé à la cérémonie de l’incinération du baron de Palm, que le Code de Manou existait un millier d’années avant Moise. « Tous les Orientalistes de quelque valeur, dit-il, sont d’accord maintenant à reconnaître que les Lois de Manou ont été écrites à différentes époques. La partie la plus ancienne de cette collection date probablement du XVIème siècle avant l’ère chrétienne (564b) ». Quoi que puissent penser les autres Orientalistes visés par ce lettré Pensylvanien, Sir William Jones est d’un avis différent. « Il est clair, dit-il dans la Préface à ses Ordonances of Manu, que puisque ces lois ne comportent que 2.685 vers, elles ne peuvent pas être la totalité de l’œuvre attribuée à Soumati, laquelle est probablement celle désignée sous le nom de Vriddha Manava, ou Ancien Code du Manou, qui n’a pas encore été entièrement reconstruite, quoique beaucoup de passages du livre aient été conservés par tradition, et soient souvent cités par les commentateurs ».

« Nous lisons dans la préface d’un traité sur la législation par Narada, dit Jacolliot, préface écrite par un de ses adeptes, un des complaisants du pouvoir Brahmanique : Manou ayant écrit les lois de Brahma en cent mille slokas ou distiques, qui comprenaient vingt-quatre livres et mille chapitres, donna l’ouvrage à Narada, le sage parmi les sages, qui l’abrégea pour l’usage du genre humain en douze mille vers, qu’il donna à un fils de Brighou nommé Soumati, lequel, pour la plus grande facilité de la race humaine, les réduisit à quatre mille (565) ».

Nous avons ici l’opinion de Sir William Jones qui, en 1794, affirmait que les fragments en la possession des Européens ne pouvaient pas être l’Ancien Code de Manou, et celle de Louis Jacolliot qui, en 1868, après avoir consulté toutes les autorités, auxquelles il ajoutait le résultat de ses propres, longues et patientes recherches, écrivait ce qui suit : « Les lois hindoues furent codifiées par Manou, plus de 3.000 ans avant l’ère chrétienne, copiées par toute l’antiquité, et surtout par Rome, qui seule nous a laissé des lois écrites, le Code de Justinien ; lequel a été adopté comme base par toutes les législations modernes (566) ».

Dans un autre volume intitulé Christna et le Christ, en prenant à partie scientifiquement un adversaire pieux, bien que fort instruit, M. Textor de Ravisi, qui cherche à démontrer que l’orthographe du nom Christna n’est pas conforme à l’épellation sanscrite, et qui a le dessous dans ce débat, Jacolliot fait la remarque suivante : « Nous savons que le législateur Manou se perd dans la nuit de la période anté-historique de l’Inde ; et que pas un Indianiste n’a osé lui contester le titre du plus ancien législateur du monde » (p. 350).

Lire la suite … partie 4
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer