Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE
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Tels furent les résultats de cette ancienne et imposante civilisation Brahmanique. Qu’avons-nous à offrir en comparaison ? À côté de ces majestueuses œuvres du passé, que pouvons-nous mettre en parallèle qui puisse paraître assez grandiose et sublime pour justifier nos prétentions de supériorité sur d’ignorants ancêtres ? Auprès des inventeurs de la géométrie et de l’algèbre, des constructeurs du langage humain, des pères de la philosophie, des premiers maîtres de la religion, des adeptes de la science psychologique et physique, combien petits paraissent même les plus grands de nos biologistes et de nos théologiens ! Que l’on nous cite une découverte moderne quelle qu’elle soit et nous nous faisons forts de dire qu’il n’est pas nécessaire de chercher longtemps dans l’histoire de l’Inde pour en trouver le prototype dans ses annales. Nous en sommes à la transition de la science à moitié achevée, et cherchant à faire concorder nos idées avec les théories de la corrélation des forces, de la sélection naturelle, de la polarité atomique et de l’évolution. Et voici, pour railler notre vanité, nos appréhensions et notre désespoir, que nous lisons ce que disait Manou, 10.000 ans peut-être avant la naissance du Christ :
« Le premier germe de vie fut développé par l’eau et la chaleur ». (Manou, livre Ier, Sloka, 8, 9).
« L’eau monte vers le ciel à l’état de vapeurs ; du soleil elle retombe en pluie, de la pluie naissent les plantes, et des plantes les animaux ». (Livre III, Sloka, 78).
« Chaque être acquiert les qualités de celui qui le précède immédiatement, de telle manière que, plus un être s’éloigne de l’atome primitif de sa série, plus il possède de qualités et de perfections ». (Livre I », Sloka, 20).
« L’homme traverse l’univers, en montant graduellement, et passant par les rochers, les plantes, les vermisseaux, les insectes, les poissons, les serpents, les tortues, les animaux sauvages, le bétail et les animaux supérieurs… C’est le degré inférieur ». (Livre XII, Sloka 42).
Telles sont les transformations déclarées depuis la plante jusqu’à Brahma, qui doivent s’opérer en ce monde. (Livre I, Sloka 50).
« Le Grec, dit Jacolliot, n’est que le Sanscrit. Phidias et Praxitele ont étudié en Asie les chefs-d’œuvre de Daouthia, Ramana et Aryavosta. Platon disparaît devant Jaimini et Veda-Vyasa, qu’il copie littéralement. Aristote est mis dans l’ombre par le Pourva-Mimansa et l’Outtara-Mimansa dans lesquels on trouve tous les systèmes de philosophie que nous nous occupons actuellement à rééditer, depuis le Spiritualisme de Socrate et de son école, le scepticisme de Pyrrhon, Montaigne et Kant jusqu’au positivisme de Littré.
« Que ceux qui doutent de l’exactitude de cette dernière affirmation lisent cette phrase prise textuellement dans l’Outtara Mimansa, ou Védanta de Vyasa, qui vivait à une époque que la chronologie Brahmanique fixe à 10.400 ans avant notre ère.
« Nous ne pouvons qu’étudier les phénomènes, les vérifier et les considérer comme relativement vrais, mais rien dans l’univers, ni par perception, ni par induction, ni par les sens, ni par le raisonnement n’étant capable de démontrer l’existence d’une Cause Suprême qui pourrait, à un certain point du temps, avoir donné naissance à l’univers, la Science n’a à discuter ni la possibilité, ni l’impossibilité de cette Cause Suprême (615) ».
C’est ainsi que graduellement, mais sûrement, toute l’antiquité sera réhabilitée. La vérité sera soigneusement débarrassée des exagérations ; bien des choses qu’on traite aujourd’hui de fiction, seront démontrées être des faits, et on reconnaîtra que les « faits et lois » de la science moderne appartiennent aux limbes des mythes surannés. Lorsque, des siècles avant notre ère, l’hindou Brahmagoupta affirmait que la sphère étoilée était immobile, et que le lever et le coucher quotidien des astres confirme le mouvement de la terre sur son axe ; et lorsque Aristarque de Samos, né 27 ans avant Jésus-Christ, et le philosophe Pythagoricien Niceta de Syracuse soutenaient la même chose, quel crédit a-t-on accordé à leurs théories, jusqu’à l’époque de Copernic et de Galilee ? Et combien de temps le système de ces deux princes de la Science, système qui a révolutionné le monde entier, restera-t-il un tout complet et ininterrompu ? N’avons-nous pas à l’heure présente en Allemagne, un savant, un professeur Shoepfer, qui essaie de démontrer dans des conférences publiques à Berlin : 1° que la terre est immobile ; 2° que le soleil n’est qu’un peu plus grand qu’il ne paraît ; et 3° que Tycho-Brahe avait parfaitement raison, et Galilee tout à fait tort (616) ? Or, quelle était la théorie de Tycho-Brahe ? Que la terre se tient immobile au centre de l’univers, et qu’autour d’elle, comme autour de son centre, toute la voûte céleste gravite toutes les vingt-quatre heures ; et finalement, que le soleil et la lune, outre ce mouvement, procèdent sur des lignes courbes qui leur sont spéciales, tandis que Mercure, avec le reste des planètes, décrit une épicycloïde.
Nous n’avons certainement pas l’intention de perdre notre temps, ni la place, pour réfuter ou soutenir cette nouvelle théorie, que nous soupçonnons fort de ressembler à celles déjà anciennes d’Aristote, et même du vénérable Bede. Nous laisserons la savante armée des académiciens modernes « laver leur linge sale en famille », pour nous servir de l’expression du grand Napoleon. Mais nous nous prévaudrons, néanmoins, de l’excellente occasion que nous fournit cette défection, pour demander une fois de plus à la science son diplôme ou son brevet d’infaillibilité. Hélas, sont-ce donc là les résultats du progrès tant vanté ?
Ce n’est que tout dernièrement, par les choses que nous avons observées, confirmées par le témoignage d’une multitude de témoins, que nous avons timidement risqué l’assertion que des tables, des médiums et des fakirs hindous étaient parfois lévités. Et lorsque nous ajoutions que, si de pareils phénomènes ne se produisaient même qu’une fois dans le courant d’un siècle, « sans cause mécanique visible, cette élévation est la manifestation d’une loi naturelle, que nos savants ignorent encore », on nous traita « d’iconoclaste » et on nous accusa, à notre tour, dans les journaux, d’ignorer les lois de la gravitation. Iconoclastes ou non, nous n’avons jamais pensé à accuser la science de nier la rotation de la terre sur son axe, ni sa révolution autour du soleil, nous pensions au moins voir ces deux flambeaux installés et entretenus jusqu’à la fin des temps dans le phare académique. Mais, hélas ! voici qu’un professeur de Berlin arrive et détruit notre dernier espoir de voir la Science prouver son exactitude au moins sur un point. Le cycle, certes, est parvenu à son point le plus bas, et une nouvelle ère commence. La terre est immobile, et Josue est justifié !
Jadis, en 1876, le monde croyait à la force centrifuge, et la théorie newtonienne, qui expliquait l’aplatissement des pôles par le mouvement de rotation de la terre autour de son axe, était orthodoxe. Suivant cette hypothèse, on croyait que la plus grande partie de la masse du globe gravitait vers l’équateur ; et, à son tour, la force centrifuge, agissant de toute sa puissance sur cette masse, la forçait à se concentrer autour de l’équateur. De cette manière les savants crédules s’imaginaient que la terre tournait autour de son axe, car s’il en avait été autrement, il n’existerait pas de force centrifuge, et, sans cette force, il n’y aurait pas de gravitation vers les latitudes équatoriales. C’était une des preuves admises du mouvement de rotation de la terre, et c’est cette déduction, jointe à plusieurs autres, que le professeur de Berlin déclare « rejeter, de concert avec bien d’autres savants ».
« N’est-il pas ridicule, Messieurs, dit-il, que, nous fiant à ce qui nous a été enseigné à l’école, nous ayons accepté la rotation de la terre autour de son axe, comme un fait pleinement démontré, alors que rien ne le prouve, et que cela ne peut pas être démontré ? N’est-il pas étonnant que les savants du monde instruit, à commencer par Copernic et Kepler, aient accepté dès le principe un mouvement de cette nature et en soient encore, trois siècles et demi plus tard, à rechercher les preuves de ce fait ? Mais hélas, il fallait s’y attendre nous avons beau chercher, nous n’en trouvons aucune. Tout, tout est en vain !
Ainsi, d’un seul coup, le monde perd son mouvement de rotation, et l’univers est dépouillé de ses gardiens et protecteurs, les forces centrifuge et centripète. Bien plus, l’éther lui-même, rejeté de l’espace, n’est qu’un « mensonge », un mythe né de la mauvaise habitude d’employer des mots creux et vides ; le soleil est un imposteur, qui a des prétentions à des dimensions auxquelles il n’a pas droit ; les étoiles sont des points étincelants, et « ont été ainsi expressément disposées à des distances considérables les unes des autres par le Créateur de l’univers, probablement avec l’intention de leur faire éclairer simultanément les vastes espaces sur la surface de notre globe », dit le Dr Shoëpfer.
En sommes-nous donc à ce point que trois siècles et demi n’aient pas suffi aux hommes de science pour édifier une théorie qu’aucun professeur d’université n’oserait attaquer ? Si l’astronomie, l’unique science fondée sur l’inébranlable base des mathématiques, la seule de toutes qui soit réputée aussi infaillible et inattaquable que la vérité elle-même, peut être ainsi, avec irrévérence, accusée de tromperie, qu’avons-nous donc gagné à discréditer Platon au profit des Babinet(s) ? Comment donc se risquera-ton à rallier le plus humble observateur qui, honnête et intelligent à la fois, viendra dire qu’il a vu un phénomène médiumnique ou magique ? Et comment osera-t-on assigner des « limites à l’examen philosophique », limites que l’on ne saurait dépasser légitimement ? Et ces faiseurs d’hypothèses en désaccord les uns avec les autres se permettent encore d’accuser les géants intellectuels du passé, qui maniaient les forces de la nature comme des Titans constructeurs de mondes, et portaient la race mortelle à une telle hauteur, qu’elle s’y alliait avec les dieux ! Etrange destinée d’un siècle qui se glorifie d’avoir élevé la science exacte au sommet de la renommée, et que l’on invite maintenant à retourner en arrière et à recommencer à apprendre son A. B. C.
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