Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE
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« Stephano – De quoi s’agit-il ? Avons-nous des diables ici ? Voulez-vous nous en imposer avec les sauvages et les hommes de l’Inde ? »
The Tempest, acte II, sc. 2.
« Nous avons maintenant, autant que cela est nécessaire pour notre but, étudié la Nature et les fonctions de l’âme ; et nous avons nettement démontré qu’elle est une substance distincte du corps. »
Dr Henry MORE, Immortalité de l’âme, 1659.
Le savoir est une puissance ; l’ignorance est une imbécillité.
E. HARDINGE-BRITTEN, Pays des Fantômes.
Pendant bien des siècles la « doctrine secrète » a été, comme le symbolique « homme des douleurs » du prophète Isaie. « Qui donc a ajouté foi à nos paroles ? » a été la question de ses martyrs, une génération après l’autre. La doctrine s’est développée à la face de ses persécuteurs, « comme un frêle arbuste, un rejeton qui sort d’une terre desséchée. Il n’avait ni beauté ni attrait… Il était méprisé, abandonné des hommes… comme un objet à la vue duquel on se couvre le visage ; et nous n’avons fait aucun cas de lui (541) ».
Point n’est nécessaire d’entamer une controverse pour savoir si cette doctrine est ou non, d’accord avec les tendances iconoclastes des sceptiques modernes. Elle est d’accord avec la vérité, et cela suffit. Il serait oiseux d’espérer que ses détracteurs et ses calomniateurs y ajoutent foi. Mais la tenace vitalité qu’elle manifeste dans le monde entier, partout où il y a un groupe d’hommes pour la discuter, est la meilleure preuve que la semence, jetée par nos pères « d’au-delà du déluge » était celle d’un chêne robuste, et non le germe d’une théologie fongoïde. Aucun éclair lancé par le ridicule, et jamais foudre forgée par les Vulcains de la science n’ont été assez puissants pour renverser ou éclater le tronc, ou même imprimer un stigmate sur les branches de l’arbre universel de la CONNAISSANCE.
Nous n’avons qu’à ignorer la lettre qui tue, et à saisir l’esprit subtil de la sagesse cachée, pour trouver dissimulées dans les Livres d’Hermès (qu’ils soient l’original ou la copie de tous les autres) les preuves d’une vérité et d’une philosophie que nous avons l’intuition d’être basées sur les lois éternelles. Nous comprenons instinctivement que, quelque bornés que soient les pouvoirs de l’homme, durant son incarnation, ils doivent être en relation étroite avec les attributs d’une Divinité infinie ; et nous devenons capables de mieux apprécier le sens caché du don octroyé par l’Elohim à Adam. « Voici, je t’ai donné tout ce qui se trouve sur la surface de la terre… Soumets-le et exerce ton empire sur TOUT (542) … ».
Si les allégories contenues dans les premiers chapitres de la Genèse avaient été mieux comprises, même dans leur sens géographique et historique, qui n’implique rien d’ésotérique, les droits de leurs véritables interprètes, les cabalistes, n’auraient pas été si longtemps méconnus. Tout étudiant de la Bible doit savoir que le premier et le second chapitres de la Genèse ne peuvent pas être sortis de la même plume. Ce sont évidemment des allégories et des paraboles (543), car les deux récits de la création et du peuplement de la terre se contredisent diamétralement dans presque tous les détails d’ordre, de temps, de place et des méthodes suivies dans la prétendue création. En acceptant ces narrations au pied de la lettre et dans leur ensemble, nous rabaissons la dignité de la Divinité inconnue. Nous la faisons descendre au niveau de l’humanité, et nous la dotons de la personnalité particulière de l’homme, qui a besoin de « la fraîcheur du jour » pour se délasser ; qui se repose de ses fatigues ; et qui est susceptible de colère, de désir de vengeance et même de prendre des précautions contre l’homme, « de peur qu’il n’avance la main, et ne prenne aussi de l’arbre de vie ». (Ce qui, soit dit en passant, indique de la part de Dieu la pensée que l’homme pouvait le faire, s’il n’en avait été empêché par la force). Mais en reconnaissant la nuance allégorique de la description de ce que l’on peut appeler des faits historiques, nous nous trouvons aussitôt sur un terrain solide.
Et d’abord, en tant que localité, le jardin de l’Eden n’est pas du tout un mythe ; il appartient à ces points de repère de l’histoire, qui, de temps en temps, laissent voir à celui qui étudie la Bible, que tout n’y est pas une simple allégorie. L’Eden ou le גן-עדן Gan-Eden hébreu, ce qui signifie le parc ou le jardin d’Eden, est un nom archaïque de la contrée arrosée par l’Euphrate et ses nombreux bras, de l’Asie et l’Arménie à la mer Erythrée. Dans le Livre chaldéen des Nombres, sa situation est indiquée en nombres, et dans le manuscrit chiffré des Rose croix, laissé par le comte de Saint-Germain, il est complètement décrit. Dans les Tablettes assyriennes il est dénommé Gan-Dunias (544b). Voyez, disent les Elohim de la Genèse, « l’homme est devenu comme l’un de nous ». L’Elohim peut être accepté dans un sens pour dieux ou puissances, et dans un autre il peut être interprété par Aleim ou prêtres : les hiérophantes initiés dans le bien et le mal de ce monde ; car il y avait un collège de prêtres appelés Aleim, et le chef de leur caste ou le maître des hiérophantes portait le titre de Yava Aleim. Au lieu de devenir un néophyte, et d’obtenir graduellement ses connaissances ésotériques par une initiation régulière, un Adam ou homme, fait usage de ses facultés d’intuition, et, poussé par le Serpent – la Femme et la matière – il goûte au fruit de l’Arbre de la Science, la doctrine ésotérique ou secrète, d’une façon illégitime. Les prêtres d’Hercule, ou MelHarth, le « Seigneur » de l’Eden, portaient tous des « tuniques de peau ». Le texte dit : « Et Yava-Aleim fit pour Adam et sa femme כתנות עור CHITONOUTH-OUR ». Le premier mot Hébreu chitoun est le même que le grec χιτων, chiton. Il devint un mot slave par adoption de la Bible et il veut dire un manteau, un vêtement de dessus.
Bien qu’elle renferme le même substratum de vérité ésotérique que toutes les autres cosmogonies primitives, l’Ecriture Hébraïque porte en elle les marques de sa double origine. Sa genèse est tout simplement une réminiscence de la captivité de Babylone. Les noms de lieux, des hommes et même des objets se retrouvent dans le texte original des Chaldéens et des Akkadiens leurs ancêtres et leurs maîtres Aryens. On conteste énergiquement que les tribus Akkadiennes de Chaldée, de Babylonie et d’Assyrie aient eu le moindre lien de parenté avec les Brahmanes de l’Hindoustan ; mais il y a plus de preuves en faveur de cette opinion que de l’autre. On aurait peut-être dû nommer les Sémites ou Assyriens des Touraniens et on a appelé les Mongols des Scythes. Mais, si les Akkadiens n’ont jamais existé, ailleurs que dans l’imagination de quelques philologues et ethnologues, ils n’ont certainement jamais été une tribu Touranienne, comme quelques Assyriologues ont cherché à nous le faire croire. C’étaient de simples émigrants allant de l’Inde, le berceau de l’humanité, vers l’Asie Mineure, où leurs adeptes sacerdotaux s’étaient arrêtés pour civiliser et initier un peuple barbare. Halevy (545b) a démontré l’erreur de la manie Touranienne, en ce qui concerne le peuple Akkadien, dont le nom, lui-même, a déjà changé une douzaine de fois ; et d’autres savants ont prouvé que la civilisation Babylonienne n’était pas née dans cette contrée et ne s’y était pas développée. Elle y fut importée de l’Inde, et les importateurs furent des Hindous Brahmaniques.
L’opinion du professeur A. Wilder est que, si les Assyriens avaient été dénommés des Touraniens et les Mongols des Scythes, les guerres d’Iran et de Turan, de Zohak et Jemshid ou Yima auraient alors certainement été comprises comme la lutte des anciens Perses contre les entreprises des Satrapes Assyriens pour conquérir leur pays, lutte qui se termina par la chute de Ninive, ou « l’araignée tissait sa toile dans le palais d’Afrasiab (546) ».
« Le Touranien du professeur Muller et de son école, ajoute notre correspondant, était évidemment le Caucasien nomade et sauvage, duquel sont issus les constructeurs Chamites et Ethiopiens ; puis les Sémites, peut-être une race hybride de Chamites et d’Aryens ; et enfin les Aryens, Mèdes, Perses et Hindous ; et plus tard encore les peuples Goths et Slaves d’Europe. Il suppose que les Celtes étaient des hybrides, analogues aux Assyriens, entre les envahisseurs Aryens de l’Europe et les populations Ibériques (probablement Ethiopiennes) d’Europe ». Dans ce cas, il doit admettre la possibilité de ce que nous disons : que les Akkadiens étaient une tribu des Hindous primitifs. Or, qu’ils fussent Brahmanes du planisphère Brahmanique proprement dit (40 degrés de latitude Nord) ou de l’Inde (Hindoustan), ou, encore, de l’Inde de l’Asie Centrale, c’est ce que nous laisserons aux philologues des siècles futurs le soin d’élucider.
Une opinion qui, pour nous, est une certitude démontrée par la méthode d’induction qui nous est propre, et que nous craignons de voir médiocrement appréciée par les méthodes orthodoxes de la science moderne, est fondée sur ce qui semblera, à cette dernière, une preuve purement de circonstance. Pendant des années nous avons, à bien des reprises, constaté que les mêmes vérités ésotériques étaient exprimées par des symboles identiques et des allégories analogues, dans des contrées entre lesquelles on n’a jamais pu trouver la moindre trace de parenté historique. Nous avons trouvé la Cabale Juive et la Bible reproduisant les « mythes » Babyloniens (547b) et les allégories Orientales et Chaldéennes, telles qu’elles sont présentées en forme et en substance dans les plus anciens manuscrits des Talapoins (Moines) Siamois, et dans les plus antiques traditions populaires de Ceylan.
Dans cette Ile, nous avons un ancien et très digne ami, que nous avons rencontré aussi dans d’autres parties du globe, un érudit Pali et Cingalais de naissance, qui a en sa possession une curieuse feuille de palmier, à laquelle on a donné une solidité à l’épreuve du temps, par des procédés chimiques, et une énorme conque, ou plutôt une moitié de conque, car elle a éclaté en deux morceaux. Sur la feuille nous avons vu la représentation d’un géant renommé de l’antiquité Cingalaise, aveugle et démolissant avec ses bras, qui embrassent les quatre piliers du centre, une pagode dont il fait retomber les débris sur une foule armée d’ennemis. Sa chevelure est longue et s’étend presque jusqu’à terre. Le possesseur de cette curieuse relique nous apprit que le géant aveugle était « Somona le Petit » ; ainsi nommé par opposition à Somona-Kadom le Sauveur Siamois. De plus, la légende Pali, dans ses détails importants correspond à celle du Samson biblique.
La coquille porte sur sa face nacrée une gravure divisée en deux compartiments, et le travail en est bien plus artistique, comme conception et exécution, que celui des crucifix et autres objets religieux exécutés avec la même matière à Jaffa et à Jérusalem. Dans le premier panneau est représenté Siva avec tous ses attributs hindous, sacrifiant son fils, « unique » ou non, c’est ce que nous ne nous sommes pas arrêtés à savoir. La victime est placée sur un bûcher funéraire, et le père plane au-dessus d’elle avec un glaive dégainé, prêt à frapper ; mais la face du Dieu est tournée vers une jungle, où un rhinocéros a profondément enfoncé sa corne dans le tronc d’un arbre gigantesque, et ne peut plus la retirer. Le panneau suivant représente le même rhinocéros sur le bûcher, l’arme plongée dans le côté, et la victime visée, le fils de Siva, libre et aidant le Dieu à allumer le feu sur le bûcher du sacrifice.
Or, il nous suffit de rappeler que Siva et le Baal de la Palestine ou Moloch, et Saturne sont identiques ; qu’Abraham() a été tenu, jusqu’à nos jours, par les Arabes Mahométans, pour Saturne dans le Kaaba (548) ; qu’Abraham() et Israël étaient des noms de Saturne (549b) ; et que Sanchoniathon nous dit que Saturne offrit son fils unique en sacrifice à son père Uranus, et même qu’il se circoncit lui-même, et força toute sa maison et ses alliés à en faire autant (550), pour suivre infailliblement le mythe biblique, jusqu’à sa source. Mais cette source n’est ni Phénicienne, ni Chaldéenne ; elle est purement indienne, et on en trouve l’original dans le Mahabharata. Mais Brahmanique ou Bouddhique, il doit être certainement beaucoup plus ancien que le Pantateuque Juif, compilé par Esdras après la captivité de Babylone, et revu par les Rabbins de la Grande Synagogue.
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