DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS – Partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre III – DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS

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Il était d’usage alors, de même qu’aujourd’hui, parmi le clergé intolérant des religions antagonistes, dans les basses classes de la société et même parmi les Patriciens qui, pour une raison ou pour une autre, avaient été exclus de la participation aux Mystères, de s’en prendre aux plus élevés des hiérophantes et des adeptes, en les accusant de pratiquer la sorcellerie et la magie noire. C’est ainsi qu’Apulee, qui avait été initié, fut accusé, lui aussi, de sorcellerie et de porter sur lui l’image d’un squelette, lequel possédait, dit-on, un grand pouvoir dans les opérations de l’art noir. Une des preuves les plus indiscutables de ce que nous avançons se trouve dans le prétendu Museo Gregoriano. On voit, sur le sarcophage dont les panneaux sont sculptés en bas-relief représentant les miracles du Christ (330), la figure en pied de Jésus, à la résurrection de Lazare, sans barbe et portant à la main une baguette dans l’attitude classique des nécromanciens, [?] tandis que le corps de Lazare est entouré de bandelettes, exactement comme une momie Egyptienne.

Si on avait pu avoir de semblables représentations exécutées pendant le premier siècle, lorsque la figure, les vêtements et les coutumes journalières du Réformateur étaient encore présentes à la mémoire de ses contemporains, le monde chrétien d’aujourd’hui serait probablement plus à l’imitation du Christ qu’il ne l’est ; toute la série des spéculations contradictoires, sans fondement et sans signification au sujet du « Fils de l’Homme », eussent été impossibles et l’humanité n’aurait, aujourd’hui, qu’une seule religion et qu’un seul Dieu. C’est cette absence de toute preuve, de tout indice positif à l’égard de celui que la Chrétienté à divinisé, qui est la cause de toutes les difficultés présentes. Aucun portrait du Christ ne fut possible avant l’époque de Constantin, lorsque l’élément juif avait été presque totalement éliminé des partisans de la nouvelle religion. Les Juifs, apôtres et disciples, auxquels les Zoroastriens et les Parsis avaient inculqué une sainte horreur de toute espèce d’images, eussent considéré comme un sacrilège blasphématoire la représentation de leur maître, sous n’importe quelle forme. Le seul portrait autorisé de Jésus, même à l’époque de Tertullien, était une représentation allégorique du « Bon Pasteur (331c) », qui n’était, à vrai dire, pas un portrait du tout, mais une figure d’homme avec une tête de chacal, comme celle d’Anubis (332c). Sur ce bijou, tel qu’il existe dans la collection des amulettes gnostiques, le Bon Pasteur est représenté portant sur ses épaules la brebis égarée. Il a l’air d’avoir une tête humaine ; mais, ainsi que le remarque King(), avec raison, « cela ne paraît ainsi qu’à l’œil non initié ». En le regardant de plus près, il se transforme en Anubis à double tête, une tête humaine et l’autre de chacal, tandis que sa ceinture prend la forme d’un serpent levant en l’air sa tête couronnée. « Cette figure, ajoute l’auteur de Gnostics, etc., comportait deux significations : l’une évidente pour le vulgaire, l’autre apparente pour les seuls initiés. C’était probablement le sceau d’un grand instructeur ou d’un apôtre (333). » Cela nous fournit une nouvelle preuve que les Gnostiques et les Chrétiens orthodoxes (?) primitifs ne différaient pas sensiblement en ce qui concerne leur doctrine secrète. King(), d’après une citation d’Epiphane, maintient que, déjà, en l’an 400 de notre ère, on considérait comme un péché atroce de chercher à représenter l’apparence corporelle du Christ. Epiphane (334c) en fait une accusation d’idolâtrie contre les Carpocratiens, parce qu’ils « avaient des portraits peints et même des images d’or et d’argent, et d’autres matériaux, qu’ils prétendaient être des portraits de Jésus exécutés par Pilate, à la ressemblance du Christ… Ils gardent ceux-ci en secret, avec ceux de Pythagore, Platon et Aristote, et les mettant tous ensemble, ils les adorent et leur offrent des sacrifices à la manière des Gentils. »

Que dirait le pieux Epiphane s’il ressuscitait aujourd’hui et allait faire un tour dans la cathédrale Saint-Pierre de Rome ? Saint Ambroise paraît aussi avoir été fort exaspéré de ce que nombre de personnes accréditaient l’affirmation de Lampride, qu’Alexandre Severe possédait, dans sa chapelle privée, une image du Christ parmi celles des grands philosophes (335) : « Que les Païens aient conservé une image du Christ, s’écrie-t-il, et que les Disciples aient négligé de le faire, non seulement cette idée est de nature à faire frémir, mais elle n’est pas croyable. »

Cela tend à prouver qu’à part quelques rares soi-disant Chrétiens, qui, par la suite, remportèrent la victoire, tous les Païens civilisés, qui avaient entendu parler de Jésus, l’honoraient comme un philosophe, un adepte ; qu’ils le vénéraient à l’égal de Pythagore et d’Apollonius. D’où venait ce respect pour un homme que les Synoptiques représentent comme un pauvre charpentier juif de Nazareth ? En tant que Dieu incarné, tout ce qu’on dit de lui est incapable d’affronter l’examen critique de la science ; comme un des plus grands réformateurs, ennemi invétéré de tout dogmatisme théologique, en guerre ouverte avec le fanatisme, enseignant le plus sublime code d’éthique, Jésus apparaît comme une des figures les plus grandioses et les plus en évidence sur le panorama de l’histoire humaine. Son époque se perd, graduellement, dans les brouillards du passé ; sa théologie, basée sur la fantaisie des hommes et supportée par des dogmes intenables, peut perdre, que dis-je, doit perdre chaque jour un peu plus de son prestige immérité. Seule, la sublime figure du philosophe et du réformateur moral, loin de pâlir, devient, avec chaque siècle, plus prononcée et mieux définie. Elle ne régnera, toutefois, suprême et universelle, que le jour où l’humanité entière ne reconnaîtra qu’un seul père, l’UNIQUE INCONNU, en haut, et qu’un seul frère, l’humanité entière, ici-bas.

Une lettre attribuée à Lentulus, sénateur et historien distingué, adressée au Sénat romain, donne une description de l’apparence personnelle de Jésus. La lettre par elle-même (336), écrite en mauvais latin, est considérée comme un faux effronté ; mais nous y relevons une expression qui laisse penser beaucoup de choses. Tout en étant un faux, il est évident que celui qui l’a écrite a néanmoins cherché à se rapprocher le plus possible de la tradition. Ainsi les cheveux de Jésus y sont représentés comme « ondulés et bouclés… tombant sur les épaules, « et » séparés sur le milieu de la tête par une raie, suivant la coutume des Nazaréens« . Cette dernière phrase démontre que :

  1. il existait une tradition de ce genre fondée sur la description dans la Bible de Jean-Baptiste, des Nazaria et des coutumes de cette secte ;
  2. si Lentulus avait été l’auteur de cette lettre, il est peu probable que Paul() n’en aurait jamais entendu parler ; et s’il en avait eu connaissance, il n’eût jamais proclamé que c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux (337), faisant ainsi honte à son Seigneur et Dieu, le Christ ;
  3. si Jésus portait vraiment les cheveux longs et séparés sur le milieu de la tête suivant la coutume des Nazaréens (de même que Jean le seul des apôtres qui suivit cet exemple), nous avons encore une raison de plus pour affirmer que Jésus devait appartenir à la secte des Nazaréens, et que pour cette raison on lui donna le nom de NAZARIA, et non pas parce qu’il était un habitant de Nazareth, car ceux-ci ne portaient jamais les cheveux longs.

Le Nazarite qui se consacre à l’Eternel ne permettra pas « que le rasoir passe sur sa tête ». « Il sera saint et laissera croître librement ses cheveux« , disent les Nombres (VI,5). Samson était Nazarite, c’est-à-dire qu’il avait été consacré au service de Dieu, et sa force résidait dans ses cheveux. « Le rasoir ne passera point sur sa tête, parce que cet enfant sera consacré à Dieu dès le ventre de sa mère. » (Juges, XIII, 5). Mais la conclusion finale et la plus probante que nous en déduirons est que Jésus, qui combattait de toutes ses forces les pratiques orthodoxes juives, n’aurait jamais porté les cheveux longs s’il n’avait pas fait partie de cette secte, qui, déjà du temps de Jean-Baptiste, passait pour hérétique aux yeux du Sanhedrin. En parlant des Nazaria, ou des Nazaréens (qui s’étaient retirés du monde comme les Yoguis ou Ermites hindous) le Talmud dit que c’est une secte de médecins et d’exorciseurs errants ; Jervis prétend la même chose. « Ils allaient par les chemins, vivant d’aumônes et guérissant les malades (338) ». Epiphane dit que les Nazaréens se rapprochent, en hérésie, des Cérinthiens ; mais, qu’ils aient existé « avant ou après eux, ils sont néanmoins synchrones« , et il ajoute que « à ce moment, tous les Chrétiens étaient appelés des Nazaréens (339c) ! »

Dans la première remarque de Jésus au sujet de Jean-Baptiste, nous voyons qu’il dit qu’il « est Elie qui devait venir ». Si cette affirmation n’est pas une interpolation ultérieure pour que la prophétie fût accomplie, elle signifie encore que Jésus était un Cabaliste ; à moins d’adopter la doctrine des Spirites français, et de soupçonner qu’il croyait en la réincarnation. À part les sectes cabalistiques des Esséniens, des Nazaréens, disciples de Simon Ben-Jochai et de Hillel, ni les Juifs orthodoxes, ni les Galiléens ne croyaient ou avaient une connaissance quelconque de la doctrine de la permutation ; et les Saducéens rejetaient jusqu’à la notion de la résurrection.

Nous lisons dans la Kabbala (340c): « Mais l’auteur de cette restitution fut Mosah (Moise), notre maître, paix soit avec lui ! Qui fut le revolutio [transmigration] de Seth et de Hebel (Abel()), afin qu’il puisse couvrir la nudité de son Père Adam-Primus. »

Par conséquent Jésus, en suggérant que Jean(Jean-Baptiste) était le revolutio ou transmigration d’Elie, donne à connaître sans conteste l’école à laquelle il appartenait.

Jusqu’à ce jour, les Cabalistes et les Francs-Maçons non-initiés croient que la permutation est le synonyme de transmigration et de métempsycose. Mais ils se trompent en cela aussi bien au sujet de la doctrine des vrais Cabalistes que de celle des Bouddhistes. Il est vrai que le Zohar dit que « toutes les âmes sont sujettes à la transmigration… Les hommes ne connaissent pas les voies du Très Saint, béni soit Il ; ils ne savent pas qu’ils sont traduits devant le tribunal aussi bien avant de venir au monde qu’après l’avoir quitté (341) » ; les Pharisiens adoptaient également cette doctrine, ainsi que Josephe le prouve dans les Antiquités, XVIII, 1-3. La doctrine de Gilgulah soutenait aussi la même étrange théorie du « Tourbillon de l’Ame » qui voulait que les corps des juifs enterrés loin de la Terre Sainte, conservent une partie de l’esprit qui ne les quitte, ni se repose jusqu’à ce qu’elles rentrent dans la « Terre Promise ». Et ce « tourbillonnement » de l’âme était censé s’accomplir à travers une véritable évolution des espèces, par une transmigration de l’insecte le plus intime jusqu’aux plus grands animaux. Cela était, toutefois, une doctrine exotérique. Nous renvoyons le lecteur à la Kabbala Denudata de Knorr von Rosenroth qui, bien qu’en termes assez obscurs jette, néanmoins, un peu de lumière sur le sujet.

Il ne faut cependant pas prendre cette doctrine de permutation, ou de revolutio, comme la croyance en la réincarnation. Que Moise était censé être la transmigration d’Abel() et de Seth, cela ne veut pas dire que les Cabalistes (tout au moins les Initiés) croyaient que l’esprit identique d’un des fils d’Adam réapparaissait sous la forme corporelle de Moise. Cela montre seulement quel était leur mode d’expression en faisait allusion à l’un des plus profonds mystères de la Gnose Orientale, un des articles de foi les plus élevés de la Sagesse Secrète. Il était voilé à dessein, de façon à ne révéler la vérité et à ne la cacher qu’à demi. Cela voulait dire que Moise, de même que d’autres hommes-dieux, était censé avoir atteint l’état le plus élevé sur cette terre – le plus rare de tous les phénomènes psychologiques, l’union parfaite de l’esprit immortel avec la duade terrestre. La trinité était complète. Un dieu s’était incarné. Mais combien rares ces incarnations !

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