Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre I – DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX
En dépit de leur apparent polythéisme, les anciens, et, dans tous les cas, ceux des classes éclairées, étaient complètement monothéistes ; et cela, des siècles et des siècles avant l’époque de Moise. Dans le papyrus d’Ebers, ce fait est démontré positivement. Voici un texte traduit des quatre premières lignes de la planche I : « Je vins d’Héliopolis avec les grands Êtres de Het-aat, les seigneurs de Protection, les maîtres de l’éternité et du salut. Je vins de Sais avec les mères-déesses qui me protégeaient. Le Seigneur de l’Univers m’apprit comment on délivre les dieux de toutes les maladies meurtrières ». Les hommes éminents étaient appelés dieux par les anciens. La déification des hommes mortels et les dieux imaginés n’est pas plus un argument contre le monothéisme que l’érection, par les chrétiens modernes, de monuments et de statues à leurs héros n’est une preuve de leur polythéisme. Les Américains de notre siècle trouveraient absurde leur postérité si, dans trois mille ans, elle les classait parmi les idolâtres pour avoir dressé des statues à leur dieu Washington. La Philosophie Hermétique était si entourée de mystère, que Volney affirme que les anciens adoraient leurs grossiers symboles matériels, comme divins eux-mêmes, tandis qu’ils étaient simplement considérés comme une représentation de principes ésotériques. Dupuis également, après avoir consacré plusieurs années à l’étude du problème, s’est mépris sur le cercle symbolique et il attribua leur religion à la seule astronomie. Eberhart et plusieurs autres écrivains allemands du dernier siècle et du nôtre traitent fort irrévérencieusement la magie et la croient issue du mythe Platonicien du Timée. (Berliner monatschrift.) Mais comment, sans la connaissance des mystères, aurait-il été possible à ces hommes ou à toute autre personne de découvrir la moitié ésotérique de ce qui se cache derrière le voile d’Isis et n’est visible qu’aux seuls adeptes ? Il leur aurait fallu le don subtil d’intuition d’un Champollion.
Nul ne conteste le mérite de Champollion comme Égyptologue. D’après lui, tout démontre que les anciens Égyptiens étaient profondément monothéistes. Il confirme dans ses moindres détails l’exactitude des ouvrages du mystérieux Hermès Trismégiste dont l’antiquité remonte dans la nuit des temps. Ennemoser dit aussi : « Herodote, Thales, Parmenide, Empedocle, Orphee et Pythagore sont allés en Égypte et en Orient pour s’instruire dans la Philosophie Naturelle et la Théologie ». Ce fut aussi là que Moise acquit ses connaissances. Jésus y passa les premières années de sa vie.
C’est là que se réunissaient les étudiants de tous les pays avant la fondation d’Alexandrie. « Comment se fait-il », ajoute Ennemoser, « que l’on connaisse si peu de chose touchant ces mystères ? Cependant, au cours de tant de siècles, à des époques différentes, tant de peuples y ont participé. La réponse est que partout les initiés ont gardé un silence strict. On peut aussi en trouver l’explication dans la destruction, la perte totale de tous les documents concernant le savoir secret de l’antiquité la plus reculée ». Les livres de Numa, décrits par Tite Live, consistaient en traités sur la philosophie naturelle. Ils ont été trouvés dans son tombeau mais leur divulgation fut interdite : on craignit qu’ils révélassent les mystères les plus sacrés de la religion d’État. Le Sénat et ses tribuns du peuple décidèrent que ces livres seraient brûlés et cette décision fut publiquement exécutée (83).
La magie était considérée comme une science divine qui permettait de participer aux attributs de la divinité elle-même. « Elle dévoile les opérations de la nature », dit Philon le Juif, « et conduit à la contemplation des puissances célestes (84) ». Plus tard, elle dégénéra en sorcellerie par l’abus qu’on en fit et devint alors un objet d’exécration universelle. C’est pourquoi il nous faut l’envisager telle qu’elle existait dans les temps reculés où toute vraie religion était fondée sur la connaissance des forces occultes de la nature. Ce n’est point la classe sacerdotale, dans la Perse ancienne, qui institua la magie, comme on le croit communément : mais ce furent les mages qui en tirèrent leur nom. Les Mobeds, prêtres des Parsis – les anciens Guèbres – sont qualifiés encore aujourd’hui de Magoï dans le dialecte des Pehlvis (85). La Magie apparut dans le monde avec les premières races d’hommes. Classian fait mention d’un traité bien connu aux IV° et V° siècles, traité attribué à Cham, fils de Noé, qui, lui-même, l’aurait reçu de Jared c’est-à-dire de la quatrième génération après Seth, le fils d’Adam (86).
Moise devait son savoir à la mère de la princesse Égyptienne Thermutis qui le sauva des eaux du Nil. La femme de Pharaon (87), Batria, était elle-même une initiée et les Juifs lui doivent la possession de leur prophète « instruit dans toute la sagesse de l’Égypte, puissant en œuvres et en paroles (88) ». Justin Martyr, se basant sur l’autorité de Trogue Pompee, nous présente Joseph comme ayant acquis de grandes connaissances dans les arts magiques près des grands prêtres de l’Égypte (89).
Les anciens en savaient davantage sur certaines sciences que n’en ont encore découvert nos savants modernes. Si beaucoup de ces derniers répugnent à le reconnaître, plus d’un, du moins, en a fait l’aveu. « Le niveau des connaissances scientifiques existant à une époque de la société primitive était beaucoup plus élevé que les modernes ne sont disposés à l’admettre », a dit le Dr Todd Thomson, éditeur des Sciences occultes de Salverte ; « mais », ajoute-t-il, « cette science était confinée dans les temples, soigneusement cachée aux yeux du peuple et communiquée seulement au clergé ». Parlant de la Cabale, l’érudit Franz Von Baader fait observer que « non seulement notre salut et notre sagesse, mais encore notre science elle-même nous viennent des Juifs ». Mais pourquoi l’auteur ne complète-t-il pas la phrase en nous disant de qui les Juifs eux-mêmes tenaient leur sagesse ?
Origene, qui avait appartenu à l’École Platonicienne d’Alexandrie, déclare que Moise, outre les enseignements de l’alliance, avait communiqué, aux soixante-dix anciens, des secrets extrêmement importants « tirés des profondeurs les plus cachées de la loi ». Il leur enjoignait de les transmettre à ceux-là seuls qu’ils jugeraient dignes.
Saint Jerome parle des Juifs de Tibériade et de Lydda comme des seuls maîtres de la méthode mystique d’interprétation. Enfin, Ennemoser exprime la ferme opinion que les écrits de Denis l Areopagite sont visiblement fondés sur la Cabale juive. Si maintenant nous considérons que les Gnostiques ou Chrétiens primitifs étaient les disciples des vieux Esséniens, sous un nom nouveau, cela n’a rien de surprenant. Le professeur Molitor rend justice à la Cabale en disant : « Le temps des inconséquences et des légèretés est passé, en théologie comme en sciences, depuis que le rationalisme n’a rien laissé derrière lui que son propre néant révolutionnaire après avoir détruit tout ce qui est positif ; il semble aujourd’hui qu’il soit temps d’étudier attentivement de nouveau la mystérieuse révélation qui est la source vivifiante d’où le salut nous doit venir,… les mystères de l’ancien Israël contiennent tous les secrets de l’Israël moderne et sont particulièrement calculés pour… fournir des bases à la théologie sur ses principes théosophiques les plus profonds et pour asseoir solidement toutes les sciences idéales. Ils ouvriraient une nouvelle route d’accès… au labyrinthe obscur des mythes, des mystères et éclaireraient la constitution des nations primitives. Uniquement dans ces traditions se trouve le système des écoles des prophètes : elles ne furent pas fondées, mais seulement restaurées par le prophète Samuel. Son but était d’amener les érudits à la sagesse et au haut savoir dès qu’ils auraient été jugés dignes d’accéder à des mystères plus profonds. Parmi ces mystères figurait la magie dont la nature était double : la magie divine et la magie mauvaise ou art noir. Chacune de ces branches est, à son tour, divisée en deux classes : la magie active et la magie visuelle. Dans la première, l’homme cherche à se mettre en rapport avec la nature, pour apprendre les choses cachées ; dans la seconde, il s’efforce d’acquérir la puissance sur les esprits. Dans l’une il a en vue de faire le bien et dans l’autre d’accomplir toutes sortes d’actes diaboliques et contre nature (90) ».
Dans les trois plus importantes églises chrétiennes, les clergés Grec, Catholique Romain et Protestant désapprouvent tous les phénomènes manifestés par l’entremise des « médiums ». Et, de fait, il y a fort peu de temps encore, les Catholiques et les Protestants brûlaient, pendaient et assassinaient de mille autres manières toutes les impuissantes victimes dont l’organisme servait à la manifestation des esprits et, quelquefois, des forces aveugles encore inexpliquées de la nature.
En tête de ces trois Églises, Rome est au premier plan. Ses mains sont rouges du sang innocent de victimes innombrables, sang versé au nom de cette divinité qu’elle fit à l’image de Moloch et dont elle couronna sa croyance. Elle est prête à recommencer et le désire.
Si ses pieds et ses mains sont liés aujourd’hui, c’est grâce à l’esprit de progrès et de liberté religieuse professée par le XIXème siècle, à cet esprit que, sans cesse, l’Église condamne et maudit. L’Église Gréco-Russe est la plus douce et la plus chrétienne dans sa foi primitive et simple quoique aveugle. Il n’y a jamais eu d’union pratique entre les Églises latine et grecque qui se sont séparées il y a bien des siècles, mais les Pontifes Romains ont toujours affecté de l’ignorer. Ils se sont impudemment arrogé une juridiction, non seulement sur les contrées de communion grecque, mais encore sur tous les Protestants. « L’Église persiste dans sa prétention », dit le professeur Draper, « que l’État n’aurait aucun droit sur ce qu’elle déclare être de son domaine ; Comme le Protestantisme, d’après elle, n’est qu’une rébellion, il n’a pas le moindre droit ; que, même dans les communautés protestantes, l’évêque catholique est le seul pasteur spirituel légitime (91) ». Ses décrets auxquels nul ne prend garde, ses lettres encycliques que l’on dédaigne, ses invitations qu’on néglige pour les conciles œcuméniques, ses excommunications dont on se rit, rien ne semble troubler Rome dont la persistance égale l’effronterie. En 1864, le Pape Pie IX atteignit le comble de l’absurdité. Il excommunia et foudroya de son anathème l’Empereur de Russie en tant que « schismatique retranché du sein de Sainte mère l’Église (92) ». L’Empereur, ni ses ancêtres, ni la Russie depuis qu’elle fut christianisée, il y a un millier d’années, n’ont jamais consenti à se joindre aux Catholiques Romains. Pourquoi ne pas réclamer aussi la juridiction sur les Bouddhistes du Tibet et sur les ombres des anciens Hyksos ?
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