L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE

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Frappé des récits des manifestations magiques dont avaient été spectateurs, et que relataient les voyageurs de tous les temps, qui ont visité la Tartarie et le Tibet, le colonel Yule en conclut que les naturels doivent avoir à leur disposition toute l’encyclopédie des « Spirites » modernes. Du Halde mentionne au nombre de leurs sortilèges, l’art de produire, par leurs invocations, l’image de Lao-tseu et de leurs divinités dans l’air, et de faire écrire par un crayon sans contact des réponses à des questions (586b).

Les premières invocations appartiennent aux mystères religieux de leurs sanctuaires : exécutées autrement, ou en vue d’un gain, elles sont considérées comme des pratiques de sorcellerie, de nécromancie, et rigoureusement interdites. L’art mentionné ci-dessus de faire écrire au crayon sans aucun contact, était connu et pratiqué en Chine et dans d’autres contrées, des siècles avant l’ère chrétienne. C’est l’A. B. C. de la magie dans ces pays-là.

Lorsque Hiouen-Thsang désira adorer l’ombre du Bouddha, il ne s’adressa pas aux « magiciens de profession », mais à la puissance d’invocation de sa propre âme ; au pouvoir de la prière, de la foi et de la contemplation. Tout était sombre et redoutable près de la caverne où l’on prétend que le miracle s’opère de temps à autre. Hiouen-Thsang y pénétra et y fit ses dévotions. Il fit cent révérences, mais il ne vit et n’entendit rien. Alors, se jugeant trop pécheur, il pleura amèrement et commença à désespérer. Mais au moment où il allait renoncer à tout espoir, il aperçut sur la muraille à l’est une faible lueur qui disparut. Il renouvela ses prières, plein d’espoir cette fois, et il revit de nouveau la lumière qui brilla comme un éclair et disparut encore. Après cela, il fit un vœu solennel de ne pas quitter la caverne avant d’avoir eu la joie de voir au moins l’ombre du « Vénérable du Siècle ». Il dut attendre encore longtemps après son vœu, car ce ne fut qu’après deux cents prières, que la sombre caverne se trouva subitement « inondée de lumière, et que l’ombre du Bouddha d’un blanc éclatant se dressa majestueusement sur le mur, comme lorsque les nuages s’entr’ouvrent soudain et découvrent tout à coup la merveilleuse image de « la Montagne de Lumière ». Une radieuse splendeur illuminait les traits de la divine physionomie, Hiouen-Thsang était perdu dans la contemplation et l’émerveillement, et ne voulut point détacher ses yeux de ce sublime et incomparable spectacle ». Hiouen-Thsang ajoute dans son propre journal, Si-yu-Ki, que ce n’est que lorsque l’homme « prie avec une foi sincère, et qu’il a reçu d’en haut une impression secrète, qu’il voit clairement l’ombre, mais il ne peut jouir longtemps de sa vue (587b) ».

Ceux qui sont si portés à accuser les Chinois d’irreligion feraient bien de lire les Essays on Buddhism in China and Upper Asia de Schott (588b). « Au cours des années Yuan-yeu, des Sung (1086-1093 après J.-C.) vivait une pieuse matrone avec ses deux servantes, fortement attirées vers le Pays de la Connaissance. Une des servantes dit un jour à sa compagne : « Cette nuit je passerai dans le Royaume d’Amita [Bouddha] ». La même nuit, une odeur balsamique remplit la maison, et la jeune servante mourut, sans maladie préalable. Le lendemain la survivante des domestiques dit à sa maîtresse : « Hier ma défunte compagne m’est apparue en songe, et m’a dit : Grâce aux persévérantes exhortations de notre maîtresse, je suis devenue une habitante du Paradis, et ma béatitude dépasse toute expression ». La matrone répondit : « Si elle m’apparaît à moi aussi, je croirai tout ce que vous me dites ». La nuit suivant la défunte lui apparut réellement… La dame lui demanda : « Pourrai-je une fois visiter le Pays de la Connaissance » ? « Oui, répondit l’âme bienheureuse, tu n’as qu’à suivre ta servante ». La dame la suivit (en songe), et bientôt elle aperçut un lac d’une étendue incommensurable, tout parsemé d’innombrables fleurs de lotus rouges et blanches, de différentes grandeurs, les unes épanouies et les autres se flétrissant. Elle demanda ce que pouvaient signifier ces fleurs ? La jeune fille répondit : « Ce sont les êtres humains vivant sur la terre dont les pensées sont tournées vers le Pays de la Connaissance ». Le premier ardent désir d’entrer au Paradis d’Amita donne naissance à une fleur dans le Céleste Lac, et cette fleur devient chaque jour plus grande et plus glorieuse, à mesure que grandit le progrès de la personne qu’elle représente ; dans le cas contraire, elle perd son éclat, et se fane (589b). La matrone voulut connaître le nom d’un bienheureux qui reposait sur une des fleurs, couvert d’un vêtement flottant d’un merveilleux éclat. Sa complaisante fille répondit : « C’est Yang-Kie ». Elle demanda ensuite le nom d’un autre, et il lui fut répondu : « C’est Mahou ». La dame dit alors : « En quel lieu serai-je après mon entrée dans la nouvelle existence ? » L’âme bienheureuse la conduisit alors un peu plus loin, et lui montra une colline qui resplendissait d’azur et d’or. « Voici, lui dit-elle, votre futur séjour. Vous appartiendrez au premier ordre des bienheureux ». Lorsque la matrone se réveilla, elle envoya demander des nouvelles de Yang-Ki et de Mahou. Le premier était déjà décédé ; l’autre était encore vivant et en bonne santé. C’est ainsi que la dame apprit que l’âme de celui qui progresse en sainteté et ne retourne jamais en arrière, peut déjà habiter le Pays de la Connaissance, même lorsque le corps séjourne encore dans ce monde transitoire ».

Le même Essai donne la traduction d’une autre histoire chinoise tendant aux mêmes fins. « J’ai connu un homme, dit l’auteur, qui durant sa vie avait tué beaucoup d’êtres vivants, et qui fut frappé d’une attaque d’apoplexie. Les peines qui étaient réservées à son âme chargée de péchés me navraient le cœur ; je lui rendis visite, et l’exhortai à invoquer Amita ; mais il refusa obstinément… Son mal avait obscurci son intelligence ; et par suite de ses méfaits son cœur s’était endurci. Quel sort aurait cet homme, quand il aurait fermé les yeux ?… Dans cette vie, la nuit succède au jour, et l’hiver à l’été ; cela, tout le monde le sait. Mais que cette vie soit suivie de la mort, voilà à quoi personne ne songe ! Oh étrange aveuglement, et obstination ! » (P. 93).

Ces deux spécimens de la littérature chinoise sont peu de nature à confirmer l’accusation habituelle d’irréligion et de matérialisme absolu, portée contre cette nation. La première historiette mystique est pleine de charme spirituel, et ferait honneur à n’importe quel livre religieux Chrétien. La seconde est aussi digne d’éloges, et nous n’aurions qu’à remplacer Amita par Jésus, pour avoir un récit parfaitement orthodoxe, au point de vue des sentiments religieux et du code de moralité philosophique. L’exemple suivant est encore plus frappant, et nous le citons pour que les chrétiens partisans des missions de réveil de la foi, en profitent:

« Hoang-ta-tie, de T’ancheu, qui vivait sous les Sung, exerçait la profession de forgeron. Il invoquait sans cesse pendant son travail le nom d’Amita Bouddha. Un jour il remit à un voisin les vers suivants de sa composition, pour être diffusés :

Ding, Dong ! Les coups de marteau tombent drus et serrés.
Jusqu’à ce que le fer se soit transformé en acier.
Le long, long jour du repos va poindre,
Et la Terre de l’Eternel Bonheur m’appelle.

Puis il mourut. Mais ses vers circulèrent partout dans Honan, et bien des gens apprirent à invoquer le Bouddha (590b).

Contester aux Chinois ou à tout autre peuple de l’Asie, Centrale, Haute ou Basse, la possession de connaissances ou même de perceptions des choses spirituelles, est parfaitement ridicule. D’un bout à l’autre, cette contrée est remplie de mystiques, de philosophes religieux, de saints Bouddhistes et de magiciens. La croyance en un monde spirituel, rempli d’êtres invisibles, qui, dans certaines circonstances, apparaissent objectivement aux mortels, y est universelle. « Conformément à la croyance des nations de l’Asie Centrale, fait observer I. J. Schmidt, la terre et son intérieur, aussi bien que l’atmosphère qui l’environne, sont remplis d’êtres spirituels, qui exercent une influence, en partie bienfaisante et en partie mauvaise, sur tout l’ensemble de la nature organique et inorganique… Les déserts et autres étendues de terrains sauvages et inhabités ou les régions dans lesquelles la nature déploie ses influences sur une échelle gigantesque et terrifiante sont spécialement considérés comme les principaux lieux de séjour et de rendez-vous des mauvais esprits… C’est pour cela que les steppes de Turan, et, tout particulièrement le grand Désert de Sable de Gobi, ont toujours passé pour le séjour d’êtres malfaisants, depuis les temps de l’antiquité la plus reculée (591) ».

Marco Polo, comme de raison, fait plus d’une fois mention dans son curieux livre de Voyages, de ces esprits espiègles de la nature dans les déserts. Pendant des siècles, et surtout au siècle dernier on n’a ajouté aucune foi à ses histoires étranges. Personne ne voulait le croire, lorsqu’il affirmait avoir vu de ses propres yeux, et à plusieurs reprises, les faits les plus étonnants accomplis par des sujets de Kublai-Khan et des adeptes des autres pays. À son lit de mort, Marco fut vivement pressé de rétracter ses prétendus « mensonges « , mais il jura solennellement que ce qu’il avait dit était la vérité, en ajoutant qu’il n’avait même pas raconté la moitié des choses qu’il avait vues. Nul aujourd’hui ne doute qu’il n’ait dit la vérité, depuis qu’ont paru l’édition de Marsden et celle du colonel Yule. Le public est spécialement redevable à ce dernier d’avoir mis en lumière les autorités qui confirment le témoignage de Marco, et d’avoir expliqué quelques-uns des phénomènes de la façon habituelle, car il montre, de manière à rendre la chose incontestable, que le grand voyageur était non seulement un écrivain véridique, mais encore un éminent observateur. Prenant chaudement la défense de son auteur, le consciencieux éditeur, après avoir énuméré plus d’un point jusqu’à présent discuté et même rejeté dans les Voyages du Vénitien, conclut en disant : « Bien plus encore, les deux dernières années ont apporté une promesse de lumière même sur ce qui paraissait la plus étrange des histoires de Marco Polo, et le squelette d’un véritable ROUC de la Nouvelle-Zélande est exposé sur la table du laboratoire du professeur Owen (592b) ».

L’oiseau monstrueux des Mille et Une Nuits ou de la Mythologie Arabe, ainsi que Webster appelle le Rouc (ou Roc), a été reconnu et identifié ; il reste maintenant, dans l’ordre des faits, à découvrir et à reconnaître que la lampe magique d’Aladin a aussi certains titres à la réalité.

Dans la description de son passage à travers le grand désert de Lop, Marco Polo parle d’une chose merveilleuse, « qui est que lorsque les voyageurs sont en marche pendant la nuit… ils entendent parler des esprits… Quelquefois les esprits les appellent par leurs noms, … et même dans le jour on les entend, parfois, parler. On entend quelquefois le son d’une variété d’instruments de musique, et plus souvent encore le bruit de tambours (593) ».

Dans ses notes, le traducteur cite l’historien chinois Ma-Twan-lin qui confirme ces faits. « Durant la traversée de cette solitude, dit Ma-Twan-lin, on entend des bruits, quelquefois de chants, quelquefois de gémissements ; et il est souvent arrivé à des voyageurs, s’écartant pour voir ce que ces bruits pouvaient être, de s’égarer de leur route et de se perdre complètement ; car c’étaient les voix des esprits et des lutins (594) ». « Ces lutins ne sont pas spéciaux au désert de Gobi, ajoute l’éditeur, bien qu’ils paraissent le hanter de préférence. La terreur qu’inspire un vaste désert solitaire les fait surgir dans toutes les localités semblables (595b) ».

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