Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XV – L'INDE BERCEAU DE LA RACE
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C’est pour cette raison que nous ne craignons pas de maintenir notre assertion contre l’opinion de bien des gens instruits, que, néanmoins, nous considérons comme plus savants que nous. L’induction scientifique est une chose, et la connaissance des faits, quelque antiscientifique qu’elle puisse paraître au premier abord, en est une autre. Mais la science en a assez découvert pour nous apprendre que les originaux sanscrits du Népal ont été traduits par les missionnaires Bouddhistes dans presque toutes les langues Asiatiques. De même les manuscrits Palis furent traduits en siamois, et apportés en Birmanie et au Siam ; il est donc aisé de rendre compte du fait que les mêmes légendes religieuses et les mêmes mythes circulent dans tous ces pays. Mais Manethon nous parle aussi de bergers Palis qui émigrèrent en Occident ; et lorsque nous trouvons quelques-unes des plus anciennes traditions de Ceylan dans la Cabale Chaldéenne et la Bible Juive, nous devons penser, ou que les Chaldéens ou Babyloniens ont été à Ceylan ou dans l’Inde, ou bien que les anciens Palis avaient les mêmes traditions que les Akkadiens dont l’origine est si incertaine. En supposant même que Rawlinson soit dans le vrai, et que les Akkadiens soient venus d’Arménie, il ne suit pas leurs traces au-delà. Mais comme le champ est maintenant ouvert à toute espèce d’hypothèses, nous suggérons que cette tribu pourrait tout aussi bien être venue en Arménie d’au-delà de l’Indus, en suivant sa route dans la direction de la Mer Caspienne, territoire qui fit aussi partie de l’Inde d’autrefois, et de là au Pont Engin. Ou bien elle est venue originairement de Ceylan par la même voie. Il a été impossible de suivre, avec quelque degré de certitude, les pérégrinations de ces tribus nomades Aryennes ; et nous en sommes réduits à juger, par induction, et par la comparaison de leurs mythes ésotériques. Abraham() lui-même, ainsi que tous les savants le savent, pourrait bien être un de ces bergers Palis qui émigrèrent vers l’Ouest. On dit qu’il partit d’ « Ur en Chaldée » avec son père Tharé ; et Sir Rawlinson a trouvé la ville Phénicienne de Martu ou Marathus, mentionnée dans une inscription à Ur, et il fait voir qu’elle veut dire l’OUEST.
Si, dans un sens, leur langage semble s’opposer à leur identité avec les Brahmanes de l’Hindoustan, il y a néanmoins d’autres raisons qui militent en faveur de notre opinion, que les allégories bibliques de la Genèse sont entièrement dues à ces tribus nomades. Leur nom Ak-ad est de la même classe qu’Ad-Am, Ha-va (551b), ou Ed-En « peut-être, dit le Dr Wilder, signifie-t-il fils de Ad, comme les fils de Ad dans l’ancienne Arabie. En langue Assyrienne Ak c’est le créateur et Ad-ad c’est AD, le père ». En Araméen, Ad signifie aussi un, et Ad-ad l’unique ; et dans la Cabale Ad-am est le seul engendré, la première émanation du Créateur invisible. Adon c’était le « Seigneur » dieu de Syrie, et l’époux d’Adar-gat ou Aster-‘t la déesse Syrienne, qui n’était autre que Vénus Isis, Istar, ou Mylitta, etc. ; et chacune d’elles était « la mère de tout être vivant« , la Magna Mater.
Ainsi, tandis que le premier, second et troisième chapitres de la Genèse ne sont que des imitations dénaturées d’autres cosmogonies, le quatrième chapitre, à partir du seizième verset, et le cinquième chapitre jusqu’à la fin, ne donnent que des faits purement historiques ; quoique les derniers n’aient jamais été correctement interprétés. Ils sont pris, mot pour mot, du Livre secret des Nombres de la Grande Cabale Orientale. À partir de la naissance d’Enoch, le premier père reconnu de la Franc-maçonnerie moderne, commence la généalogie des familles dites Touraniennes, Aryennes et Sémitiques, si ces dénominations sont exactes. Chaque femme est la personnification d’un pays ou d’une cité ; chaque homme ou patriarche représente une race, une branche ou une subdivision d’une race. Les femmes de Lamech donnent la clé de l’énigme, qu’un savant devinerait facilement, même sans étudier les sciences ésotériques. « Et Ad-ah enfanta Jabal ; il fut le père de ceux qui vivent sous la tente, et des pasteurs qui ont des troupeaux » ; une race Aryenne nomade. « Et son frère fut Jubal, qui fut père de tous ceux qui tiennent la harpe et les orgues… Et Tsilla enfanta Tubai-Cain, qui enseigna aux hommes à forger l’airain et le fer, etc. » (552b). Chaque mot a une signification, mais n’est pas une révélation. C’est tout simplement une compilation de faits très historiques, quoique l’histoire soit trop embarrassée sur ce point, pour savoir comment les revendiquer. C’est du Pont Euxin au Cachemire et au-delà qu’il faut chercher le berceau du genre humain et des fils d’Ad-ah ; et nous devons laisser le jardin particulier d’Ed-en sur l’Euphrate au collège des mystérieux astrologues et mages, les Aleim (553). Ne nous étonnons donc pas que le voyant du Nord, Swedenborg, engage les gens à chercher le mot PERDU chez les hiérophantes de Tartarie, de Chine ou du Tibet ; car c’est là, et là seulement qu’il se trouve aujourd’hui quoique nous le voyions inscrit sur les monuments des plus anciennes dynasties Egyptiennes.
La poésie grandiose des quatre Vedas ; les Livres d’Hermès ; le Livre Chaldéen des Nombres ; le Codex Nazaréen ; la Cabale du Tanaïm ; le Sepher Jezira ; le Livre de la Sagesse de Schlomoh (Salomon) ; le traité secret sur Moukta et Baddha (554b), attribué par les cabalistes Bouddhistes à Kapila, le fondateur du système Sankhya ; les Brahmanas (555b) ; le Stan-gyour des Tibétains (556b) ; tous ces livres ont la même base. Variant quant aux allégories, ils enseignent la même doctrine secrète qui, lorsqu’elle sera une fois complètement élucidée, se montrera comme l’ultima Thule de la vraie philosophie, et découvrira ce qu’est le MOT PERDU.
N’attendons pas des savants qu’ils trouvent dans ces ouvrages quoi que ce soit d’intéressant en dehors de ce qui a une relation directe avec la philologie ou la mythologie comparée. Max Muller lui-même, aussitôt qu’il parle de mysticisme et de philosophie métaphysique répandus dans l’ancienne littérature sanscrite, n’y voit rien que des « absurdités théologiques » et de « fantastiques sottises ».
En parlant des Brahmanas, tout pleins de mystérieuses, et, par conséquent, comme de raison, d’absurdes significations, il nous dit : « La plus grande partie de ces traités est remplie de radotages, et qui pis est de radotages théologiques. Une personne n’étant pas d’avance au courant de la place que tiennent les Brahmanas dans l’histoire de la pensée Indienne, n’en pourrait lire plus de dix pages, sans en être dégoûtée (557b). »
La critique sévère de ce savant ne nous surprend en aucune façon. Sans un fil conducteur pour connaître la signification de ces « radotages », portant sur des conceptions religieuses, comment pourrait-il juger l’ésotérique par l’exotérique ? Nous trouvons la réponse dans une autre des intéressantes conférences du savant Allemand : « Aucun Juif, Grec, Romain ou Brahmane n’a jamais pensé à convertir les gens à son propre culte national. Partout la religion était considérée comme une propriété privée ou nationale. Elle devait être défendue contre les étrangers. Les noms les plus sacrés des dieux, les prières à l’aide desquelles on obtenait leur faveur, étaient gardées secrètes. Et aucune religion n’était plus exclusive que celle des Brahmanes (558b). »
C’est pourquoi, lorsque nous trouvons des savants qui, parce qu’ils ont appris d’un Srotriya – prêtre Brahmane initié aux mystères des sacrifices – la signification de quelques rares rites exotériques, se croient capables d’interpréter tous les symboles et avoir appris à déchiffrer les religions hindoues, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer l’étendue de leurs illusions scientifiques. Nous le faisons d’autant plus, lorsque nous voyons Max Muller lui-même affirmer que, puisqu’on naît Brahmane, que dis-je – c’est un deux fois né – et qu’on ne peut pas le devenir, même les rangs de la classe la plus basse, celle des Sudras, ne s’ouvriront devant un étranger ». Combien est-il encore moins probable qu’il permettrait à un étranger de révéler au monde ses Mystères religieux les plus sacrés, dont le secret a été si jalousement gardé de toute profanation pendant un nombre de siècles incalculable.
Non, nos savants ne comprennent pas, et ne peuvent comprendre correctement l’ancienne littérature hindoue, pas plus qu’un athée ou un matérialiste n’est capable d’apprécier, à leur juste valeur, les sentiments d’un voyant ou d’un mystique, dont toute la vie a été consacrée à la contemplation. Ils ont parfaitement le droit de se complaire dans la douce admiration de leur génie, et dans la conscience de leur grand savoir, mais non celui d’inculquer au monde leurs propres erreurs, en lui faisant croire qu’ils ont résolu le dernier problème de la pensée antique dans la littérature, sanscrite ou autre, et qu’il n’y a pas, derrière ces « radotages » apparents, des vérités bien supérieures à tout ce qu’a pu rêver notre philosophie exacte moderne ; ou au-delà ou au-dessus du sens correct des phrases et des mots sanscrits, il n’y a pas de pensée plus profonde, intelligible pour quelques-uns des descendants de ceux qui les voilèrent au début de l’existence terrestre, si elle ne l’est pas pour le lecteur profane.
Nous ne serions nullement surpris de ce qu’un matérialiste, voire même un chrétien orthodoxe, ne puisse lire sans dégoût les ouvrages Brahmaniques anciens, ou leurs dérivés, la Cabale, le Codex de Bardesanes, ou les Ecritures juives, à cause de leur immodestie, et de leur défaut apparent de ce qu’un lecteur non initié se plaît à appeler « le sens commun ». Mais si nous ne pouvons les blâmer pour ce sentiment, surtout dans le cas des livres Hébreux, et même de la littérature Grecque et Latine, et si nous sommes tout à fait disposés à admettre avec le professeur Fiske « que c’est un signe de sagesse de ne pas être satisfait de preuves imparfaites », nous avons le droit, d’autre part, de nous attendre à ce qu’ils reconnaissent que ce n’est pas une moindre preuve d’honnêteté, de confesser sa propre ignorance, dans les cas où il y a deux côtés à la question, pour la solution de laquelle le savant peut se tromper aussi bien que le premier ignorant venu. Lorsque nous voyons le professeur Draper, dans sa définition des périodes, dans The Intellectual Development of Europe (559b), établir la classification du temps comme suit : De l’époque de Socrate, le précurseur et le maître de Platon, à Carneade, « l’âge de la foi » ; et de Philon le juif à la destruction des Ecoles Néo-Platoniciennes par Justinien, « l’âge de la décrépitude », nous devons en conclure que le savant professeur connaît aussi peu les tendances réelles de la philosophie Grecque et des écoles de l’Attique qu’il ne connaissait le véritable caractère de Giordano Bruno. Aussi, lorsque nous voyons un des meilleurs sanscritistes déclarer, de sa propre autorité, sans autre preuve à l’appui, que la plus « grande partie des Brahmanas n’est qu’un tissu de divagations théologiques », nous regrettons profondément que le professeur Max Muller soit beaucoup plus au courant des verbes et des noms de l’ancien Sanscrit, que de la pensée Sanscrite elle-même ; et qu’un savant, aussi généralement disposé à rendre justice aux religions et aux hommes de l’antiquité, fasse si effectivement le jeu des théologiens Chrétiens. « Quelle est l’utilité du Sanscrit ? »demande Jacquemont qui, à lui seul, a commis plus d’erreurs dans ses affirmations au sujet de l’Orient que tous les Orientalistes réunis. À ce compte-là, il n’y en aurait aucune, en vérité. Si nous devions échanger un cadavre contre un autre, autant vaudrait disséquer la lettre morte de la Bible juive que celle des Vedas. Quiconque n’est pas vivifié par l’intuition, par l’esprit religieux de l’antiquité, ne verra jamais au-delà du « radotage » exotérique.
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