REALITES ET ILLUSIONS – Partie 10

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

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Ces phénomènes, lorsqu’ils sont produits en dehors des rites religieux dans l’Inde, le Japon, le Tibet, le Siam et autres contrées « païennes », et cent fois plus variés et plus surprenants que tout ce qui a été vu en Europe et en Amérique, ne sont jamais attribués aux esprits des morts. Les Pitris des Hindous n’ont rien à voir dans ces exhibitions publiques. Et nous n’avons qu’à consulter la liste des principaux démons ou esprits élémentaux, pour trouver que leurs noms seuls indiquent leurs professions, ou pour parler plus clairement, les tours auxquels chaque variété est le plus apte. Ainsi, nous avons les Mâdan, nom générique, désignant les méchants esprits élémentaux, moitié brutes, moitié monstres, car Mâdan signifie un être qui ressemble à une vache. Il est l’ami des sorciers malicieux, et les aide à accomplir leurs actes de vengeance, en frappant les hommes et les troupeaux de maux subits et de mort.

Le Shoudâla Mâdan, ou démon des cimetières, correspond à notre goule. Il se complaît dans les lieux où des crimes et des meurtres ont été commis, près des sépultures et des places d’exécutions. Il prête son concours aux jongleurs, dans tous les phénomènes où le feu joue un rôle ; ainsi que les Koutti Shâttan, les petits farfadets des jongleurs musulmans dans l’Inde. Le Shouddla, dit-on, est un démon moitié feu, moitié eau, car il reçut de Siva la permission de choisir et de prendre telle forme qu’il voudrait, de métamorphoser une chose en une autre ; et lorsqu’il n’est pas dans le feu, il est dans l’eau. C’est lui qui aveugle les gens pour leur faire voir des choses qu’ils ne voient pas. Le Shoula Mâdan est un autre mauvais génie. Il est le démon des fournaises, habile dans l’art du potier et du boulanger. Si vous vous tenez en bons termes avec lui, il ne vous fera point de mal ; mais malheur à celui qui encourt sa colère. Le Shoula aime les compliments et la flatterie, et comme il se tient généralement sous terre, c’est à lui que le jongleur doit recourir pour l’aider à faire sortir un arbre d’une semence et en faire mûrir les fruits dans l’espace d’un quart d’heure.

Le Koumil-Mâdan est l’ondine, proprement dite. C’est un esprit élémental de l’eau, et son nom signifie éclatant comme une bulle. C’est un lutin très gai ; et il aidera un ami dans tout ce qui est de sa compétence ; il fera tomber la pluie, et montrera l’avenir et le présent à ceux qui auront recours à l’hydromancie ou divination par l’eau.

Le Porouthon-Mâdan est le démon « lutteur » ; il est le plus fort de tous ; et toutes les fois qu’il s’agit de faits dans lesquels la force physique est nécessaire, tels que les lévitations, le domptage d’animaux féroces, il aidera l’opérateur en le soutenant à distance du sol, ou en maîtrisant la bête sauvage, jusqu’à ce que le dompteur ait eu le temps de prononcer son incantation. Ainsi chaque manifestation physique a son genre spécial d’esprits élémentaux pour y présider.

Pour en revenir à la lévitation des corps humains et des objets inanimés dans les salles de séances, nous renvoyons le lecteur au chapitre d’introduction de cet ouvrage (voyez Aéthrobatie). À propos de l’histoire de Simon le magicien, nous avons donné l’explication des anciens sur la manière dont pouvaient être produits la lévitation et le transport des objets pesants. Nous essayerons maintenant d’émettre une hypothèse au sujet des médiums, c’est-à-dire des personnes supposées inconscientes, au moment des phénomènes que les croyants attribuent aux « esprits » désincarnés. Nous n’avons pas besoin de répéter ce qui a été suffisamment expliqué déjà. L’Aéthrobatie consciente, dans certaines conditions électromagnétiques, est possible seulement aux adeptes, qui ne peuvent jamais être dominés par une influence étrangère, et qui restent toujours maîtres de leur VOLONTE.

Ainsi, la lévitation, disons-nous, doit toujours s’effectuer en obéissant à la loi, loi aussi inexorable que celle qui fait qu’un corps qui n’est pas sous son influence reste attaché au sol. Et où chercherions-nous cette loi en dehors de la théorie de l’attraction moléculaire ? C’est une hypothèse scientifique que la force, qui la première entraîne la nébuleuse ou la matière stellaire dans un tourbillon, est l’électricité ; et la chimie moderne est totalement réédifiée sur la théorie des polarités électriques des atomes. La trombe d’eau, le cyclone, le typhon, l’ouragan et la tempête sont, tous, sans aucun doute le résultat d’une action électrique. Ce phénomène a été observé d’en haut aussi bien que d’en bas, car les observations ont été faites à terre, et dans un ballon planant au-dessus du centre d’un orage.

Or, cette force, sous des conditions de sécheresse et de chaleur de l’atmosphère à la surface de la terre, est capable d’accumuler une énergie dynamique suffisante pour soulever d’énormes quantités d’eau, de comprimer les molécules de l’atmosphère et de balayer toute une contrée, déraciner les forêts, soulever les rochers, et réduire des bâtiments en morceaux. La machine électrique de Wilde produit des courants induits électromagnétiques si puissants, qu’ils donnent une lumière permettant de lire dans la nuit les caractères les plus fins, à une distance de deux milles de l’endroit où elle opère.

Déjà dès l’année 1600, Gilbert, dans son livre De Magnete, formulait le principe que le globe lui-même est un vaste aimant, et quelques-uns de nos électriciens les plus avancés commencent à reconnaître que l’homme aussi possède cette propriété, et que les attractions et les répulsions mutuelles des individus peuvent, du moins en partie, trouver leur explication dans ce fait. L’expérience des assistants dans les cercles spirites confirme cette opinion. Le professeur Nicholas Wagner de l’Université de Saint-Pétersbourg dit : « La chaleur ou peut-être le fluide électrique des investigateurs assis en cercle doit se concentrer sur la table et graduellement se développer en mouvements. En même temps, ou peu après, la force psychique vient s’y joindre pour assister les deux autres pouvoirs. Par force psychique, j’entends cette force qui se dégage de toutes les autres forces de notre organisme : la combinaison de plusieurs forces séparées, en quelque chose de général, capable lorsqu’il est ainsi combiné, de se manifester à un certain degré suivant l’individualité ». Il considère que le progrès des phénomènes est influencé par le froid et la sécheresse de l’atmosphère. Or, rappelant ce qui a été dit au sujet des formes plus subtiles d’énergie dont les hermétistes ont démontré l’existence dans la nature, et acceptant l’hypothèse émise par M. Wagner, que « la puissance qui provoque ces manifestations est centralisée dans les médiums », est-ce que le médium ne pourrait pas, en créant en lui-même un foyer aussi parfait dans son genre que le système des aimants d’acier permanents dans la batterie de Wilde, produire des courants astraux suffisamment énergiques, pour enlever dans leur tourbillon un corps même aussi pondérable que le corps humain ? Point n’est nécessaire que l’objet soulevé prenne pour cela un mouvement giratoire, car le phénomène que nous observons, différent de la trombe, est dirigé par une intelligence capable de maintenir le corps montant ainsi dans le courant ascendant, et empêcher sa rotation.

Dans ce cas la lévitation serait un phénomène purement mécanique. Le corps inerte du médium passif est soulevé par un tourbillon, créé soit par les esprits élémentaux, peut-être dans quelques cas par des esprits humains, soit quelquefois par des causes purement morbides, comme dans le cas des malades somnambules du professeur Perty. La lévitation de l’adepte, au contraire, est un effet électromagnétique, ainsi que nous venons de le constater. Il a rendu la polarité de son corps, opposée à celle de l’atmosphère, et identique à celle de la terre ; il s’ensuit qu’il est propre à être attiré par celle-là, et repoussé par celle-ci, tout en conservant tout le temps sa conscience. Une lévitation phénoménale de cette nature est également possible lorsque la maladie modifie la polarité corporelle du patient, comme la maladie le fait toujours plus ou moins. Mais dans ce cas, la personne ainsi enlevée ne serait probablement pas consciente.

Dans une série d’observations sur les tourbillons, faite en 1859, dans le bassin des Montagnes Rocheuses, un journal fut enlevé… à une hauteur de quelque deux cents pieds ; là, il oscilla dans un sens et dans un autre, pendant un temps considérable, tout en suivant le mouvement en avant (361).

Comme de juste, les savants diront qu’on ne peut pas établir de parallèle entre ce fait et celui d’une lévitation humaine ; qu’un tourbillon assez puissant ne peut pas être formé dans une chambre, pour pouvoir enlever un médium ; mais c’est une question de lumière astrale et d’esprit, qui ont leurs lois dynamiques particulières. Ceux qui comprennent ces lois affirment qu’un concours de personnes mentalement surexcitées, dont l’excitation réagit sur le système physique, projette des émanations électromagnétiques qui, lorsqu’elles ont une intensité suffisante, peuvent jeter la perturbation dans toute l’atmosphère ambiante. On peut engendrer ainsi suffisamment de force pour créer un tourbillon électrique assez puissant pour produire bien des phénomènes étranges. À ce point de vue le tournoiement des derviches, et les danses sauvages, les balancements, les gesticulations, les chants et les cris des dévots doivent être envisagés comme ayant tous en vue un objet commun, c’est-à-dire la création de ces conditions astrales, propres à favoriser la production de phénomènes psychologiques et physiques. La raison d’être des revivals religieux sera aussi mieux comprise, si l’on ne perd pas ce principe de vue.

Mais il y a encore un autre point à considérer. Si le médium est un noyau de magnétisme et un conducteur de cette force, il sera sujet aux mêmes lois que le conducteur métallique, et il sera attiré par son aimant. Si donc, un centre magnétique de la puissance voulue était formé directement au-dessus de lui par les puissances invisibles, qui président aux manifestations, pourquoi son corps ne serait-il pas soulevé vers lui, malgré l’attraction terrestre ? Nous savons bien que dans le cas d’un médium qui est inconscient de la marche de l’opération, il est nécessaire d’admettre, d’abord, le fait d’une telle intelligence, et ensuite la possibilité de conduire l’expérience de façon dont on l’a décrite ; mais en présence des nombreuses attestations produites, non seulement dans nos propres recherches qui n’ont pas la prétention de faire autorité, mais encore dans celles de M. Crookes et d’un grand nombre d’autres, dans beaucoup de pays et à diverses époques, nous ne pouvons nous empêcher d’offrir cette hypothèse, tout en sachant qu’il est inutile de défendre un cas que les savants n’examineront pas avec patience, même après la sanction que lui ont donné les hommes les plus distingués parmi eux.

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