Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE
L’élément radical des plus anciennes religions était essentiellement sabaistique, et nous soutenons que leurs mythes et allégories, correctement et complètement interprétés, concorderont parfaitement avec les notions astronomiques les plus exactes d’aujourd’hui. Nous dirons plus ; il n’y a guère de loi scientifique – soit d’astronomie physique, soit de géographie physique – qui ne se retrouve dans les ingénieuses combinaisons de leurs fables. Ils ont allégorisé les causes les plus importantes, ainsi que les plus insignifiantes, des mouvements célestes ; la nature de chaque phénomène y était personnifiée ; et, dans les biographies mythiques des dieux et des déesses de l’Olympe, un homme bien versé dans les derniers principes de la physique et de la chimie peut retrouver leurs causes, leurs influences mutuelles et leurs relations, incorporées dans la conduite et les actes de ces capricieuses divinités. L’électricité atmosphérique, dans ses états neutres et latents, est symbolisée d’habitude par des demi-dieux et déesses, dont le champ d’action est plus limité à la terre, et qui, dans leur essor exceptionnel vers les régions plus élevées, déploient leur puissance électrique, toujours dans la stricte proportion de l’accroissement des distances de la terre ; les armes d’Hercule et de Thor n’étaient jamais plus terribles et plus mortelles que lorsque les dieux s’élevaient dans les nuages. Nous ne devons pas perdre de vue qu’avant l’époque où le Jupiter Olympien fut anthropomorphisé par le génie de Phidias en Dieu Tout-Puissant, le Maximus, le Dieu des dieux, et abandonné ainsi à l’adoration des multitudes, dans la primitive et abstraite science des symboles, il était avec ses attributs la personnification de l’ensemble des forces cosmiques. Le Mythe était moins métaphysique et moins compliqué, mais plus véritablement éloquent, comme expression de la philosophie naturelle. Zeus, l’élément masculin de la création, avec Chthonia ou Vesta (la terre), et Métis (l’eau) la première des Océanides (les principes féminins), était considéré, suivant Porphyre et Proclus, comme le zoon ek zoon, le principal des êtres vivants. Dans la théologie Orphique, la plus ancienne de toutes, il représentait, métaphysiquement parlant, à la fois la potentia et l’actus, la cause non révélée, et le Démiurge, ou le créateur actif, considéré comme émanation de l’invisible puissance. Dans cette dernière fonction démiurgique, conjointement avec ses consorts, nous trouvons en lui tous les agents les plus puissants de l’évolution cosmique – l’affinité chimique, l’électricité atmosphérique, l’attraction et la répulsion.
C’est en suivant ses représentations dans cette signification physique, que nous voyons combien les anciens étaient versés dans toutes les branches de la science physique, dans ses développements modernes. Plus tard, dans les doctrines de Pythagore, Zeus devint la trinité métaphysique ; la monade évoluant de son SOI invisible, la cause active, l’effet, et la volonté intelligente, qui, ensemble, formaient la Tetractys. Plus tard encore, nous voyons les Néoplatoniciens laissant de côté la monade primitive, en raison de son incompréhensibilité pour l’intellect humain, ne plus spéculer que sur la triade démiurgique de cette divinité, visible et intelligible dans ses effets ; la suite métaphysique aboutit avec Plotin, Porphyre, Proclus et autres, à considérer Zeus comme le père, Zeus Poseidon ou dunamis, le fils ou pouvoir, et l’esprit ou nous. Cette triade fut aussi acceptée dans son ensemble par l’école d’Irenee au IIème siècle ; la différence la plus substantielle entre les Néoplatoniciens et les chrétiens, consistant simplement dans le mélange, opéré de force, par ceux-ci, de la monade incompréhensible, avec sa trinité créatrice réalisée.
Sous son aspect astronomique, Zeus-Dionysus a son origine dans le Zodiaque, l’ancienne année solaire. Dans la Lybie, il prenait la forme d’un bélier, et il était identique avec l’Amun Egyptien qui engendra Osiris le dieu-Taureau. Osiris est aussi une émanation personnifiée du Père Soleil, étant lui-même le Soleil dans le Taureau, le Père Soleil étant le Soleil dans le Bélier. Comme ce dernier, Jupiter est figuré par un bélier, et comme Jupiter Dionysus ou Jupiter-Osiris, il est le taureau. Cet animal, c’est bien connu, est le symbole de la puissance créatrice ; de plus, la Cabale explique, par l’entremise d’un de ses principaux maîtres, Simon Ben-Jochai, l’origine de cet étrange culte des taureaux et des vaches. Ce ne sont ni Darwin ni Huxley – les fondateurs de la doctrine d’évolution, et de son complément nécessaire, la transformation des espèces – qui pourront trouver quelque chose contre la justesse de, ce symbole, à moins que ce ne soit le malaise qu’ils pourraient éprouver d’avoir été devancés par les anciens jusque dans cette découverte moderne. Nous donnerons ailleurs la doctrine des cabalistes, telle que l’enseigne Simon Ben-Jochai.
On peut aisément démontrer que, de temps immémorial, Saturne ou Kronos, dont l’anneau fut très positivement découvert par les astrologues Chaldéens, et dont le symbolisme n’est nullement une « coïncidence », était regardé comme le père de Zeus, avant que celui-ci ne devînt lui-même le père de tous les dieux, et la plus haute divinité. Il était le Bel ou Baal des Chaldéens, chez qui il avait été originairement importé par les Akkadiens. Rawlinson soutient que ce dernier venait de l’Arménie ; mais s’il en est ainsi, comment expliquer le fait que Bel n’était que la personnification Babylonienne du Siva Hindou, ou Bala, le dieu du feu, le créateur omnipotent, et en même temps, la Divinité destructrice, à bien des égards supérieure à Brahma lui-même ?
« Zeus, dit un hymne orphique, est le premier et le dernier, la tête et les extrémités ; de lui procèdent toutes choses. Il est un homme et une nymphe immortelle (élément mâle et femelle) ; l’âme de toutes choses ; et le principal moteur dans le feu ; il est le soleil et la lune ; la source de l’océan ; le demiurge de l’univers ; une puissance, un Dieu ; le puissant créateur et le gouverneur du cosmos. Tout, le feu, l’eau, la terre, l’éther, la nuit, les cieux, Métis, l’architecte primitive (la Sophia des Gnostiques, et la Sephira des Cabalistes), le bel Eros, Cupidon, tout est contenu dans les vastes dimensions de son corps glorieux (437). »
Ce bref hymne de louange contient le plan de toute conception mythopoeique. L’imagination des anciens était aussi illimitée que les manifestations visibles de la Divinité elle-même, qui leur fournissaient les thèmes de leurs allégories. Encore ces dernières, pour exubérantes qu’elles paraissent, ne s’écartent jamais des deux idées principales, que l’on peut toujours retrouver marchant de pair dans leur imagerie sacrée ; ils s’attachaient étroitement aux aspects de la loi naturelle aussi bien physique que morale ou spirituelle. Leurs recherches métaphysiques ne se heurtent jamais aux vérités scientifiques, et l’on peut avec raison qualifier leurs religions de croyances psycho-physiologiques des prêtres et des savants qui les fondèrent sur les traditions du monde à son enfance, telles que les esprits non faussés des races primitives les avaient reçues, et sur leurs propres connaissances expérimentales, mûries de toute la sagesse des siècles écoulés.
En tant que soleil, quelle meilleure image pouvait-on trouver pour Jupiter émettant ses rayons dorés, que de personnifier cette émission en Diane, la vierge Artemis, illuminant tout, dont le plus ancien nom est Diktynna, littéralement le rayon émis, du verbe dikein. La lune n’est pas lumineuse, et elle ne brille qu’en reflétant la lumière du soleil ; de là sa représentation comme la fille du soleil, la déesse de la lune, elle-même Lune. Astarté, ou Diane. Comme la Diktynna crétoise, elle porte une couronne faite avec la plante magique diktamnon ou dictamnus, l’arbrisseau toujours vert, dont le contact, dit-on, développe et guérit à la fois le somnambulisme ; et comme Eilithyia et Junon Pronuba, elle est la déesse qui préside aux naissances ; c’est une divinité Esculapienne, et l’usage de la couronne de dictame, en association avec la lune, montre une fois de plus la profonde observation des anciens. Cette plante est connue en botanique comme douée de propriétés sédatives puissantes ; elle croit sur le mont Dicté, montagne de Crète, en grande abondance ; d’un autre côté, la lune, selon les meilleures autorités en magnétisme animal, agit sur les humeurs et le système ganglionnaire, ou les cellules nerveuses, siège d’où procèdent toutes les fibres nerveuses qui jouent un rôle si prépondérant dans la magnétisation. Pendant l’enfantement, les femmes de Crète étaient couvertes de cette plante, et ses racines étaient administrées, comme les plus propres à calmer les douleurs aiguës, et à tempérer l’irritabilité si dangereuse dans cette période. Elles étaient placées en outre dans l’enceinte du temple consacré à la déesse, et si possible, sous les rayons directs de la resplendissante fille de Jupiter, la brillante et chaude lune orientale.
Les Brahmanes hindous et les Bouddhistes ont des théories compliquées sur l’influence du soleil et de la lune (les éléments masculin et féminin) qui contiennent des principes positifs et négatifs, les contraires de la polarité magnétique. « L’influence de la lune sur les femmes est bien connue », écrivent tous les auteurs anciens sur le magnétisme ; et Ennemoser, de même que Du Potet, confirme dans tous leurs détails les théories des voyants hindous.
Le respect que les Bouddhistes professent pour le saphir, qui était aussi consacré à la Lune dans tous les autres pays, est peut-être fondé sur quelque chose de plus scientifiquement exact qu’une pure et simple superstition. Ils lui attribuent une puissance magique, que tout étudiant du magnétisme psychologique comprendra aisément, car sa surface polie d’un bleu sombre produit des phénomènes somnambuliques extraordinaires. L’influence variée des couleurs du prisme sur le développement de la végétation, et spécialement celle du « rayon bleu » n’a été reconnue que récemment. Les Académiciens se querellaient sur l’inégale puissance calorique des rayons du prisme, jusqu’à ce qu’une série d’expériences du Général Pleasonton soit venue démontrer que, sous le rayon bleu, le plus électrique de tous, le développement tant animal que végétal augmentait dans une proportion véritablement magique. Ainsi, les recherches d’Amoretti sur la polarité électrique des pierres précieuses montrèrent que le diamant, le grenat et l’améthyste sont – E, tandis que le saphir est + E (438). Nous sommes donc en mesure de faire voir que les plus récentes expériences de la science ne font que confirmer ce que les sages hindous savaient déjà, avant qu’aucune Académie moderne ne fût fondée. Une ancienne légende hindoue dit que Brahma, étant devenu amoureux de sa propre fille Oushas (le ciel et parfois aussi l’aurore) il prit la forme d’un chevreuil (ris’ya), et Oushas celle d’une biche (rôhit) et ils commirent ainsi le premier péché (439). Témoins de cette profanation, les dieux furent tellement épouvantés, que prenant, d’un commun accord, leur corps le plus effrayant (chaque dieu possédant autant de corps qu’il le désire), ils produisirent Boûthavan (l’esprit du mal) qui fut créé par eux dans le but de détruire cette incarnation du premier péché commis par le Brahma lui-même. Ce que voyant, Brahma-Hiranyagarbha (440) se repentit amèrement et commença à répéter les Mantras ou prières de la purification ; et, dans sa douleur, il versa sur la terre une larme, la plus chaude qui fût jamais tombée d’un œil ; Et c’est de cette larme que fut formé le premier saphir.
Cette légende moitié sacrée, moitié populaire, montre que les Hindous connaissaient quelle était la plus électrique des couleurs prismatiques ; bien plus, l’influence particulière du saphir était aussi bien définie que celle des autres minéraux. Orphée enseigne comment il est possible d’impressionner toute une assistance avec la pierre d’aimant ; Pythagore accorde une attention particulière à la couleur et à la nature des pierres précieuses ; tandis qu’Apollonius de Tyane apprend à ses disciples les vertus secrètes de chacune d’elles, et change chaque jour ses bagues, faisant usage d’une pierre particulière pour chaque jour du mois, selon les lois de l’astrologie judiciaire. Les Bouddhistes affirment que le saphir produit la paix du mental, l’équanimité, qu’il chasse toutes les mauvaises pensées, en établissant une circulation saine dans l’homme. Une batterie électrique agit de même si son fluide est bien dirigé, disent nos électriciens. « Le saphir », disent les Bouddhistes, « ouvre les portes closes et les demeures pour l’esprit de l’homme ; il inspire le désir de la prière, apporte avec lui plus de paix que toute autre gemme ; mais celui qui le porte doit mener une vie pure et sainte (441). »
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