Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VII – LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES
II est aisé de comprendre qu’un fait produit en 1731, pour prouver un autre fait survenu durant le pontificat de Paul III, par exemple, soit révoqué en doute en 1876. Et lorsqu’on dit aux savants que les Romains conservaient des flambeaux allumés dans leurs sépulcres, pendant des années sans nombre, grâce à la nature huileuse de l’or ; et qu’une de ces lampes perpétuelles avait été trouvée, brûlant avec un vif éclat, dans le tombeau de Tullia, fille de Ciceron, bien que ce tombeau n’eût pas été ouvert depuis quinze cent cinquante ans (377), ils sont, jusqu’à un certain point, en droit de douter, même de refuser de croire ce fait, jusqu’à ce qu’ils se soient assurés, par le témoignage de leurs sens, que la chose est possible. Dans ce cas, ils peuvent rejeter le témoignage de tous les philosophes de l’antiquité et du moyen âge. L’enterrement d’un fakir vivant, et sa résurrection après trente jours d’inhumation pourra leur paraître suspecte. Il en sera de même des blessures mortelles que s’infligent certains lamas, qui présentent leurs entrailles aux assistants et guérissent, presque instantanément, ces horribles blessures.
Pour ceux qui nient jusqu’au premier témoignage de leurs propres sens au sujet de phénomènes qui ont lieu dans leur pays même, et devant de nombreux témoins, les récits répandus dans les livres classiques et les récits de voyages, doivent naturellement paraître absurdes. Mais ce que nous ne parvenons pas à comprendre, c’est l’entêtement collectif des Académies, en présence des amères leçons du passé infligées à ces institutions qui ont si souvent « obscurci les choses par des discours sans intelligence ». Comme le Seigneur répondant à Job « dans le tourbillon », la magie peut dire à la science moderne : « Où étais-tu quand j’ai posé les fondations de la terre ? Dis-le si tu as de l’entendement. » Et qui es-tu pour oser dire à la Nature : « Tu n’iras pas au-delà ; ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ? »
Mais qu’importe s’ils contestent et nient les faits ? Peuvent-ils empêcher les phénomènes de se produire aux quatre coins du globe, quand même leur scepticisme serait mille fois plus amer ? Les fakirs n’en continueront pas moins à être enterrés et ressuscités pour satisfaire la curiosité des voyageurs européens ; les lamas et les ascètes hindous n’en continueront pas moins à se blesser, à se mutiler, et à s’enlever les entrailles, sans pour cela, s’en porter plus mal ; et toutes les négations du monde entier n’auront jamais un souffle assez puissant pour éteindre les lampes inextinguibles, qui continuent à brûler dans les sanctuaires souterrains de l’Inde, du Tibet et du Japon. Le Rév. S. Mateer des missions de Londres parle d’une de ces lampes. Dans le temple de Trevandrum, dans le royaume de Travancore, Inde du Sud, « il y a, à l’intérieur d’un temple, un puits très profond dans lequel d’immenses richesses sont jetées tous les ans, et, dans un autre endroit, dans un creux recouvert d’une pierre, une grande lampe en or, dit-on, qui fut allumée il y a plus de 120 ans, continue encore à brûler, dit ce missionnaire, dans sa description de l’endroit. Comme de raison, les missionnaires catholiques attribuent ces lampes à l’amabilité du diable. Le prêtre protestant, plus prudent, mentionne le fait, sans commentaire.
L’abbé Huc a vu et examiné une de ces lampes, et de même ont fait d’autres personnes qui ont eu la bonne fortune de gagner la confiance et l’amitié des lamas et des prêtres d’Orient. On ne peut pas contester davantage les merveilles dont fut témoin le capitaine Lane en Egypte, les expériences à Bénarès de Jacolliot, et celles de sir Charles Napier ; ni la lévitation d’êtres humains, en pleine lumière du jour, qui ne peut s’expliquer que par la théorie que nous avons présentée dans l’Introduction de ce livre (voir article sur l’Aéthrobatie). Ces lévitations sont attestées – outre M. Crookes – par le professeur Perty, qui affirme qu’elles se sont produites en plein air, et qu’elles ont duré quelquefois vingt minutes ; tous ces phénomènes et beaucoup d’autres ont été, sont et seront produits, dans tous les pays du globe, et cela malgré tous les sceptiques et savants qui sont issus de la boue silurienne.
Parmi les prétentions ridiculisées de l’alchimie se trouve justement celle des lampes perpétuelles. Si nous affirmons au lecteur que nous en avons vu, on nous demandera – si l’on ne révoque pas en doute notre sincérité – comment nous pouvons dire que les lampes que nous avons observées sont perpétuelles, puisque la durée de notre observation a été nécessairement limitée ? Simplement parce que, connaissant les ingrédients employés dans leur composition, la manière dont elles sont construites, et la loi naturelle applicable au cas, nous savons que notre déclaration peut être confirmée par un examen approprié. Quant à connaître l’endroit où s’adresser et comment arriver à la connaissance nécessaire, nos critiques l’apprendront, s’ils veulent s’en donner la peine, ainsi que nous l’avons fait. En attendant, citons quelques-unes des cent soixante-treize autorités qui ont écrit sur cette question. Aucun de ces auteurs, selon nos souvenirs, n’a dit que ces lampes sépulcrales brûleraient perpétuellement, mais bien un nombre indéfini d’années ; et l’on cite des exemples où elles ont brûlé pendant plusieurs siècles. S’il existe une loi naturelle en vertu de laquelle une lampe peut brûler, sans être alimentée, pendant dix ans, il n’y a pas de raison pour que la même loi ne lui permette de brûler pendant cent, et même mille années.
Parmi les personnages bien connus qui croyaient fermement, et soutenaient énergiquement que ces lampes sépulcrales brûlaient pendant des centaines d’années, et qu’elles auraient pu continuer à brûler peut-être toujours si elles n’avaient pas été éteintes ou brisées accidentellement, nous pouvons mentionner les noms suivants : Clement d’Alexandrie ; Hermolaus Barbarus ; Appien ; Burattinus ; Citesius ; Coelius ; Costoeus ; Casalius ; Cedrenus ; Delrius ; Eric ; Fox ; Gesner ; Jacoboni ; Leander ; Libavius ; Lazius ; Pic de la Mirandole ; Philalèthes (Thomas Vaughan); Licetus ; Maiolus ; Maturantius ; Baptista Porta ; Pancirollus ; Ruscellius ; Scardonius ; Ludovic Vives ; Volateranus ; Paracelse ; plusieurs alchimistes Arabes, et finalement Pline, Solinus, Kircher, et Albert le Grand.
Ce sont les Egyptiens qui en revendiquent l’invention, ces fils de cette terre de la Chimie (378). Du moins, ce sont eux qui ont fait usage de ces lampes beaucoup plus que toutes les autres nations, à cause de leurs doctrines religieuses. L’âme astrale de la momie était censée s’attarder autour du corps, pendant le laps de trois mille années du cercle de nécessité. Attachée à lui par un fil magnétique qui ne pouvait être rompu que par un effort de sa part, les Egyptiens espéraient que la lampe perpétuelle, symbole de leur esprit incorruptible et immortel, déciderait enfin la partie la plus matérielle de l’âme à se séparer de sa demeure terrestre, et à s’unir pour toujours à son SOI divin. C’est pour cela que les lampes étaient suspendues dans les tombeaux des riches. Ces lampes sont souvent trouvées dans les caveaux souterrains des sépultures, et Licetus a écrit un grand ouvrage, pour prouver que, de son temps, partout où l’on ouvrait un sépulcre, on y trouvait une lampe brûlant, mais qu’elle s’éteignait aussitôt, par suite de la profanation. Tite-Live Burattinus et Michel Schatta, dans leurs lettres à Kircher (379) affirment que l’on trouvait beaucoup de ces lampes dans les cavernes souterraines de l’ancienne Memphis. Pausanias parle de la lampe l’or du temple de Minerve à Athènes, qui était l’œuvre de Callimaque, et brûlait une année entière. Plutarque (380) dit avoir vu dans le temple de Jupiter Ammon, une de ces lampes, ajoutant que les prêtres lui avaient assuré qu’elle brûlait depuis des années sans discontinuer et que, bien que placée en plein air, ni vent ni eau ne pouvaient l’éteindre. Saint Augustin, une autorité catholique, décrit aussi une lampe du sanctuaire de Vénus, du même genre que les autres, inextinguible par le vent le plus violent ou par l’eau. On trouva une lampe à Edessa, dit Kedrenus, qui « cachée en haut d’une certaine porte, brûla pendant cinq cents ans ». Mais, de toutes ces lampes, celle mentionnée par Olybius Maximus de Padoue est de beaucoup la plus extraordinaire. Elle fut trouvée dans les environs d’Atteste, et Scardonius (381) en donne une brillante description. « Une grande urne de terre cuite en contenait une autre de dimension plus petite, et dans celle-ci une lampe allumée brûlait sans discontinuer depuis 1.500 ans, au moyen d’une liqueur des plus pures, contenue dans deux flacons, l’un en or, et l’autre en argent. Ces flacons étaient confiés à la garde de Franciscus Maturantius, qui les estimait un prix énorme. »
En faisant la part des exagérations, et en laissant de côté comme une négation gratuite et sans preuves, l’assurance donnée par la science moderne de l’impossibilité de pareilles lampes, qu’on nous dise si, dans le cas où il serait démontré que ces lampes inextinguibles ont réellement existé aux siècles des « miracles », les lampes qui brûlent dans les sanctuaires chrétiens et dans ceux de Jupiter, de Minerve et autres divinités païennes devraient être envisagées sous des aspects différents. D’après certains théologiens, il paraîtrait que les premières (car le Christianisme revendique aussi de telles lampes) brûlaient en vertu d’une puissance miraculeuse divine, et que la lumière des autres, produite par un art « païen », était entretenue par les artifices du démon. Kircher et Licetus font voir qu’elles fonctionnaient de ces deux façons. La lampe d’Antioche, qui brûla quinze cents ans sur une place publique au-dessus de la porte d’une église, était entretenue par la « Puissance de Dieu » qui « a fait un nombre infini d’étoiles, pour donner une lumière éternelle ». Quant aux lampes païennes, saint Augustin nous assure qu’elles étaient l’œuvre du diable, « qui nous trompe de mille manières ». Quoi de plus aisé pour Satan, que de faire apparaître un éclair de lumière, ou une flamme brillante aux yeux de ceux qui les premiers entrent dans un tel caveau souterrain ? C’est aussi ce qu’affirmaient tous les bons Chrétiens, pendant le pontificat de Paul III, lorsque à l’ouverture d’une tombe sur la voie Appienne, à Rome, on trouva le corps entier d’une jeune fille, nageant dans un liquide brillant, qui l’avait si bien conservée que le visage était fort beau, et comme plein de vie. À ses pieds brûlait une lampe, dont la flamme s’éteignit lorsqu’on ouvrit le sépulcre. D’après une inscription gravée sur la pierre, le corps avait été inhumé depuis plus de quinze cents ans, et l’on supposa que ce devait être celui de Tulliola ou Tullia, fille de Ciceron (382).
Les chimistes et les physiciens contestent que ces lampes perpétuelles soient possibles, en alléguant que toute substance qui se résout en vapeur ou en fumée ne peut être permanente, mais doit infailliblement se consumer ; et comme l’aliment huileux d’une lampe allumée s’exhale en vapeur, il s’ensuit que la flamme ne peut durer perpétuellement, faute d’aliment. Les alchimistes, d’autre part, contestent que tout ce qui sert à l’entretien d’un feu allumé doive nécessairement se convertir en vapeur. Ils disent qu’il existe, dans la nature, des choses qui non seulement résistent à l’action du feu et, partant, ne sont pas consumées, mais qui ne sont éteintes ni par le vent, ni par l’eau. Dans un ancien livre de chimie de l’année 1700, intitulé NEKPOKHΔEIA, l’auteur réfute quelques-unes des prétentions des divers alchimistes. Mais bien qu’il nie qu’un feu puisse brûler perpétuellement, il est presque disposé à croire à la possibilité qu’une lampe brûle pendant plusieurs centaines d’années. Nous avons en outre de nombreux témoignages d’alchimistes qui ont consacré des années à ces expériences et sont arrivés à la conclusion que la chose était possible.
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