Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »
L’auteur du système de philosophie Homoiomerian, Anaxagore de Clazomène, croyait fermement que les prototypes spirituels des choses, aussi bien que leurs éléments, se trouvaient dans l’éther sans limites où ils étaient engendrés, d’où ils sortaient par évolution et où ils rentraient en quittant la terre. Les Hindous avaient personnifié leur Akas’a (ciel ou éther) et en avaient fait une entité divine. Comme eux, les Grecs et les Latins avaient déifié l’Æther. Virgile appelle Zeus : pater omnipotens æther (287) ; Magnus, le grand dieu Ether.
Les êtres, auxquels il est fait allusion ci-dessus, sont les esprits élémentals des Cabalistes (288) (288b), que le clergé chrétien dénonce comme des » diables « , ennemis du genre humain.
Des Mousseaux remarque gravement : « Déjà Tertullien avait formellement découvert le secret de leurs ruses » (Chapitre sur les démons).
Assurément, c’est une découverte inestimable. Maintenant que nous avons tant appris Sur les travaux intellectuels des saints pères, et sur leurs découvertes en anthropologie astrale, pourrons nous être surpris le moins du monde Si, dans le zèle de leurs explorations spirituelles ils ont négligé leur planète au point de lui refuser, parfois, non seulement le droit au mouvement, mais même sa sphéricité ?
Voici ce que nous relevons dans Langhorne, traducteur de Plutarque : « Denys d’Halicarnasse (L. II) est d’avis que Numa fit construire le temple de Vesta de forme circulaire pour représenter la terre, car, par Vesta, on entendait la terre. » De plus, Philolaüs, d’accord avec tous les autres Pythagoriciens, soutenait que l’élément du feu était situé au centre de l’univers. Plutarque, parlant du même sujet, remarque que, selon les Pythagoriciens, « la terre n’est point immobile, ni située au centre du monde ; elle fait sa révolution autour de la sphère de feu sans être une des parties les plus précieuses ou les plus importantes de la grande machine. » Platon est dit avoir été également de cet avis. Il semble donc que les Pythagoriciens aient devancé la découverte de Galilée.
Une fois admise l’existence de cet invisible univers, comme il semble probable qu’on y viendra, si les spéculations des auteurs de Unseen Universe sont jamais acceptées par leurs collègues, bien des phénomènes, mystérieux et inexplicables jusqu’ici deviennent simples. Cet invisible univers agit sur l’organisme des médiums magnétisés, les pénètre et les sature de fond en comble, qu’ils soient dominés par la puissante volonté d’un magnétiseur ou qu’ils obéissent à l’influence d’êtres invisibles produisant les mêmes effets. Une fois cette opération muette accomplie, le fantôme astral ou sidéral du sujet magnétisé quitte son enveloppe terrestre paralysée et, après avoir parcouru l’espace sans bornes, il s’arrête sur le seuil du « but » mystérieux. Pour lui, les portes qui marquent l’entrée de la « terre du silence » ne sont, maintenant, que partiellement entrouvertes ; elles ne le seront toutes grandes pour l’âme du somnambule entransé, que le jour où s’étant unie avec son essence supérieure immortelle, elle aura quitté pour toujours son enveloppe mortelle. Jusqu’à ce moment, le voyant ou la voyante ne peut regarder que par une fente. Ce qu’on en verra dépendra de l’acuité de vue spirituelle du sujet.
La trinité dans l’unité est une idée commune à toutes les nations : les trois Dejotas, la Trimourti hindoue, les Trois Têtes de la Cabale Juive (289). « Trois têtes sont sculptées l’une dans l’autre et l’une sur l’autre. » La trinité des Egyptiens et celle de la mythologie grecque étaient des images semblables de la première émanation triple avec ses deux principes mâles et un principe femelle. C’est l’union du mâle Logos ou sagesse, la Divinité révélée, avec la femelle Aura ou Anima Mundi (le saint Pneuma qui est la Sephira des Cabalistes et la Sophia des Gnostiques raffinés) qui a produit toutes choses visibles et invisibles. Tandis que la véritable interprétation métaphysique de ce dogme universel restait confinée dans les sanctuaires, les Grecs avec leurs instincts poétiques la personnifiaient dans une foule de mythes charmants. Dans les Dionysiaques de Nonnus, le dieu Bacchus, entre autres allégories, est représenté comme amoureux d’une brise suave et douce (le saint Pneuma), sous le nom d’ « Aura Placida (290) ». Et, maintenant, laissons la parole à Godfrey Higgins : « Lorsque les Pères ignorants constituèrent leur calendrier, ils firent de cette « douce brise », deux saintes Catholiques Romaines ! ! ». Sainte Aura et sainte Placida naquirent ainsi. Mais ils ont fait mieux ; ils ont été jusqu’à transformer le joyeux et galant dieu en saint Bacchus. En fait, on montre à Rome son cercueil et ses reliques. La fête des bienheureuses saintes Aure et Placide tombe le 5 octobre et n’est pas éloignée de celle de saint Bacchus (291).
Combien plus poétique et plus large est l’esprit religieux que l’on trouve dans les légendes « païennes » du Nord relatives à la création. Le vent du dégel souffle soudain dans l’abîme sans fond du puits mondial, le Ginnunga-gap, où luttent avec rage et fureur aveugle la matière cosmique et les forces primordiales. C’est « le Dieu non révélé » qui envoie son souffle bienfaisant du haut de Muspellheim, la sphère de feu empyréen dans les rayons étincelants duquel réside ce Grand Être, bien au-delà du monde de la matière ; l’animus de l’Invisible, l’Esprit qui plane sur les Sombres eaux de l’abîme met de l’ordre dans le Chaos, et une fois la première impulsion donnée à toute la création, la CAUSE PREMIÈRE se retire et reste pour toujours in statu abscondito (292).
II y a de la religion et de la science dans ces chants scandinaves du paganisme. Comme exemple de science, prenons leur conception de Thor, fils d’Odin. Toutes les fois que cet Hercule du Nord doit saisir la poignée de son arme terrible, la foudre, ou marteau électrique, il est obligé de mettre ses gantelets de fer. Il porte aussi une ceinture magique, connue comme « ceinture de force » qui, toutes les fois qu’elle est ceinte par lui, accroît considérablement sa puissance céleste. Il voyage dans un char traîné par deux béliers aux brides d’argent, et son front redoutable est ceint d’un bouquet d’étoiles. Son chariot a une lance en fer pointu, et les roues, qui lancent des étincelles, roulent sans cesse sur des nuages d’orage. Il lance avec une force irrésistible son marteau sur les géants de glace rebelles, et il les dissout et les réduit à néant. Lorsqu’il se rend à la fontaine Urdar, où les dieux se réunissent en conclave pour décider des destinées de l’humanité, il est le seul qui y aille à pied, les autres divinités sont montées. Il marche de peur qu’en traversant Bifrost (l’arc-en-ciel), le pont d’Aesir aux nombreuses couleurs, il ne l’incendie avec son char tonnant, et ne fasse en même temps bouillir les eaux d’Urdar.
Traduit en langue ordinaire, comment peut-on interpréter ce mythe, sinon en reconnaissant que les auteurs des légendes du Nord étaient bien versés dans l’électricité ? Thor, c’est l’électricité ; il se sert de son élément particulier, seulement lorsqu’il est protégé par des agents de fer, qui sont ses conducteurs naturels. Sa ceinture de force est un circuit fermé, autour duquel le courant isolé est forcé de passer, au lieu de se perdre dans l’espace. Lorsqu’il s’élance avec son char sur les nuages, il est l’électricité à l’état actif, comme les étincelles qui jaillissent de ses roues, et le bruit de tonnerre des nuages l’attestent. La lance de fer pointue du chariot, c’est la verge électrique ; les deux béliers qui lui servent de coursiers sont les anciens symboles familiers de la puissance mâle génératrice ; leur bride d’argent est l’emblème du principe femelle, car l’argent est le métal de la lune, Astarte, Diane. C’est pourquoi, dans le bélier et dans sa bride, nous voyons combinés les principes actif et passif de la nature, en opposition, l’un poussant et l’autre retenant, tandis que tous deux sont soumis au principe électrique qui pénètre le monde et qui leur donne l’impulsion. Avec l’électricité donnant l’impulsion, et les principes mâle et femelle se combinant et recombinant sans cesse en corrélations permanentes, on obtient l’évolution constante de la nature visible, dont le couronnement est le système planétaire, symbolisé chez le mythique Thor par le diadème d’astres radieux, qui entoure son front. Lorsqu’il est en activité, sa foudre terrible détruit tout, même les autres forces Titanesques plus faibles. Mais il passe à pied l’arc-en-ciel Bifrost, parce que, pour frayer avec des dieux moins puissants que lui, il faut qu’il reste à l’état latent, ce qui lui serait impossible dans son char ; sans cela, il incendierait et anéantirait tout. La signification de la fontaine Urdar, que Thor redoute de faire bouillir, et qui cause sa réticence, ne sera comprise par nos physiciens que lorsque les relations électromagnétiques réciproques des innombrables éléments du système planétaire, maintenant à peine soupçonnées, seront complètement déterminées. Les récents essais scientifiques de MM. Mayer et Sterry Hunt nous permettent d’entrevoir quelques fragments de la vérité. Les anciens philosophes croyaient que, non seulement les volcans, mais les sources thermales, étaient produits par des concentrations de courants électriques souterrains, et que cette même cause donnait lieu aux dépôts minéraux de diverses natures qui forment des sources médicinales. Si l’on objectait à cela que le fait n’est point distinctement indiqué par les auteurs anciens, qui, dans l’opinion de notre siècle, connaissaient à peine l’électricité, nous pouvons tout simplement répondre que tous les ouvrages qui traitent de la Sagesse antique ne sont point connus de nos savants. Les eaux claires et fraîches d’Urdar étaient nécessaires pour arroser journellement l’arbre mystique mondial ; et si elles étaient troublées par Thor, ou l’électricité active, elles pourraient être converties en eaux minérales impropres à l’objet en vue. Les exemples ci-dessus corroborent l’ancienne prétention des philosophes qu’il y a un logos dans chaque mythe et un fondement de vérité dans toute fiction.


