THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES – partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre IV – THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

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Ce n’est pas la première fois dans l’histoire du monde que l’invisible a dû lutter contre le scepticisme matérialiste des Sadducéens à l’âme aveugle. Platon déplore cette incrédulité et revient plus d’une fois, dans ses ouvrages, sur cette tendance pernicieuse.

Depuis Kapila, le philosophe Hindou, plusieurs siècles avant le Christ, qui ne voulut point se prononcer sur la prétention des Yogis mystiques, qui disent qu’un homme en extase a le pouvoir de contempler la Divinité face à face et de converser avec les êtres « les plus élevés », jusqu’aux Voltairiens du XVIIIème siècle, qui riaient de tout ce qui était sacré pour d’autres, chaque époque a eu ses Thomas_ incrédules. Ont-ils jamais réussi à faire échec aux progrès de la vérité ? Pas plus que les bigots ignorants qui mirent Galilee en jugement n’ont empêché le succès de la rotation de la terre. Il n’est aucune condamnation capable d’atteindre dans ses œuvres vives la stabilité ou l’instabilité d’une croyance héritée par l’humanité des premières races d’hommes, qui – si on peut croire à l’évolution de l’homme spirituel comme à celle de l’homme physique – avaient recueilli la grande Vérité des lèvres de leurs ancêtres, les dieux de leurs pères « qui vivaient avant le déluge ». L’identité de la Bible avec les légendes des livres sacrés Hindous et les cosmogonies des autres nations sera démontrée quelque jour. On s’apercevra que les fables des époques mythologiques ont simplement exprimé, sous une forme allégorique, les plus grandes vérités de la géologie et de l’anthropologie. C’est dans ces fables, dont la forme semble ridicule, que la science devra chercher ses fameux « chaînons manquants ».

S’il en était autrement, d’où viendraient ces coïncidences étranges dans les histoires respectives de nations et de peuples si éloignés les uns des autres ? D’où viendrait cette identité dans les conceptions primitives, fables ou légendes – qu’on les nomme comme on voudra. Elles n’en contiennent pas moins le germe de la vérité, si voilée qu’elle soit sous ses embellissements populaires, vérité, tout de même !

La Genèse (VI) s’exprime ainsi : « Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent… Il y avait des géants sur la terre en ce temps-là…« , etc. Comparez ce verset avec cette partie de la cosmogonie Hindoue, dans les Védas, qui parle de l’origine des Brahmanes. Le premier Brahmane se plaint d’être seul, sans femme, parmi ses frères. L’Eternel l’engage à consacrer ses jours uniquement à la Science sacrée (Véda), mais le premier né de l’humanité insiste. Irrité de cette ingratitude, l’Eternel donne au Brahmane une femme de la race des Daityas ou géants dont tous les Brahmanes descendent en ligne maternelle. Ainsi, toute la caste sacerdotale des Hindous descend, d’un côté, des Esprits supérieurs (les fils de Dieu), et, de l’autre côté, de Daityani, fille des géants terrestres, les hommes primitifs (225). « Et elles leur donnèrent des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité (226). »

On trouve la même chose dans un fragment cosmogonique scandinave. Dans l’Edda, on donne la description, faite à Gangler par Har, l’un des trois maîtres (Har, Jafuhar et Tredi) du premier homme nommé Bur, « le père de Bôr, qui prit pour femme Besla, fille du géant Bôlthara, de la race des géants primitifs« . La narration complète et fort intéressante a été donnée, dans son livre : Northern Antiquities, par Mallet, dans la Prose Edda (227), sections 4-8.

C’est encore la même vérité historique qui se cache dans les fables grecques relatives aux Titans. On peut la trouver dans la légende des Mexicains – les quatre races successives de Popol-Vuh. Elle constitue un des bouts si nombreux de l’écheveau emmêlé et, en apparence, inextricable auquel on peut comparer l’humanité en tant que phénomène psychologique. Autrement, la croyance au surnaturel serait inexplicable. Prétendre qu’elle est née, qu’elle a grandi et qu’elle s’est développée, à travers des siècles innombrables, sans qu’il y eût une cause, une base solide sur laquelle elle reposait, qu’elle n’est qu’une simple fantaisie, c’est une monstrueuse absurdité, allant de pair avec la doctrine théologique que l’Univers a été créé de rien.

Il est trop tard, aujourd’hui, pour lutter contre l’évidence qui se manifeste pour ainsi dire, à la lumière éclatante de midi. Les journaux libéraux, comme les feuilles chrétiennes et les organes scientifiques les plus avancés, commencent à protester unanimement contre le dogmatisme ou les préjugés étroits des demi-savants. Le Christian World, journal religieux, joint sa voix à celle de la Presse incrédule de Londres. Voici un excellent spécimen de son bon sens :

« Si on peut démontrer (228), dit-il, même de la façon la plus évidente, qu’un médium est un imposteur, nous n’en protesterons pas moins contre les tendances manifestées par certaines personnes, faisant autorité en matière de science. Ces personnes sont prêtes à faire fi et à hausser les épaules quand on leur parle d’examiner soigneusement les questions traitées par M. Barrett dans son mémoire présenté à la British Association. De ce que les spirites se sont livrés à bien des absurdités, il ne s’ensuit pas qu’on doive dédaigner, comme indignes d’examen, les phénomènes sur lesquels ils s’appuient. Ils sont, peut-être, magnétiques, ou clairvoyants ou autre chose. Que nos savants nous disent ce qu’ils sont, qu’ils ne nous rabrouent pas à la manière des ignorants qui, trop souvent, réprimandent la jeunesse curieuse, en usant de l’apophtegme aussi peu satisfaisant que commode : « Les petits enfants ne doivent pas poser de questions. »

Ainsi le moment est venu où les savants ont perdu tout droit à se voir appliquer le vers de Milton : « Ô toi qui, pour rendre témoignage à la vérité, as encouru le blâme universel ! » Triste dégénérescence ! Elle rappelle l’exclamation citée, il y a cent quatre-vingts ans, par le Dr Henry More. Il s’agit d’un « docteur ès sciences physiques » qui, entendant raconter l’histoire du tambour de Tedworth et d’Anne Walker, s’écria tout à coup : « Si c’est vrai, je me suis trompé jusqu’à présent, il me faut recommencer mon exposé (229). »

Mais, à notre époque, malgré la déclaration d’Huxley sur la valeur du « témoignage des hommes », le Dr Henry More, lui-même, est devenu « un enthousiaste et un visionnaire : Ces deux épithètes infligées à une même personne en font un déplorable fou (230) ».

Ce n’est pas de faits que la psychologie a longtemps manqué pour mieux faire comprendre, pour mieux appliquer aux affaires ordinaires et extraordinaires de la vie ses lois mystérieuses. Au contraire, ces faits abondaient. Ce qui manquait c’est des observateurs capables, des analystes compétents pour enregistrer et classer les faits. Le Corps scientifique aurait dû en fournir. Si l’erreur a prévalu, si la superstition a régné pendant des siècles sur la Chrétienté, ce fut le malheur des peuples et la faute de la science. Les générations sont nées et ont passé, chacune d’elles fournissant son contingent de martyrs du courage moral et de la conscience. Cependant la psychologie n’est guère mieux comprise aujourd’hui qu’au temps où la lourde main du Vatican envoyait ces valeureux infortunés au supplice, et flétrissait leur mémoire du stigmate réservé aux hérétiques et aux sorciers.

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