Les préceptes de Hillel, qui mourut 40 ans avant Jésus-Christ apparaissent plutôt comme des citations que comme des expressions originelles dans le Sermon sur la Montagne. Jésus n’enseigna rien qui n’eût été enseigné aussi sérieusement auparavant par d’autres maîtres. Son sermon sur la montagne débute par certains préceptes purement bouddhiques, qui avaient déjà cours chez les Esséniens, et étaient généralement pratiqués par les Orphikoi et les Néo-Platoniciens. Il y avait les Philhellènes, lesquels, comme Apollonius, avaient voué leur vie à la pureté physique et morale, en pratiquant l’ascétisme. Il cherche à faire pénétrer dans l’âme de ses auditeurs le dédain des biens de ce monde ; une insouciance de fakir au sujet du lendemain ; l’amour de l’humanité, la pauvreté et la chasteté. Il bénit les pauvres d’esprit, les humbles, ceux qui ont faim et soif de justice, les pacifiques et les miséricordieux et, ainsi que Bouddha, il ne laisse que peu d’espoir aux castes orgueilleuses, d’entrer dans le royaume des cieux. Chacune des paroles de son sermon est l’écho des principes essentiels du Bouddhisme monastique. Les dix commandements du Bouddha, tels qu’on les trouve dans l’appendice du Prâtimoksha Sûtra (texte Pali-Birman) sont pleinement développés dans Saint Matthieu. Si nous désirons connaître le Jésus historique, il faut laisser complètement de côté le Christ mythique, et apprendre tout ce qu’on peut connaître de l’homme dans le premier Evangile. Ses doctrines, ses notions religieuses, ses plus hautes aspirations sont toutes condensées dans son sermon.
C’est là la cause principale de l’échec des missionnaires pour convertir les Brahmanes, et les Bouddhistes. Ceux-ci constatent que le peu de bien enseigné par la nouvelle religion, ne s’exhibe que dans la théorie, tandis que leur propre croyance exige que ces mêmes règles soient mises en pratique. Malgré l’impossibilité pour les missionnaires chrétiens de comprendre clairement l’esprit d’une religion fondée entièrement sur la doctrine de l’émanation, si contraire à leur propre théologie, le pouvoir raisonnant de quelques simples prédicateurs bouddhistes est si puissant, que nous voyons des savants comme Gutzlaff (356d) réduits au silence et grandement décontenancés par les arguments des Bouddhistes. Judson, le célèbre missionnaire baptiste en Birmanie, confesse, dans son Journal, les difficultés auxquelles il a souvent été exposé par eux. Parlant d’un certain Ooyan, il dit que son esprit hautement développé était capable de saisir les sujets les plus difficiles. « Sa parole, dit-il, est onctueuse comme de l’huile, aussi douce que le miel et aussi tranchante qu’un rasoir ; sa manière de raisonner est calme, insinuante et aiguë ; et il joue son rôle avec une telle adresse, que de mon côté avec toute la puissance de la vérité, je ne pus le maîtriser que difficilement. » Il paraît, néanmoins, qu’à une époque ultérieure de sa mission, M. Judson aurait avoué qu’il avait complètement méconnu la doctrine. « Je commence à croire, dit-il, que le semi-athéisme dont j’ai parlé quelquefois, n’est rien de plus que du Bouddhisme raffiné, fondé sur les Écritures Bouddhiques. » C’est ainsi qu’il reconnut, enfin, que tandis que dans le Bouddhisme il y a « un terme générique pour la perfection la plus élevée, qui s’applique réellement à de nombreux individus, un Bouddha supérieur à toute la légion des divinités subordonnées », il existe également à la base du système « l’étincelle d’une anima mundi, antérieure et même supérieure au Bouddha » (357d).
La découverte est réconfortante en vérité !
Il n’est pas jusqu’aux Chinois, tant décriés, qui ne croient en Un Dieu Suprême : « Le Gouverneur Suprême des Cieux ». Le nom de Yuh-Hwang- Shang-Ti n’est inscrit que sur la tablette d’or, devant l’autel du ciel, dans le grand temple de Pékin T’Iantan. « Ce culte, dit le colonel Yule, est mentionné par le narrateur musulman de l’ambassade du Sha Rukh (1421 après J.-C.) ; « pendant quelques jours de chaque année, l’empereur ne prend aucune nourriture animale… il passe son temps dans un appartement qui ne contient aucune idole, et il dit qu’il adore le Dieu du Ciel » (358d).
Chwolsohn, en parlant du grand savant arabe Shahrastani, dit que, suivant lui, le sabéisme n’était pas de l’astrolâtrie, comme on est porté à le croire. II pensait « que Dieu est trop sublime et trop grand pour s’occuper de l’administration immédiate de ce monde ; que, par conséquent, II en transfère le gouvernement aux dieux, et ne conserve pour Lui que les affaires les plus importantes ; que, de plus, l’homme est trop insignifiant pour pouvoir s’adresser au Très Haut directement ; qu’il est, par conséquent, obligé d’adresser ses prières et ses sacrifices aux divinités intermédiaires, auxquelles l’administration du monde a été confiée par l’Etre Suprême ». Chwolsohn en déduit que cette idée est aussi ancienne que le monde et que « cette notion avait généralement cours chez les personnes cultivées du monde païen (359d) ».
Le Père Boori, missionnaire portugais, qui avait été envoyé pour convertir les « pauvres païens » de la Cochinchine, dès le XVIème siècle, « proteste avec véhémence, dans son récit, qu’il n’y a pas un vêtement, un rite ou une cérémonie de l’Eglise de Rome, pour lesquels le Diable n’ait inventé une contre-partie. Même lorsque le Père se mit à tonner contre les idoles, on lui répondit que c’étaient les images de grands hommes décédés, auxquels ils vouaient un culte, de la même manière que les catholiques le faisaient pour les images des apôtres et des martyrs » (360d). Ces idoles, en outre, n’avaient d’importance qu’aux yeux des masses ignorantes. La philosophie du bouddhisme ignore les images et les fétiches. Sa grande vitalité gît dans ses conceptions psychologiques de l’homme. La voie pour atteindre la condition de félicité suprême, nommée le Gué de Nirvâna trace ses sentiers invisibles à travers, non pas la vie physique, mais la vie spirituelle d’une personne pendant son existence ici-bas. La littérature sacrée bouddhique indique la voie en exhortant l’homme à suivre, par la pratique, l’exemple de Gautama. Par conséquent, les ouvrages bouddhiques accordent une valeur toute spéciale aux privilèges spirituels de l’homme, en lui conseillant de cultiver les pouvoirs pour produire les Meipo, (les phénomènes) pendant sa vie présente, et l’acquisition du Nirvâna, dans l’avenir.
Si nous laissons de côté les récits historiques et que nous considérons les récits mythiques inventés au sujet de Christna, du Bouddha et du Christ, nous trouvons ce qui suit :
Le modèle pour l’avatar chrétien et l’archange Gabriel se trouve dans l’apparition du lumineux San-Tusita (Bodhisat) à Maha-Maya, « sous la forme d’un nuage dans le clair de lune, venant du nord et tenant dans sa main un lotus blanc ». Il lui annonça la naissance d’un fils, et tournant trois fois autour de la couche de la reine… il disparut du dewa-loka et fut conçu dans le monde des hommes (361d). On verra que la ressemblance est encore plus frappante si l’on consulte les illustrations dans les psautiers du moyen âge (362d) et les panneaux peints du XVIème siècle (dans l’église de Jouy, par exemple, où la Vierge est représentée agenouillée, les mains levées vers le Saint-Esprit, et l’enfant, non né, se voit miraculeusement au travers de son corps), et nous constaterons que le même sujet est traité exactement de la même manière dans les sculptures de certains couvents tibétains. Dans les annales Pali-bouddhiques, et d’autres ouvrages religieux, il est dit que Maha-dévi et toutes ses servantes étaient constamment gratifiées par la vue de Bodhisatva enfant, se développant graduellement dans le sein de sa mère, et rayonnant déjà depuis son lieu de gestation sur l’humanité, « le resplendissant rayon de sa bienveillance future » (363d).
Ananda, le cousin et futur disciple de Sakya Muni, est représenté comme naissant à peu près à la même époque. Il aurait été l’original de la vieille légende de Jean Baptiste. Par exemple, le récit pali dit que Maha- Maya, pendant sa grossesse visita sa mère, de même que Marie alla voir la mère du Baptiste. Au moment où elle entra dans la chambre, Ananda non né, salua le Bouddha-Siddhârtha également non-né, qui de son côté lui rendit le salut ; et de la même manière l’enfant, qui devait être par la suite Jean Baptiste, tressaillit dans le sein de sa mère Elisabeth, lorsque. Marie entra (364d). Bien plus, car Didron donne la description d’une salutation peinte sur un triptique à Lyon, entre Elisabeth et Marie, où les deux enfants non-nés, représentés hors de leurs mères, se saluent également (365d).
Si maintenant nous nous tournons vers Christna, en comparant attentivement les prophéties qui le concernent, telles qu’elles ont été recueillies dans les traditions Ramatsariennes, de l‘Atharva, des Védangas et des Védantas (366d) au passage de la Bible et des Evangiles apocryphes, dont quelques-uns, prétend-on, prophétisent la venue du Christ, nous y rencontrerons des choses fort curieuses. En voici des exemples :
| D’APRES LES LIVRES HINDOUS | D’APRES LES LIVRES CHRETIENS |
| 1. Il (le Rédempteur) viendra couronné de lumière, le pur fluide émanant de la grande âme… dispersant les ténèbres » (Atharva). | 1. « Le peuple de la Galilée des Gentils, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière ». (Matthieu, IV, d’Esaie, IX, 1, 2). |
| 2. Dans la première partie du Kali-Yuga naîtra le fils de la Vierge » (Vedanta). | 2. « Voici, la vierge concevra, elle enfantera un fils ». (Esaïe, VII reproduit par Matthieu I, 23). |
| 3. « Le Rédempteur viendra et les Rakhasas maudits fuiront et chercheront un refuge au plus profond de l’enfer » (Atharva). | 3. « Or, voici, Jésus de Nazareth avec la splendeur de sa glorieuse divinité, mit en fuite les horribles puissances des ténèbres » (Nicodeme). |
| 4. « Il viendra et la vie défiera la mort… et il revivifiera le sang de tous les êtres, il régénérera tous les corps et il purifiera toutes les âmes ». | 4. « Je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais » (Jean, X, 28). |
| 5. « Il viendra, et tous les êtres animés, les fleurs, les plantes, les hommes, les femmes, les enfants, les esclaves… entonneront, tous ensemble, le chant d’allégresse, car il est le seigneur de toutes les créatures… il est infini, car il est la puissance, il est la sagesse, il est la beauté, et il est tout en tout ». | 5. Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem, voici ton roi qui vient à toi, il est juste… Oh ! quelle prospérité pour eux ! Quelle beauté ! Le froment fera croître les jeunes hommes, et le mont les jeunes filles. (Zacharie, IX, 9, 17). |
| 6. « Il viendra plus doux que le miel et l’ambroisie, plus pur que l’agneau sans tache » (Ibidem). | 6. « Voilà l’agneau de Dieu »(Saint-Jean, I, 36) « Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie » (Esaïe, LIII, 7). |
| 7. « Bienheureuse la matrice bénie qui le portera » (Ibidem). » | 7. « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni » (Luc, I, 42). « Heureux le sein qui t’a porté » (XI, 27). |
| 8. « Et Dieu manifestera Sa gloire, et il fera résonner Sa puissance, et il Se réconciliera avec Ses créatures » (Ibidem). | 8. « Dieu a manifesté sa gloire » (1° Ep. de Saint-Jean). « Car Dieu réconciliait en Christ le monde avec lui-même » (II Corinthiens, 19). |
| 9. « C’est dans le sein d’une femme que le rayon de la splendeur Divine prendra une forme humaine, et elle enfantera, étant vierge, car aucun contact impur ne l’aura souillée » (Védangas). | 9. « Elle est un exemple incomparable sans souillure et sans tache et une vierge donnera naissance à un fils et une jeune fille enfantera le Seigneur » (Evangile de Marie, III). |
Que ce soit une exagération ou non d’attribuer une antiquité si grande à l’Atharva-Véda et aux autres ouvrages, une chose est certaine, c’est que ces prophéties et leur réalisation ont précédé le Christianisme, et que Christna est antérieur au Christ. C’est tout ce que nous avons à nous demander.
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