Kapila, Orphée, Pythagore, Platon, Basilide, Marcion, Ammonius et Plotin fondèrent des écoles et semèrent les germes de nobles pensées, et en disparaissant laissèrent après eux l’éclat de demi-dieux. Mais les trois personnalités de Christna, de Gautama et de Jésus apparaissent comme de véritables dieux, chacun dans son époque, et ils léguèrent à l’humanité trois religions édifiées sur le roc impérissable des âges. Que toutes les trois, et surtout le Christianisme, aient été adultérées par le temps au point que ce dernier soit presque méconnaissable, n’est nullement la faute de ces nobles Réformateurs. Ce sont les prêtres qui s’intitulent les ouvriers de la vigne du Seigneur, qui sont responsables de ces méfaits envers les générations futures. Purifiez les trois systèmes de la gangue des dogmes humains, et leur pure essence apparaîtra identique. Il n’est pas jusqu’à Paul, le grand et honnête apôtre, qui n’ait dans l’ardeur de son enthousiasme, inconsciemment perverti les doctrines de Jésus, ou alors ses écrits ont été défigurées au point de ne plus être reconnaissables. Le Talmud, archive d’un peuple qui, malgré son apostasie du Judaïsme, se voit obligé de reconnaître la grandeur de Paul, en tant que philosophe et instructeur religieux, dit d’Aher (St-Paul) (323d) dans le Yerushalmi, « qu’il avait corrompu l’œuvre de cet homme », voulant par cela dire Jésus (324d).
En attendant que ce raffinage soit achevé par la science honnête et les générations futures, jetons un coup d’œil sur le présent aspect des trois religions légendaires.
LES LÉGENDES DES TROIS SAUVEURS
| CHRISTNA | GAUTAMA- BOUDDHA | JÉSUS DE NAZARETH |
| Époque : Incertaine. La science européenne craint de se commettre. Mais les calculs brahmaniques la placent à il y a environ 6.877 ans. | Époque : D’après la science européenne et les calculs cingalais, elle se reporte à 2.540 ans. | Époque : On suppose qu’elle eut lieu il y a 1.877 ans. Sa naissance et sa descente royale sont cachées à Hérode, le tyran. |
| Christna descend d’une famille royale, mais il est élevé par des bergers ; on l’appelle le Dieu berger. Sa naissance et sa descente divines sont tenues cachées à Kansa. | Gautama est le fils d’un roi. Ses premiers disciples furent des bergers et des mendiants. | Descend de la lignée royale de David. Est adoré par des bergers à sa naissance et on l’appelle le « Bon Berger ». (Voyez l’Évangile selon saint Jean). |
| Incarnation de Vichnou, la seconde personne de la Trimourti (Trinité). On adore Christna à Mathura sur la rivière Jumna. (Voyez Strabon, Arrien, et Bampton Lectures, p. 98-100). | Suivant quelques-uns il fut une incarnation de Vichnou ; suivant d’autres celle d’un autre Bouddha et même de Ad’Bouddha, la Science Suprême. | Incarnation du Saint- Esprit, alors seconde personne de la Trinité, aujourd’hui la troisième. Mais la Trinité ne fut inventée que 325 ans après sa naissance. Il alla à Mathura ou Matarea, en Egypte, où il produisit ses premiers miracles. (Voyez l’Évangile de l’Enfance). |
| Christna est persécuté par Kansa, le tyran de Madura, mais échappe par miracle. Voulant détruire l’enfant, le roi fait mettre à mort des milliers d’enfants innocents. | Les légendes bouddhiques ne reproduisent pas ce plagiat, mais la légende catholique en fait saint Josaphat ; et dit que son père, le roi de Kapilavastu, fit massacrer les jeunes chrétiens ! (Voyez La Légende Dorée). | Jésus est persécuté par Herode, roi de Judée, mais s’échappe en Egypte sous la conduite d’un ange. Pour assurer sa vengeance, Herode ordonne le massacre des innocents, où 40.000 nouveau-nés furent tués. |
| La mère de Christna s’appelait Devaki ou Devanagui, une vierge immaculée (mais elle avait déjà donné naissance à huit autres fils avant Christna). | La mère du Bouddha était Maya ou Mayadeva, mariée à son époux (mais néanmoins, vierge immaculée). | La mère de Jésus se nommait Mariam ou Miriam ; mariée à son époux, tout en demeurant une vierge immaculée, elle eut plusieurs autres enfants. (Voyez Saint Mathieu, XIII, 55-56). |
| Christna est doué dès sa naissance, de beauté, d’omniscience et d’omnipotence. Il produit des miracles, guérit les Impotents et les aveugles, et chasse les démons. Il lave les pieds des Brahmanes et descend aux régions inférieures (l’enfer) où il délivre les morts et de là revient à Vaicontha, le paradis de Vichnou, Christna était le mêmnité Dieu Vichnou sous forme humaine. | Le Bouddha est doué des mêmes pouvoirs et des mêmes qualités ; il exécute aussi les mêmes miracles. Il passe sa vie parmi les mendiants. On prétend que Gautama était différent de tous les autres Avatars, ayant en lui l’esprit tout entier du Bouddha, tandis que les autres n’eurent qu’une partie (ansa) de la divinité en eux. | Jésus a les mêmes dons. (Voyez les Evangiles et le Testament Apocryphe). Il vit parmi les publicains et les pêcheurs. Il chasse également les démons. La seule différence notable entre les trois, est que Jésus est accusé de chasser les démons par le pouvoir de Beelzébuth, ce qu’on ne reproche pas aux autres. Jésus lave les pieds de ses disciples, il meurt, descend aux enfers, et monte au ciel, après avoir délivré les morts. |
| Christna crée des enfants avec des veaux et vice-versa. (Indian Antiquities, par Maurice, vol. II, p. 332). Il écrase la tête du serpent. (Ibidem). | Gautama écrase la tête du Serpent, c’est-à-dire qu’il abolit le culte de Naga, qu’il traite de fétichisme ; mais de même que Jésus, il fait du serpent l’emblème de la sagesse divine. | Jésus, prétend-on, écrase la tête du serpent, conformément à la révélation originelle de la Genèse ; il transforme aussi des enfants en chevreaux et des chevreaux en enfants (Evangile de l’Enfance). |
| Christna est Unitaire. Il persécute le clergé, l’accuse en face d’ambition et d’hypocrisie ; il divulgue les grands secrets du sanctuaire – 1Unité de Dieu et l’immortalité de 1’esprit. La tradition veut qu’il succombe à leur vengeance. Son disciple favori, Arjouna, ne 1’abandonne jamais jusqu’à la fin. Les traditions dignes de foi disent qu’il mourut sur une croix (un arbre) sur laquelle il fut cloué par une flèche. Les savants sont d’accord que la croix irlandaise à Tuam, érigée longtemps avant l’ère chrétienne, a une origine asiatique. (Voy. Round Towers, p. 296 et suiv. de O’Brien ; aussi Religions de l’Antiquité ; le Symbolik de Creuzer, vol I, p. 208, ainsi que les gravures dans le Monumental Christiainty de Lundy, p. 160. | Le Bouddha abolit l’idolâtrie ; il divulgue les Mystères de l’Unité de Dieu et du Nirvana, dont la véritable signification n’était avant connue que des prêtres. Persécuté et chassé du pays, il échappe à la mort, en réunissant autour de lui quelques centaines de mille de partisans. Il meurt enfin, entouré d’une foule de disciples, dont Ananda son disciple favori et son cousin, qui prenait le premier rang parmi eux. O’Brien est d’opinion que la croix irlandaise à Tuam, doit être celle de Bouddha, mais Gautama ne fut jamais crucifié. On le représente dans beaucoup de temples assis sous un arbre cruciforme, qui est « l’Arbre de Vie ». Dans une autre image on le voit assis sur Naga, le Rajah des Serpents, avec une croix sur la poitrine (325d). | Jésus se révolte contre l’antique loi judaïque ; il dénonce les scribes et les Pharisiens, de même que la synagogue pour leur hypocrisie et leur intolé- rance dogmatique. Il viole le sabbath et défie la Loi. Les Juifs l’accusent de divulguer les secrets du Sanctuaire. Il est mis à mort sur la croix (sur un arbre). Parmi les quelques disciples qu’il a convertis à sa cause, un d’eux le trahit; un autre le renie, et les autres l’abandonnent au dernier moment, sauf Jean, le disciple bien- aimé. Les trois Sauveurs, Jésus, Christna et le Bouddha meurent tous, soit sur un arbre ou à son ombre, et sont en rapport avec une croix qui symbolise le triple pouvoir de la création. |
| Christna monte au Swarga et devient Nirguna. | Le Bouddha monte au Nirvana. | Jésus monte au Paradis. |
Vers le milieu de ce siècle les adeptes de ces trois religions se dénombraient comme suit (326d) :
DE CHRISTNA : Brahmanes : 60.000.000
DU BOUDDHA : Bouddhistes : 450.000.000
DE JÉSUS : Chrétiens : 260.000.000
Tel est le présent aspect de ces trois grandes religions, dont chacune est reflétée, tour à tour, dans la suivante. Si les faiseurs de dogmes chrétiens s’en étaient tenus là, le résultat n’aurait pas été aussi désastreux, car il serait difficile, en vérité, de faire une mauvaise religion en se servant des sublimes enseignements de Gautama ou de Christna sous la figure de Bhagavad. Mais ils allèrent plus loin encore, et ajoutèrent au pur Christianisme primitif, les fables d’Hercule, d’Orphée et de Bacchus. De même que les Musulmans ne veulent pas admettre que leur Koran ait été édifié sur les bases de la Bible juive, les Chrétiens ne veulent pas non plus confesser qu’ils sont redevables de presque tout aux religions des Hindous. Mais les Hindous ont une chronologie pour leur en fournir la preuve. Nous voyons les meilleurs et les plus savants de nos auteurs, cherchant vainement à établir l’extraordinaire ressemblance – allant souvent jusqu’à l’identité – qui existe entre Christna et le Christ, et qui serait due aux Evangiles apocryphes de l’Enfance et de saint Thomas, lesquels évangiles « avaient probablement circulé sur la côte du Malabar, et ont ainsi déteint sur l’histoire de Christna (327d) ». Pourquoi ne pas accepter la vérité en toute sincérité, et renversant les choses, admettre que saint Thomas, fidèle à la politique de prosélytisme qui caractérisait les premiers Chrétiens, lorsqu’il se trouva en présence au Malabar de l’original du Christ Mythique dans le personnage de Christna, chercha à fondre les deux en un seul, et, adoptant dans son évangile (d’où tous les autres furent copiés) les détails les plus importants de l’histoire de l’Avatar hindou, il greffa l’hérésie chrétienne sur la religion primitive de Christna. Pour celui qui est au courant de l’esprit du Brahmanisme, la notion que les Brahmanes accepteraient quoi que ce soit du dehors, et surtout d’un étranger, est parfaitement ridicule. Qu’eux les gens les plus fanatiques en ce qui a trait aux affaires religieuses, qui, pendant de longs siècles n’ont pas consenti à adopter une seule coutume européenne, puissent être soupçonnés d’avoir introduit dans leurs livres sacrés les « légendes non vérifiées d’un Dieu étranger », cette notion est si absurde et si illogique, que c’est une perte de temps que d’essayer de le contredire !
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