RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 02

Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre XI - Résultats comparés du Bouddhisme et de la Chrétienté

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Tout le monde peut se convaincre que de telles contributions volontaires rendent singulièrement profitable de singer les Brahmanes indigènes et les bonzes. La différence est, en fait, bien moins grande entre les adorateurs de Christna et du Christ, ou d’Avany et de la Vierge Marie, qu’entre ceux des deux sectes indigènes les Vishnavites et les Sivites. Pour les hindous convertis, le Christ n’est qu’une modification légère de Christna, et c’est tout. Les missionnaires s’en vont chargés de riches donations et c’est tout ce que Rome demande. Puis survient une année de famine ; on s’aperçoit alors que les riches bracelets d’or et les anneaux de nez se sont envolés et le peuple meurt de faim par milliers. Qu’importe ? Ils meurent en Christ, et Rome répand ses bénédictions sur leurs cadavres émaciés, dont des milliers sont emportés par les fleuves sacrés vers l’Océan (318d). On se rend si bien compte de la servilité des catholiques dans leurs imitations et ils cherchent si bien à ne pas offenser leurs paroissiens que si, par hasard, parmi ceux-ci se trouvent quelques convertis d’une caste élevée, aucun paria ou homme d’une caste inférieure n’est admis avec eux dans le sein de cette église, si bons chrétiens qu’ils soient. Et néanmoins ils se targuent d’être les serviteurs de Celui qui recherchait, de préférence, la société des publicains et des pécheurs ; de Celui dont la parole – « Venez à moi vous tous qui êtes chargés et je vous soulagerai » lui a ouvert les cœurs de millions de ceux qui souffrent et des opprimés !

Peu d’auteurs sont aussi vaillants et aussi explicites, que feu le Dr Thomas Inman de Liverpool (Angleterre). Mais si restreint que soit leur nombre, tous ces auteurs reconnaissent, à l’unanimité, que la philosophie aussi bien du Bouddhisme que du Brahmanisme doit occuper un rang plus élevé que la théologie chrétienne, et qu’elle n’enseigne ni l’athéisme ni le fétichisme. « A mon avis », dit le Dr Inman, « l’assertion que Sakya ne croyait pas en Dieu ne repose sur aucune fondation. Bien plus, sa doctrine est basée sur la croyance qu’il existe des pouvoirs supérieurs, capables de punir les hommes pour leurs péchés. Il est vrai que ces dieux n’ont pas nom Elohim, ni Jah, ni Jéhovah, ni Jahveh, ni Adonoï, ni Ehieh, ni Baalim, ni Astoreth – mais néanmoins, pour le fils de Suddhadana, il existait un Etre suprême (319d) ».

Il existe quatre écoles de théologie bouddhiste, à Ceylan, au Tibet et dans l’Inde. Une de celles-ci est plutôt panthéiste qu’athée, mais les trois autres sont purement théistes.

C’est sur la première que se fondent les spéculations de nos philologues. Quant aux seconde, troisième et quatrième, leurs enseignements ne varient que dans le mode extérieur d’expression. Nous en avons, autre part, expliqué l’esprit.

En ce qui concerne le point de vue pratique et non pas théorique, du Nirvana, voici ce qu’en dit un rationaliste sceptique :

« J’ai questionné des centaines de Bouddhistes à la porte de leurs temples, et je n’en ai pas rencontré un seul qui ne luttât, jeûnât et pratiquât toutes sortes d’austérités, pour se perfectionner et acquérir l’immortalité ; ce n’est donc pas pour atteindre l’annihilation finale.

Il y a plus de 300.000.000 de Bouddhistes qui jeûnent, prient et travaillent.

.. Pourquoi vouloir faire de ces 300.000.000 d’hommes des idiots et des imbéciles, qui mortifient leurs corps et s’imposent souvent les privations les plus effroyables de toutes sortes, simplement pour atteindre une annihilation fatale à laquelle ils sont voués d’une manière ou d’une autre (320d) ».

De même que cet auteur, nous avons questionné des Bouddhistes et des Brahmanistes, et nous avons étudié leur philosophie. Apavarga a une signification tout à fait différente d’annihilation. L’aspiration de chaque philosophe hindou est de ressembler de plus en plus à Celui dont on est une des étincelles lumineuses, et l’espoir même du plus ignorant est de ne jamais abandonner son individualité distincte. « Autrement », comme le faisait observer un digne correspondant de l’auteur, « l’existence séparée sur terre serait pour Dieu une comédie, et pour nous une tragédie ; un jeu pour Lui de nous voir peiner et souffrir, et pour nous, qui y sommes condamnés, la mort ».

Il en est de même de la doctrine de la métempsychose, si mal interprétée par les savants européens. Mais l’œuvre de la traduction et de l’analyse marche à grands pas, et l’on découvrira de nouvelles merveilles dans l’étude des anciennes religions.

Le professeur Whitney a trouvé, dit-il, dans sa traduction des Védas, certains passages où l’importance acquise par le corps pour son ancien locataire est mise au plus haut point en lumière. Ce sont des passages d’hymnes lus pendant les cérémonies funèbres, sur le corps du défunt. Nous reproduisons les suivants d’après l’ouvrage de M. Whitney :

« Pars, rassemble tous tes membres ; n’en laisse aucun, sans oublier ton corps ; Ton esprit est parti en avant, et c’est à toi de le suivre ; partout où il te plaira, là tu peux aller… ».

Rassemble ton corps, ainsi que tous ses membres ; avec l’aide des rites, je te referai tes membres…

Si un de tes membres a été laissé par Agni, lorsqu’il t’emmena vers tes aïeux, ces mêmes membres je te les fournirai maintenant ; réjouissez-vous dans le ciel, ô Pères, avec tous vos membres (321d) !

Le corps auquel on fait ici allusion n’est pas le corps physique, mais le corps astral ; cette distinction est importante, ainsi qu’on s’en aperçoit.

La croyance à l’existence individuelle de l’esprit immortel de l’homme, est encore indiquée dans les versets suivants du cérémonial hindou de la crémation et de l’enterrement :

« Ceux qui résident dans la sphère terrestre, ou qui sont fixés maintenant dans le royaume de la félicité, les Pères qui ont la terre – l’atmosphère – le ciel pour siège. L’ « avant-ciel », ainsi qu’on nomme le troisième ciel, où les Pères ont leur demeure » – (Rig-Véda, X).

Il n’est pas surprenant, avec de pareilles notions au sujet de Dieu et de l’immortalité de l’âme, que pour tout savant impartial la comparaison entre les hymnes védiques et les livres mosaïques, mesquins et dénués de spiritualité, ne soit tout en faveur de ceux-là. Il n’est pas jusqu’au code éthique du Manou qui ne soit incomparablement plus élevé que le pentateuque de Moise, dans la signification littérale duquel tous les étudiants non-initiés sont incapables de trouver une preuve quelconque que les anciens juifs aient cru à une vie future, ou à un esprit immortel chez l’homme, ou que Moise lui-même l’ait enseigné. Et cependant, il y a des Orientalistes qui commencent à soupçonner que la « lettre morte » cache quelque chose qui n’apparaît pas à première vue. C’est ainsi que le professeur Whitney nous informe que « si nous approfondissons les formes du cérémonial hindou, nous y découvrons pas mal de ce même désaccord entre la croyance et l’observance ; l’une n’explique pas l’autre », dit ce célèbre savant américain. Et il ajoute : « Nous sommes obligés de conclure, soit que l’Inde a pris sa doctrine dans des rites de provenance étrangère, et les a pratiqués à l’aveuglette, sans s’inquiéter de leur véritable portée, ou alors que ces rites sont le produit d’une autre doctrine plus ancienne, et que l’usage populaire les a maintenus après la chute de l’ancienne croyance dont ils étaient l’expression originelle » (322d).

Cette croyance ne s’est pas évanouie, et sa philosophie cachée, telle qu’elle est comprise par les hindous initiés, est la même qu’elle était il y a 10.000 ans. Nos savants s’attendraient-ils à ce qu’elle leur fût révélée dès leur première demande ? Ou prétendraient-ils sonder les mystères de la Religion Mondiale au moyen de ses rites populaires exotériques ?

Aucun Brahmane ou Bouddhiste orthodoxe ne nierait l’incarnation chrétienne ; toutefois ils l’interprètent dans leur sens philosophique, et comment pourraient-ils la nier ? La pierre d’angle elle-même de leur système religieux repose sur les incarnations périodiques de la Divinité. Lorsque l’humanité menace de s’effondrer dans le matérialisme et la dégradation morale, un Esprit Suprême s’incarne dans la créature choisie dans ce but. Le « Messager du Très-Haut » s’unit à la dualité de la matière et de l’âme et la triade étant ainsi complétée par l’union de sa Couronne, un sauveur naît qui doit aider à replacer l’humanité sur la voie de la vérité et de la vertu. L’Eglise chrétienne primitive, tout imbue de philosophie asiatique, partageait sans contredit les mêmes idées, autrement elle n’aurait jamais érigé en article de foi la seconde venue, ni astucieusement inventé la fable de l’Antéchrist comme une précaution contre la possibilité de futures incarnations. Elle n’aurait pas non plus imaginé que Melchisédec était un avatar du Christ. Ils n’auraient eu qu’à consulter la Bhagavad Gîta pour voir que Christna ou Bhagavad dit à Arjouna : « Celui qui me suit est sauvé par la sagesse et même par les œuvres… Chaque fois que la vertu régresse dans le monde, je me manifeste pour le sauver« .

En vérité, il est plus que difficile d’éviter de partager cette doctrine des incarnations périodiques. Le monde n’a-t-il pas assisté, à de rares intervalles, à la venue de grands Etres tels que Christna, Sakya-muni et Jésus ? Comme ces deux derniers personnages, Christna paraît avoir été un être véritable, déifié par son école à une époque lointaine à l’aube de l’histoire, et qu’on a fait cadrer dans le programme religieux consacré par le temps. Comparez les deux Rédempteurs, l’hindou et le chrétien, celui-là précédant celui-ci de quelques milliers d’années ; placez entre les deux Siddartha-Bouddha, reflétant Christna et projetant dans la nuit de l’avenir sa propre ombre lumineuse, des rayons de laquelle a été édifiée l’esquisse du Jésus mythique, et des enseignements duquel ont été tirés ceux du Christos historique. Nous constatons que sous le même vêtement de la légende poétique sont nées et ont vécu trois figures humaines authentiques. Le mérite individuel de chacun d’eux est, de cette manière, mieux mis en relief par cette même coloration mythique ; car l’instinct populaire, si juste lorsqu’il est laissé libre, eût été incapable de fixer son choix sur un personnage indigne, pour en faire son Dieu. Le dicton Vox populi, vox Dei, était autrefois exact, tout erroné qu’il soit aujourd’hui en parlant de la masse du peuple sous le joug clérical.

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