RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 01

Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre XI - Résultats comparés du Bouddhisme et de la Chrétienté

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« Ne commettre aucun péché, faire le bien, purifier son esprit, voilà l’enseignement des Illuminés.

« Plus précieuse que la Souveraineté de la terre, plus désirable que de monter au ciel, plus enviable que le pouvoir sur tous les mondes, est la récompense du premier pas dans la sainteté. »

Dhammapada, Versets 178-183.

Où sont ces tribunaux, ô Créateur, d’où procèdent ces cours de justice, où se rassemblent ces juges, où les tribunaux siègent-ils, dans lesquels l’homme des mondes corporels rend compte des actions de son âme ?

Vendidad perse, XIX, 89.

Salut à toi, Homme qui viens du monde transitoire au monde Impérissable !

Vendidad, farg. VII, 186.

Pour le véritable croyant, la vérité partout où elle apparaît, est la bienvenue, et aucune doctrine ne paraîtra moins vraie et moins précieuse parce qu’elle est apparue non seulement A Moise ou au Christ mais aussi an Bouddha ou à Lao-Tse.

Max Muller.

Malheureusement pour ceux qui aimeraient rendre justice aux philosophies religieuses de l’Orient anciennes et modernes, ils n’en ont guère eu l’occasion dans des conditions favorables. Dernièrement un accord touchant à été conclu entre les philologues qui occupent une haute position officielle et les missionnaires venus de pays païens. Il faut agir avec prudence avant de sacrifier à la vérité, quand elle met nos sinécures en danger ! De plus, il est si facile de faire un compromis avec sa conscience. Une religion d’Etat est un soutien du gouvernement ; toutes les religions d’Etat sont des « baudruches dégonflées » ; par conséquent, du moment qu’une est aussi bonne, ou plutôt aussi mauvaise qu’une autre, autant donner son appui à la religion d’Etat. Telle est la diplomatie de la science officielle.

Grote, dans son Histoire de Grèce, assimile les Pythagoriciens aux Jésuites, et ne voit dans leur confrérie qu’un but habilement déguisé pour acquérir un ascendant politique. Sur la faible autorité d’Heraclite et d’autres auteurs, qui accusaient Pythagore de fourberie et le présentaient comme un homme « d’une haute érudition… mais habile à nuire et dénué de sain jugement », quelques biographes historiques se sont empressés de le présenter à la postérité sous ce jour.

S’il faut accepter le Pythagore dépeint par le satirique Timon comme « un charlatan à la parole solennelle s’occupant de pécher des hommes », comment ne jugerait-on Jésus d’après le portrait que Celse en a fait dans sa satire ? L’impartialité historique n’a rien à faire avec les croyances personnelles, et elle exige que la postérité les traite de même façon. La vie et les actes de Jésus sont bien moins attestés que ceux de Pythagore, si toutefois on peut dire qu’ils aient été attestés par des preuves historiques quelconques. Car certes, nul ne contestera qu’en tant que personnage véritable, Celse l’emporte pour la crédibilité de son témoignage, sur Matthieu, Marc, Luc ou Jean, qui n’ont jamais écrit un seul mot des Evangiles qu’on leur attribue. D’autre part le témoignage de Celse est aussi bon que celui d’Heraclite. Quelques-uns des Pères le connaissaient comme lettré et Néo-Platonicien ; tandis qu’il faut accepter comme un article de foi aveugle l’existence des quatre Evangélistes. Si Timon considérait le sublime philosophe de Samos comme un « charlatan », Celse, en fait de même pour Jésus, ou plutôt pour ceux qui le représentaient. En s’adressant au Nazaréen, il dit dans son célèbre ouvrage : « Admettons que vous ayez opéré tous ces miracles… mais ne sont-ils pas communs chez tous ceux à qui les Egyptiens ont appris à les faire en plein forum pour quelques oboles ». Or nous savons, sur l’autorité de l’Evangile selon saint Matthieu, que le prophète galiléen était aussi un homme à la parole solennelle et qu’il se disait et prétendait faire de ses disciples des « pêcheurs d’hommes ».

Qu’on ne s’imagine nullement que nous faisons ce reproche à ceux qui vénèrent Jésus comme Dieu. Quelle que soit la croyance, si ceux qui croient sont sincères, nous devons la respecter en leur présence. Si nous n’acceptons pas Jésus comme Dieu, nous le vénérons en tant qu’homme. Ce sentiment l’honore plus que si nous lui reconnaissions le pouvoir et la personnalité de l’Etre Suprême, en lui attribuant en même temps, d’avoir joué une comédie inutile avec l’humanité, puisqu’après tout, sa mission n’a été guère mieux qu’un fiasco complet ; 2.000 ans se sont écoulés, et les Chrétiens ne représentent pas même un cinquième de la population du globe, et il est peu probable que le Christianisme fasse encore de grands progrès à l’avenir. Notre seul but est une stricte justice ne faisant aucune acception de personnes. Notre question se pose à ceux qui n’adorent ni Jésus, ni Pythagore, ni Apollonius, et qui néanmoins répètent les vains commérages de leurs contemporains ; ceux qui dans leurs livres soit maintiennent un silence prudent, soit parlent de « Notre Sauveur » et de « Notre Seigneur » bien que ne croyant pas plus au Christ théologique, fabriqué de toutes pièces, qu’au fabuleux Fo des Chinois.

Il n’y avait pas d’Athées dans l’antiquité ; il n’y avait pas d’incrédules ni de matérialistes, dans le sens moderne du mot, de même qu’il n’y avait pas de fanatiques. Celui qui juge les anciennes philosophies d’après leur phraséologie extérieure, ou qui cite des phrases qui sembleraient entachées d’athéisme dans les anciens textes, ne mérite pas la confiance en tant que critique, car il se montre incapable de pénétrer le sens intime de leur métaphysique. Les doctrines de Pyrrhon, dont le rationalisme est proverbial, ne s’interprètent qu’à la lumière de la plus ancienne philosophie hindoue. Depuis Manou jusqu’au dernier Swâbhâvika, sa principale doctrine métaphysique a toujours été de proclamer la réalité et la suprématie de l’esprit, avec une chaleur proportionnée à la négation de l’existence objective de notre monde matériel – fantôme passager de formes et d’êtres transitoires. Les nombreuses écoles engendrées par Kapila, ne reflètent pas plus clairement sa philosophie que les doctrines léguées aux penseurs par Timon, le « Prophète » de Pyrrhon, ainsi que Sextus Empiricus le nomme. Ses vues sur le divin repos de l’âme, son orgueilleuse indifférence pour l’opinion de ses semblables, son mépris des sophismes, reflètent au même degré, les rayons épars de l’auto- contemplation des Gymnosophes et du Vaibhâshika Bouddhiste. Bien que lui et ses partisans aient été nommés, à cause de leur attente constante, des « sceptiques », des « scrupuleux », des questionneurs et des éphectiques, pour la seule raison qu’ils réservaient leur jugement final sur les dilemmes, que nos philosophes modernes préfèrent discuter, en tranchant le nœud gordien, à la façon d’Alexandre, et en déclarant que le dilemme n’est qu’une superstition, des hommes comme Pyrrhon ne peuvent pas être accusés d’athéisme. Pas plus que Kapila, Giordano Bruno, ou encore Spinoza, qui eux aussi ont passé pour des athées ; encore moins le grand poète, philosophe et dialecticien hindou, Veda-Vyasa, qui professe que tout est illusion – sauf le Grand Inconnu et Son essence directe – principe que Pyrrhon a adopté mot pour mot.

Ces croyances philosophiques se sont répandues comme un filet sur tout le monde pré-chrétien ; et bravant la persécution et les fausses interprétations elles constituent la pierre d’angle de toutes les religions d’aujourd’hui, exception faite du christianisme.

La théologie comparée est une arme à double tranchant et de cela elle a fait ses preuves. Mais ses défenseurs chrétiens, malgré les preuves du contraire, s’efforcent en toute sérénité de maintenir la comparaison. Les légendes chrétiennes et les dogmes, disent-ils, ont, sans contredit, une certaine ressemblance avec ceux des païens ; mais tandis que ceux-là nous enseignent l’existence, les pouvoirs et les attributs d’un Dieu paternel omniscient et suprêmement bon, le Brahmanisme nous présente une infinité de divinités mineures et le Bouddhisme n’en mentionne pas une seule ; chez l’un c’est du fétichisme et du polythéisme et, chez l’autre de l’athéisme pur et simple. Jéhovah est le seul vrai Dieu et le Pape et Martin Luther sont ses Prophètes ! Voilà un des tranchants de l’épée, et voici l’autre : Malgré les missions, malgré les armées, malgré les rapports commerciaux de plus en plus étendus, les « païens » ne trouvent rien dans les enseignements de Jésus – tout sublimes qu’en soient certains – que Christna et Gautama n’aient pas enseigné avant lui. Aussi pour gagner de nouveaux convertis à leur cause, et pour conserver ceux qu’ils ont conquis au prix de plusieurs siècles de ruses, les chrétiens présentent aux « païens » des dogmes encore plus absurdes que les leurs, et les trompent en adoptant les façons de leurs prêtres indigènes et en pratiquant les mêmes « idolâtrie et fétichisme » qu’ils condamnent chez les « païens ». La théologie comparée sert à deux fins.

Au Siam et en Birmanie, les missionnaires catholiques sont devenus, selon toute apparence extérieure, moins les vertus toutefois, de parfaits Talapoins ; et dans l’Inde entière, et surtout dans le sud, ils ont été dénoncés par leur collègue l’abbé Dubois (315d). Par la suite ce fut formellement nié mais les témoins de l’accusation sont là, pour faire foi. Entre autres, le capitaine O’Grady, déjà cité, citoyen de Madras, écrit ce qui suit au sujet de cette méthode systématique de tromperie (316d). « Ces misérables hypocrites professent une abstinence totale et l’horreur de la viande afin de se concilier les convertis de l’hindouïsme… J’enivrai un de ces bons pères, ou plutôt il s’enivra royalement dans ma maison, maintes et maintes fois, et la façon dont il tombait sur le roast-beet était édifiante ». L’auteur a, en outre, de jolies histoires à raconter au sujet des « Christs noirs », des « Vierges sur chariots » et des processions catholiques en général. Nous avons vu quelques-unes de ces solennelles cérémonies accompagnées d’une cacophonie infernale d’orchestres cingalais, y compris les gongs et les tam-tams, suivies d’une procession brahmanique semblable, qui par sa mise en scène et son pittoresque bariolé était bien plus imposante que les saturnales chrétiennes. En parlant d’une de celles-ci, le même auteur remarque : « Elle était plus diabolique que religieuse… Les évêques s’en retournèrent à Rome, avec une puissante pile de deniers de saint Pierre, récoltés en sommes infimes, des ornements d’or, des anneaux de nez et de chevilles, des bracelets, etc., etc., qui avaient été jetés pêle-mêle aux pieds de la grotesque image cuivrée du sauveur avec son auréole de clinquant, son linge de corps bariolé aux couleurs éclatantes et – ombre de Raphaël ! – un turban bleu (317d) ! ».

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