LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 11

Mais quelle étrange élasticité, quelle adaptabilité à tout et pour tout cette philosophie mystique n’a-t-elle pas donné lieu après l’ère chrétienne ! Quand jamais les faits incontestables, irréfragables ont-ils été moins puissants pour le rétablissement de la vérité que dans notre siècle de casuistique et de duplicité chrétiennes ? Si l’on a prouvé que Christna était connu comme le « Bon Berger » des siècles avant l’an un de notre ère, qu’il avait écrasé le Serpent Kalinaga et qu’il a été crucifié – tout cela n’est qu’une représentation prophétique de ce qui devait arriver ! Si l’on démontre que le Thor scandinave qui écrase la tête du serpent avec sa massue cruciforme, et qu’Apollon qui tue Python, présentent les plus grandes ressemblances avec les héros des fables chrétiennes ; ce ne sont que les conceptions originales de la pensée « païenne », « agissant sur les anciennes prophéties patriarcales au sujet du Christ, telles qu’elles étaient contenues dans la Révélation unique et primordiale (138d) ».

Le déluge est, par conséquent, « l’Ancien Serpent », sur le grand abîme de la matière, le « dragon de la mer » d’Isaïe (XXVII, 1) sur lequel l’arche passe en sûreté, en route pour la montagne du Salut. Mais, si nous avons eu connaissance de l’arche de Noe() et de la Bible elle-même c’est parce que la mythologie des Egyptiens avait été à portée de main de Moise (si tant est que Moise ait écrit une partie quelconque de la Bible) et qu’il était au courant de l’histoire d’Horus, debout sur son navire de forme serpentine, et tuant le Serpent avec son javelot ; sans oublier la signification occulte de ces fables et leur réelle origine. Nous le reconnaissons encore dans le Lévitique, et autres parties de ses livres, dont des pages entières de lois sont copiées sur celles de Manou.

Les animaux enfermés dans l’arche sont les passions humaines. Ils représentent certaines épreuves de l’initiation, et les mystères institués chez beaucoup de peuples pour commémorer cette allégorie. L’arche de Noe() s’arrêta le dix-septième jour du septième mois. Nous retrouvons ici le nombre sept ; ainsi que dans les « animaux purs » qu’il prit dans l’arche au nombre de sept à la fois. En parlant des mystères de l’eau de Byblos, Lucien dit : « Sur le sommet de l’un des deux piliers élevés par Bacchus, un homme demeure pendant sept jours (139d) ». Il croit que c’est en honneur de Deukalion. Elie, lorsqu’il prie au sommet du Mont Carmel, envoie son serviteur voir s’il n’y a pas de nuage du côté de la mer, et lui répète « retourne sept fois ». A la septième fois, il dit : « Voici un petit nuage qui s’élève de la mer et qui est comme la paume de la main d’un homme (140d) ».

« Noe() est le revolutio d’Adam, de même que Moise est le revolutio d’Abel() et de Seth() », dit la Cabale ; c’est-à-dire, une répétition ou une autre version de la même histoire. La meilleure preuve en est dans la distribution des personnages de la Bible. Par exemple, en commençant par Cain le premier meurtrier, chaque cinquième personnage dans la lignée de sa descendance est un assassin. Nous avons donc, Enoch, Irod, Mehujael, Mathusalem, et le cinquième est Lamech(), le second meurtrier, et c’est le père de Noe(). Si fou dessine (étoile à cinq branches de Lucifer (dont la pointe coronale est inclinée vers le bas) et si fou écrit le nom de Cain au-dessous de cette branche inférieure, et celui de ses descendants successivement en face de chacune des autres branches, on verra que chaque cinquième nom – qui vient s’écrire au-dessous de celui de Cain – correspond à celui d’un assassin. Le Talmud donne cette généalogie complète, et c’est ainsi que les noms de treize assassins viennent se ranger au-dessous de celui de Cain. Ce n’est point une coïncidence. Shiva est le Destructeur, mais il est aussi le Régénérateur. Cain est un meurtrier, mais il est aussi fondateur de nations, et inventeur. Cette étoile de Lucifer est la même que celle que voit saint Jean() tombant sur la terre, dans son Apocalypse.

On remarque à Thèbes, ou Theba, qui signifie arche – THABA étant synonyme de Kartha ou Tyr, Astu ou Athènes et Urbs ou Rome, signifiant également la cité – les mêmes feuillaisons que celles décrites sur les piliers du temple de Salomon. La feuille d’olive, à deux couleurs, la feuille de figuier à trois lobes, et la feuille de laurier lancéolée, avaient, toutes, chez les anciens, des significations ésotériques aussi bien que populaires ou vulgaires.

Les recherches des égyptologues nous fournissent d’autres corroborations de l’identité des allégories bibliques avec celles des pays des Pharaons et des Chaldéens. La dynastie chronologique des Egyptiens, rapportée par Herodote, Manethon, Eratosthene, Diodore de Sicile, et acceptée par nos historiens de l’antiquité, divise la période de l’histoire de l’Egypte en quatre parties : Le gouvernement des dieux, des demi-dieux, des héros et des hommes mortels. En réunissant les demi-dieux et les héros dans une seule classe, Bunsen réduit les périodes à trois ; Les dieux-rois, les demi-dieux ou héros – fils de dieux mais nés de mères mortelles – et les Manès, qui furent les ancêtres des tribus individuelles. Ces subdivisions, ainsi qu’on le constate, correspondent parfaitement aux Elohim bibliques, les fils de Dieu, les géants et les hommes mortels de la race de Noe().

Diodore de Sicile et Berose donnent les noms des douze grands dieux qui président aux douze mois de l’année et aux douze signes du Zodiaque. Ces noms, qui comprennent celui de Nuah (141d), sont trop connus pour que nous les répétions. Le Janus à double face était également à la tête de douze dieux, et dans les représentations qu’on nous en donne, on lui fait tenir les clés du domaine céleste. Comme tous ceux-ci ont servi de modèles pour les patriarches bibliques, ils nous ont rendu de signalés services – tout spécialement Janus – en fournissant le modèle de saint Pierre() et de ses douze apôtres ; saint Pierre() étant aussi à double face par son reniement, et est aussi représenté tenant en mains les clés du Paradis.

L’affirmation que l’histoire de Noe() n’est qu’une autre version, dans sa signification occulte, de celle d’Adam et de ses trois fils, est renforcée à la lecture de chaque page du livre de la Genèse. Adam est le prototype de Noe(). La chute d’Adam est provoquée parce qu’il mange le fruit défendu de l’arbre de la connaissance céleste ; celle de Noe() est dite parce qu’il goûte au fruit terrestre ; le jus de la vigne représente l’abus de la connaissance chez un esprit mal équilibré. Adam est dépouillé de son enveloppe spirituelle ; Noe() de ses vêtements terrestres ; et la nudité des deux leur causa honte. La méchanceté de Cain se répète dans celle de Cham(). Mais les descendants des deux sont les races les plus sages de la terre ; on les appelle à cause de cela les « serpents » et les « fils de serpents », c’est-à-dire des fils de la sagesse et non de Satan, ainsi que certains théologiens ont voulu le faire croire. Il y a inimitié entre le « serpent » et la « femme », seulement dans ce mortel et phénoménal « monde de l’homme » « né de la femme ». Avant la chute charnelle, le « serpent » était Ophis, la sagesse divine, qui n’avait pas besoin de matière pour procréer des hommes, l’humanité étant purement spirituelle. Voilà d’où vient la guerre entre le serpent et la femme, ou entre l’esprit et la matière. Si, sous son aspect matériel, « l’ancien serpent » est la matière, représentée par Orphiomorphos, dans sa signification spirituelle il devient l’Ophis-Christos. Dans la magie des anciens Syro-Chaldéens les deux sont réunis dans le signe zodiacal du Virgo-Scorpio androgyne, et peuvent être, si besoin, divisés ou séparés. Ainsi comme l’origine du « bien et du mal », la signification des SS et celle des ZZ ont toujours été interchangeables ; et si, à l’occasion, les SS sur les sceaux et les talismans suggèrent une influence serpentine du mal, et dénotent une intention de magie noire contre autrui, les doubles SS se trouvent sur les calices sacramentels de l’Eglise pour signifier la présence du Saint-Esprit, ou la sagesse pure.

Les Madianites étaient connus comme les sages, ou les fils de serpents, comme aussi les Canaanites et les Chamites ; et telle était la renommée des Madianites, que nous voyons Moise, le prophète conduit et inspiré par l’Eternel, s’humilier devant Hobab, le fils de Raguel le Madianite, et le supplier de rester avec le peuple d’Israël : « Ne nous quitte pas, je te prie ; puisque tu connais les lieux où nous campons DANS LE DÉSERT, tu nous serviras d’yeux » (142d). De plus, lorsque Moise envoie des espions pour explorer le pays de Canaan, ils rapportent, comme preuve de la sagesse (cabalistiquement parlant) et de la richesse du pays, une branche avec une grappe de raisin qu’ils sont obligés de se mettre à deux pour porter au moyen d’une perche. Et ils ajoutent : « nous y avons vu les géants, enfants d’ANAK, de la race des géants (143d) : nous étions à nos yeux et aux leurs comme des sauterelles (144d) ».

Anak est Enoch, le patriarche, qui ne mourut point, et qui fut le premier possesseur du « nom ineffable » suivant la Cabale et le rituel de la Franc-maçonnerie.

Si nous comparons les patriarches bibliques aux descendants de Vaiswasvata, le Noe() hindou, et aux anciennes traditions sanscrites au sujet du déluge dans le Mahâbhdrata brahmanique, nous les trouvons calqués sur les patriarches Védiques qui sont les types primitifs, ayant servi de modèle à tous les autres. Mais avant de pouvoir établir une comparaison il est nécessaire de comprendre la véritable signification des mythes hindous. Outre sa signification astronomique, chacun de ces personnages mythiques a une signification spirituelle ou morale, et une autre anthropologique ou physique. Les patriarches ne sont pas seulement des dieux évémérisés – les anté-diluviens correspondant aux douze grands dieux de Bérose, et aux dix Pradjâpatis, et les post-diluviens aux sept dieux de la célèbre tablette dans la bibliothèque de Ninive, mais ils correspondent également aux symboles des Eons grecs, aux Séphiroth cabalistiques et leurs signes du Zodiaque, comme types d’une série de races humaines (145d1)(145d2). Nous expliquerons bientôt cette variation de dix à douze, dont nous déduirons la preuve de la Bible elle-même. Seulement ce ne sont pas les premiers dieux, décrits par Ciceron (146d), qui appartiennent à une hiérarchie de pouvoirs élevés, les Elohim – mais ils appartiennent plutôt à la seconde classe des « douze dieux », les Dii minores, qui sont la réflexion terrestre des premiers, parmi lesquels Herodote place Hercule (147d). Seul, dans le groupe des douze, Noe(), en raison de sa situation au point de transition, appartient à la plus élevée des trinités babyloniennes ; Nouah, l’esprit des eaux. Tous les autres sont identiques aux dieux inférieurs de l’Assyrie et de Babylone, qui représentaient l’ordre inférieur des émanations, introduites autour de Bel, le Demiurge, pour l’aider dans son œuvre, ainsi que les patriarches sont censés assister Jéhovah – le « Seigneur Dieu ».

Outre ceux-ci, dont beaucoup étaient des divinités locales, protectrices de rivières et de cités, il y avait les quatre classes de génies auxquels Ezechiel, dans sa vision, fait supporter le trône de Jéhovah. Ce fait, s’il identifie le « Seigneur Dieu » juif, avec une des trinités babyloniennes, apparente, en même temps, le dieu chrétien actuel, avec la même trinité, d’autant plus que ce sont ces quatre chérubins, ne l’oublions pas, qu’Irenee fait chevaucher par Jésus, et qu’on nous donne comme les compagnons des évangélistes.

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