LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VI - LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME

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DOCTRINE HINDOUE.

DOCTRINE CHALDEENNE.

L’Espace autour du Triangle Supérieur.

L’Espace autour du Triangle Supérieur.

Lorsque la « Nuit de Brahmâ » prit fin, et que l’heure fut venue pour que le Soi existant SE manifestât par la Révélation, il rendit visible sa gloire en envoyant, de son Essence, un Pouvoir actif, qui, de féminin au début, devient androgyne. C’est Aditi, « l’Infini » (676c), le Sans Bornes ou Plutôt « l’Illimité ». Aditi est la « mère » de tous les dieux, et Aditi est le Père et le Fils (677c). « Qui nous rendra au grand Aditi, afin que je Puisse voir mon père et ma mère (678) ? » C’est en conjonction avec ce dernier Pouvoir féminin, que la Pensée divine, mais latente donne naissance au grand « abîme » l’eau. « L’eau est née d’une transformation de la Lumière… et d’une modification de l’eau naît la terre », dit Manou (livre I).

 

« Vous êtes les enfants d’Aditi, nés de l’eau, vous qui êtes nés de la terre, écoutez tous ma voix (679). »

C’est dans cette eau (ou chaos primordial) que l’ « Infini » androgyne, lequel avec la Cause Eternelle, forme la première Triade abstraite, représentée par AUM déposa le germe de la vie universelle. C’est l’Œuf Mondial, dans lequel eut lieu la gestation de Purusha, ou le Brahmâ manifeste. Le germe qui féconda le Principe Mère (l’eau) est appelé Nara, l’Esprit Divin ou Saint-Esprit (680) et les eaux, elles-mêmes, Nari, sont une émanation de celui-ci, tandis que l’Esprit qui planait sur les eaux est appelé Narayana (681).

Dans cet œuf, le grand Pouvoir demeura inactif pendant une année entière du Créateur, au bout de laquelle, par sa seule pensée, il fit que l’œuf se partagea en deux (682). La partie supérieure devint le ciel, et l’inférieure la terre (tous deux sous leur forme idéale, non sous leur forme manifestée).

De cette façon, cette seconde triade, qui n’est qu’un autre nom pour la première (dont le nom ne pouvait être prononcé à haute voix) et qui est la véritable Trimurti Pré-Védique, secrète et primordiale, était formée par :

Nara.       Père – Ciel

Nari.        Mère – Terre

Viraj.       Le Fils ou l’Univers

La Trimurti comprenant Brahmâ, le Créateur, Vichnou, le Préservateur, et Siva le Destructeur et Régénérateur, appartient à une période ultérieure. Ce n’est qu’une arrière-pensée anthropomorphe, inventée pour la compréhension populaire des masses non initiées. Le Dikshita, l’initié savait à quoi s’en tenir. Ainsi, la profonde allégorie sous les couleurs d’une fable ridicule donnée dans l’Aytareya Brahmanam (683) qu’on retrouve dans la représentation de quelques temples de Brahmâ-Nara, sous la forme d’un taureau et sa fille, Aditi-Nari sous celle d’une génisse, renferme la même idée métaphysique que la « chute de l’homme » ou celle de l’Esprit dans la Génération – la matière. L’Esprit Divin, qui pénètre tout, personnifié sous les symboles du Ciel, du Soleil et de la Chaleur (le Feu) – la corrélation des forces cosmiques – féconde la Matière ou la Nature, la fille de l’Esprit. Et Para-Brahma, lui-même se voit forcé de se soumettre et de supporter la pénitence des malédictions des autres dieux (Elohim) en raison de cet inceste. (Voyez la colonne correspondante.) Par suite de la loi immuable, et, par conséquent fatale, Nara et Nari sont, mutuellement, Père et Mère, aussi bien que Père et Fille (684). La Matière, par ses transformations infinies, est le produit graduel de l’Esprit. L’Unification d’une cause Eternelle Suprême exigeait une telle corrélation ; et si la nature est le produit, ou l’effet de cette Cause, elle doit, à son tour, être fécondée par le même Rayon divin, qui donna naissance à la nature elle-même. On verra que les allégories cosmogoniques les plus absurdes, si on les analyse sans parti pris, sont basées sur la nécessité stricte et logique.

« L’Etre est né du Non-Etre », dit un verset du Rig-Veda (685c). Le premier être devait devenir androgyne et fini par le seul fait de sa création en tant qu’être. Par conséquent même la Trimurti sacrée, de Brahmâ, Vichnou et Siva, doit prendre fin, lorsque la « nuit », de para-Brahman, succédera au « jour » actuel, ou période d’activité universelle.

La seconde Trinité, ou plutôt la première – puisque la Trinité suprême n’est qu’une simple abstraction – est le monde intellectuel. La Vâch qui l’environne est une transformation plus définie d’Aditi. Outre sa signification occulte dans le Mantram secret, Vâch est représentée comme le pouvoir actif de Brahmâ procédant de lui. Les Védas lui font dire qu’elle est l’âme suprême et universelle : « J’ai porté le Père dans mon sein en tête du mental universel, et mon origine est au milieu de l’Océan ; par conséquent je pénètre toutes choses… Etant l’origine de toutes choses, je passe comme la brise [le Saint-Esprit] Je suis au-dessus de ce ciel, au-delà de la terre ; et ce qui est le Grand Un je le suis (686). » Littéralement Vâch, est la parole, le pouvoir de réveiller, au moyen de la combinaison métrique contenue dans le nombre et les syllabes des Mantras (687), des pouvoirs correspondants dans le monde invisible. Dans les Mystères du sacrifice, Vâch éveille le Brahmâ (Brahmâ Jinvati), ou la puissance latente à la base de toute opération magique. Comme le Yajna (sa forme latente) elle existait de toute éternité, reposant endormie dans Brahmâ depuis le « non-commencement » et elle est sortie de lui sous la forme de Vâch (le pouvoir actif). Elle est la clé de la « Traividyâ » la trois fois sainte science qui enseigne les Yajus (Les Mystères sacrificiels) (688c).

Après avoir disposé de la Triade non révélée et de la première Triade des Séphiroth, nommée le « Monde intellectuel », il ne nous reste pas grand-chose à dire. Dana la grande figure géométrique où il y a le double triangle, le cercle central représente le monde dans l’univers. Le double triangle appartient à une des plus importantes sinon la plus importante de toutes les figures mystiques de l’Inde. C’est l’emblème de la Trimurti, ou trois en un. Le triangle dont le sommet est tourné vers le haut représente le principe mâle ; tourné vers le bas, c’est le principe féminin : les deux typifient, en même temps, l’esprit et la matière. Notre monde dans l’univers infini, c’est le microcosme dans le macrocosme, comme dans la Cabale juive. C’est le symbole de la matrice de l’univers, l’œuf terrestre, dont l’archétype est l’œuf d’or mondial. C’est de l’intérieur de ce sein spirituel de la mère nature, que procèdent tous les grands sauveurs de l’univers – les avatars de la Divinité invisible.

« De celui qui est et qui pourtant n’est pas, du non-être, de la Cause Éternelle, est né l’être Pourousha« , dit Manou, le législateur. Pourousha c’est le « mâle divin », le second dieu, et l’avatar, ou le Logos de Para-Brahman et son fils divin lequel, à son tour, donne naissance à Viraj, le fils, ou le type idéal de l’univers. « Viraj commence l’œuvre de la création en produisant les dix Prajapati, les seigneurs de tous les êtres » (689c).

D’après la doctrine de Manou, l’univers est sujet à une succession périodique et infinie de créations et de dissolutions, ces périodes de création portant le nom de Manvantaras.

« Il est le germe [que l’Esprit Divin a produit de sa propre substance] qui ne périt jamais dans l’être, car il devient l’âme de l’Etre, et pendant la période de Pralaya [dissolution] il retourne s’absorber de nouveau dans l’Esprit Divin qui, lui-même, se repose de toute éternité dans Swayambhuva, le Soi-Existant (Lois de Manou, livre I).

Ainsi que nous l’avons fait voir, ni les Svâbhâvikas, les philosophes Bouddhistes, ni les Brahmanes ne croient à une création de l’univers ex nihilo, mais ils croient à Prakriti, l’indestructibilité de la matière.

L’évolution des espèces et l’apparition successive de divers types nouveaux est fort clairement décrite dans Manou.

« De la terre, de la chaleur et de l’eau sont nées toutes les créatures, qu’elles soient animées ou inanimées ; elles sont produites du germe que l’Esprit Divin tira de sa propre substance. De cette manière Brahmâ établit la série des transformations de la plante jusqu’à l’homme et de l’homme jusqu’à l’essence primordiale… Parmi celles-ci chaque être (ou élément) successif acquiert les qualités de son prédécesseur ; et à chacun de ses progrès il est doué d’une qualité nouvelle. »

(Manou, livre I, sloka 20) (690c).

C’est, à notre avis, la véritable théorie des évolutionnistes modernes.

Lorsqu’arriva la période active, Aïn-Soph émit hors de sa propre essence éternelle, Séphira, le Pouvoir actif, appelé le Point Primordial, et la Couronne, Keter. Ce n’est que par elle, que la « Sagesse Infinie » pouvait donner une forme concrète à sa Pensée abstraite. Deux côtés du triangle supérieur, le côté droit et la base, sont formés de lignes ininterrompues ; le troisième, le côté gauche, est fait d’une ligne pointillée. C’est au travers de celle-ci que passe Séphira. S’étendant dans toutes les directions, elle entoure, finalement le triangle tout entier. Dans cette émanation du principe actif féminin, depuis le côté gauche du triangle mystique, la création d’Eve de la côte gauche d’Adam, est préfigurée. Adam, c’est le Microcosme du Macrocosme et il est créé à l’image des Elohim. Dans l’Arbre de Vie םויחח עצ la triade triple est disposée de telle façon, que les trois Sephiroth mâles sont sur la droite, les trois féminines sur la gauche, et les quatre principes qui unissent au centre. De la Rosée Invisible qui tombe de la « Tète » supérieure, Séphira crée l’eau primordiale, ou le chaos prenant forme. C’est le premier pas vers la solidification de l’Esprit, qui produira la terre à la suite de diverses modifications (691). « Il faut de la terre et de l’eau pour produire une âme vivante », dit Moise.

 

Lorsque Séphira émerge de la Divinité latente, elle est féminine ; mais lorsqu’elle joue le rôle de créateur elle devient mâle ; elle est donc androgyne. Elle est l’Aditi, Père et Mère de la Cosmogonie hindoue.

Après avoir glané sur l’ « Abîme », l’Esprit de Dieu produit sa propre image dans les eaux, la Matrice Universelle symbolisée dans Manou par l’Œuf d’Or. Dans la cosmogonie de la cabale, le Ciel et la Terre sont personnifiés par Adam Kadmon et le second Adam. La première Trinité Ineffable, contenue dans l’idée abstraite des « Trois Têtes » était un « nom mystère ». Elle se composait de Ain-Soph, Séphira, et Adam Kadmon, le Protogonos, ce dernier étant identique à la précédente quand il est bisexuel (692). Il y a, dans chaque Triade un mâle, une femelle et un androgyne. Adam Séphira est la Couronne (Keter). Il se met à l’œuvre de la création, en produisant en premier lieu, Chochmah, la Sagesse Mâle, une puissance active masculine représentée par הי , Jah, ou les Roues de la Création, םינפוא de laquelle procède Binah, l’Intelligence, une puissance passive, féminine, qui est Jehovah, יהוה , que nous voyons, dans la Bible, figurant comme le Suprême Dieu. Mais ce Jehovah n’est pas le Jodheva de la cabale. Le binaire constitue la pierre d’angle fondamentale de la Gnose. Comme le binaire est l’Unité se multipliant elle-même, et autocréatrice, les cabalistes montrent l’Aïn-Soph « Inconnu » passif comme émanant de lui-même Séphira, laquelle devenant la lumière visible, produit dit-on, Adam Kadmon. Mais, au sens occulte, Séphira et Adam ne sont qu’une seule et même lumière, seulement latente et active, invisible et visible. Le second Adam, comme tétragramme humain, donne à son tour naissance à Eve, d’un de ses côtés. C’est cette seconde triade, dont les cabalistes se sont occupés jusqu’à maintenant ne faisant qu’une allusion à l’Unique Suprême et Ineffable, sur lequel ils n’ont jamais rien mis par écrit. Tous les enseignements au sujet de celui-ci se donnaient oralement. Par conséquent, c’est le second Adam qui est l’unité représentée par Jod, l’emblème du principe mâle de la cabale, et il est, en même temps, Chochmah, la Sagesse, tandis que Binah ou Jehovah est Eve ; le premier, Chochmah, émanant de Keter, ou l’Adam Kadmon androgyne et le second, Binah, de Chochmah. Si nous réunissons le Jod avec les trois lettres qui forment le nom d’Eve, nous obtenons le tétragramme divin prononcé IEVO-HEVAH, Adam et Eve, ,הוהי Jehovah, mâle et femelle, ou l’idéalisation de l’humanité incorporée dans le premier homme. Nous pouvons donc prouver que tandis que les cabalistes juifs en commun avec leurs maîtres initiés, les Chaldéens et les Hindous adoraient le Dieu Suprême et Inconnu dans le silence sacré de leurs sanctuaires, on laissait les masses ignorantes de toutes les nations adorer quelque chose qui est certainement moindre que la Substance Éternelle des Bouddhistes, prétendus athées. De même que Brahma, la divinité manifestée dans le Manou mythique, ou premier homme (né de Swayambhuva, ou Auto-Existant) est fini de même aussi Jehovah, représenté par Adam et Eve, n’est qu’un dieu humain. Il est le symbole de l’humanité, mélange de bien et d’une partie de mal inévitable ; de l’esprit tombé dans la matière. En vouant un culte à Jehovah, nous ne faisons qu’adorer la nature, représentée au mieux par l’homme mi-spirituel et mi-matériel ; nous sommes des Panthéistes, sinon des adorateurs de fétiches, comme l’étaient les Juifs idolâtres qui sacrifiaient sur les lieux élevés, dans des bosquets, au principe mâle et femelle pérsonnifié, ignorant le IAO, le « Nom-Secret » Suprême des Mystères.

Shekinah est la Vâch hindoue, encensée dans les mêmes termes que celle-ci. Bien que dans l’Arbre de Vie, de la cabale, on la fait voir comme procédant de la neuvième Sephira, Shekinah est cependant le « voile » de Aïn-Soph et le « vêtement » de Jehovah. Le « voile » parce qu’il réussit, pendant de longs âges à cacher le véritable Dieu Suprême, l’Esprit universel, et masquant Jehovah, la divinité exotérique, le fit accepter par les chrétiens comme le « Père » du jésus initié. Toutefois les cabalistes, de même que les Dikshita hindous connaissent le pouvoir de la Shekinah ou Vâch, et la nomment la « sagesse secrète » הרתמנ המכח.

Le triangle jouait un rôle primordial dans le symbolisme religieux de chaque grande nation ; car, partout, il représentait les trois grands principes – l’esprit, la force et la matière ; ou bien, le principe actif (mâle), le passif (féminin) et le duel, ou principe corrélatif, qui participe des deux et les relie ensemble. C’était l’Arba ou le « quatre » mystique (693) les dieux-mystères, les Kabires, réunis dans l’unité d’une seule Divinité suprême. On le retrouve dans les pyramides égyptiennes dont les côtés égaux s’élèvent jusqu’à se perdre dans un point culminant. Dans le diagramme cabalistique, le cercle central de la figure brahmanique est remplacé par la croix ; la ligne céleste perpendiculaire et la ligne de base terrestre horizontale (694).

Toutefois l’idée est la même ; Adam Kadmon est le type de l’humanité en tant que totalité collective, dans l’unité du Dieu créateur et de l’Esprit universel.

« De celui qui est sans forme, le non-existant (qui est aussi l’éternelle, mais non pas la Première Cause), est né l’homme céleste ». Mais après avoir créé la forme de l’homme céleste םדא עלרה [Adam Illa-ah], il « s’en servit comme d’un véhicule dans lequel il descendit », dit la Cabale. Ainsi, Adam Kadmon est l’Avatar de la puissance cachée. Après cela l’Adam céleste crée ou engendre l’Adam terrestre, par le pouvoir combiné des Sephiroth.

L’œuvre de la création est aussi commencée par Séphira, par la création des dix Séphiroth qui sont les Prajapatis de la Cabale, car ils sont aussi les Seigneurs de tous les êtres.

Le Zohar affirme la même chose. Suivant la doctrine cabalistique, il y avait d’anciens mondes (voir Idra Suta : Zohar III, p. 262 b). Tout retournera un jour à ce dont il procéda au début. « Toutes choses dont ce monde est composé, l’esprit aussi bien que le corps, retourneront à leur principe, et aux racines desquelles elles procédèrent » (Zohar II, 218 b). Les cabalistes enseignent aussi l’indestructibilité de la matière, bien que cette doctrine soit encore plus soigneusement voilée que celle des hindous. La création est éternelle, et l’univers est le « vêtement » ou « voile de Dieu » – la Shekinah ; et celle-ci est immortelle et éternelle comme Celui au sein duquel elle a toujours existé. Chaque monde est établi sur le modèle de son prédécesseur, et chacun plus grossier et plus matériel que celui qui l’a précédé. Dans la Cabale, tous portent le nom d’étincelles. Finalement, notre monde actuel, grossièrement matériel fut formé.

Dans le récit chaldéen de la période qui précéda la Genèse de notre monde, Berose parle d’une époque où il n’existait rien que des ténèbres et l’abîme d’eau, plein de monstres hideux, « produits par un principe double… C’étaient des créatures dans lesquelles étaient combinés les membres de toute espèce d’animaux. En plus de ceux-ci des poissons, des reptiles, des serpents, et d’autres animaux monstrueux, qui prenaient les formes et aspects les uns des autres (695) ».

 

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