DEUXIÈME PARTIE
- Alors quel est cet atman ? Il est distinct de toutes les choses mentionnées auparavant et est le plus intérieur, omni-pénétrant comme l’éther, subtil, éternel, sans aucunes parties, sans qualités, sans tâche, n’ayant aucune activité comme celle d’aller et venir, etc., dénué des idées de « moi » et « mien » ainsi que de désir, d’aversion et d’effort, resplendissant par lui-même, par nature comme la chaleur du feu ou la lumière du soleil, n’ayant aucune liaison avec les éléments tels que l’éther, etc., ne possédant aucun sens comme la buddhi, etc., libre des gunas de sattva, etc. et ne possédant aucun prana ni autres énergies vitales, non touché par la faim et la soif, par la tristesse et la déception, par la vieillesse et la mort, caractéristiques respectives du prana, de la buddhi et du corps, c’est l’atman qui réside dans le cœur de tous les êtres et qui est le voyant de toutes les buddhis.
- L’atman omni-pénétrant et sans parties ne peut avoir, d’un autre côté, la buddhi pour réceptacle tout comme aucune chose que ce soit ne peut être le réceptacle de l’éther. C’est pourquoi l’atman est décrit comme résidant dans les cœurs de tous les êtres tout comme Il est connu comme étant uni à toutes les buddhis.
- Être un voyant, c’est devenir agent de l’action de voir. Comment alors peut-on dire que l’atman, qui est dépourvu des idées de « moi » et de « mien », de désir et d’aversion et d’effort, est voyant ?
- Si l’atman est un voyant parce qu’il est agent de l’action de voir, il n’est pas raisonnable, du fait d’une contradiction, de dire qu’il est le voyant de toutes les buddhis; à la différence de Devadatta qui devient l’agent de l’action d’aller et venir, et parce qu’il fait ces actions qui dépendent d’instruments, les uns ayant une existence indépendante et les autres une existence inséparable de celle de Devadatta.
- Sans changement, de la nature de la Pure Conscience, et n’ayant aucun lien avec telle ou telle sorte d’instruments, l’atman ne peut avoir d’action de voir.
- Il devient le voyant d’un nombre limité d’objets, d’objets l’un après l’autre, d’aucun objet, ou d’objets d’autres descriptions, selon la personne qui estime, d’un autre côté, que le fait d’être voyant pour l’atman dépend d’instruments et autres choses, comme la citta, comparable à une lampe, qui subit des modifications, dépend d’instruments, etc.
- À la différence de la citta comparable à une lampe, l’atman ne peut être regardé ainsi comme voyant un nombre limité d’objets, ou d’objets l’un après l’autre, ou d’aucun objet, ou d’objets d’autres descriptions, car il est dépourvu de tout changement et ne dépend ni d’instruments ni d’autres choses.
- Pourquoi est-il dit qu’il y a un contact de l’atman avec la buddhi ?
- Une relation est possible pour la raison suivante que tous deux sont subtils et donc au-delà des sens, transparents et n’ayant aucunes parties. Il existe ainsi une possibilité de relation entre eux deux.
- Il doit être dit, de cette relation, qu’il y a un contact de l’atman avec la buddhi du fait de la surimposition; car la buddhi, bien que de la nature de la non-splendeur comme un cristal, apparaît être resplendissante uniquement du fait de la proximité de la splendeur de l’atman qui est d’une nature resplendissante.
- Il ne peut cependant y avoir de contact de l’atman avec la buddhi, comme il ne peut y en avoir entre la résine et le bois, car ni l’atman ni la buddhi n’ont de forme visible.
- Et que l’atman soit un voyant est uniquement relatif aux autres choses. Tout comme le soleil, quoique dépourvu des idées de « moi » et de « mien » aussi bien que de désir et d’effort, est appelé un illuminateur du fait de sa proximité avec les choses illuminées aussi bien en tant que pure lumière sans changement qu’en tant qu’illuminateur dans aucune autre manière; l’ignorant surimpose la qualité d’un illuminateur relativement aux choses illuminées sur le soleil, qui se tient ainsi dans sa propre nature de lumière, seulement à la proximité des choses illuminées, ainsi la qualité de voyant est-elle surimposée relativement à la manifestation de choses comme la buddhi, etc. sur l’atman qui est de la nature de la Pure Conscience, dépourvu de tous changements et attributs, et qui est le témoin de toutes les buddhi et de leurs modifications, ayant seulement une proximité avec les objets de connaissance et (se tenant) comme conscience non différente de Lui-même, parce qu’il ne peut être voyant d’aucune autre manière.
- Comment peut-il y avoir action dans l’atman qui est dénué de tout changement et attribut ? Il doit être dit en réponse qu’il a une action comme celle de l’aimant.
- Tout comme l’aimant fait mouvoir le fer uniquement du fait de sa proximité, ainsi l’atman, bien que dépourvu de tout changement, devient l’illuminateur des agents d’action.
- Cette action est surimposée à l’atman et est due en ce cas à Son illumination des agents d’action.
- La buddhi, etc…, les instruments sont appelés les agents d’action.
- Illuminés par la Conscience ils pénètrent leurs propres objets.
- Ainsi l’action est-elle surimposée à l’atman dans ce cas, bien qu’Il soit libre de tout changement et de tout attribut.
- Il ne peut être dit : « Comment peut-on connaître l’atman par le moyen de la buddhi s’il est pure Conscience ? », car il est l’illuminateur de la buddhi comme la lumière du soleil.
- Tout comme le soleil n’est pas illuminé par les formes et les couleurs, de même l’atman ne peut être connu par le moyen de la buddhi.
- C’est pour cette raison aussi que l’atman ne peut être connu par le moyen de la buddhi : comme la buddhi est un objet de connaissance, elle ne peut raisonnablement être un connaisseur.
- Si, bien qu’objet de connaissance, elle était aussi un connaisseur, elle ne pourrait être un objet de connaissance, tout comme deux lampes ne peuvent être illuminées l’une par l’autre.
Ici se termine la Seconde Partie – Lire la troisième partie
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction de Gaura Krishna


