S’il existe une expérience de vie qui permette d’étouffer temporairement tout égotisme et de contraindre un individu à un état d’humilité et de dépréciation personnelle, c’est bien la vision d’une réalité spirituelle profonde. Elle fut accordée à l’auteur de cette communication le soir du dix-neuf janvier de cette année 1916. Je vous en donnerai une description très sommaire après quelques paragraphes d’introduction.
Les étudiants de l’occultisme se retrouvent souvent dans un labyrinthe de contradictions lorsqu’ils cherchent une explication satisfaisante à la cause première de la vie manifestée. Ceci est dû à la tendance de leurs études qui semblent les conduire vers des domaines de la science où des arguments solides, selon certaines lignes de pensée, tendent à réduire et à ramener tout phénomène à une base matérialiste. Encore plus déroutants sont les arguments qui semblent prouver qu’il existe une vaste région de l’inconnaissable au-delà de la quatrième dimension de l’espace. Cette région est impossible à atteindre par la compréhension finie. À l’intérieure de cette dernière, le mental orthodoxe pose comme principe l’existence d’un Dieu Suprême et d’un diable, d’un ciel et d’un enfer, tandis que l’occultiste y postule l’existence de nombreux degrés et ordres d’Êtres spirituels qu’il est possible à l’homme de contacter et de comprendre dans une mesure directement proportionnelle à l’élévation de sa conscience.
En conséquence de tous ces mélanges d’arguments, l’étudiant se retrouve parfois dans un si grand état de doute et de confusion qu’il est douloureusement tenté d’écarter toute croyance en un Être Suprême et en ces Dieux – ou en ces Esprits qui sont les premiers véhicules de l’essence fondamentale –, les énergies de base de toute vie manifestée.
Il y a quelque chose en chaque être humain normal qui le pousse à refuser l’acceptation définitive du témoignage d’autrui en rapport avec toute expérience spirituelle profonde. Si on exige de lui qu’il croie dans l’apparition d’un être supra-physique, quelque chose le force à dire, comme Thomas fut forcé de le dire au sujet du Christ ressuscité : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous, et si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas.1 » Ceci est probablement dû à une perception intuitive de l’unité fondamentale de tous les êtres et du Dieu en chaque vie, un Dieu grâce auquel n’importe quelle phase de lui-même devrait être également visible et reconnaissable par toutes ses unités si l’une d’elles la perçoit.
La personne ordinaire ne prend pas suffisamment en considération les lois de la croissance et les différenciations infinies de la matière dans lesquelles l’Esprit s’exprime.
Tant que l’humanité ne sera pas physiquement, mentalement et spirituellement développée exactement au même degré, dans le même cycle de temps, il devra toujours y avoir ceux dont les sens spirituels sont surdéveloppés ou sous-développés, tout comme il y aura toujours ceux dont les sens physiques sont surdéveloppés ou sous-développés. Ces différences résultent d’un karma antérieur et, durant un cycle de vie, il n’y a aucun besoin de fierté ou de satisfaction personnelle dans un cas, ni aucun besoin de jalousie ou de dépréciation personnelle dans l’autre. En conséquence, nous devrions être capables d’accepter les affirmations d’autrui et nous efforcer de comprendre la logique de toute apparition surhumaine, en particulier lorsque ces affirmations sont faites par ceux dont nous devrions accepter la parole en ce qui concerne les choses matérielles. Malgré cela, plusieurs parmi les législateurs et les administrateurs de cette nation, soi-disant illuminée, acceptent les affirmations d’un homme lorsqu’une personne est en procès et risque la peine de mort, si la preuve est de nature matérielle. Cependant, ils relégueraient le même homme à l’asile dès le lendemain s’il osait raconter le récit d’un événement surhumain dépassant leur pouvoir d’investigation. « Cohérence, tu es un bijou ! »
Pour tenir ma promesse du premier paragraphe de cette communication, je vais maintenant vous raconter l’expérience à laquelle j’ai fait allusion.
J’étais assis sur un sofa et je me reposais après un travail plutôt fatigant, sans penser à quoi que ce soit de particulier, lorsque le son d’une voix féminine forte et douce, venant apparemment d’une certaine distance, m’a fait sursauter. Elle disait dans des mots clairement prononcés : « Regarde cette scène. » J’ai perdu toute notion de la pièce fermée ou je me trouvais. Je regardais l’espace extérieur où, rang après rang, l’un au-dessus de l’autre, s’élevaient les formes d’une multitude de jeunes garçons qui semblaient âgés de trois à douze ans. Sur leur visage brillant et heureux, des yeux clairs regardaient vers le haut comme s’ils voyaient une scène merveilleuse. Pendant que je les regardais, tout surpris, j’ai entendu la même voix douce qu’auparavant dire : « Donne-leur la vie. » Graduellement, les visages se sont estompés et une grande lumière a inondé l’espace où les garçons se trouvaient, comme si un autre soleil s’était soudainement mis à jeter sa lumière sur cette scène.
Puis, la forme d’un Être divin est apparue au même endroit. Vraiment divin, de forme et de nature, mais il y avait un air de profonde détresse sur son visage, qui était extrêmement blanc. Il était étendu sur le côté, son visage reposant sur un de ses bras, comme s’il avait été jeté par terre au cours d’une lutte. Il est graduellement disparu de ma vue, et juste au-dessus de l’endroit ou il était étendu est apparue une autre forme avec un visage dont le simple souvenir me glace d’effroi, même en ce moment où je vous parle. Il semblait mesurer plus de cinquante pieds2 de hauteur et il se tenait droit, les bras pliés sur sa poitrine, en regardant au loin avec des yeux perçants qui brillaient d’une manière indescriptible. Le visage, carré et propre, était sévère, marqué par une volonté et une détermination visibles dans chaque ligne. Les lèvres finement découpées et étroitement fermées donnaient l’impression d’un pouvoir silencieux et concentré, comme on n’en connaît aucun sur Terre. Tandis que je le regardais, étonné et perplexe, le visage s’est tourné vers moi, les lèvres se sont ouvertes et un mot est venu : « Écris. » J’ai pris un crayon et j’ai rapidement noté les mots qui ont suivi. Vous les trouverez sur la première page du présent numéro de la revue « The Temple Artisan »3, à la page du Maître comme nous appelons cette dernière. Que ce message s’applique à l’époque actuelle ne fait aucun doute. Que les deux Grand Êtres que j’ai vus aient été deux des « Grandes Âmes de groupe » de ce système solaire, je n’en doute pas. Que le message soit pour le monde et concerne chaque être humain qui l’habite, j’en doute encore moins. Le message suit.
Le « Grand Oiseau »
Vous qui dormez actuellement, étendus à l’ombre du grand volcan de la guerre – Réveillez-vous ! vous qui êtes maintenant engouffrés dans la fournaise ardente que la guerre a ouverte dans le trou de l’enfer – Écoutez ! écoutez le battement des ailes de l’oiseau “Garuda” qui font trembler les cieux à leur passage, depuis les hauteurs des montagnes de l’est jusqu’à celles de l’ouest ; depuis les sommets des hauts icebergs du nord jusqu’à ceux du sud ; l’Oiseau qui porte dans son bec étincelant la graine d’une nouvelle vie – la nouvelle révélation pour les fils des hommes.
« Ouvrez vos yeux, tendez très loin vos oreilles, de crainte de manquer le Messager et de ne pas entendre le Message. »
1 – N.D.É. Évangile de Jean 20 25.
2 – N.D.É. Cinquante pieds : Un peu plus de quinze mètres.
3 – N.D.É. Le texte est paru dans le numéro de février 1916 du « Temple Artisan ».
HILARION - Temple 3 - Leçon 427


