UNE VILLE

Une ville est un plexus de vies reliées entre elles – une sphère d’énergie où sont produits et alimentés des courants de force qui affectent le monde pour le meilleur et pour le pire, selon que les désirs et la volonté de l’homme vivifient ou polluent les courants de vie pure qui se déversent continuellement des sphères intérieures.

Une ruche d’abeilles est le symbole naturel d’un gouvernement parfait, qu’il soit municipal ou national. Animée par un intérêt commun, un but et un idéal communs, la vie sociale des abeilles fournit un merveilleux objet d’apprentissage du modèle fonctionnel d’un gouvernement parfait, où la vie de chacune est consacrée à toutes et où toutes œuvrent pour chacune. Voilà une vraie fraternité.

Aucune cité ne peut exister sur le plan extérieur si elle ne possède pas une vie intérieure et une âme qui lui sont propres. Cette vie intérieure qui cherche à s’exprimer à l’extérieur crée des communautés d’intérêts communs – elle bâtit des villes à la surface de la Terre, extériorise des étoiles et des planètes dans l’espace et raconte, dans le langage symbolique de la nature, la croissance de la marguerite à flanc de montagne.

L’espace est rempli de myriades d’étoiles et de planètes qui ne sont pas encore visibles pour l’œil humain parce que ces êtres stellaires ne sont pas encore incarnés dans des vêtements mortels, n’ont pas encore rassemblé la matière qui leur appartient pour s’exprimer extérieurement. Lorsqu’elle a acquis suffisamment de force, l’âme planétaire tire de la matrice cosmique du monde, des grandes ceintures d’astéroïdes et de comètes1 – cimetière des mondes morts et désintégrés, lieu de naissance des mondes nouveaux –, les matériaux de sa construction, la matière qui lui appartient par droit hiérarchique et karmique. Cette matière se rassemble d’abord comme une pellicule autour de la planète qui s’incarne et à mesure que de la matière plus dense est attirée, elle naît dans les champs de l’espace en tant que globe visible. Ainsi s’ajoute un nouveau membre à la famille cosmique ou au système solaire.

Une cité naît de la même façon. Des buts et intérêts communs – les forces intérieures potentielles – attirent ses êtres ensemble, ses habitants, en même temps que les conditions matérielles sont attirées ou fabriquées, et la cité – une entité définie – se développe.

Des liens karmiques ou d’affinité formés au cours de vies antérieures – des liens de fer forgés par l’amour et la haine – attirent hommes et femmes les uns vers les autres, ère après ère, vie après vie, jusqu’à ce que les forces produites soient équilibrées et les êtres harmonisés aux fins cosmiques et aux lois naturelles. Dans le laboratoire de la vie, dans le « melting-pot » du temps, des causes et des effets, le grand Alchimiste – la Nature – transmute les faiblesses humaines d’une ère en forces dans une autre ère, c’est-à-dire le simple désir de faire quelque chose en pouvoir de l’accomplir. Par une irrésistible force d’attraction, les aspirations d’une vie tirent de l’entrepôt universel l’âme de la forme et, revêtues d’une énergie vivante, nos aspirations deviennent nos forces dans notre prochain cycle de vie.

Il en est des individus comme des nations et des races. L’aspiration à l’idéal pour une ville ou une nation doit parfois se manifester en une force incarnée qui forcera la cristallisation des conditions extérieures adéquates.

La ville de la Nouvelle Jérusalem, la ville qui « avait la forme d’un carré »2 – qui a ou aura un point de contact ou sera vivante sur les quatre plans du cosmos –, existe réellement dans les sphères intérieures. En tant qu’idéal qui sera un jour actualisé, son image a été maintenue dans l’esprit de la Grande Loge – le Logos – depuis des millénaires. Saint Jean la décrit dans l’Apocalypse et l’a vue descendre. Elle est un modèle dans les cieux et chaque pensée qui vient du cœur, chaque aspiration fervente à son endroit de la part d’un mortel la rapproche de lui. Les Maîtres travaillent en accord avec la loi naturelle et, avant que cette cité avec toute la gloire de ses possibilités sociales et industrielles ne puisse s’élever sur le plan extérieur, elle devra d’abord être construite dans le cœur des humains et ses plans maintenus dans l’esprit, « créant ainsi une matrice qui sera naturellement attirée à l’intérieur de la matrice plus grande qu’est la Grande Loge Blanche, et une connexion sera alors formée en vue du travail à venir ».

La prophétie biblique s’accomplit rapidement. La Bête – le pouvoir matériel de l’or – sera repoussée vers son antre et la femme – l’âme – vêtue du Soleil (l’esprit) et la Lune (les forces de la matière) sous ses pieds (sous sa domination) régnera sur la Terre comme aux Cieux. Alors sera accomplie la prophétie ancienne selon laquelle « la postérité de la femme écrasera la tête du serpent3 ».

Que l’Amérique soit ou non le berceau de la race humaine, les ruines colossales d’anciennes cités découvertes en Amérique Centrale et au Nouveau-Mexique fournissent ample matière à réflexion. Selon certaines autorités, ces villes devaient être florissantes à une époque antérieure à celle des plus anciennes cités égyptiennes connues. Le caractère de ces ruines aux édifices autrefois éléphantesques – plus grands qu’aucun des gratte-ciel actuels – indique qu’une vie sociale et industrielle d’un ordre supérieur devait prévaloir chez ses habitants.

Le corps physique – la forme – des résidents de ces cités antiques est depuis longtemps retourné à la poussière et à d’autres éléments, mais leur individualité ou âme, vêtue de formes modernes, travaille encore et construit encore en vue de conditions extérieures idéales d’ordre et d’harmonie, à jamais poussée par l’instinct indéfectible de l’étincelle christique intérieure.

Plus l’unité des intérêts altruistes sera observée par une multitude d’âmes vivant ensemble dans des conditions naturelles dans une municipalité correctement gouvernée, plus le progrès de chacune et de toutes sera amélioré. L’évolution sociale tend vers cela en construisant des structures de plus en plus parfaites à partir de la cendre des échecs du passé.

L’unité dans la diversité est la loi de la nature, et ceci – comme le carnet de notes d’un arpenteur le montre4 – nous ramène au point de départ, c’est-à-dire au fait qu’une cité est un plexus ou un agrégat de vies précipité dans le présent par des causes ayant leur origine dans le passé.

1 – N.D.É. En 1950, Gérard Kuiper prouva que les comètes à courte période venaient d’une ceinture située à 6 358 000 km du Soleil, à peine au-delà de l’orbite de Neptune. En 1992, fut découvert le premier corps de la ceinture de Kuiper : « 1992 QB ». Selon les dernières estimations, environ 100 000 corps de diamètre supérieur à 100 km gravitent entre 40 et 50 UA du Soleil. Une quarantaine de ces corps ont été repérés.

2 – N.D.É. Apocalypse 21 16.

3 – N.D.É. Genèse 3 15.

4 – N.D.É. Afin de vérifier ses mesures pour un périmètre donné, un arpenteur revient toujours à son point de départ afin de fermer le polygone.

HILARION - Temple 3 - Leçon 538
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