Il y a une limite fixe au nombre d’âmes individuelles en manifestation à travers chaque Kalpa ou Grande Ère, mais cette limite est bien au-delà des possibilités de calcul de l’homme.
L’une des phases de la vie éternelle se manifeste par la formation des idées – ou idéation. Peu importe où et quand une idée est formulée, que ce soit par sa force ou son énergie inhérente – sa puissance cachée –, elle devient un centre autour duquel se rassemblent un certain nombre limité d’âmes individualisées qui constituent une fraternité particulière.
La loi fondamentale de toute vie manifestée est la fraternité. Tous les grands systèmes de religion ou de philosophie possèdent deux aspects : un « potentiel infini » caché, et une « expression finie » manifestée. Le « potentiel infini » se trouve caché dans le Père-Mère, les deux premiers éléments de la Trinité qui sont les principes de base de chaque système particulier. Le Fils, le troisième principe de la Trinité, en est « l’expression finie », et cette première Trinité manifestée constitue la première grande fraternité cosmique. Ceci peut aussi être formulé en termes de « Matière, Force et Conscience », mais cela reste la première fraternité, et c’est d’elle que naissent toutes les fraternités inférieures.
Chaque corps physique est une fraternité en soi. La vie cellulaire existe partout à travers le cosmos manifesté, et même un organisme aussi minuscule qu’une cellule est une fraternité d’êtres encore plus petits, assujettis aux lois du changement et de la croissance, et recelant un potentiel infini.
Comment un homme peut-il s’y prendre pour découvrir l’individualité ou l’identité d’une âme ? Ses enveloppes vont et viennent comme des ombres fugaces. Dans le temps, cycles après cycles, elles embrassent des passés immémoriaux et des futurs inconnaissables. Des soleils, des lunes et des étoiles apparaissent et disparaissent dans le silence du grand abîme. Les passions se consument elles-mêmes dans le feu de leur propre désir. Les trois sœurs célestes – la Foi, l’Espérance et la Charité – s’élèvent à des hauteurs indescriptibles de dévotion, pour devenir à nouveau des mots vides de sens. Mais l’âme, l’étincelle divine d’identité, avance et progresse toujours et toujours, éternellement, à travers de vastes univers incompréhensibles pour l’homme tel qu’il est actuellement constitué. L’âme cherche à jamais ce Feu divin dont elle fut d’abord expulsée dans l’espace et loin duquel sa vie séparée est incomplète. Ce n’est que par l’idée divine de la fraternité que l’âme individualisée retrouve son paradis perdu qu’est l’unité. Car l’unité est le but sur lequel les yeux de l’âme sont fixés, et plus les atomes diversifiés, les molécules et l’homme fusionneront rapidement, deviendront « un » en esprit et en action sur les plans inférieurs, comme ils le sont en réalité sur le plan spirituel, plus vite le but souhaité sera atteint.
La nature fournit beaucoup d’exemples d’unité dans la diversité. La fraternité en tant que fait scientifique n’est pas confinée à une seule phase de la vie. Toute la science, l’art et la philosophie incorporent et enseignent le même grand idéal. Chaque artiste, musicien ou enseignant fait partie d’une fraternité particulière. Le génie – l’idéal de perfection qu’il a atteint ou qu’il s’efforce d’atteindre – devient ou va devenir sien en vertu de son appartenance à un groupe d’âmes encore plus grandes qui ont atteint la perfection. La reconnaissance de cette appartenance n’est pas toujours réciproque. Le génie a été associé à la folie dans l’esprit de nombreuses personnes dont les sens intérieurs restent encore scellés. Le génie, qui trop souvent handicape l’artiste ou le musicien concernant ce qu’on appelle généralement « la vie pratique », est un épanouissement de la vie, une vibration supérieure de la substance spirituelle. L’effet de ces vibrations supérieures sur les atomes du corps physique tend à les raffiner à un point tel que le contact avec les formes inférieures ou plus grossières de la vie devient une torture constante.
On a dit : « L’âme va seule vers le Suprême. » Cette affirmation fait référence à « l’Âme universelle » ou la « Sur-Âme ». Chaque âme individuelle est le microcosme d’un macrocosme, et avant de trouver le repos dans le Suprême, le travail qu’elle a à faire est rien de moins que d’élever au statut qui est le sien les êtres embryonnaires qui sont cachés dans le noyau de chaque cellule de tous les corps qu’elle a jamais formés et utilisés. Ils font partie de son âme et constituent ce que nous appelons une « âme de groupe », laquelle appartient à une « Âme de groupe » encore plus élevée.
Au-dessus de nous qui sommes actuellement sur le plan physique s’élèvent, rang après rang, degré par-dessus degré, ceux qui sont un jour entrés sur ce sentier que nous cherchons tous ou que nous avons trouvé. Alors que d’un côté se trouve l’inconnaissable ou l’incompréhensible solitude de la dernière chambre d’initiation – à la porte de laquelle se tient l’âme qui frappe pour être admise, cette porte qui s’ouvre depuis le cœur du Fils, ou la vie différenciée, jusque dans le cœur du Père, ou la vie unifiée –, de l’autre, de toutes les marches descendantes et jusqu’à la toute dernière, s’élève le grand hymne de la « fraternité éternelle ». Vous le voyez briller sur le visage des âmes que vous croisez. Vous le retrouvez dans l’atome, la plante et l’animal. Dans l’espace, les constellations d’étoiles étincelantes le proclament. Le soleil lance d’innombrables rayons de splendeur qui murmurent doucement : « Nous sommes les enfants d’un seul Père. » L’homme – c’est-à-dire l’homme fait à l’image de Dieu et qui dans l’imagination ou l’esprit de Dieu est potentiellement doté des attributs d’un dieu – trahit, assassine et sacrifie son frère à ses propres désirs égoïstes. Il se présente à la porte de son Père – revêtu de la tunique multicolore, ruisselante du sang vital et tiède de son frère – en disant : « Un lion a tué mon frère, je suis innocent.1 »
Il y a plus de vérité dans le texte biblique « cherchez et vous trouverez2 » qu’on ne pourrait le croire à première vue. Si sa vérité est apparente dans le monde de la matière, elle montre infiniment plus d’importance en ce qui concerne l’âme, car ce que nous cherchons nous le trouverons dans sa plénitude dans la sphère de l’âme. Cette sphère est gouvernée par des lois différentes de celles qui opèrent sur les plans matériels.
Nous sommes exactement ce que nous pensons, non ce que nous paraissons être. Si nous pensons vrai, nous devenons la vérité, et finalement notre conscience s’élève et devient la vérité infinie.
Si nous reconnaissons, croyons et agissons en accord avec la loi de la « fraternité éternelle des âmes », la loi sous-jacente à toute la création, l’Amour va nous identifier à jamais avec cette grande « fraternité des âmes » ainsi qu’avec les Maîtres de toute Sagesse, de tout Pouvoir et de toute Puissance. Nous entrerons et sortirons de la maison de notre Père, membres d’une grande famille, réunis par des liens bénis dont nous sommes encore incapables de reconnaître la grandeur, mais dont l’arôme spirituel nous atteint aux heures de parfait abandon de soi et nous remplit d’une inexprimable aspiration pour la réalisation de cette fonction sainte : « le mariage de l’âme ».
1 – N.D.É. Il s’agit d’une paraphrase de l’histoire de Joseph dont les frères, après l’avoir dépouillé et vendu aux Égyptiens, ont fait tremper sa « tunique multicolore » dans le sang d’un bouc pour convaincre leur père qu’il était mort. (Genèse 37 23-35).
2 – N.D.É. Évangile de Matthieu 7 7.
HILARION - Temple 3 - Leçon 457


