- L’ego enfermé dans ce corps, jouit au moyen des organes externes, des objets grossiers, tels les formes variées des guirlandes de fleurs, le bois de santal, les femmes, etc(5). C’est ainsi qu’il est conscient du corps à l’état de veille.
- Sache que ce corps grossier de qui dépendent toutes les manifestations extérieures de purusha (6) n’est que la maison de celui qui l’habite.
- Le corps grossier produit la naissance, la décrépitude et la mort. Ses stades de développement sont l’enfance (7) et toute la suite des états d’existence. Au corps sujet aux maladies, appartiennent les innombrables réglementations de castes et de conditions (8), comme aussi les honneurs, la disgrâce, et toutes choses semblables.
- L’intelligence, l’ouïe, le toucher, la vue, l’odorat et le goût, sont appelés des sens, parce qu’ils transmettent la perception des objets grossiers. La parole, les mains, les pieds, sont nommés organes d’action, parce qu’ils servent à accomplir les actes.
95-96. Manas, buddhi, ahankriti et chitta, ainsi que leurs fonctions sont appelés organes internes. Manas est ainsi nommé en raison de ses hypothèses et de ses doutes ; buddhi pour sa faculté de se faire un jugement précis sur les objets ; ahankriti naît de la notion du moi, et chitta est ainsi appelé à cause de sa propriété de concentrer le mental sur les intérêts qui lui sont propres.
- Comme se transforment l’or, l’eau (9) etc. la vitalité (prana, le second principe), devient par la différence de ses fonctions et modifications, prana, apana, vyana, udana, samana.
- Un corps qui est appelé sukshma (subtil), est constitué des cinq facultés, premièrement la parole etc. ; de cinq organes, premièrement l’oreille etc. ; de cinq airs vitaux, premièrement prana etc. ; de cinq éléments, akasa, buddhi (intellect) etc. ; puis d’avidya (ignorance), d’où découlent Kama (désir) et Karma (action).
- Écoute. – Ce corps qui est produit par les cinq éléments subtils, est appelé sukshma, et aussi linga (caractéristique) sarira, il est le champ des désirs, il expérimente les conséquences de karma (expériences antérieures) ; uni au karana sarira, étant ignorant, il n’a pas de commencement et il est l’upadhi (véhicule) de atman.
- La condition qui caractérise ce corps, est l’état de rêve : cet état se distingue de celui de veille, par la manière particulière dont ses sens agissent ; en état de rêve, le mental lui-même vitalise les conditions créées, dans l’état de veille, par le désir.
- Ce corps, désormais capable de jouer un rôle, se manifeste. En lui brille le soi absolu (le septième principe) ayant comme véhicule l’intellect (le cinquième principe), dans sa condition la plus haute, et qui, tel un témoin indifférent, n’est affecté par nul karma.
- Étant exempt de toute union, il (le septième principe) ne peut être affecté par l’action d’un upadhi. Ce linga sarira accomplit les actes en qualité d’instrument d’atma, de même que le ciseau et les autres outils accomplissent l’œuvre du charpentier. C’est ainsi que atma est exempt de toute union.
- La cécité, la faiblesse des yeux, leur faculté d’adaptation, dépendent des bonnes ou mauvaises conditions de l’œil ; de même la surdité, le mutisme, etc., viennent de l’état des organes, et ne peuvent être regardés comme appartenant au soi.
- Inspirer, aspirer, bailler, éternuer, sont des actes produits par prana et autres causes, disent les hommes sages ; la vitalité est manifestée dans la faim et la soif.
- L’organe interne est en communication avec le canal de l’œil et des autres organes ; et par suite des différentes spécialisations du tout, l’ego (10) (ahankara) est manifesté.
- Cet ego qui éprouve les jouissances et subit les expériences, doit être connu comme ahankara (11). En s’associant aux qualités (12) satva, rajas et tamas, il atteint trois conditions.
- Les objets agréables le rendent heureux, et ceux qui lui paraissent désagréables, malheureux ; bonheur et malheur sont ses propriétés, et non celles d’atma qui est félicité éternelle.
- Les objets nous deviennent chers, non par eux-mêmes, mais en raison de leur utilité pour le soi, car le soi nous est plus cher que tout.
- C’est pourquoi l’atma est l’éternelle béatitude ; pour lui il n’y a pas de douleur. La béatitude d’atma désassociée de tout objet, telle qu’elle est expérimentée dans le sommeil sans rêve, est perçue à l’état de veille par la connaissance directe (13), par instruction et déduction.
- La suprême maya, d’où cet univers est né, est connue grâce à ses effets, par notre intelligence. Elle est Paramesa sakti (le pouvoir du Seigneur suprême) appelé avyakta (non manifesté), l’avidya (ignorance) sans commencement, doué des trois gunas (qualités).
- Cette Maya n’est nouménale ni phénoménale et n’est pas essentiellement l’un et l’autre ; elle n’est différentiée ni non-différentiée, et n’est pas essentiellement l’un et l’autre ; elle n’est composée de particules ni non composée de particules, et n’est pas essentiellement l’un et l’autre : elle est la plus merveilleuse et la plus indescriptible forme.
- Ses effets peuvent être détruits par la réalisation de la non-dualité de Brahman, telle l’illusion de voir un serpent là où il y a une corde, est détruite par la perception de la corde. Ses qualités appelées rajas, satva et tamas, sont connues par leurs effets.
- Le pouvoir de rajas, est l’extension (vikshepa), qui est l’essence de l’action d’où découlent les tendances qui précédent l’action. Les modifications du mental connues comme attachement et autres qualités productrices de souffrances, dérivent toujours de lui.
- Désir et colère, avidité, arrogance, malice, aversion, personnalité, jalousie et envie, sont les terribles propriétés de rajas. Par cette qualité une inclination à l’action est produite, et c’est ainsi que l’esclavage est causé par rajas.
- Le pouvoir de tamas est appelé avriti (enveloppant) ; par cette force une chose apparaît comme si elle était une autre. C’est elle qui est la cause ultime de l’existence conditionnée de l’ego, et par qui la force d’extension (vikshepa) est éveillée à l’action.
- Quoique intelligent, savant, habile, avec une vue pénétrante dans l’examen de soi-même, et convenablement instruit de différente manière, on ne peut exercer le discernement, si l’on est enveloppé par tamas ; car, en raison de l’ignorance, on regarde comme réel ce qui est né de l’erreur, et qui dépend d’objets dont les propriétés sont le produit de l’erreur. Hélas ! grand est le pouvoir enveloppant de tamas et en même temps invincible.
- L’absence de perception droite, les pensées contradictoires, celles qui ont trait aux possibilités, l’erreur de prendre les choses irréelles pour des réalités, appartiennent à rajas. Celui qui est attaché à rajas, est perpétuellement emporté par son pouvoir d’expansion.
- Ignorance, paresse, torpeur, sommeil, illusion, folie, etc., sont les qualités de tamas. Celui qui les possède ne perçoit rien correctement, mais semble comme endormi, ou comme une borne sur la route.
- Le pur satva bien que mélangé aux deux autres qualités comme une eau se mélange à une autre (14), devient la voie du salut ; car la réflexion du soi absolu (l’esprit suprême) reçu par satva, manifeste, comme le soleil, l’univers des objets.
- Les propriétés de satva mélangé sont la dignité, la discipline personnelle, le contrôle de soi-même, etc., le respect, les égards vis-à-vis d’autrui, le désir de libération, les attributs divins, et l’abstention du mal.
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji


