- La récompense du yogi arrivé à la perfection et devenu un Jivanmukta, est la jouissance d’une félicité perpétuelle en atma qui est en dehors comme au dedans de lui.
- De l’absence de passion résulte la perception juste ; de la juste perception naît l’abstention des plaisirs des sens et du culte cérémonial. La paix qui découle de la félicité du soi réalisée est le fruit de l’abstention de l’acte cérémonial et du plaisir des sens.
- Dans la proposition ci-dessus, l’absence de conséquent rend stérile l’antécédent. La parfaite satisfaction procédant de la félicité incomparable qui émane du soi est la libération.
- L’on dit que le fruit de la sagesse est d’être exempt d’anxiété en présence des tribulations de la vie. Comment un homme au discernement droit pourrait-il après que l’illusion est détruite commettre l’acte blâmable auquel se livre celui qui est dans l’erreur ?
- Le fruit de la sagesse se fait voir dans la libération de asat (Prakriti) et celui de l’ignorance dans l’attachement à asat. Si cette différence entre l’ignorant et le sage ne peut être perçue, comme il arrive dans le mirage etc., où verrons-nous un profit pour le sage ?
- Si l’ignorance, le nœud qui lie le cœur (62) est entièrement détruite, comment les objets en eux-mêmes seraient-ils cause d’attachement pour l’homme qui est exempt de désir ?
- La suppression de la moindre trace d’inclination consciente envers les objets de jouissance est la limite extrême de l’impassibilité ; la non acceptation de la moindre volonté égotiste est la limite suprême du vrai discernement, et l’abandon de sa propre conscience, par absorption dans le Logos, est l’ultime limite de uparati (63).
- Il est heureux sur cette terre, et digne d’être honoré, celui qui reste toujours pacifié, dans la forme de Brahm, dont la conscience ne se dirige plus vers l’extérieur et qui considérant comme le ferait un enfant endormi les objets de plaisir expérimentés par les autres, regardant l’univers comme un monde perçu en rêve, retrouve par moment sa conscience pour jouir du fruit d’une infinité d’actions méritoires.
- Cet ascète, affermi dans la sagesse, libéré des changements de condition, n’agissant pas, ayant son atma absorbé en Brahm, jouit de la félicité perpétuelle.
- Pragan ou sagesse est, dit-on cet état d’idéation qui ne reconnaît pas de distinction entre l’ego et le non-ego et qui est absorbé dans l’unité manifestée de Brahm et atma.
- Celui qui est parfaitement au repos dans cette sagesse est dit ferme dans la sagesse. Celui qui est ferme dans la sagesse, dont la félicité est ininterrompue, et qui est bien près de perdre jusqu’au souvenir de l’univers objectif, est regardé comme un jivanmukta.
- Il est regardé comme un jivanmukta celui qui tout en ayant sa conscience plongée dans le Logos reste éveillé, quoiqu’il ait perdu toutes les caractéristiques de l’état de veille, celui dont la conscience est exempte même d’une trace inconsciente de désir.
- Il est regardé comme jivanmukta celui chez qui toute tendance à l’évolution est au repos ; celui qui, quoique sous le pouvoir de kala (rayon du Logos), en est cependant détaché (du point de vue de Brahm) et dont le principe pensant est vide de pensées.
- L’existence dans ce corps, qui est comme une ombre, lorsqu’elle est dépourvue de l’égotisme et du sens de la possession (64), est la caractéristique d’un jivanmukta.
- Ne pas questionner le passé, s’abstenir de spéculation sur l’avenir, être indifférent quant au présent, sont les caractéristiques d’un jivanmukta.
- Par disposition naturelle (acquise) regarder toutes choses comme égales, dans ce monde d’opposés, rempli de bonnes et de mauvaises qualités, est la caractéristique d’un jivanmukta.
- En présence des objets, agréables et désagréables, ne pas trouver en eux de différence par rapport à soi, et n’en éprouver nul trouble en aucun cas, est la caractéristique d’un jivanmukta.
- L’absence pour l’ascète, de perception intérieure aussi bien qu’extérieure, parce que la conscience est centrée dans la jouissance de la félicité brahmique, est la caractéristique d’un jivanmukta.
- Celui qui est libéré de l’égotisme et du moi, en ce qui concerne le corps, les sens, etc. et qui reste dans l’indifférence, possède la caractéristique d’un jivanmukta.
- Celui qui par le pouvoir de la sagesse védique a réalisé l’identité d’Atma avec Brahm, qui est libéré de l’esclavage de l’existence conditionnée, possède la caractéristique d’un jivanmukta.
- Celui dont la conscience du Je ne s’élève pas à l’égard du corps et des organes, ni la conscience de Cela vis-à-vis des autres objets, est considéré comme un jivanmukta.
- Celui qui en raison de sa sagesse sait qu’il n’y a pas de différence entre Pratyagatma (le Logos) et Brahma, de même qu’entre Brahma et l’univers, possède la caractéristique d’un jivanmukta.
- Celui qui reste le même quand il est honoré par les bons ou tourmenté par les méchants, possède la caractéristique d’un jivanmukta.
- N’étant rien autre que sat (Parabrahm) l’ascète, dans la conscience de qui les objets appelés à l’existence par Para sont plongés, sans produire de changement, comme le font les rivières qui se jettent dans l’océan, cet ascète est libéré.
- Pour celui qui est parvenu à la vraie connaissance de Brahma, il n’y a plus d’évolution ; tant que l’évolution persiste, l’état brahmaïque n’est pas réalisé.
- Si l’on dit « il évolue par la force des précédents vasanas, – cela n’est pas. Vasana (65) devient impuissant lorsque l’identité avec la Réalité est réalisée.
- De même que les tendances du plus sensuel des hommes s’évanouissent en présence de sa mère, ainsi cesse le vasana du sage par la connaissance de Brahm, la parfaite félicité.
- Celui qui se livre à une méditation profonde est sous la dépendance des objets extérieurs, par suite des résultats du karma déjà en opération, – ainsi disent les Védas.
- Aussi longtemps que demeurent les perceptions de souffrance et de plaisir, aussi longtemps existe Praravdha ; ce sont là des résultats de Karma précédents ; pour celui qui est délivré de karma ces effets n’existent pas.
- Par la connaissance que Moi (le Logos) je suis Brahm, le Karma acquis en mille millions de kalpas est épuisé, comme s’évanouit au réveil le karma de la vie de rêve.
- Quelle que soit la chose bonne ou mauvaise qui soit faite en état de rêve, comment pourrait-elle être efficace pour conduire au ciel ou à l’enfer le rêveur éveillé ?
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji


