Suprême Joyau de Sagesse – versets 391 à 420

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  1. L’atma est Brahma, l’atma est Vishnou, l’atma est Indra, l’atma est Shiva, l’atma est tout cet univers ; en dehors d’atma il n’y a rien.
  2. L’atma est à l’intérieur, il est à l’extérieur ; l’atma est devant, il est aussi derrière ; l’atma est au Sud et au Nord ; l’atma est en haut et en bas.
  3. Comme la vague, l’écume, le tourbillon et le bouillonnement ne sont essentiellement que de l’eau, ainsi tout, depuis le corps jusqu’à l’égotisme n’est que conscience, c’est-à-dire bonheur pur et absolu.
  4. En vérité, tout cet univers connu par l’intelligence et par la parole, est esprit ; en vérité, rien n’est, excepté l’esprit, qui est à l’opposé de Prakriti. Tous les genres variés des pots de terre, sont-ils différents de la terre ? L’ego, dans un corps, enivré par le vin de Maya, parle de « moi » et « toi ».
  5. Quand on a mis fin à l’action, il ne reste rien autre que cela. Le Sruti déclare l’absence de dualité afin que soit éloigné la conception erronée qui attribue une chose à une autre.
  6. Le soi réel est en essence le suprême Brahm, pur comme l’espace, sans vikalpa, sans limite, sans mouvement, ni modification, sans rien d’intérieur ni d’extérieur ; il est sans second, sans nul autre que lui-même ; qu’y a-t-il donc de plus à connaître ?
  7. Que dire encore ? Jiva (l’ego) swayam (le réel soi), depuis l’atome jusqu’à l’Univers, tout est l’unique Brahm, – sous différentes formes. Le Sruti dit : Moi (le Logos), je suis Parabrahm. Ceux dont l’esprit est ainsi illuminé, qui ont abandonné tout ce qui est extérieur, habitent dans l’éternel Chidananda Atma (le Logos), toute conscience et félicité ; ainsi ils atteignent Brahm. Cela est tout à fait certain.
  8. Par la force de ta volonté, tue les désirs qui, nés de l’égoïsme, s’élèvent dans le corps physique rempli d’impuretés, puis ceux qui naissent dans le corps astral, subtil comme l’air. Sache que le soi réel dont la gloire est célébrée dans les Vedas, est éternel, plein de félicité, et repose-toi en Brahm.
  9. Aussi longtemps qu’un homme est attaché à la forme corporelle (le corps physique), il est souillé (56) par ses ennemis (57) et il doit supporter la souffrance inséparable de la naissance, de la mort et de la maladie. C’est seulement lorsqu’il perçoit le pur atma qui est félicité et immuable, qu’il se libère de ces choses, – ainsi le disent les Védas.
  10. Lorsque tous les attributs du monde phénoménal, qui s’attachent au soi, ont été écartés, le vrai soi apparaît comme le suprême, l’unique, l’omniprésent, l’impassible Brahm.
  11. Quand les fonctions du soi pensant sont au repos dans Paratma (le Logos) qui, en son essence, est Parabrahm dépouillé de vikalpa, – ce vikalpa n’est plus perçu, il n’en subsiste que de simples paroles.
  12. Dans la substance unique, non différentiée, sans forme et sans visesha (58) où se trouve la diversité. La conception que cela est l’univers est donc une conception fausse.
  13. Dans la substance unique dépourvue de toute condition d’existence, telles que la connaissance, le connaisseur et le connu, substance non différentiée, sans forme, sans visesha, où trouver la diversité ?
  14. Dans la substance unique pleine comme l’océan plein de Kalpa (59), non différentiée, sans forme, sans visesha, où trouver la diversité ?
  15. Dans la réalité suprême sans seconde, et sans visesha, en qui l’ignorance, cause de l’illusion est détruite, comme l’obscurité est détruite par la lumière, où trouver la diversité ?
  16. Dans la réalité suprême, comment pourrait-il y avoir trace de diversité ? Par qui serait perçue la diversité en sushupti, qui n’est simplement qu’un état de félicité ?
  17. Lorsque la suprême Vérité est réalisée, en aucune des trois divisions du temps ne peut être trouvé l’univers qui est sadatma (le réel soi), Brahma en substance dépourvu de vikalpa (distinction ou dualité). C’est ainsi que lorsqu’est perçue la vérité, il n’y a pas de serpent dans la corde, ni une goutte d’eau dans le mirage (60).
  18. L’attribut est manifesté par la seule action de Maya. Dans la réalité absolue, il n’y a pas d’attribut ; cela est énoncé clairement dans les Védas, et perçu en sushupti.
  19. L’identité de ce qui est attribué à la substance avec la substance elle-même a été perçue par le sage, dans le cas de la corde et du serpent. La distinction est maintenue par erreur.
  20. Cette distinction prend racine dans le principe pensant ; sans lui, elle n’existerait pas. Puisqu’il en est ainsi, mets ce principe pensant au repos, dans Paramatma qui est le Logos.
  21. L’homme sage en samadhi perçoit en son cœur ce quelque chose qui est connaissance éternelle, pure félicité, le but suprême incomparable, qui est éternellement libre, sans action, illimité comme l’espace, sans souillure, au-dessus de la distinction du sujet et de l’objet, qui est en essence l’omniprésent Brahm.
  22. L’homme sage en samadhi perçoit en son cœur ce quelque chose dépourvu de Prakriti et de ses modifications, dont l’état d’existence dépasse notre conception, qui est uniforme, sans égal, au-dessus des liens créés par manas, qui a été établi par les déclarations des Védas et connu comme le Logos éternel, qui est en son essence l’omniprésent Brahm.
  23. L’homme sage en samadhi perçoit en son cœur l’immortelle impérissable substance, semblable à un océan immuable, substance qui ne saurait être désignée par une simple négation, ou par un nom. En elle, l’activité des gunas a pris fin, elle est éternelle, paisible, une.
  24. Ayant mis au repos l’antanhkarana (l’intellect) dans le vrai soi, tu percevras cela, dont la gloire est indestructible ; par des efforts constants détruis le lien qui porte le sceau de l’existence conditionnée, et rends ton humanité fructueuse.
  25. Réalise l’atma qui réside en toi-même, libéré de tout upadhi, être sans dualité, conscience et félicité ; ainsi tu ne seras plus soumis à l’évolution.
  26. Le Mahatma ayant abandonné son corps visible, comme s’il était un cadavre, ne fixe plus ses pensées sur ce corps et le considère seulement comme l’ombre reflétée de l’homme, quoiqu’il continue à éprouver les effets de Karma.
  27. Ayant approché le Logos qui est éternel, pure connaissance et félicité, abandonne cet upadhi qui est impur (le corps). Tu ne lui accorderais plus alors aucune pensée, – le souvenir des souillures que l’on a rejetées ne donne que du dégoût.
  28. Lorsque le grand sage a consumé toutes ces choses jusque dans leurs racines au feu du soi réel qui est en essence Brahm sans second, il demeure dans le Logos, éternel, pure connaissance et félicité.
  29. Le connaisseur de vérité, dont l’être est graduellement absorbé dans le Logos qui est Brahm et félicité, n’a plus de regard pour le corps. Que ce corps persiste ou soit détruit, il est lié par les fils du Karma prarabdha (61) et il est impur comme le sang d’une vache.
  30. Ayant perçu le Logos qui est indestructible et connaisseur de vérité, comment nourrir le corps ?

Versets suivants et fin: 421 à 451

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji
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