Suprême Joyau de Sagesse – versets 331 à 360

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  1. C’est pourquoi il n’est pas d’autre mort que la négligence pour celui qui possède le discernement et qui connaît Brahm en samadhi. Celui qui est absorbé dans le réel soi obtient un complet succès. Sois donc attentif et maître de toi-même.
  2. Pour cela, abandonne les pensées se rapportant aux objets des sens, cause de tous les maux. Celui qui durant sa vie réalise l’unité avec le suprême, fait de même quand il a abandonné son corps. Quant à celui qui reste conscient de la plus légère différenciation, aussi faible soit-elle, il y a pour lui sujet de crainte, ainsi le dit le Yajur Veda (50).
  3. En quelque temps que ce soit, lorsque l’homme instruit perçoit même un atome de différenciation dans l’infini Brahm, ce qu’il perçoit comme différence, à cause de sa négligence, devient pour lui une cause d’inquiétude.
  4. Celui qui, en dépit de centaines d’affirmations contraires qui se trouvent dans les Srutis (Vedas), Smriti (les livres de la loi), et Nyaya (la logique) regarde ce qui peut être perçu comme étant l’ego, est plongé de douleurs en douleurs. Un tel homme qui nourrit une croyance défendue est comparable à un démon.
  5. L’homme libéré, dévoué à la poursuite de la vérité, atteint inévitablement la gloire du réel soi, pendant que celui qui se consacre à la recherche de la fausseté périt. La chose est observée dans le cas même d’un voleur et d’un honnête homme.
  6. L’ascète abandonnant la recherche de l’irréel, cause de l’esclavage, demeure dans cette perception spirituelle : « Je suis le Logos. » La dévotion à Brahm procure la félicité par la réalisation du réel soi, et supprime la grande douleur qui est ressentie comme effet d’avidya.
  7. La recherche des objets extérieurs a comme résultat d’accroître de plus en plus les mauvais vasana ; c’est pourquoi par le discernement, reconnais le vrai caractère de tels objets, et, les abandonnant, sois constamment occupé à la recherche du réel soi.
  8. La poursuite des objets extérieurs étant réfrénée, la tranquillité de l’intellect manas survient ; de la tranquillité de manas naît la vision de Paramatma (le Logos) ; de la claire perception de Paramatma résulte la destruction de l’esclavage, de l’existence conditionnée. L’éloignement des choses extérieures est la voie de la libération.
  9. Parmi les hommes instruits, capables de discernement entre le réel et l’irréel, comprenant l’objet suprême d’après les conclusions données par les Srutis et aspirant à la libération, quel est celui qui, de même qu’un enfant voudrait se reposer dans l’irréel, cause de sa propre chute ?
  10. Il n’y a pas de moksha pour celui qui est attaché au corps et aux autres choses ; celui qui est libéré ne regarde pas le corps et ces choses comme étant l’ego. L’homme endormi n’est pas éveillé, et l’homme éveillé n’est pas endormi, des attributs différents sont propres à chacun de ces états.
  11. Il est libéré celui qui par l’intelligence spirituelle ayant perçu le Logos intérieurement et extérieurement, aussi bien dans les choses mouvantes que dans celles qui sont immuables, le reconnaît comme étant la base de l’ego, et qui abandonnant tous les upadhis s’identifie avec l’indestructible et omniprésent Logos.
  12. Pour se dégager des liens de l’esclavage il n’est pas d’autre moyen que de réaliser la nature du Logos. Lorsque cesse la poursuite des objets sensoriels, l’état d’être du Logos est atteint par une dévotion incessante envers lui.
  13. Comment celui qui regarde le corps comme le soi, dont l’intellect est engagé à la poursuite des objets extérieurs et dont toutes les actions se rapportent à lui, pourrait-il se détourner des objets sensoriels, alors que seul peut le faire et avec grand effort le sage qui sait la vérité, dont la dévotion est sans cesse consacrée au Logos, qui aspire à la félicité éternelle, et qui a renoncé à tout dharma (observances coutumières) et à tout karma (cérémonies et rites religieux) ?
  14. Pour que le Bhikshu (51) engagé dans l’étude de la philosophie puisse atteindre l’état du Logos, le texte des Sruti lui prescrit samadhi. – « Possédant la domination sur les organes extérieurs, l’intellect, » etc.
  15. Le sage, lui-même, n’est pas capable de détruire en un instant l’égoïsme qui est devenu fort par la croissance. Vasana crée bien des naissances pour ceux qui n’ont pu s’établir en Nirvikalpa samadhi.
  16. Vikshepa sakti en attachant l’homme, par le pouvoir de Avarana sakti (52), à l’idée illusoire du soi, le conduit par ses qualités à l’existence corporelle.
  17. À moins que ne cesse complètement Avarana sakti, la conquête de Vikshepa sakti est impossible. La nature inhérente à l’Avarana sakti est détruite dans le soi, quand le sujet et l’objet apparaissent distincts l’un de l’autre, tels que le sont le lait et l’eau.
  18. Quand cesse complètement l’activité de Vikshepa sakti par rapport à ce qui est irréel, apparaît le discernement parfait exempt de doute et sans obstacle, né d’une claire perception qui sépare les principes réels et irréels, brisant les liens de l’illusion produits par Maya. Pour celui qui est ainsi délivré, il n’est plus d’existence changeante.
  19. Le feu produit par la connaissance de l’unité sans limites de Brahm consume jusqu’au bout la forêt qui a nom avidya ; d’où sortirait alors la semence de l’existence changeante pour celui qui a complètement atteint l’état d’unité ?
  20. Par une parfaite réalisation de l’unique substance Avarana sakti cesse. La destruction de la fausse connaissance met fin à la douleur qui est née de Vikshepa sakti.
  21. Par la perception du vrai caractère de la corde trois choses sont vues (53). C’est pourquoi le sage doit connaître la substance essentielle, afin d’être libéré de l’esclavage.
  22. Buddhi uni à la conscience, – comme le fer est uni au feu – se manifeste comme faculté de sensation. Les effets de cette manifestation sont triples, comme il est mentionné ci-dessus ; voilà pourquoi ce qui est perçu dans l’erreur, en rêve et en désir est faux.
  23. Par conséquent, tous ces objets, depuis ahankara jusqu’au corps, sont des modifications de Prakriti. Ils sont irréels parce qu’à chaque moment ils paraissent différents, tandis que l’atma n’est en aucun temps autre que lui-même.
  24. Paramatma est la félicité éternelle, sans mélange, la conscience éternelle, unique, indestructible, la forme immuable, le témoin de buddhi et des autres ; il diffère de l’ego, aussi bien que du non-ego, sa vraie signification est indiquée par le mot « Je » (aham), le réel soi.
  25. L’homme sage qui a discerné ainsi entre l’ego et le non-ego, qui a pris conscience de l’unique réalité par une perception spirituelle innée, et qui a réalisé son propre atma comme une indestructible connaissance, se repose dans le soi réel, libéré de l’ego, comme du non-ego.
  26. Lorsque par avikalpa samadhi la connaissance de l’unique atma est obtenue, l’ignorance, – le lien du cœur – est complètement détruite.
  27. Paramatma (le Logos) n’ayant en lui ni dualité, ni différence, c’est par l’insuffisance de buddhi que sont produites des conceptions telles que moi, toi, et cela. Quand samadhi se manifeste toutes les différenciations se rapportant à lui, (le jiva) sont détruites par la réalisation de l’unique substance.
  28. L’ascète qui possède sama, dama, le suprême uparati, et kshanati (l’endurance), qui s’est voué au samadhi perçoit l’état du Logos, et par cette perception détruit entièrement tout vikalpa (erreur) produit par avidya ; il demeure dans la félicité de Brahm, libéré de vikalpa et de l’action.
  29. Ceux-là seuls sont libérés de l’esclavage de l’être conditionné, qui, s’étant élevés au-dessus de tout ce qui est extérieur, l’ouïe, l’intellect, le soi et l’égotisme, ont atteint le chidatma (le Logos), et s’absorbent en lui ; mais non pas ceux qui ne font que parler simplement du mystère.
  30. Les différences qui se trouvent dans l’upadhi, font paraître le vrai soi comme divisé ; quand l’upadhi est supprimé le vrai soi demeure. Que l’homme sage reste toujours dévoué à Akalpa samadhi, jusqu’à la dissolution finale de l’upadhi.

Versets suivants: 361 à 390

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji
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