Suprême Joyau de Sagesse – versets 31 à 60

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  1. Quand l’absence de désir et l’aspiration pour la libération sont faibles, Sama et les autres qualifications ne seront qu’indiquées, telle l’eau dans un mirage.
  2. Parmi les instruments de libération, le suprême est la dévotion. On appelle dévotion, la méditation sur la vraie forme du soi.
  3. Certains disent que la dévotion est la méditation sur la nature de son propre Atma. Celui qui possède toutes ces qualifications est apte à connaître la vraie nature d’Atma.
  4. Un tel homme doit approcher le gourou, par qui la délivrance de l’esclavage peut être obtenue : un sage, ayant la science des Écritures, sans péché, libéré du désir, et connaissant la nature de Brahman.
  5. Un sage parvenu au repos de l’esprit, – telle la flamme qui se repose lorsque le bois est consumé, – et animé d’une bienveillance que nulle considération personnelle ne guide, est désireux de secourir tous ceux qui cherchent assistance.
  6. L’homme ayant obtenu la faveur d’un tel précepteur, qui n’est pas autrement engagé, s’adressera à lui, et dans un maintien respectueux et obéissant, lui exposera l’objet de ses recherches.
  7. « Salut à toi, ô Seigneur plein de compassion. Ô ami de ceux qui te rendent hommage. Je suis tombé dans l’océan des naissances et des renaissances. Sauve-moi par ton regard, qui ne se refuse jamais, et d’où s’écoule l’ambroisie de vérité et de pardon. »
  8. « Protège de la mort celui qui est brûlé par le terrible feu des existences incessamment changeantes, et qu’il ne peut éteindre ; celui qui ballotté, oppressé, par les vents de la mauvaise fortune n’a de refuge qu’en toi ».
  9. Les grands et pacifiques Êtres vivent, régénérant le monde comme le fait la venue du printemps. Après avoir traversé l’océan de l’existence corporelle, ils aident ceux qui, dénués de motifs personnels, s’efforcent de suivre leur voie.
  10. Ce désir d’aider est spontané chez eux, car la tendance naturelle des grandes âmes est de faire disparaître la souffrance d’autrui comme la lune aux rayons ambroisés, rafraîchit la terre brûlée par les ardents rayons du soleil.
  11. « Ô Seigneur, brûlé comme je le suis, par l’ancien feu des naissances et des re-naissances, rafraîchis-moi, charme mon oreille par des paroles, dont les délices qui découlent de ta bouche se mêlent à l’essence de ton expérience, donne-moi le plaisir que procure la connaissance de Brahma, plaisir sacré et apaisant. Heureux ceux qui attirent ton regard, même pour un moment, car ils deviennent des réceptacles choisis, et tu les acceptes pour disciples.
  12. « Comment traverserai-je cet océan des naissances et des re-naissances ? Quelle est ma destinée ? Y a-t-il des moyens ? Ô Seigneur, je ne sais. Ô Seigneur, dans ta bonté protège-moi, allège la douleur qui s’élève des naissances et des re-naissances.
  13. La grande âme regardant avec des yeux émus et pleins de compassion, celui qui brûlé par l’ancien feu des naissances et des re-naissances innombrables, cherche en elle un refuge, s’adresse aussitôt à lui, et met fin à ses craintes.
  14. Car le Sage, avec miséricorde, enseigne la vérité au disciple qui l’approche, désireux de libération et mettant en pratique les moyens requis pour l’obtenir, c’est-à-dire, qui possède Sama et le calme de l’esprit.
  15. « Ne crains rien, homme sage, il n’est pas pour toi de dangers. Il existe un moyen de traverser l’océan des naissances et des re-naissances, celui par lequel tous les yogis l’ont traversé. Je te l’indiquerai.
  16. Il est un moyen efficace, pour la destruction des naissances et des renaissances ; par lui, traversant l’océan de l’instabilité, tu atteindras la félicité suprême.
  17. Par une exacte compréhension des fins proposées par la Védanta, l’excellente connaissance est produite ; par elle la grande misère des naissances et des re-naissances est terminée.
  18. Il est directement indiqué par les Écritures, que Sradha, Bhakti, Dhyan et Yoga sont les causes qui donnent naissance à la libération ; quiconque reste fidèle à leur pratique, est délivré des chaînes de l’existence dans un corps.
  19. Par ignorance une relation s’est établie entre toi qui es Paramatma et ce qui n’est pas Atma ; de là cette roue des existences dans un corps. Par la flamme de sagesse qui naît du discernement, le produit de l’ignorance est consumé jusque dans ses propres racines.
  20. Ô Seigneur, par grâce, écoute ! Je t’adresse une question, et quand j’aurai reçu la réponse de tes lèvres, mon but sera atteint.
  21. Que sont les chaînes ? Quelle est leur origine ? Comment sont-elles maintenues ? et comment les briser ? Qu’est-ce qui est non-esprit ? Qu’est-ce qui est esprit suprême ? Comment les distinguer ? Le Maître dit :
  22. Tu es heureux, tu as atteint le but, par toi ta famille est sanctifiée, dans la mesure où, te libérant des chaînes d’Avidya, tu as désiré devenir Brahm.
  23. Les fils, et d’autres encore, peuvent décharger un père de ses dettes, mais nul autre que soi-même, ne peut briser ses propres chaînes.
  24. Il est possible de soulever le fardeau qui pèse sur les épaules d’autrui, mais la souffrance qui naît de la faim ne peut être apaisée que par soi.
  25. On voit le malade recouvrer la santé à l’aide du remède qu’il absorbe, et du régime qu’il suit, mais non par des actes accomplis par d’autres.
  26. L’unique réalité, dans sa nature même, doit être connue par la perception spirituelle personnelle, non par les enseignements d’un pandit (un savant) ; la forme de la lune doit être vue par nos propres yeux, comment la verrions-nous par les yeux des autres ?
  27. Quel autre que soi-même (atma) pourrait briser les chaînes d’Avidya, Kama et Karma (ignorance, passion et action) même en y consacrant mille millions de kalpas (2) ?
  28. La libération ne peut être atteinte que par une perception directe de l’identité de l’être individuel avec le soi universel ; elle ne le sera, ni par Yoga (entraînement physique), ni par Sankhya (philosophie spéculative), ni par la pratique des cérémonies religieuses, ni par la science pure.
  29. La forme et la beauté du luth (vina), l’art d’en faire résonner les cordes, sont pour le divertissement du peuple, mais ne contribuent pas à la loyauté des sujets, comme le bon gouvernement d’un roi.
  30. La bonne prononciation, la correction du langage, l’exégèse habile, la science, font les délices du savant, mais ne l’amènent pas à la libération.

Versets suivants: 61 à 90

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji
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