- La conception erronée qui attribue une chose à une autre, telle que de concevoir atma comme l’égotisme, le corps, les sens etc., doit être rejetée par le sage au moyen de la dévotion à atma (45).
- Connaissant cet atma comme le témoin de l’intellect et de ses opérations, ayant de plus, par une conduite pure, perçu cet atma comme étant le soi, cesse de concevoir comme esprit le non-esprit.
- Ayant refusé de te soumettre au monde, au corps, ou aux écritures, supprime la conception fausse que le non-atma est l’atma.
- C’est à cause du désir que l’on a pour les choses du monde, les écritures et le corps, que la vraie connaissance ne peut se faire jour.
- Cette cruelle trinité du désir est nommée par ceux qui savent, la chaîne de fer qui lie les pieds de celui qui aspire à se libérer de la prison de l’existence conditionnée ; celui qui n’est pas lié par elle, atteint la libération.
- De même que par le mélange avec l’eau, ou par frottement, le bois de santal émet une excellente odeur, chassant toute odeur déplaisante, ainsi l’aspiration divine, devient sensible quand le désir pour les choses extérieures a disparu.
- L’aspiration vers le suprême atma est recouverte par la poussière du funeste désir intérieur, mais, semblable au bois de santal, elle se purifie et émet une suave odeur, au contact de la sagesse.
- L’aspiration vers atma est retenue dans le filet des désirs non-spirituels ; ces désirs sont détruits par une constante dévotion à atma ; dès lors l’aspiration divine peut se manifester.
- Dans la mesure où l’intellect s’affermit par sa dévotion à atma, le renoncement à tout désir pour les choses extérieures s’établit en lui ; lorsque tous les désirs sont épuisés, la réalisation d’atma n’a plus d’obstacles.
- Par un abandon constant en atma l’intellect individualisé du yogui disparaît, et ses désirs sont épuisés ; puisqu’il en est ainsi, mets fin à la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- La qualité qui a nom tamas est éliminée par la présence des deux qualités : rajas et satwa ; rajas est détruit par satwa et satwa par satwa purifié ; ainsi, prenant refuge en satwa, mets fin à la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- Ayant acquis la certitude que le corps s’attache au karma passé, deviens ferme, calme, et par un grand effort, mets fin à la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- Par la réalisation de « Je ne suis pas jiva mais Parabrahm, » mets fin à la conception erronée, produite par la force du désir, que le non-esprit est esprit.
- Ayant appris des Ecritures, par un raisonnement logique et par expérience, la nature omniprésente d’atma, mets fin à la conception erronée, produit d’un jugement trompeur, que le non-esprit est esprit.
- Pour le muni (l’ascète), il n’existe pas d’actes tels que donner ou recevoir ; ainsi par la dévotion à l’unique, mets fin sans retard à la conception erronée que le nonesprit est esprit.
- Afin de fortifier la conviction de ta propre identité avec Brahm, par la connaissance de celle du soi et de Brahm, qui naît de ces paroles « tu es cela », repousse la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- Aussi longtemps que la notion « Je suis ce corps », n’est pas complètement abandonnée, exerce avec grande concentration le contrôle sur toi-même, et par un grand effort repousse la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- Ô homme sage ! tant que restera en toi, ne serait-ce qu’en rêve, la notion qu’il y a jiva et le monde, repousse, sans interruption, la conception erronée que le non-esprit est esprit.
- Sans t’accorder le moindre moment d’oubli, dans le sommeil, au milieu des affaires et des conversations mondaines, ou devant tous objets des sens, médite sur le soi dans le soi.
- Ayant mis de côté ce corps composé de chair et d’impuretés, engendré par les souillures du père et de la mère, comme on se débarrasse d’un hors-caste ; deviens Brahm et atteins le but.
- Ayant fondu l’ego dans le Logos, comme l’espace occupé par la cruche d’eau est plongé dans le libre espace ; reste en cet état à jamais silencieux, ô ascète.
- Etant devenu le soi-illuminé, Paramatma (le Logos), sur qui toute chose repose à travers sadatma (l’ego), le macrocosme aussi bien que le microcosme doivent être abandonnés, comme l’on rejette un vase rempli d’impuretés.
- Ayant transféré à chidatma (le réel soi, qui est béatitude et vérité), le concept qui te fait regarder l’individualité ou ego comme inhérent au corps ; ayant ensuite abandonné le lingasariram (le corps astral), deviens un à jamais avec le Logos.
- Quand tu auras réalisé ceci : « moi » (le Logos) je suis une manifestation de Brahm en qui cet univers est reflété, comme une cité dans un miroir, tu auras atteint l’objet final.
- Etant parvenu à cette conscience primordiale, félicité absolue dont la nature est vérité, qui est sans forme et sans activité, abandonne ce corps illusoire qui a été revêtu par atma, comme un acteur se dépouille du costume dont il s’était paré.
- Du point de vue du Logos, l’univers objectif est faux ; il n’est pas « moi » (le Logos), parce qu’il est seulement transitoire. Comment alors le concept « Je connais toute chose » pourrait-il s’établir par rapport aux objets transitoires, tels que l’égotisme, etc. ?
- Aham Padartha (le Logos) est le témoin de l’égotisme et des autres manifestations, puisque son existence est toujours perçue, même dans le sommeil sans rêve. Les Écritures elles-mêmes l’appellent éternel, sans naissance ; le Pratyagatma est donc différent de la vérité et de la non-vérité relatives.
- L’éternel, immuable logos seul peut être le connaisseur de toutes les différenciations de ceux qui sont différenciés. Le caractère de ce qui est différencié et différentiable est donc irréel, puisqu’il est à maintes reprises perçu dans les désirs du mental, à l’état de veille, ainsi que dans le rêve et le sommeil sans rêve.
- Puisqu’il en est ainsi, abandonne la notion du « Je » par rapport à une masse de chair, ainsi que cette notion elle-même qui n’est que le produit de Buddhi. Ayant connu l’atma qui est connaissance parfaite, indifférent au passé, au présent, à l’avenir, atteins la paix.
- Abandonne la notion du « moi » par rapport à la famille, la race, le nom, la forme, la condition sociale, tout cela qui dépend de ce corps physique ; de même ayant renoncé aux propriétés du linga sarira telles que le sentiment d’être l’acteur etc., – deviens l’existence elle-même, de laquelle émane la félicité absolue.
Versets suivants: 301 à 330
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji