- Comme l’eau dans la citerne, est cachée par la mousse qui la recouvre, ainsi atma recouvert des cinq enveloppes produites par son propre pouvoir, et commençant par annamaya ne peut se manifester.
- Lorsque la mousse est écartée, l’eau pure qui apaise la chaleur et la soif apparaît, causant immédiatement à l’homme une grande joie.
- C’est lorsque les cinq enveloppes sont rejetées qu’apparaît le pur pratyagatma (le Logos), l’éternelle joie, pénétrant toute chose, la suprême lumière elle-même.
- Un homme sage doit acquérir le discernement entre l’esprit et le non-esprit ; c’est seulement par la réalisation du soi qui est l’être absolu, la conscience et la félicité, qu’il trouvera lui-même la béatitude.
- Quiconque a établi la distinction entre le pratyagatma qui est sans attachement ni activité, et la série des objets, comme l’on distingue le roseau du « tiger-gras », et qui immerge toute chose en cela, trouve le repos, car il sait que c’est là le soi réel. En reconnaissant le pratyagatma, et transférant en lui l’individualité humaine, il parvient à la libération (26).
156-157. Ce corps produit par la nourriture, qui vit par la nourriture et qui périt sans elle, qui est un composé de peau, d’épiderme, de chair, de sang, d’os et d’impuretés, est l’enveloppe appelée annamaya ; il ne peut être regardé comme le soi qui est éternel et pur.
- Cet atma était avant naissance et mort et il est maintenant ; comment lui, le vrai soi, le connaisseur des états (27) et modifications, pourrait-il être éphémère, changeant, différencié, un simple véhicule de conscience ?
- Le corps possède des mains, des pieds, etc… il n’en est pas ainsi du vrai soi, qui lui, quoique sans membres, parce qu’il est le principe vivifiant, et que ses pouvoirs sont indestructibles, est le gouverneur et non le gouverné.
- Le vrai soi étant le spectateur du corps, de ses propriétés, de ses actions et de ses conditions, il est de toute évidence que ces marques caractéristiques ne peuvent être attribuées à l’atma.
- Comblé de misère, recouvert de chair, rempli d’impuretés, accablé de péchés, comment (le corps) pourrait-il être le connaisseur ? L’ego est autre que cela.
- L’homme abusé considère l’ego comme étant la masse de peau, de chair, de graisse, d’os et d’impuretés. L’homme de discernement sait que la forme essentielle du soi, qui est vérité suprême, ne peut avoir ces choses pour caractéristiques.
- « Je suis le corps ». Telle est l’opinion de l’homme dans l’erreur ; l’homme instruit applique la notion du « Je », aussi bien au corps qu’au jiva (monade). Mais la conviction de la grande âme qui possède le discernement et la perception directe, est par égard au soi éternel : « Je suis Brahman ».
- Ô toi ! dont le jugement est perverti, abandonne l’opinion que l’ego consiste en cette masse de peau, de chair, de graisse, d’os et d’impuretés ; sache que le soi réel est l’omniprésent, l’immuable atma : tu obtiendras ainsi la paix.
- Alors même que l’homme sage connaîtrait les védas et leurs significations métaphysiques, tant qu’il n’abandonnera pas l’idée que l’ego est composé du corps, des organes, etc…, idées produites par l’illusion, il n’y aura pour lui nul espoir de salut.
- L’idée que chacun a du « moi » n’est jamais basée sur l’ombre ou le reflet du corps, pas plus que sur le corps vu en rêve ou imaginé par l’esprit ; elle ne saurait davantage être basée sur le corps vivant.
- Parce que la semence qui produit la souffrance, sous forme de naissance, etc…, n’est autre que la conviction erronée que l’ego est simplement le corps, les efforts les plus pénibles doivent être entrepris pour se débarrasser de cette idée ; l’attraction pour l’existence matérielle cessera de ce fait.
- Conditionnée par les cinq organes d’action, cette vitalité devient l’enveloppe pranamaya au moyen de laquelle l’ego incarné accomplit toutes les actions du corps matériel.
- Le pranamaya étant la modification de la vie respiratoire, le va-et-vient interne et externe du souffle, ne saurait être non plus l’atma puisqu’il ne peut discerner par lui-même le bien du mal, le réel soi d’un autre, il est toujours dépendant (du soi).
- Les organes de sensation réunis au manas forment l’enveloppe manomaya qui est la cause (hetu) de la distinction qui s’établit entre moi et le mien ; cette distinction est le résultat de l’ignorance, elle envahit l’enveloppe précédente et manifeste sa puissance en séparant les objets au moyen de noms, etc…
- Les cinq sens, tels cinq Hotris (28) nourrissent le feu de l’enveloppe manomaya avec les objets, comme avec des torrents de beurre fondu ; flamboyant de nombreux désirs, ce feu brûle le corps, fait des cinq éléments.
- Auprès de manas est avidya. Manas est lui-même l’avidya, l’instrument qui produit l’esclavage de l’existence conditionnée. Quand cet avidya est détruit, tout disparaît ; quand il se manifeste, tout est manifesté (29).
- En rêve, alors qu’il n’y a pas de réalité de substance, on entre, par le pouvoir de manas dans un monde de joie. Il en est de même, et sans nulle différence dans la vie de veille, car le tout n’est que la manifestation de manas (30).
- Chacun sait que lorsque manas est plongé dans l’état de sommeil sans rêve rien ne reste. Ainsi ce qui est contenu dans notre conscience est créé par manas et n’a pas d’existence réelle.
- Les nuages sont amoncelés par le vent (31) puis encore dispersés par le vent ; l’esclavage est créé par le manas, et par lui aussi, la libération est produite.
- Produisant l’attachement au corps et à tous autres objets le manas lie l’individu, comme un animal est lié avec une corde ; engendrant ensuite l’aversion envers ces choses, comme si elles étaient un poison, le manas lui-même libère l’homme de son esclavage.
- C’est ainsi que le manas est cause de l’esclavage de l’individu, aussi bien que de sa libération. Quand il est souillé par la passion il enchaîne, mais quand il est pur, dépourvu de passion, et délivré de l’ignorance, il est libérateur.
- Quand le discernement et le détachement prédominent, le manas ayant atteint la pureté est prêt pour la libération ; c’est pourquoi ces deux qualités doivent être fortifiées dès le début, chez l’homme possédant buddhi et désireux d’être libéré.
- Le grand tigre qui a nom manas erre à travers la forêt ; l’homme pur, désireux de libération, ne s’aventure pas dans la forêt.
- Le manas, par l’intermédiaire des corps grossiers et subtils de celui qui jouit, crée les objets de désir et produit perpétuellement les différences de corps, d’états, de conditions et de races, qui sont le résultat de l’action des qualités.
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji


