SAGESSE EGYPTIENNE – Partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE

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La découverte d’une ressemblance analogue entre les mythes Orientaux et les contes et les anciennes traditions de Russie n’est pas pour nous surprendre, car il est tout naturel de rencontrer une similitude entre les croyances des familles sémitiques et aryennes. Mais lorsque nous découvrons une identité presque parfaite entre le rôle de Zarevna Militrissa, avec un croissant sur le front, se trouvant constamment en danger d’être dévorée par Zmei Gorinitch (le Serpent ou Dragon), qui joue un rôle si proéminent dans tous les contes populaires russes, et les caractères semblables dans les légendes mexicaines, et embrassant jusqu’aux moindres détails, nous ferons bien de nous arrêter et de nous demander s’il n’y a pas là quelque chose de plus qu’une simple coïncidence.

Cette tradition du Dragon et du Soleil, remplacé quelquefois par la Lune, a réveillé des échos dans les parties les plus reculées du monde. On l’explique sans peine à l’aide de la religion héliolâtre autrefois universelle. Il fut un temps où l’Asie, l’Europe, l’Afrique et l’Amérique étaient couvertes de temples consacrés au soleil et au dragon. Les prêtres prenaient les noms de leurs divinités, et c’est ainsi que la tradition de ces dernières formait un vaste réseau partout autour du globe : « Bel et le Dragon étant uniformément accouplés, et le prêtre de la religion Ophite prenant aussi uniformément le nom de son dieu (487) ». Néanmoins, « si la conception originelle est naturelle et intelligible… et si sa manifestation n’est pas nécessairement le résultat d’un échange quelconque de relations historiques », comme le dit le professeur Muller, les détails sont si frappants dans leur similitude, que nous ne pouvons nous contenter d’admettre que le problème soit ainsi entièrement résolu. L’origine de ce culte universel symbolique étant cachée dans la nuit du temps, nous aurions beaucoup plus de chances d’arriver à la vérité en remontant à la source de ces traditions. Or, où est-elle cette source ? Kircher croit que l’origine du culte Ophique et héliolâtre, la forme des monuments coniques et des obélisques, doit remonter à l’Hermès Trismégiste Egyptien (488). Où donc devons-nous chercher ce renseignement si ce n’est dans les livres Hermétiques ? Est-il vraisemblable que les auteurs modernes en sachent davantage ou même autant, au sujet des anciens mythes et des cultes de l’antiquité, que ceux qui les enseignaient à leurs contemporains ? Evidemment, deux choses sont nécessaires : la première, c’est de retrouver les Livres d’Hermès qui manquent ; et la seconde d’avoir la clé pour les comprendre, car il ne suffit pas de les lire. À défaut de cela, nos savants en sont réduits à des spéculations stériles, de même que, pour une raison analogue, les géographes perdent leur temps en vaines recherches des sources du Nil. En vérité l’Egypte est l’asile du mystère.

Sans nous arrêter à discuter si Hermès fut le « Prince de la magie postdiluvienne », ainsi que le nomme Des Mousseaux (489b), ou le principe de la magie antédiluvienne, ce qui paraît plus probable, une chose est certaine : c’est l’authenticité, l’exactitude et l’utilité des Livres d’Hermès – ou plutôt de ce qui reste des quarante-deux livres attribués au magicien Egyptien, lesquelles sont parfaitement reconnues par Champollion le jeune et confirmées par ChampolIion-Figeac qui s’y réfère. Or, si nous examinons attentivement les ouvrages cabalistiques, qui tous proviennent de cette réserve universelle des connaissances ésotériques, nous trouvons les reproductions de beaucoup de prétendus miracles opérés par l’art magique reproduits aussi par les Quichés ; et si même dans les fragments qui nous ont été transmis du Popol-Vuh original, il y a des preuves suffisantes que les coutumes religieuses des Mexicains, des Péruviens et autres races Américaines étaient à peu près identiques à celle des anciens Phéniciens, Babyloniens et Egyptiens ; et si enfin nous trouvons que quantité de leurs expressions religieuses ont étymologiquement la même origine ; comment ne pas croire qu’ils sont les descendants de ceux, dont les aïeux « s’enfuirent devant le brigand Josue fils de Nun (490) ? ». Nuñez de la Vega dit que Nin ou Imos, des Tzendales, était le Ninus des Babyloniens (491).

Il est possible que ce soit une simple coïncidence ; car l’identification de l’un avec l’autre repose sur un assez pauvre argument. « Mais on sait, ajoute Brasseur de Bourbourg, que ce prince et, selon d’autres, son père Bel ou Baal reçut, comme le Nin des Tzendales, les hommages de ses sujets sous la forme d’un serpent ». Cette dernière assertion, outre qu’elle est fantastique, ne se trouve confirmée nulle part dans les traditions babyloniennes. Il est vrai que les Phéniciens représentaient le soleil sous l’image d’un dragon ; mais tous les autres peuples qui symbolisaient leurs dieux solaires ont fait de même. D’après Castor et Eusebe qui le cite, Bélus, le premier roi de la dynastie Assyrienne, fut déifié, c’est-à-dire classé parmi les dieux, « mais seulement après sa mort (492) ». Ainsi, ni lui ni son fils Ninus ou Nin ne pouvaient avoir reçu leurs sujets sous la forme d’un serpent, quoi qu’aient fait les Tzendales. Bel, d’après les Chrétiens, c’est Baal ; et Baal, c’est le diable, depuis que les prophètes de la Bible ont désigné de la sorte toutes les divinités de leurs voisins ; c’est pourquoi Bélus, Ninus et le Nin Mexicain sont des serpents et des diables ; et comme le diable ou père du mal, est un, sous une foule de formes, il s’ensuit que, sous quelque nom que le serpent apparaisse, c’est le Diable. Etrange logique ! Pourquoi ne pas dire que Ninus l’Assyrien, représenté comme le mari et la victime de l’ambitieuse Sémiramis, était grand prêtre aussi bien que roi de son pays ? Que c’est en cette qualité qu’il portait sur sa tiare les emblèmes sacrés du dragon et du soleil ? De plus, comme le prêtre prenait généralement le nom de son Dieu, Ninus est représenté recevant ses sujets, comme représentant de ce dieu-serpent. L’idée est éminemment Catholique Romaine, et elle n’a d’ailleurs guère de portée, comme toutes leurs inventions. Si Nuñez de la Vega était si désireux d’établir une filiation entre les Mexicains et les adorateurs du soleil Biblique et du serpent, pourquoi n’a-t-il pas montré une autre et meilleure ressemblance entre eux, sans aller chercher chez les Ninivites et les Tzendales les sabots et les cornes du diable chrétien ?

Et pour commencer, il aurait pu se rapporter à l’Historia de Guatemala de Fuentes y Guzman, et au Manuscrit de don Juan Torres, le petit-fils du dernier roi des Quichés. Ce document, que l’on dit avoir été en la possession du lieutenant général nommé par Pedro de Alvarado, établit que les Toltèques eux-mêmes, descendaient de la maison d’Israël, et qu’abandonnés par Moise, après le passage de la Mer Rouge, ils tombèrent dans l’idolâtrie. Après leur séparation d’avec leurs compagnons, guidés par un chef nommé Tanub, ils avaient erré d’un continent à l’autre, et étaient arrivés à un endroit nommé les Sept Cavernes dans le royaume du Mexique, où ils fondèrent la célèbre ville de Tula, etc. (493b).

Si cette déclaration n’a jamais obtenu plus de créance qu’elle n’en a, c’est simplement dû au fait qu’elle passa par les mains du Père François Vasquez, historien de l’ordre de Saint-François (494b), et que cette circonstance, pour employer l’expression de Des Mousseaux à propos du pauvre défroqué l’abbé Huc, « n’est pas de nature à raffermir notre confiance ». Mais il est un autre point aussi important, sinon davantage, car il paraît avoir échappé à la falsification des zélés pères catholiques, et repose principalement sur la tradition Indienne. Un célèbre roi Toltèque, dont le nom est mêlé aux étranges légendes d’Utatlan, la capitale en ruines du grand royaume Indien, portait le titre biblique de Balam Acan (495b) ; le premier de ces noms étant tout particulièrement Chaldéen, et rappelant immédiatement à l’esprit celui de Balaam, avec son âne à voix humaine. Outre la déclaration de lord Kingsborough (496b), qui a trouvé une si grande ressemblance entre le langage des Aztèques (la langue mère) et l’Hébreu, un grand nombre de figures des bas-reliefs de Palenque, et d’idoles en terre cuite exhumées à Santa-Cruz Del Quiché, portent sur leur tête des bandelettes, avec une protubérance carrée au milieu du front, analogues aux phylactères portés pendant la prière par les Pharisiens Hébreux de l’antiquité, et même par les dévots de nos jours, surtout parmi les Juifs de Pologne et de Russie. Mais comme, après tout, cela n’est probablement qu’une imagination de notre part, nous n’insistons pas sur ces détails.

Suivant témoignage des anciens, confirmé par les découvertes modernes, nous savons qu’il existait de nombreuses catacombes en Egypte et en Chaldée, quelques-unes d’une très grande étendue. Les plus célèbres sont les cryptes souterraines de Thèbes et de Memphis. Les premières commencent du côté occidental du Nil, s’étendent vers le désert de Libye, et étaient connues sous le nom de catacombes ou passages du Serpent. C’est là que s’accomplissaient les mystères sacrés du kuklos anagkés, « l’Inévitable Cycle », plus généralement connu sous la désignation de « cycle de nécessité » ; inexorable sentence imposée à chaque âme après la mort corporelle, et après avoir été jugée dans la région Amenthienne.

Dans l’ouvrage de Brasseur de Bourbourg, Votan, le demi-dieu Mexicain, en racontant son expédition, décrit un passage souterrain, qui s’étend sous terre et se termine à la racine du Ciel, en ajoutant que ce passage était un trou de serpent, « un agu jero de culebra », et qu’il y fut admis, parce qu’il était lui-même « un fils des serpents » ou un serpent (497).

Cela est, en vérité, très suggestif ; car sa description du trou de serpent est celle de l’ancienne crypte égyptienne mentionnée plus haut. De plus, les hiérophantes égyptiens de même que ceux de Babylone s’intitulaient généralement « Fils du Dieu-Serpent », ou « Fils du Dragon » non pas, comme Des Mousseaux voudrait le faire croire à ses lecteurs, parce qu’ils étaient le fruit de l’incube Satan, l’ancien serpent de l’Éden, mais parce que, dans les mystères, le serpent était le symbole de la SAGESSE et de l’immortalité. « Le prêtre Assyrien portait toujours le nom de son dieu », dit Movers (498b). Les Druides des régions celto-britanniques s’intitulaient également serpents. « Je suis un Druide, je suis un Serpent », dit Taliesin (499b). Le karnak égyptien est un frère jumeau du Carnac de Bretagne, ce dernier signifiant la montagne du serpent. Les Draconties couvraient, jadis, la surface du globe, et ces temples étaient consacrés au Dragon, uniquement parce qu’il était l’emblème du soleil qui, à son tour, était le symbole du dieu le plus élevé, le Phénicien Elon ou Elion, qu’Abraham() reconnaissait pour El Elion (500). Outre le surnom de serpents, on leur donnait aussi celui de « constructeurs » ou « architectes » ; car l’imposante grandeur de leurs temples et de leurs monuments était telle que, même aujourd’hui, leurs ruines poussiéreuses effrayent les calculs mathématiques de nos ingénieurs modernes.

Brasseur de Bourbourg insinue que les chefs du nom de Votan, les Quetzal-Cohuatl, ou dieu serpent des Mexicains sont des descendants de Cham() et de Chanaan. « Je suis Hivim, disent-ils. Étant un Hivim, je suis de la grande race du Dragon (serpent). Je suis un serpent moi-même, car je suis un Hivim (501) ». Et Des Mousseaux exultant parce qu’il s’imagine être sur la trace du serpent ou plutôt du Diable, s’empresse de s’écrier : « Selon les plus savants commentateurs de nos livres sacrés, les Chivim ou Hivim ou Hévites étaient les descendants de Seth, fils de Chanaan, fils de Cham(), le maudit (502) ».

Toutefois, les recherches modernes ont démontré, sur des preuves irrécusables, que toute la table généalogique du dixième chapitre de la Genèse se rapporte à des héros imaginaires, et que les versets qui terminent le neuvième ne sont pas autre chose qu’un fragment de l’allégorie Chaldéenne de Sisuthrus et du déluge mythique, compilé et arrangé pour cadrer avec la légende de Noe(). Mais supposons que les descendants de ces Chananéens, « les maudits », eussent voulu se venger de cet outrage immérité ! Il leur eut été aisé de renverser les tables, et de répondre à ces racontars basés sur une fable, par un fait démontré par les archéologues et les symbologistes ; que Seth, le troisième fils d’Adam, et l’aïeul de tout le peuple d’Israël, l’ancêtre de Noe(), et le père du « peuple élu », n’était autre qu’Hermès, le dieu de la Sagesse appelé aussi Thoth, Tat, Seth, Set et Sat-an ; qu’en outre, lorsqu’on l’envisageait sous son mauvais aspect, c’était Typhon, le Satan Egyptien, qui s’appelait aussi Set. Pour le peuple juif, dont les hommes instruits, comme Philon le juif et Josephe l’historien, ne considéraient les livres mosaïques que comme une allégorie, une pareille découverte n’aurait pas grande importance. Mais pour les chrétiens qui, comme Des Mousseaux, acceptent très sottement au pied de la lettre les récits de la Bible comme de l’histoire, le cas est bien différent.

En ce qui concerne la filiation, nous sommes d’accord avec ce pieux écrivain ; et nous sommes chaque jour de plus en plus convaincus que quelques-uns des peuples de l’Amérique Centrale remontent aux Phéniciens et aux Israélites du temps de Moise, et que ces derniers étaient aussi bien adonnés à la même idolâtrie – si idolâtrie il y a – du culte du soleil et du serpent, que les Mexicains. Il y a des preuves – et des preuves Bibliques – que deux des fils de Jacob(), Lévi et Dan, de même que Juda, épousèrent des femmes Chananéennes, et qu’ils adoptèrent le culte de leurs femmes. Comme de juste, tout chrétien protestera, mais on peut en trouver la preuve dans la traduction de la Bible elle-même, toute revue et expurgée qu’elle soit aujourd’hui. Jacob() mourant dépeint ainsi ses enfants : « Dan, dit-il, sera un serpent sur le chemin, et une vipère sur le sentier, mordant les talons du cheval, pour que le cavalier tombe à la renverse. J’ai espéré ton secours, ô Eternel ». De Siméon à Lévi, le patriarche dit qu’ils « sont frères, des instruments de cruauté sont en leur demeure. Que mon âme n’entre point dans leur conciliabule, que mon esprit ne s’unisse point à leur assemblée (503b) ». Or, dans le texte original, les mots « leur conciliabule » sont remplacés par leur SOD (504). Et Sod était le nom pour les grands Mystères de Baal, Adonis et Bacchus, qui, tous, étaient des dieux-solaires, et avaient des serpents pour symboles. Les cabalistes expliquent l’allégorie des serpents de feu en disant que c’était le nom donné à la tribu de Lévi, à tous les Lévites, en un mot, et que Moise était le chef des Sodales (505). Voici le moment de prouver ce que nous avançons.

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