Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
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L’Egypte est la patrie et le berceau de la chimie. Kenrick prouve (467) que la racine du mot est chemi ou chem, qui était le nom donné au pays (Psaumes CV. 27). La chimie des couleurs paraît avoir été parfaitement connue dans cette contrée. Les faits sont là. Or, où chercherions-nous, parmi nos peintres, l’artiste qui décorerait les murs de nos monuments de couleurs impérissables ? Des siècles après que nos édifices de pygmées seront tombés en poussière, et que les villes qui les renferment seront devenues d’informes amas de briques et de mortier aux noms oubliés, les salles de Karnak et de Luxor (El Uxor) seront encore longtemps debout, et les superbes peintures murales de celle-ci seront sans doute aussi vives et aussi brillantes dans 4.000 ans, qu’elles l’étaient il y a 4.000 ans, et qu’elles le sont aujourd’hui, « La science de l’embaumement et la peinture à fresque, dit notre auteur, n’étaient pas, chez les Egyptiens, des découvertes du hasard, mais bien des notions acquises et basées sur des définitions et des maximes comme les inductions de Faraday ».
Les Italiens modernes s’enorgueillissent de leurs vases et tableaux Etrusques ; les ornements des vases Grecs excitaient l’admiration des amateurs de l’antiquité, et on les attribue aux artistes Grecs, tandis qu’en réalité « ce ne sont que des copies de vases Egyptiens ». On les retrouve sur les murs d’un tombeau du temps d’Amenophis Ier, époque à laquelle la Grèce n’existait pas encore.
Où, de nos jours, verrons-nous quelque chose de comparable aux temples creusés dans le roc d’Abou Simbel en Basse Nubie ? On y peut voir des statues assises hautes de soixante-dix pieds, sculptées en pleine roche. Le torse de la statue de Rhamses II à Thèbes mesure soixante pieds aux épaules, et le reste en proportion. À côté de cette sculpture de Titans, la nôtre paraît une sculpture de Pygmées. Le fer était connu des Egyptiens longtemps avant la construction de la première pyramide qui, selon Bunsen, date de plus de 20.000 ans. La preuve en est demeurée cachée pendant plusieurs milliers d’années dans la pyramide de Cheops, jusqu’au jour où le colonel Howard Wyse la découvrit, sous la forme d’un morceau de fer enfoncé dans un des joints, où il avait été évidemment Placé à l’époque de la construction de cette pyramide. Les Egyptologues apportent la preuve que les anciens, dans les temps préhistoriques, étaient parfaitement au courant de la métallurgie. « On trouve aujourd’hui encore, au Mont Sinaï, de grands dépôts de scories produits par la fonte (468) ». La métallurgie et la chimie, telles qu’elles étaient pratiquées alors, étaient connues sous la dénomination d’alchimie, et formaient la base de la magie préhistorique. De plus, Moise donne la preuve de son savoir dans la chimie alchimique en pulvérisant le veau d’or et en en jetant la poudre dans l’eau.
Si maintenant nous portons nos regards sur la navigation, nous serons à même de démontrer, sur de bonnes autorités, que Nechao II arma une flotte sur la Mer Rouge et l’envoya en exploration. La flotte resta absente plus de deux ans, et au lieu de revenir par le détroit de Bab el Mandeb, comme c’était l’habitude, elle rentra par le détroit de Gibraltar. Herodote n’était pas disposé à reconnaître aux Egyptiens le mérite d’une entreprise maritime aussi vaste que celle-là. Ils avaient semé le bruit, dit-il, qu’en « retournant dans leur patrie, le soleil se levait à leur droite ; chose qui me parait incroyable (469) ». « Et pourtant, observe l’auteur de l’article ci-dessus, cette assertion incroyable est aujourd’hui démontrée d’une incontestable exactitude, comme le comprendra tout homme ayant doublé le cap de Bonne-Espérance ». Il est ainsi prouvé que les plus anciens de ces peuples ont accompli une chose qui a été attribuée au génie de Colomb, bien des siècles plus tard. Ils rapportèrent qu’ils avaient jeté l’ancre deux fois dans le cours de leur voyage, qu’ils avaient semé du grain et qu’ils l’avaient récolté ; après quoi, ayant de nouveau mis à la voile, ils s’étaient dirigés en triomphe par les colonnes d’Hercule et le long des côtes de la Méditerranée. « Il est un peuple, ajoute-t-il, qui mérite bien plus la qualification de « veteres » que les Romains et les Grecs. Les Grecs, jeunes encore en fait de science, embouchèrent la trompette pour proclamer leurs connaissances et convoquèrent tout le monde à admirer leur habileté. L’Egypte, vieillie dans la sagesse, était si sûre de ses progrès et de ses découvertes, qu’elle n’invita personne à l’admirer, et elle se souciait aussi peu de l’opinion des Grecs bavards que nous le faisons aujourd’hui de celle des habitants des îles Fidji ».
« Ô Solon, disait le plus ancien des prêtres Egyptiens à ce sage, vous autres Grecs vous êtes toujours comme des enfants, sans expérience et sans la discipline que crée une longue carrière ! » Et le grand Solon fut fort surpris en vérité lorsque les prêtres d’Egypte lui apprirent que tant de dieux et de déesses du Panthéon Grec n’étaient que les dieux déguisés de l’Egypte. Zonaras disait avec raison : « Toutes ces choses sont venues de la Chaldée en Egypte, et de là elles furent transmises aux Grecs ».
Sir David Brewster fait une brillante description de plusieurs automates ; et le XVIIIème siècle se vante de ce chef-d’œuvre de mécanique, « le Joueur de flûte de Vaucanson ». Le peu de renseignements que les anciens auteurs nous donnent à ce sujet laissent croire que les savants mécaniciens du temps d’Archimede, et quelques-uns même antérieurs au grand Syracusain, n’étaient ni plus ignorants ni moins ingénieux que nos inventeurs modernes. Archytas, natif de Tarente en Italie, le maître de Platon, philosophe distingué par ses remarquables et merveilleuses découvertes en mathématiques et en mécanique pratique, construisit une colombe en bois. Ce devait être un mécanisme extraordinairement ingénieux, car elle volait, battait des ailes et se soutenait en l’air pendant un laps de temps considérable. Cet homme habile, qui vivait 400 ans avant Jésus-Christ, inventa outre sa colombe de bois, la vis, la grue, et diverses machines hydrauliques (470).
L’Egypte avait ses pressoirs et faisait du vin. Rien d’extraordinaire à cela assurément, mais elle brassait aussi sa bière et en grande quantité ; nos Egyptologues l’affirment. Le manuscrit d’Ebers démontre maintenant d’une façon qui ne laisse pas de doute, que les Egyptiens faisaient usage de la bière 2.000 ans avant Jésus-Christ. Leur bière doit avoir été forte et excellente, comme tout ce qu’ils faisaient. Ils fabriquaient le verre sous toutes ses formes. On voit sur beaucoup de sculptures Egyptiennes des scènes de soufflage de verre et de bouteilles ; parfois dans les recherches archéologiques on trouve des verres et de la verrerie qui semblent avoir été fort beaux. Sir Gardner Wilkinson dit que les Egyptiens taillaient, meulaient et gravaient le verre, et qu’ils possédaient l’art d’introduire de l’or entre les deux surfaces de la substance. Ils imitaient avec le verre les perles, les émeraudes et toutes les pierres précieuses à la perfection (471).
De même les plus anciens Egyptiens cultivaient les arts musicaux et comprenaient bien les effets de l’harmonie musicale et son influence sur l’esprit humain. On trouve dans les sculptures les plus anciennes, des scènes dans lesquelles on voit des musiciens jouant de divers instruments. La musique était employée en médecine dans les temples pour la cure des affections nerveuses. On remarque dans beaucoup de monuments des hommes jouant en orchestre, le chef marquant la mesure en battant des mains. Nous devons donc en conclure qu’ils connaissaient les lois de l’harmonie. Ils avaient leur musique sacrée, domestique et militaire. La lyre, la harpe, la flûte étaient employées dans les concerts religieux ; dans les fêtes, ils avaient la guitare, les doubles et simples flattes, et les castagnettes ; pour les troupes, et durant le service militaire, ils faisaient usage de trompettes, de tambourins, de tambours et de cymbales. Ils avaient inventé divers genres de harpes, tels que la lyre, le sambuc et l’ashur ; quelques-unes avaient plus de vingt cordes. La supériorité de la lyre Egyptienne sur la Grecque est un fait acquis. La matière dont ces instruments étaient faits était souvent un bois rare et très coûteux, et il était très bien sculpté ; ils l’importaient quelquefois de pays fort éloignés ; quelques-uns de ces bois étaient peints avec incrustations de nacre et ornements de maroquin de couleur. Ils se servaient pour leurs instruments de cordes en boyaux, comme nous. Pythagore apprit la musique en Egypte et en fit une science régulière en Italie. Toutefois dans la Grèce antique les Egyptiens étaient généralement considérés comme les meilleurs maîtres de musique. Ils connaissaient à fond le moyen de tirer des sons harmonieux d’un instrument en y tendant des cordes, ainsi que la multiplication des notes, en raccourcissant les cordes sur le manche ; or ces connaissances dénotent de grands progrès dans l’art musical. En parlant de harpes à propos d’un tombeau à Thèbes, Bruce observe « qu’elles renversent toutes les notions qu’on avait jusqu’alors de l’état primitif de la musique et des instruments de musique en Orient ; et qu’en définitive, au point de vue de la forme, des ornements et de la portée, elles sont une preuve incontestable, plus forte que mille citations Grecques, que la géométrie, le dessin, la mécanique et la musique avaient atteint le plus haut degré de perfection lorsque ces instruments furent construits ; et que la période à laquelle nous faisons remonter l’invention de ces arts n’était que le commencement de l’ère de leur restauration (472b) ».
Sur les murs du palais d’Amenhotep II à Thèbes, le roi est représenté jouant aux échecs avec la reine. Ce monarque régnait longtemps avant la guerre de Troie. En Inde, on sait qu’on y jouait il y a 5.000 ans au moins.
Quant à leurs connaissances en médecine, maintenant qu’un des Livres perdus d’Hermès a été retrouvé et traduit par Ebers, les Egyptiens parlent pour eux-mêmes (473). Il résulte des manipulations curatives des prêtres, qu’ils connaissaient la circulation du sang, qu’ils savaient l’attirer aux extrémités ou l’empêcher momentanément de circuler, etc. Une étude plus approfondie de leurs bas-reliefs, représentant des scènes dans la salle de traitement des divers temples, en donne facilement la preuve. Ils avaient leurs dentistes et leurs oculistes, et il n’était permis à aucun docteur d’avoir plus d’une spécialité ; cela justifie amplement la croyance qu’ils perdaient à cette époque beaucoup moins de malades que nos médecins aujourd’hui. Quelques autorités affirment même que les Egyptiens ont été le premier peuple du monde qui ait institué le jugement par le jury, bien que nous n’en soyons pas nous-mêmes certains.
Mais les Egyptiens n’étaient pas le seul peuple de ces époques reculées que leurs entreprises aient placés dans une position aussi en vue, aux yeux de la postérité. À part d’autres nations dont l’histoire est à présent voilée par les brumes de l’antiquité, telles que les races préhistoriques des deux Amériques, de Crète, de Troade, des Lacustres, du continent submergé de la fabuleuse Atlantide aujourd’hui classée parmi les mythes, les exploits des Phéniciens leur impriment presque le sceau de demi-dieux.
Le correspondant de la National Quarterly Review précédemment cité dit que les Phéniciens ont été les plus anciens navigateurs du monde, qu’ils ont fondé la plupart des colonies de la Méditerranée, et qu’ils ont voyagé à travers toutes les autres régions habitées. Ils ont visité les régions Arctiques d’où ils rapportaient la notion de jours éternels sans nuit, qu’Homere mentionne dans l’Odyssée (474). Des Iles Britanniques, ils importèrent de l’étain en Afrique, et l’Espagne fut un lieu favori pour l’établissement de leurs colonies. La description de Charybde répond si parfaitement au maëlstrom, « qu’il est difficile d’imaginer, dit l’auteur cité, qu’il ait eu un autre prototype ». Leurs explorations paraissent s’être étendues dans toutes les directions, leurs voiles blanchissant l’Océan Indien aussi bien que les fjords de Norvège. Différents auteurs reconnaissent qu’ils ont créé des établissements dans les endroits les plus reculés ; tandis que toute la côte méridionale de la Méditerranée était couverte de leurs villes. Une grande partie du territoire Africain fut, assure-t-on, peuplé par des races chassées par Josue et les enfants d’Israël. À l’époque où écrivait Procope, il y avait encore debout, dans la Mauritanie Tingitane, des colonnes qui portaient en caractères Phéniciens l’inscription : « Nous sommes ceux qui s’enfuirent devant le brigand Josue, fils de Nun ou Navé (475) ».
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