Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
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Le professeur Jowett n’accorde aucune créance à l’histoire de l’Atlantide, du Timée ; et il considère les récits d’il y a 8.000 à 9.000 ans comme une fable de l’antiquité. Mais Bunsen remarque qu’ « il n’y a rien d’improbable dans les réminiscences et les relations de grands événements accomplis en Egypte 9.000 ans avant Jésus-Christ… car les origines de l’Egypte remontent au neuvième millénaire avant notre ère (434) ». Que dira-t-on alors des forteresses Cyclopéennes des premières époques de l’ancienne Grèce ? Est-ce que les murailles de Tyrins, que d’après les constatations archéologiques, les anciens eux-mêmes reconnaissaient comme l’œuvre des Cyclopes (435), doivent être considérées comme postérieures aux pyramides ? Faut-il croire que des masses de pierre, quelques-unes de six pieds de côté et dont les plus petites, nous dit Pausanias n’auraient pu être remuées par une paire de bœufs, faisant partie de murs de solide maçonnerie épais de vingt-cinq pieds, et hauts de plus de quarante, aient été travaillées par des hommes appartenant aux races connues de notre histoire !
Les recherches de Wilkinson ont fait connaître que bon nombre d’inventions que nous disons modernes, et dont nous nous glorifions, avaient été perfectionnées par les anciens Egyptiens (436). La récente découverte du papyrus d’Ebers, l’archéologue Allemand, prouve que ni nos chignons modernes, ni les poudres de beauté en perles, ni les eaux dentifrices n’avaient de secrets pour eux. Plus d’un de nos médecins modernes, même parmi ceux qui se font de la réclame comme « spécialistes des maladies nerveuses », consulteraient avec profit les Livres de Médecine d’Hermès, qui contiennent des prescriptions d’une réelle valeur thérapeutique.
Les Egyptiens, ainsi que nous l’avons vu, excellaient dans tous les arts. Ils faisaient un si excellent papier, qu’il était à l’épreuve du temps. « Ils prenaient la moelle du papyrus, dit notre auteur anonyme déjà cité, ils la disséquaient et en ouvraient les fibres, et, les aplatissant par un procédé à eux, ils les faisaient aussi minces que notre papier à écrire, mais infiniment plus durable… Quelquefois ils le coupaient en lanières qu’ils collaient ensemble. Beaucoup de ces manuscrits existent encore aujourd’hui. « Le papyrus trouvé dans le tombeau de la momie de la Reine, et un autre dans le sarcophage de la « Chambre de la Reine », à Ghizeh, offrent l’apparence de la plus belle mousseline blanche tout en étant aussi résistant que le meilleur parchemin. Pendant longtemps les savants ont cru que le papyrus avait été introduit par Alexandre() le Grand, comme ils ont imaginé à tort bien d’autres choses », mais Lepsius a trouvé le caractère hiéroglyphique des rouleaux de papyrus sur des monuments de la douzième dynastie ; on a découvert plus tard le même caractère sur des monuments de la quatrième dynastie, et il est maintenant démontré que l’art de l’écriture était connu et en usage du temps de Menes, le protomonarque ; et l’on s’est ainsi rendu compte que l’art de l’écriture et leur système de lettres étaient parfaits et complets depuis le début.
C’est à Champollion que nous devons la première interprétation de leur étrange écriture ; et sans ses travaux qui durèrent toute sa vie, nous resterions encore aujourd’hui tout à fait ignorants de la signification de toutes ces lettres figurées et les anciens passeraient encore pour des ignorants aux yeux des modernes, qu’ils surpassent beaucoup en certains arts et sciences. « Il fut le premier à découvrir quels merveilleux récits les Egyptiens avaient à faire à celui qui arriverait à déchiffrer leurs longs manuscrits et leurs annales… Ils en ont recouvert tous les endroits et tous les objets susceptibles de recevoir des caractères… Ils les ont gravés, ciselés et sculptés sur les monuments ; ils les traçaient sur les meubles, les rochers, les pierres, les murs, les cercueils et les tombeaux comme sur le papyrus… Les scènes de leur vie journalière se déroulent d’une façon merveilleuse dans leurs plus petits détails, devant nos yeux étonnés… Rien de ce que nous savons ne paraît avoir été ignoré des Egyptiens… L’histoire de Sesostris nous montre à quel point son peuple et lui étaient versés dans l’art et la pratique de la guerre… Les peintures nous indiquent combien ils étaient redoutables dans le choc des batailles. Ils construisaient des machines de guerre… Homere dit que par chacune des cent portes de Thèbes sortaient deux cents hommes avec leurs chevaux et leurs chariots ; ces derniers étaient admirablement construits et fort légers, en comparaison de nos fourgons d’artillerie si lourds, si grossiers et si peu confortables. Kenrick les décrit dans les termes suivants : « Bref, de même que tous les principes essentiels qui régissent la construction et l’attelage des voitures sont appliqués dans les chariots de guerre des Pharaons, de même il n’y a rien que le goût et le luxe modernes n’aient imaginé pour leur décoration, dont nous ne retrouvions le prototype dans les monuments de la dix-huitième dynastie (437) ». Les ressorts, des ressorts métalliques, y ont été retrouvés, et, malgré l’étude très superficielle de Wilkinson dans ce domaine, dans la description qu’il nous en a faite, nous trouvons des preuves qu’ils étaient employés pour éviter les cahots dans les courses trop rapides des chars. Les bas-reliefs nous montrent certaines mêlées et batailles, où l’on se rend compte de leurs us et coutumes dans leurs plus petits détails. Les hommes lourdement armés étaient couverts de cottes de mailles ; l’infanterie avait des tuniques capitonnées et des casques de feutre recouverts de métal, pour mieux les protéger. Muratori, l’inventeur moderne Italien, qui il y a une dizaine d’années, fit connaître sa « cuirasse imperforable », n’a fait que suivre ce dont l’ancienne méthode lui a suggéré l’idée. Le procédé pour rendre les substances telles que le carton, le feutre et autres tissus impénétrables aux coups de taille ou d’estoc d’une arme quelconque est maintenant classé parmi les arts perdus. Muratori n’a réussi qu’imparfaitement à préparer de ces cuirasses de feutres, et malgré les découvertes dont se vante la chimie moderne, il n’a pas pu en tirer une préparation appropriée au but qu’il se proposait, et il a échoué.
On se rend compte du degré de perfection que la chimie avait dans l’antiquité, par un fait relaté par Virey. Dans ses dissertations (438), il nous informe qu’Asclepiodotus, général de Mithridate, reproduisait chimiquement les exhalaisons délétères de la grotte sacrée. Ces vapeurs, comme celles de Cumes, jetaient la pythonisse dans l’extase prophétique.
Les Egyptiens faisaient usages d’arcs, d’épées à deux tranchants et de dagues, de javelots, d’épieux et de piques. Les troupes légères étaient armées de dards et de frondes ; les conducteurs de chars se servaient de massues et de haches. Ils étaient parfaits dans les opérations de siège. « Les assaillants, dit l’auteur anonyme, avançaient formés en ligne droite et longue, dont la tête était protégée par une machine impénétrable triangulaire, qu’une escouade invisible poussait devant elle, sur une espèce de rouleau. Ils avaient des passages souterrains couverts, des trappes et des échelles, et ils pratiquaient l’art de l’escalade et de la stratégie militaire à la perfection… Le bélier leur était connu comme les autres engins ; et, experts comme ils l’étaient dans l’art d’extraire les pierres des carrières, ils savaient creuser une mine au pied des murailles, pour les effondrer. Le même auteur remarque qu’il est de beaucoup plus aisé pour nous d’énumérer ce que les Egyptiens savaient, que ce qu’ils ne savaient pas, car chaque jour apporte un témoignage nouveau au sujet de leurs étonnantes connaissances et il ajoute, « si on nous disait qu’ils faisaient usage du canon Armstrong, cela ne nous étonnerait pas plus que bien d’autres faits déjà mis en lumière ».
La preuve qu’ils étaient très versés dans les sciences mathématiques se trouve dans le fait que ces anciens mathématiciens, que nous honorons comme les pères de la géométrie, allaient s’instruire en Egypte. Le professeur Piazzi Smyth, cité par Peebles, dit que « la science géométrique des constructeurs de pyramides commençait où celle d’Euclide finissait ». Avant que la Grèce n’eût existé, les arts, chez les Egyptiens, étaient déjà épanouis et anciens. L’arpentage, art reposant sur la géométrie, était certainement bien connu des Egyptiens, puisque, d’après la Bible, Josue, après avoir conquis la Terre Sainte, fut assez adroit pour faire le partage du pays. Et comment un peuple, aussi habile que l’étaient les Egyptiens dans la philosophie naturelle, n’aurait-il pas été en proportion versé dans la psychologie et la philosophie spirituelle ? Le temple était l’école de la civilisation la plus élevée, et seul il possédait les notions les plus hautes de la magie, qui, elle-même, était la quintessence de la philosophie naturelle. Les puissances occultes de la nature étaient enseignées dans le plus grand secret, et les cules les plus merveilleuses étaient opérées pendant les mystères. Herodote reconnaît (439) que les Grecs apprirent des Egyptiens tout ce qu’ils savaient, y compris les services sacrés des temples, et voilà la raison pourquoi leurs principaux temples étaient consacrés à des divinités Egyptiennes. Melampe, le célèbre guérisseur et devin d’Argos, employait ses médicaments « à la façon des Egyptiens », desquels il avait acquis ses connaissances, toutes les fois qu’il voulait rendre ses guérisons complètes et effectives. Il guérit Iphiclés de son impuissance et de sa débilité, au moyen de la rouille de fer, d’après les conseils de Mantus, son sujet magnétique, ou oracle (440). Sprengel cite un grand nombre d’exemples de ces sortes de guérisons magiques dans son Histoire de la Médecine (voir Tome I).
Diodore, dans son ouvrage sur les Egyptiens (livre 1er, 25), dit qu’Isis avait bien mérité l’immortalité ; car toutes les nations de la terre attestent la puissance de cette déesse pour guérir les maladies par son influence. « Cela est démontré, dit-il, non point par la fable, comme chez les Grecs, mais par des faits authentiques ». Galien rapporte plusieurs procédés curatifs soigneusement conservés dans la partie des temples consacrée au traitement des maladies. Il fait aussi mention d’un remède universel, qui de son temps était dénommé Isis (441).
Les doctrines de plusieurs philosophes grecs qui avaient été instruits en Egypte prouvent leur profonde science. Orphée, qui, suivant Artapane était un disciple de Moyse (442), Pythagore, Herodote et Platon étaient redevables de leurs philosophies aux mêmes temples, dans lesquels le sage Solon fut instruit par les prêtres. « Aristide raconte, dit Pline, que les lettres furent inventées en Egypte par une personne nommée Menon, quinze cent ans avant l’avènement de Phoronee, le plus ancien roi de Grèce (443) ». Jablonski démontre que le système héliocentrique, aussi bien que la sphéricité de la terre étaient connus des prêtres de l’Egypte depuis un temps immémorial. « Cette théorie, ajoute-t-il, Pythagore l’emprunta aux Egyptiens, qui eux-mêmes la tenaient des Brahmanes de l’Inde (444) ». Fenelon, l’illustre archevêque de Cambrai, dans son livre Vies des Anciens philosophes, fait crédit à Pythagore de cette connaissance, et il dit qu’en plus d’enseigner à ses disciples que la terre était ronde, il y avait aussi des antipodes, puisqu’elle était habitée partout. Le grand mathématicien fut le premier qui découvrit que l’étoile du matin était la même que celle du soir. Si nous considérons maintenant que Pythagore vivait du temps de la seizième Olympiade à peu près 700 ans avant Jésus-Christ, et qu’il enseignait ce fait à une époque aussi reculée, nous devons supposer qu’il était connu d’autres avant lui. Les œuvres d’Aristote, de Diogene Laerce et de plusieurs autres, dans lesquelles Pythagore est cité, démontrent qu’il avait appris des Egyptiens les notions sur l’obliquité de l’écliptique, la composition stellaire de la voie lactée, et la lumière réfléchie de la lune.
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