Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
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Champollion, qui a passé presque toute sa vie à explorer les restes archéologiques, donne carrière à ses sentiments dans la description suivante de Karnak : « Le sol couvert par la masse de l’édifice encore debout est de forme carrée ; et chaque face mesure 1.800 pieds… On est frappé de stupeur et atterré par la grandeur de ces restes sublimes et par la prodigalité et la magnificence du travail qui s’y trahit partout… Aucun peuple des temps anciens ou modernes n’a conçu l’art de l’architecture sur une échelle aussi vaste et aussi grandiose que celle des anciens Egyptiens ; et l’imagination qui, en Europe, s’élève bien plus haut que nos portiques, s’arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de l’hypostyle de Karnak ! La cathédrale de Notre Dame de Paris pourrait tenir sans toucher la voûte dans une de ses salles en y produisant au centre l’effet d’un petit meuble d’ornement (409).
Un écrivain, dans un numéro d’une revue anglaise de 1870 (410) parlant évidemment avec la compétence d’un voyageur qui décrit ce qu’il a vu, s’exprime en ces termes : « Les cours, les salles, les portes, les piliers, les obélisques, les statues monolithes, les sculptures, les rangées de sphinx se trouvent en si grande profusion [à Karnak] que ce spectacle en impose à la compréhension moderne ».
Denon, voyageur français, dit de son côté : « Il est à peine possible de croire, après l’avoir vu, à la réalité de l’existence de tant de constructions rassemblées sur un même point, à leurs dimensions, à la ferme persévérance que leur édification a exigé, et aux dépenses incalculables d’une si grande magnificence ! Il faut que le lecteur s’imagine que ce qu’il a sous les yeux est un rêve, puisque celui qui voit les objets mêmes, se prend parfois à douter qu’il soit parfaitement éveillé… Il y a des lacs et des montagnes dans la périphérie du Sanctuaire. Ces deux édifices sont choisis pour exemples, dans une liste presque inépuisable. Toute la vallée et le delta du Nil, des cataractes à la mer, étaient couverts de temples, de palais, de tombeaux, de pyramides, d’obélisques et de piliers. L’exécution des sculptures est au-dessus de tout éloge. De l’avis de tous les experts la perfection mécanique avec laquelle les artistes travaillaient le granit, l’ophite, la brèche et le basalte est merveilleuse… Les animaux et les plantes sont aussi bien exécutés que s’ils étaient naturels, et les objets artificiels sont admirablement sculptés ; des batailles sur terre ou sur mer et des scènes de la vie domestique se retrouvent partout dans les bas-reliefs (411) ».
« Les monuments « , dit un auteur français, « qui frappent l’esprit du voyageur, le remplissent d’idées grandioses. On ne peut s’empêcher de s’écrier, à l’aspect des colosses et des magnifiques obélisques qui semblent dépasser les limites de la nature humaine : « Voilà l’ouvrage de l’homme « , et ce sentiment paraît ennoblir son existence (412) ».
À son tour, le Dr Richardson, parlant du temple de Dendera, dit : « Les figures de femmes sont si bien exécutées, qu’il ne leur manque que la parole ; elles ont une douceur de physionomie et d’expression qui n’a jamais été surpassée (413) ».
Chacune de ces pierres est couverte d’hiéroglyphes, et plus ils sont anciens, plus ils sont finement ciselés. Cela ne fournit-il pas une preuve nouvelle que l’histoire n’a eu son premier aperçu des anciens, que lorsque les arts étaient déjà en décadence ? Les obélisques ont des inscriptions fouillées à deux pouces de profondeur parfois plus, et gravées à la perfection. On peut se faire une idée de leur profondeur, par le fait que les Arabes, pour une somme minime, montent parfois jusqu’au sommet d’un obélisque, en plaçant orteils et doigts dans le creux des inscriptions hiéroglyphiques. Que tous ces travaux, où la solidité le dispute à la beauté, aient été exécutés avant l’époque de l’Exode, ne fait pas le moindre doute. (Tous les archéologues s’accordent aujourd’hui à dire que plus nous remontons dans l’antiquité, plus ces arts sont beaux et finis). Ces opinions contredisent formellement celle, personnelle de M. Fiske, qui voudrait nous faire croire que les sculptures de ces monuments [Egypte, Hindoustan et Assyrie] dénotent un très faible développement des facultés artistiques (414) ». Que dis-je : ce savant va plus loin encore. Joignant sa voix à celle de Lewis, pour réfuter la prétention aux connaissances, qui, par droit, étaient le lot des castes sacerdotales de l’antiquité, il remarque dédaigneusement que « la théorie extravagante de la science profonde du clergé Egyptien depuis l’antiquité la plus reculée, et communiquée aux philosophes grecs voyageurs, a été complètement détruite [?] par Sir G : C. Lewis (415b)… tandis qu’en ce qui concerne l’Egypte et l’Hindoustan aussi bien que l’Assyrie, on peut dire que les monuments colossaux qui ont orné ces contrées depuis les temps préhistoriques, attestent la prédominance d’un despotisme barbare, totalement incompatible avec la noblesse sociale, et, par conséquent, avec un progrès soutenu (416) ».
Drôle d’argument, en vérité ! Si la grandeur et l’étendue des monuments publics doivent servir de critérium à la postérité pour apprécier approximativement le « degré de civilisation » atteint par leurs constructeurs, l’Amérique, si fière de ses prétendus progrès et de sa liberté, ferait bien de réduire ses édifices à un seul étage ; sans quoi, selon la théorie du professeur Fiske, les archéologues de l’année 3877 appliqueront à « l’ancienne Amérique » de 1877 la règle de Lewis, et diront que les anciens Etats-Unis « doivent être considérés comme un grand latifundium ou plantation, cultivée par la population tout entière, esclave du roi (c’est-à-dire du président) ». Est-ce parce que les races Aryennes à peau blanche n’étaient pas nées « constructeurs », comme les Ethiopiens Orientaux, ou les Caucasiens bronzés (417), et, par conséquent, étaient incapables de faire concurrence à ces derniers pour ces colossales constructions, que nous devons tirer la conclusion que ces temples grandioses et ces pyramides n’auraient jamais été bâtis si ce n’est sous le fouet d’un despote impitoyable ? Etrange logique ! Il semblerait, certes, plus prudent de s’en tenir aux « rigoureuses règles de la critique » posées par Lewis et Grote et de confesser loyalement, une fois pour toutes, que nous ne savons que fort peu de chose au sujet des nations de l’antiquité, et que sauf ce qui concerne les spéculations purement hypothétiques, nous avons tout aussi peu de chance à l’avenir, à moins que nous ne dirigions nos études dans le même sens que les prêtres anciens. Nous ne savons que ce qu’ils permettaient aux non-initiés de savoir, mais le peu que nous avons pu en apprendre par déduction devrait suffire à nous donner la certitude que, même au XIXème siècle, avec toutes nos prétentions à la suprématie dans les arts et les sciences, nous sommes tout à fait incapables, non seulement de bâtir quelque chose de pareil aux monuments d’Egypte, d’Indoustan ou d’Assyrie, mais même de redécouvrir le moindre de leurs « arts perdus« . D’ailleurs, Sir Gardner Wilkinson corrobore cette appréciation des trésors exhumés de l’antiquité, en ajoutant « qu’il ne peut reconnaître aucun mode primitif de vie, aucune coutume barbare, mais bien une sorte de civilisation stationnaire dès les époques les plus reculées« . Ainsi l’archéologie à cet égard est en désaccord avec la géologie, qui affirme que plus loin nous remontons dans le passé de l’humanité, plus nous la trouvons barbare. Il est douteux que la géologie ait déjà épuisé le champ de recherches que lui ont fourni les cavernes, et l’opinion des géologues basée sur l’expérience présente, pourrait être radicalement modifiée, lorsqu’on aura découvert les restes des ancêtres du peuple qu’ils désignent, maintenant, sous le nom de troglodytes.
Qu’est-ce qui illustre mieux la théorie des cycles que le fait suivant ? Près de 700 ans avant Jésus-Christ, dans les écoles de Thales et de Pythagore, l’on enseignait la doctrine du véritable mouvement de la terre, de sa forme réelle ; et tout le système héliocentrique. Et en l’an 317 après Jésus-Christ, nous trouvons Lactance, précepteur de Crispus César, fils de Constantin le grand, enseignant à son disciple que la terre était une surface plane entourée de ciel, composée de feu et d’eau, et le prémunissant contre la doctrine hérétique de la forme sphérique de la terre (418) !
Toutes les fois que, dans l’orgueil d’une découverte nouvelle, nous jetons un regard sur le passé, nous sommes fort étonnés de constater que la prétendue découverte n’était peut-être pas entièrement inconnue des anciens.
On affirme généralement que ni les habitants primitifs des temps mosaïques, ni même les nations plus civilisées de la période des Ptolémées ne connaissaient l’électricité. Si nous persistons à professer cette opinion, ce n’est pas faute de preuves du contraire. Si nous dédaignons de chercher à connaître le sens profond de certaines assertions caractéristiques de Servius et autres auteurs, nous ne pouvons les faire oublier au point, que plus tard, leur signification ne nous saute aux yeux avec toute son incontestable vérité. « Les premiers habitants de la terre, dit-il, n’apportaient jamais de feu sur leurs autels ; mais par leurs prières, ils le faisaient descendre du ciel (419b) ». Prométhée découvrit et révéla aux hommes l’art d’attirer la foudre ; et grâce à la méthode qu’il leur enseigna, ils faisaient descendre le feu des régions supérieures (420b) ».
Si, après avoir médité ces paroles, nous ne voulons encore y voir que la vaine phraséologie des fables mythologiques, nous pourrions nous reporter au temps de Numa, le roi philosophe, si renommé pour ses connaissances ésotériques, et nous nous trouverions embarrassés pour faire concorder notre opinion avec son cas. Nous ne pouvons l’accuser d’ignorance, de superstition ni de crédulité ; car si l’on doit en croire l’histoire, il était fermement, décidé à détruire le polythéisme et l’idolâtrie. Il avait si bien dissuadé les Romains de l’idolâtrie que, pendant près de deux siècles on ne vit dans leurs temples ni statues, ni images. D’autre part, les anciens historiens nous apprennent que les connaissances que possédait Numa dans la physique naturelle étaient remarquables. La tradition rapporte qu’il avait été initié par les prêtres des divinités Etrusques, et qu’ils lui avaient enseigné à contraindre Jupiter, le maître du tonnerre, à descendre sur la terre (421). Ovide nous montre que c’est de cette époque que date le culte des Romains à Jupiter Elicius. Salverte est d’avis, qu’avant que Franklin eût découvert son électricité perfectionnée, Numa l’avait expérimentée avec le plus grand succès et que Tullus Hostilius fut la première victime du dangereux « hôte céleste » dont l’histoire ait fait mention. Tite Live et Pline racontent que ce prince, ayant trouvé dans les Livres de Numa des instructions sur les sacrifices secrets offerts à Jupiter Elicius, commit une erreur, et, par suite, « il fut frappé de la foudre et tué dans son propre palais (422) ».
Salverte remarque que Pline, dans l’exposé des secrets scientifiques de Numa, fait usage d’expressions qui paraissent indiquer deux procédés distincts ; l’un servait à obtenir le tonnerre (impetrare) et l’autre à le contraindre à l’éclair (423) (cogere). « Guidé par le livre de Numa, dit Lucius Pison cité par Pline, Tullus Hostilius entreprit d’invoquer l’aide de Jupiter… Mais s’étant trompé dans la pratique des rites, il périt foudroyé (424) »
Si nous remontons aux connaissances que les prêtres Etrusques avaient du tonnerre et de la foudre, nous constatons que Tarchon, fondateur de leur théurgie, désirant préserver sa maison du feu du ciel, l’entoura d’une haie de bryone blanche (425), plante grimpante qui a la propriété de préserver de la foudre. Tarchon le théurge vécut longtemps avant le siège de Troie. Les pointes métalliques des paratonnerres dont nous sommes censés redevable à Franklin, ne sont probablement qu’une redécouverte. Il existe un grand nombre de médailles qui paraissent indiquer nettement que le principe en était connu dans l’antiquité. Le toit du temple de Junon était couvert d’une quantité de pointes de lames d’épée (426).
Si nous n’avons que peu de preuves que les anciens avaient des notions claires sur tous les effets de l’électricité, dans tous les cas, les preuves sont concluantes qu’ils étaient parfaitement au courant de l’électricité elle-même. « Ben David, dit l’auteur de The Philosophy of Magic affirmait que Moise connaissait les phénomènes de l’électricité ». Le professeur Hirt de Berlin est aussi de cet avis. Michaelis remarque : 1° « qu’il n’y a rien qui indique que la foudre n’ait jamais frappé le temple de Jérusalem dans l’espace d’un millier d’années. 2° Que, d’après Josephe (427b), une forêt de pointes… d’or très aiguës couvrait le toit du temple… 3° Que ce toit communiquait avec les souterrains de la montagne sur laquelle il était situé, par le moyen de tuyaux reliés à la dorure qui couvrait toute la partie extérieure de l’édifice ; par conséquent les pointes agissaient comme des conducteurs (428) ».
Ammien Marcellin, historien célèbre du IVème siècle, et auteur généralement estimé pour la franchise et la correction de ses renseignements, nous dit que « les mages conservaient perpétuellement dans leurs fournaises du feu qu’ils avaient obtenu miraculeusement du ciel (429) ». On trouve dans l’Oupnek-hat hindou une phrase ainsi conçue : « Connaître le feu, le soleil, la lune et la foudre, ce sont les trois quarts de la Science de Dieu (430) ».
Enfin, Salverte nous apprend qu’au temps de Ketsias, « l’Inde connaissait l’usage des paratonnerres ». Cet historien déclare nettement « qu’un fer placé au fond d’une fontaine… et ayant la forme d’une épée, avec la pointe tournée vers le haut, possédait, aussitôt qu’il était ainsi fixé dans le sol, la propriété de préserver des orages, de la grêle et de la foudre (431) ». Quoi de plus clair ?
Quelques auteurs modernes contestent le fait qu’un grand miroir avait été placé dans le phare d’Alexandrie, afin de découvrir en mer les navires à une grande distance. Mais le célèbre Buffon le croyait, et il avoue loyalement que « si ce miroir d’acier ou de fer poli a réellement existé, comme je le crois fermement, dit-il, c’est aux anciens qu’appartient l’honneur d’avoir inventé le télescope (432) ».
J.L. Stevens dans son ouvrage sur l’Orient affirme avoir trouvé des chemins de rails dans la Haute-Egypte, dont les rainures étaient revêtues de fer (433). Canova, Powers, et d’autres sculpteurs célèbres des temps modernes, étaient honorés d’être comparés à Phidias dans l’antiquité, mais à la vérité ils n’auraient probablement pas accepté une flatterie de cette nature.
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