Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
| Partie 1 | Partie 2 | Partie 3 | Partie 4 | Partie 5 | Partie 6 | Partie 7 |
| Partie 8 | Partie 9 | Partie 10 | Partie 11 | Partie 12 | Partie 13 | Partie 14 |
En prenant pour point de départ le fait acquis, que les Mexicains eurent leurs magiciens depuis les temps les plus reculés ; que la même remarque s’applique à toutes les anciennes religions du monde ; qu’une grande ressemblance se manifeste non seulement dans les formes des cérémonies du culte, mais jusque dans les noms employés pour désigner certains actes magiques ; et finalement, que tous les autres indices, d’accord avec les déductions scientifiques, ont fait défaut (parce que beaucoup étaient égarés dans l’abîme sans fond des coïncidences), pourquoi n’aurions-nous pas recours aux grandes autorités sur la magie, et ne verrions-nous pas si, sous cette « végétation de fantastiques sottises », il n’y aurait pas une profonde couche de vérité ? Nous ne désirons pas donner lieu ici à un malentendu. Nous ne prétendons pas renvoyer les savants à la Cabale et aux livres Hermétiques, pour y étudier la magie, mais bien aux autorités sur cette science afin d’y découvrir des matériaux pour l’histoire et la science. Nous ne voulons, en aucune façon, nous exposer aux dénonciations irritées des Académiciens, par une indiscrétion comme celle de ce pauvre Des Mousseaux, lorsqu’il essaya de les forcer à lire ses Mémoires démonologiques, et à entreprendre une étude sur le Diable.
L’Histoire de Bernal Diaz del Castillo, un des compagnons de Cortes(), nous donne une idée de l’extraordinaire raffinement et de l’intelligence des peuples qu’ils conquéraient ; mais les descriptions en sont trop longues pour être insérées ici. Qu’il suffise de dire que les Aztèques paraissent avoir ressemblé, sous plus d’un rapport, aux anciens Egyptiens, en ce qui concerne la civilisation et le raffinement. Chez les deux peuples, la magie et la physique occulte étaient cultivées au plus haut degré. Ajoutez à cela que la Grèce, « le dernier berceau des arts et des sciences » et l’Inde, berceau des religions, furent et sont encore adonnées à cette étude et à ses pratiques, et qui se hasardera à nier sa dignité comme étude, et sa profondeur comme science ?
Il n’y a jamais eu, et il ne peut y avoir plus d’une religion universelle ; car il ne peut y avoir qu’une vérité concernant Dieu. Elle enlace notre globe dans tous les sens, ainsi qu’une immense chaîne, dont l’extrémité supérieure, l’alpha, demeurerait invisible, émanant de la divinité, in statu abscondito avec chaque théologie primitive ; elle ne laisse aucun recoin inexploré, avant que l’autre extrémité, l’oméga, retourne rejoindre le point d’où elle émane. C’est sur cette chaîne divine qu’est établie la symbologie exotérique de tous les peuples. La diversité des formes est impuissante à en affecter la substance, et sous l’idéal des types divers de l’univers matériel, symbolisant ses principes vivifiants, l’image immatérielle, incorruptible de l’esprit qui les guide, reste toujours la même.
Si loin que l’intelligence humaine puisse aller dans l’interprétation idéale de l’univers spirituel, de ses lois et de ses forces, le dernier mot à cet égard a été dit, il y a des siècles ; et si les idées de Platon peuvent être simplifiées afin de les rendre d’une compréhension plus aisée, l’esprit de leur substance ne peut être ni altéré ni enlevé, sans un sérieux dommage pour la vérité. Que les cerveaux humains se mettent à la torture pendant les millénaires à venir ; que la théologie embrouille la foi, et la simule, en la surchargeant d’incompréhensibles dogmes métaphysiques ; que la science renforce le scepticisme, en jetant à terre les restes chancelants de l’intuition spirituelle de l’humanité par la démonstration de sa propre faillibilité, malgré tout, la vérité éternelle ne peut jamais être détruite. Nous trouvons sa dernière expression possible dans notre langage humain, dans le Logos Perse, le Honover, ou le Verbe vivant, manifesté de Dieu. L’Ahuna-Vairya de Zoroastre est identique au « Je suis » judaïque, et le « Grand Esprit » du pauvre et ignorant Indien est évidemment le Brahma manifesté du philosophe hindou. Un de ces derniers, Tcharaka, un médecin hindou, que l’on dit avoir vécu 5.000 ans avant Jésus-Christ, dans son traité sur l’origine des choses, intitulé Usa, s’exprime admirablement en ces termes : « Notre Terre est, comme tous les corps lumineux qui nous entourent, un des atomes de l’immense Tout, et, en le nommant l’Infini nous n’en avons qu’une faible conception« .
« Il n’y a qu’une lumière et qu’une obscurité », dit un proverbe Siamois. Doemon est Deus inversus le diable est l’ombre de Dieu, dit l’axiome cabalistique universel. La lumière existerait-elle sans les ténèbres primitives Et n’est-ce pas du maillot du chaos sombre et triste, que l’univers brillant et ensoleillé s’est dégagé dès le principe ? Si « la plénitude de celui qui, suivant les chrétiens, remplissait tout en tout est une révélation, nous devons, en ce cas, admettre que, s’il y a un diable, il doit être compris dans cette plénitude, et faire partie de celui qui « remplit tout en tout ». De temps immémorial on a essayé de justifier la Divinité et de la séparer du mal existant ; et le but a été atteint par l’ancienne philosophie de l’Orient, dans la fondation du théodiké ; mais ses idées métaphysiques sur l’esprit déchu n’ont jamais été dénaturées par la création de la personnalité anthropomorphe du Diable, comme cela a été fait postérieurement par les lumières de la théologie chrétienne. Un diable personnel qui se met en lutte ouverte avec la Divinité, et entrave le progrès dans sa voie vers la perfection, ne doit être cherché que sur la terre et au sein de l’humanité, non dans le ciel.
C’est ainsi que tous les monuments religieux de l’antiquité, dans n’importe quelle contrée et sous quelque climat que ce soit, sont l’expression des mêmes pensées, dont la clé se trouve dans la doctrine ésotérique. On chercherait en vain, sans étudier cette dernière, à pénétrer les mystères ensevelis depuis des siècles dans les temples et les ruines d’Egypte et d’Assyrie, or : dans celle de l’Amérique Centrale, de la Colombie Britannique et de NagkonWat (513) au Cambodge. Si chacun de ces monuments a été construit par une nation différente, et aucune nation n’a eu de rapports avec les autres pendant des siècles, il est certain aussi que tous ont été conçus et édifiés sous la surveillance directe des prêtres. Et le clergé de chaque nation, bien que pratiquant des rites et des cérémonies qui différaient extérieurement, avait évidemment été initié aux mêmes mystères traditionnels qui étaient enseignés par tout le globe.
Afin d’établir une comparaison plus exacte entre les spécimens de l’architecture préhistorique qu’on retrouve aux points les plus opposés du globe, nous n’avons qu’à signaler les ruines grandioses d’Ellora, dans le Dekkan, celles de Chichen-Itza dans le Yucatan mexicain, et les ruines encore plus vastes de Copan dans le Honduras. Elles présentent de tels traits de ressemblance, qu’il semble impossible de se soustraire à la conviction qu’elles furent bâties par des peuples mûs par les mêmes idées religieuses, et ayant atteint le même niveau de civilisation dans les arts et les sciences.
Il n’y a probablement pas sur toute la surface du globe une masse de ruines plus importantes que celles de Nagkon-Wat qui font l’étonnement et le désespoir des archéologues Européens qui s’aventurent au Siam. Et lorsque nous disons ruines, c’est à peine si l’expression est correcte ; car nulle part on ne trouverait des constructions d’une antiquité aussi colossale, dans un meilleur état de conservation que celles de Nagkon-Wat, et du grand temple d’Angkorthôm.
Retiré au loin, dans la province de Siamrap, Siam Oriental, au milieu d’une végétation tropicale luxuriante, entouré de forêts presque impénétrables de palmiers, de cocotiers et d’arbres de bétel, « l’aspect général de ce merveilleux temple est magnifique et romantique autant que grandiose et impressionnant, dit M. Vincent. Nous qui avons la bonne fortune de vivre au XIXème siècle, nous sommes accoutumés à nous vanter de la perfection et de la supériorité de notre civilisation moderne ; de la grandeur de nos réussites dans les sciences, les arts, la littérature, dans n’importe quoi, en les comparant avec celles des anciens ; mais, malgré tout, nous sommes forcés d’admettre qu’ils ont de beaucoup surpassé nos récents efforts sur une foule de points, et notamment dans les beaux-arts, peinture, architecture et sculpture. Nous venons de voir un des plus merveilleux spécimens de ces deux derniers arts, car, en fait de style et de beauté d’architecture, de solidité de construction, de magnificence et de fini de sculpture, le grand Nagkon-Wat n’a pas un supérieur aujourd’hui, ni certainement de rival. Le premier coup d’œil jeté sur ces ruines est renversant (514).
L’opinion d’un nouveau voyageur vient donc s’ajouter à celle des nombreux voyageurs qui l’ont précédé, y compris des archéologues et d’autres critiques compétents, lesquels ont été d’avis que les ruines de la splendeur passée de l’Egypte ne méritaient pas d’éloges plus chaleureux que celles de Nagkon-Wat.
Conformément au plan que nous nous sommes tracé, nous laisserons des critiques plus impartiaux que nous décrire ce monument, puisque dans un ouvrage spécialement consacré à la réhabilitation des anciens, le témoignage d’un défenseur aussi enthousiaste que le présent auteur pourrait été révoqué en doute. Nous avons pourtant visité Nagkon-Wat dans des circonstances exceptionnellement favorables, et nous pouvons, par conséquent certifier l’exactitude et la correction de la description de M. Vincent. Il s’exprime en ces termes :
« Nous entrâmes dans une immense chaussée, dont les degrés étaient flanqués de six gigantesques griffons, taillés chacun dans un seul bloc de pierre. La chaussée… a 725 pieds de long, et elle est pavée de dalles mesurant chacune quatre pieds de longueur, sur deux de large. De chaque côté se trouvent des lacs artificiels alimentés par des sources, et couvrant chacun une superficie de cinq acres… Le mur extérieur de Nagkon-Wat [la cité des monastères], est d’un demi-mille carré…, avec des portes…, qui sont admirablement sculptées de figures de dieux et de dragons… Les fondations ont dix pieds de profondeur… L’édifice entier…, y compris le toit, est en pierre, mais sans ciment et les joints en sont si exactement rassemblés, que même aujourd’hui ils sont à peine perceptibles… La forme de l’édifice est rectangulaire, de 796 pieds de long, et 588 de large. La pagode centrale, la plus haute, s’élève à 250 et quelques pieds au-dessus du sol, et quatre autres, aux angles de la cour, ont environ 150 pieds de haut (515) ».
Le texte en italiques ci-dessus est significatif pour les voyageurs qui ont remarqué et admiré le même merveilleux travail de maçonnerie, dans les ruines de l’Egypte. Si ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui ont exécuté le travail dans les deux pays, nous devons en conclure que le secret de cet incomparable art d’élever les murs était également connu des architectes de tous les pays.
« Nous montons sur une plateforme…, et nous entrons dans le temple lui-même, sous un portique à colonnade, dont la façade est magnifiquement ornée de bas-reliefs représentant des sujets mythologiques anciens. Depuis cette porte, court de chaque côté un corridor, avec une double rangée de colonnes taillées tout entières, base et chapiteau, dans un bloc de pierre, avec double toit de forme ovale, couverte de sculptures s’étendant sur le mur extérieur. Cette galerie de sculptures qui forme l’extérieur du temple consiste en un demi-mille de longueur de bas-reliefs sculptés sans discontinuité, dans des dalles de grès de six pieds de large, et représentant des scènes tirées de la mythologie hindoue, du Ramayana, le poème épique sanscrit de l’Inde avec ses 25.000 vers décrivant les exploits du Dieu Rama et du fils du roi d’Oudh. Les démêlés du roi de Ceylan et d’Hanouman (516b) (516c), le Dieu-singe, y sont graphiquement représentés. Il n’y a pas de clé de voûte dans le cintre de ce corridor…. Les murs sont couverts de sculptures de 100.000 figures séparées…. Une scène [du Ramayana] occupe 240 pieds du mur…. L’on a compté dans le Nagkon-Wat jusqu’à 1.532 colonnes massives, et dans toutes les ruines d’Angkor…. le nombre de 6.000, presque toutes taillées dans un seul bloc et artistement fouillées…
Mais qui a bâti Nagkon-Wat ? Et quand a-t-il été construit ? Les savants…. ont essayé de se former une opinion par l’étude de son mode de construction et spécialement de son ornementation, « mais ils n’ont pas réussi ». Les historiens indigènes du Cambodge, ajoute Vincent, comptent 2.400 ans depuis l’édification du temple…. Je demandai à l’un d’eux depuis combien de temps Nagkon-Wat avait été construit…. Nul ne peut dire l’époque…. Je ne le sais pas…. Il doit avoir surgi du sol, ou avoir été bâti par des géants ou peut-être même par des anges, furent les réponses que j’obtins ».
Lorsque Stephens demandait aux Indiens : Qui a construit Copan ? Quelle nation a tracé les dessins hiéroglyphiques, sculpté ces élégantes figures et ciselures, ces traits emblématiques ? La monotone réponse qu’il reçut fut : Quien sabe ? Qui sait ? Tout est mystère ; sombre impénétrable mystère écrit Stephens. En Egypte, les squelettes colossaux des temples gigantesques sont là…. dans toute la nudité de la désolation. Ici, une immense forêt enveloppe les ruines, les cachant aux regards (517) ».
Lire la suite … partie 12


